Scène XII
Les mêmes, BOMBEL, puis LEON, puis ADRIENNE Bombel, les apercevant. — Des dames... Eh î des
dames!... (il s'incline, puis reconnaissant Célina qui ne le reconnaît pas.) Tiens ! tiens ! (Il s'approche d'elle et lui
upote les joues.) Bonjour, petite, bonjour...
CÉLINA, suffoquée. — Qu'cst-ce qu'il me veut, celuilà?
Bombel, riant. — Ah! Ah!
Il veut encore lui tapoter les joues.
CÉLINA. — Voulez-vous bien cesser... Voilà des manières...
La Baronne, s'avançant. — Mais, monsieur, en effet...
Bombel. — Elle ne me reconnaît pas!... Merci, mon enfant, vous ne pouviez pas me faire plus de plaisir...
CÉLINA, le dévisageant. — Monsieur Bombel !...
Bombel. — Lui-même...
CÉLINA, tendant ses joues. — Continuez alors, continuez!... C'est monsieur Bombel, madame, dont je vous ai tant parlé...
La Baronne. — En effet... Monsieur... charmée...
CÉLINA. — Qu'est-ce qui vous est arrivé?... Etesvous beau! C'est tout de même vous!
Bombel, à u baronne. — Je vous prie d'excuser, madame, ma petite familiarité avec cette jeune personne.
La Baronne. — Comment donc!
Entrent Adrienne et Léon.
Adrienne. — Ah! (A la baronne.) Mon oncle... la baronne Tournois...
Léon. — Puisque vous êtes là, mon oncle, je vous fais juge.
Adrienne. — Eh bien, c'est ça...
Bombel, — En quoi me fais-tu juge, mon garçon?
LÉON. — D'une résolution très importante que vient de prendre Adrienne, et à laquelle,, moi, je m'oppose.
Bombel. — Comme c'est grave de s'opposer à une résolution que veut prendre une femme!... Comme c'est grave!
LÉON. — Vous voyez, mon oncle, cette petite femme-là?
Bombel. — Ta femme?
LÉON. — Oui, mon oncle.
Bombel. — Eh bien?
LÉON. — Il n'y a pas de créature plus heureuse... J'obéis à ses moindres caprices... Elle a voulu quitter notre appartement du faubourg Poissonnière où il y avait trop de bruit, pour venir loger au Palace... nous sommes allés au Palace...
Adrienne. -^ Quel toupet!
LÉON. — Elle veut une auto... je viens d'en commander une... Eh bien, madame n'est pas satisfaite ie cette existence! Et savez-vous ce qu'elle s'est mis în tête?
Bombel. — Quoi?
LÉON. — Elle s'est mis en tête de devenir une notable commerçante, de diriger un Institut de beauté! Je parie que vous ne savez même pas, ce que c'est?
Bombel. — Moi, je ne sais pas ce que c'est qu'un Institut de beauté! Je le sais peut-être mieux que toi! J'en reçois tout le temps des prospectus à Dijon... Plus de rides!...
Adrienne. — Voilà! Vous aussi, mon oncle, vous l'avez remarqué que les femmes n'ont plus de rides!...
Bombel. — ^ Il n'y a guère qu'à la campagne...
Adrienne. — Mais, à Paris, les rides ne se portent plus, c'est démodé, personne n'en. veut...
La Baronne, riant. — On serait ridicule!
Bombel. — Et tu voudrais empêcher ta femme de diriger un Institut de beauté?
Adrienne. — Tu es fou!
LÉON. — Il n'y a pas moyen de parler sérieusement !
Bombel. — C'est ça... c'est ça... ne parlons pas sérieusement.
La Baronne. — Consentez donc, monsieur Lagraine?
Adrienne. — Consens, mon chéri.
CÉLINA. — Mais oui, monsieur Léon.
Bombel. — Allons ! mon garçon, décide-toi I
LÉON. — Ah! vous le voulez tous?
Tous. — Oui!
LÉON. — Eh bien, je consens!
Tous. — Ah!
LÉON. — Mais je fais une des plus grandes bêtises qu'un homme puisse faire dans sa vie!
Adrienne. — Oh! que tu es gentil!
Bombel. — Et maintenant, allons dîner... Allons dîner tous ensemble... Baronne?...
Adrienne. — Oh! oui! Baronne... Vous êtes des nôtres...
La Baronne. — Mais... mon Dieu... avec plaisir.
Bombel. — Et nous invitons aussi Célina.
LÉON. — C'est ça... Venez, Célina, venez...
CÉLINA. — Oh ! merci, monsieur Bombel.
Bombel. — Allons nous habiller. Rendez-vous à huit heures dans le hall.
Tous. — Allons nous habiller.