Scène première
ADRIENNE, LA BARONNE, JULIETTE, SERAPHINE, puis UNE DAME
SÉRAPHiNE, à Juliette. — Juliette, voulez-vous me passer deux savons de beautj et une crème de fraîcheur?
Juliette. — Voici.
Adrienne, à la baronne. — On s'occupe de votre commande î
La Baronne. — Oui... Oui... ne vous dérangez pas pour moi... Célina choisit ce qu'il me faut.
Adrienne. — C'est le moment de mon coup de feu... La journée commence à peine et tous les salons sont occupés... J'ai neuf personnes en train.
La Baronne. — En train?
Adrienne. — Oui... une pour les cheveux, une pour la peau...
La Baronne, riant. — Ah! je comprends...
Adrienne. — En deux mois, la clientèle a pas mal augmenté... Et je vais me mettre à opérer moimême un de ces jours... Je prends des leçons.
La Baronne. — Je voudrais assister à vos débuts.
Adrienne, riant. — Le secret professionnel...
La Baronne. — Vous devez en voir des types ici?...
Adrienne, tout en metunt sa blouse. — De toute espèce... Les femmes du monde qui n'osent pas avouer de suite... Et celles qui y vont carrément, au contraire, et qui vous racontent toutes leurs petites lacunes.
La Baronne. — Les meilleures, celles-là!
La Dame, dans le fond, à Séraphinc. -r— On en dit beaucoup de bien...
SÉRAPHINE. — C'est infaillible, madame.
La Dame. — Et ça ne repousse jamais!
SÉRAPHINE. — Oh! jamais, madame...
Elle fait un paquet.
La Baronne, à Adrienne en allant vers le petit bureau.
— Vous êtes toujours contente de ces demoiselles?
Adrienne. — Toujours... avec la petite exception indispensable, bien entendu.
La Baronne, souriant. — Laquelle?
Adrienne, désignant Séraphine. — Celle-là... avec son air pincé...
La Baronne. — Séraphine? Ah! oui, elle espérait être nommée directrice, elle est vexée.
LA PCTITE ILLUSTRATION
Adrienne. — C'est une véritable poison... C'est la débineuse... Uu ,de ces jours, je lui dirai deux mots.
La Baronne. — Si elle vous ennuie, ne vous gênez pas.
SÉRAPHINE, qui est sortie un instant et qui revient.
Madame... Madame !... Le rendez-vous de trois heures, M^'.Eliani, une de nos meilleures clientes.
La Baronne. — Je suis de trop?... Dit^s-moi?
voulez-vous qu'après cette journée fatigante, je vienne vous chercher pour aller faire un tour au Bois?
Adrienne. — Avec plaisir. J'adore votre robe.
La Baronne. ^— Oh! c'est une robe sans i>rétention.
Elle lui serre la main et sort, pendant que Juliette introduit M™* Eliani.