Séance du Conseil rectoral, 28 octobre
quelles les professeurs se font un plaisir de prendre part.
En attendant que leur union prit une forme plus concrète encore et plus personnelle, les étudiants de l'Institut continuaient à être encouragés par leurs maîtres à s'affilier aux groupes de jeunesse établis tout autour d'eux.
La plupart des élèves, surtout ceux qui ne vivaient pas en famille, fréquentaient donc ou le Cercle catholique du Luxembourg, cette admirable création de M. Bcluze, qui a rendu, depuis un demi-siècle, de si précieux services à la jeunesse française ; ou l'Œuvre de Notre-Dame des Etudiants, fondée dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice ; ou les Conférences Olivaint et Laënnec, reportées, depuis 1891, dans la rue des Saints-Pères ; ou enfin le groupe nouveau, créé, en 1895, parles PP. Maris tes de la rue de Vaugirard, sous les noms de Réunion des Étudiants ou de Conférence Saint- Paul et Saint-Thomas.
L'Institut se faisait un devoir de recommander à ses propres élèves ces excellentes associations, assuré qu'ils y trouveraient des ressources de choix pour le développement de leur intelligence et surtout pour la conservation de leur piété et de leurs mœurs, et que les familles chrétiennes recevraient ainsi, grâce au concours de ces œuvres, les garanties que l'Institut ne pouvait encore leur offrir par lui-môme.
A mesure qu'ils appréciaient les avantages du groupement, et que le sentiment de l'association se développait en eux, les étudiants commencèrent à s'apercevoir qu'en cherchant au dehors leurs récréations et les éléments de leur vie morale, ils s'écartaient de leur centre naturel, et ils se prirent à regretter d'être restés jusqu'alors trop étrangers les uns aux autres.
Faute de réunions communes, faute de local pour se rencontrer, ils se connaissaient à peine ; les ecclésias-
tiques vivaient à l'écart des laïques et les rapports d'amitié s'établissaient difficilement entre eux.
Outre que cet isolement, en mettant obstacle au développement de l'esprit de corps, enlevait ses charmes à la vie commune, il empêchait de nouer sur les bancs de l'Université ces cordiales relations, faites de droiture et de sincérité, qui laissent au cœur de si doux souvenirs et qui deviennent, plus tard, si utiles sur le chemin de la vie.
Ils se décidèrent donc à s'unir de plus près, et, en 1897, dociles aux conseils de leurs maîtres, ils formaient entre eux Y Association amicale des Etudiants.
Cette Association comprend indistinctement tous les étudiants de bonne volonté, laïcs et ecclésiastiques, inscrits à la théologie, au droit, aux lettres et aux sciences. Elle possède à sa tète un Comité de direction, dont le président est élu en assemblée générale.
Elle s'est donné la mission de développer au sein des étudiants la vie universitaire, en créant entre tous un esprit de bonne camaraderie et d'étroite solidarité, de représenter l'Institut catholique dans les manifestations extérieures où la religion et renseignement ont une place marquée, de préparer les fêtes religieuses et les réunions publiques de l'Institut et d'en rehausser l'éclat ; enfin, de se tenir en rapports suivis avec l'Association amicale des anciens élèves. Elle alimente les réunions, qui ont lieu une fois le mois, ou plus souvent, suivant les circonstances, par la discussion de quelque sujet d'actualité. La chorale qu'elle a fondée se charge de la partie musicale de l'Institut. Son drapeau, sur lequel elle a inscrit la belle devise : Dieu, liberté, patrie, sert de point de ralliement pour les jours de démonstration extérieure.
Un sol aussi bien préparé offre désormais un excellent terrain de culture à toutes les œuvres de piété et de zèle
capables d'alimenter la vie religieuse et morale et de préparer la jeunesse aux grands devoirs de la vie sociale.
Aussi, parallèlement au progrès de l'association universitaire, s'avance, depuis quelques années, le progrès des œuvres pieuses et charitables.
La piété d'un certain nombre de jeunes laïques, qui faisaient partie delà Congrégation du P. Hubin, leur fit d'abord accepter deux nuits pendant le triduum de l'Adoration perpétuelle déjà en usage à l'Institut. Uu peu plus tard, quand fut inaugurée l'adoration du premier vendredi du mois, ils voulurent s'inscrire pour leur demiheure de garde (1).
En 1897, ils commencèrent à passer chaque année une nuit au pied du Saint Sacrement, dans la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre.
La Conférence de Saint-Vincent de Paul, qui avait suspendu ses séances, après un essai infructueux, se rouvrit en 1896, sous l'impulsion de M. le ATicc-recteur Paguelle de Follenay ; depuis lors, elle n'a cessé de fleurir et compte aujourd'hui environ quarante membres actifs qui se réunissent exactement, visitent les pauvres à domicile et leur portent, avec l'aumône matérielle, la bonne parole qui réjouit et réconforte.
Les étudiants les plus zélés et qui disposent de quelques loisirs, vont prêter main forte, les dimanches et parfois en semaine, aux directeurs de plusieurs patronages de la capitale et de la banlieue : au patronage Olier, à ceux de la Malmaison, de la Maison-Blanche, de Nazareth, de Saint-Ouen, de Saint-Georges, de Saint- Pierre, de Ménilmontant, de Saint-Louis de Plaisance, de Malakoff, aux œuvres populaires du Marais et à plusieurs autres groupes du même genre.
1. Cette pratique de dévotion fut inaugurée à l'Institut catholique le 1er vendredi d'août 1889.
Ils sont aussi les auxiliaires des membres de l'œuvre si intéressante des Ramoneurs, connue dans toute la capitale. Cette œuvre doit son existence à la charité du vénérable Bénigne Joly, qui, vers 1666, aidé de son ami, le jeune de Yillers, réunissait de pauvres artisans et surtout des savoyards pour leur apprendre le catéchisme. Après des fortunes diverses, cette œuvre réorganisée en 1816 par l'abbé Legris-Duval fut transportée, en 1854, dans l'ancien couvent des Carmes, aujourd'hui l'Institut catholique, où elle continue à vivre. Bien qu'il n'existe plus aujourd'hui de petits ramoneurs venus de la Savoie, l'œuvre a néanmoins conservé son nom traditionnel et se recrute parmi les jeunes garçons de Paris dont l'instruction religieuse a été le plus délaissée. Ces enfants sont réunis et catéchisés plusieurs fois la semaine par de fervents laïques, sous la direction du vice-recteur, et avec le concours de quelques étudiants laïques et de quelques ecclésiastiques du séminaire des Carmes, qui les préparent à leur première communion.
Cette cérémonie s'accomplit dans la chapelle des Carmes, le lundi de la Pentecôte, au milieu d'uu nombreux concours de parents. Les bienfaiteurs de l'œuvre se chargent, ce jour-là, des frais du festin. Quel touchant spectacle de voir la franche gaieté, la reconnaissance, le bonheur qui éclatent sur les visages et dans les paroles de ces petits déshérités du monde, que la religion a traités avec une si maternelle tendresse !
Toujours en quête de quelque bien à faire, certains étudiants s'émurent encore de l'abandon moral où vivent la plupart des jeunes employés de l'alimentation, si nombreux dans Paris, et auxquels leurs occupations professionnelles enlèvent tout moyen de sanctifier le dimanche et de remplir leurs devoirs religieux.
En 1899, plusieurs d'entre eux fondèrent X Œuvre des Marmitons y destinée à leur venir en aide. Soutenus par un zèle admirable et appuyés sur un comité de Daines patronnesses, ils groupent, plusieurs fois par semaine, ces jeunes employés, et les intéressent par de saines et joyeuses distractions, en môme temps qu'ils les instruisent par quelques leçons de religion et de morale.
C'est par toutes ces œuvres de foi et de charité que les étudiants de l'Institut catholique entretiennent et développent en eux la vie morale et se préparent à remplir un rôle utile au sein de la société.
Ces œuvres ont un caractère de pure spontanéité. Si les maîtres encouragent les élèves à y prendre part, ils leur laissent, à cet égard, la plus complète liberté, estimant que cette liberté en fait, tout à la fois, le charme et le prix.
Ils y voient, d'ailleurs, moins un service actuellement rendu aux pauvres qui en ont besoin, qu'une préparation à en rendre de plus grands et de plus durables dans l'avenir, et surtout un complément d'éducation morale pour les jeunes gens qui leur sont confiés.
Loin que les heures consacrées à ces œuvres fassent tort aux progrès des études, elles leur sont bien plutôt favorables. Elles apportent une heureuse diversion à la continuelle tension de l'esprit, elles tiennent l'étudiant éloigné des tentations dangereuses, donnent satisfaction à son activité naturelle, à son besoin d'aimer et de se dévouer, et, en lui mettant la joie au cœur, elles le préparent à reprendre, avec une nouvelle ardeur, son travail un moment interrompu.
Aussi, les succès des élèves de l'Institut catholique, dans les examens publics, ont-ils toujours été remarquables. Ils ont donné satisfaction aux désirs de leurs
familles, ils ont fait honneur à leurs maîtres et impressionné favorablement l'opinion publique. Car bien que les circonstances au milieu desquelles se sont fondées les Universités catholiques n'aient cessé d'entraver le jeu de la liberté, les familles chrétiennes ont témoigné, par leur persévérance, en quelle estime elles les tiennent, et laissé entrevoir avec quel empressement elles leur confieraient leurs fils, le jour où elles ne seraient plus menacées, comme elles le sont aujourd'hui, dans leurs intérêts les plus légitimes.
Le nombre des étudiants ecclésiastiques qui viennent à l'Institut catholique se préparer au professorat des séminaires et des collèges libres, ou qui s'adonnent aux éludes plus spéculatives de la théologie, du droit canon et de la philosophie, a suivi une progression ascendante ininterrompue, s'accroissant chaque année de quelques unités. L'amour des hautes études, qui va grandissant dans le jeune clergé, et les besoins toujours plus nombreux du personnel enseignant, assurent, de ce côté, à l'Institut, un recrutement régulier et lui ouvrent de brillantes perspectives sur l'avenir.
Le nombre des étudiants laïques qui s'adonnent aux sciences, aux lettres et surtout au droit, a subi beaucoup plus de variations, reflétant assez fidèlement les fluctuations des événements politiques, s'élevant ou diminuant suivant le degré de libéralisme de la législation.
Dans leur totalité, les inscriptions des étudiants de l'Université catholique se sont tenues, depuis une douzaine d'années, à une moyenne annuelle d'environ sept cents.
Les succès académiques remportés par eux jusqu'à la date du mois de juillet 1901, c'est-à-dire pendant vingtcinq années d'exercice, soit devant les Facultés canoniques pour la théologie, le droit canon et la philosophie,
soit devant les jurys d'État pour les lettres, les sciences et le droit, se répartissent de la manière suivante :
f Théologie 2G5
Bacheliers. ) Droit canonique 328
( Philosophie scolastique 377
Capacitaires en droit 33
I Théologie 123 \
i Droit canonique 125
[ Philosophie scolastique 19
\ Droit 1.041
Licenciés. . . < i Lettres \
i T . ) Philosophie / ..
/ Lettres. < „. x . > 671
F ) Histoire (
f Langues vivantes . . )
\ Sciences 227 /'
A , , ( Lettres 33 )
Agrèges. . . i „ . . >
Sciences 1 )
Théologie 20 \
Droit canonique 8 J
Philosophie scolastique G (
< Droit 133 (
Lettres 23 \
Sciences 7 /
Aujourd'hui, ces lauréats sont répandus dans la France entière, où ils occupent des situations honorables, quelques-unes même très importantes. Ils sont, en général, restés fidèles aux principes qu'ils ont puisés à l'Institut, ils font honneur à leurs anciens mai très et travaillent activement à maintenir les saines doctrines au cœur de la nation française.
L'atmosphère de pureté créée autour d'eux par un
enseignement irréprochable et par leur participation aux œuvres chrétiennes, a inspiré à un grand nombre l'ambition de s'élever plus haut dans les voies de la perfection. Il est peu d'années où ne se révèle parmi eux quelque vocation supérieure. Pendant la période de vingt-cinq ans dont nous venons de retracer l'histoire, il ne serait pas difficile de citer les noms de plus de cinquante étudiants laïques de l'Institut qui sont entrés dans le sacerdoce séculier ou dans la vie religieuse.