‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 18 sur 45 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

ADRIENNE, M"" ELIANI

Adrienne, allant à la rencontre de M™' Eliani. — Madame... Je sais, madame, que vous êtes une cliente de la maison...

M™" Eliani. — Depuis des années... et justement je viens de passer Tété au grand air... de voyager en auto... Le vent, la pluie, pas une minute de repos. Je dois avoir la figure dans un état!... Voulez-vous voir?

Adrienne. — Je vais vous mettre entre les mains (le Marie-Ijouise... qui est étonnante pour le visage...

M"*" Eliani. — Oh! non... je vous en i)rie... Prenez-moi vous-même... C'est ce que faisait l'ancienne directrice, M"" Edouard... Je n'avais affaire qu'à elle...

Adrienne. — Ah! Ah! Vous désirez?

M"" Elianl — Oh! oui... Vous devez avoir une telle expérience!

Adrienne. — Oui, certes... oui...

M""* Eliani. — J'enlève mon chapeau.

Adrienne. — Non !. Non ! gardez ! Rien qu'un l)etit arrangement pour aujourd'hui.

M™" Eliani. — Très bien, ça suffira. J'ai justement une petite conférence.

Adrienne, à part. — Allons-y!

M"* Eliani. — Mais, cet hiver, j'ai l'intention de me soigner avant tout.

Adrienne, se penche et prend de la pommade dans un

petit pot avec le doigt. — Vous avez raison, madame. Avant tout, voilà le mot. Il faut que les femmes deviennent un peu égoïstes... Car, sans égoïsme, il n'y a pas de beauté... C'est le rôle de nos maisons... Elles forcent la femme pendant quelques heures à ne s'occuper que de soi... à ne plus penser au reste du monde et à développer ainsi sa personnalité... Et nous faisons du féminisme à notre façon... Voulezvous vous pencher légèrement en arrière?

M"' Eliani. — Comme ça?

Adrienne. — Comme ça, oui, madame! Ne bougeons plus... (Elle continue à travailler.)

M"* Eliani. — Est-ce que vous n'en mettez pas un peu trop ?

Adrienne. — Non... non... Et maintenant le parfum de r Institut.

M™'' Elianl — Oh! là, là! dans l'œil!

Adrienne. — : Ce n'est rien, madame.

M*"** Eliani, portant son doigt à une tempe. — Pendant que vous y êtes... Regardez donc là...

Adrienne. — Oui, eh bien?... *

M"* Eliani. — C'est une ride, n'est-ce pas?

Adrienne, s'arme d'une grande loupe et regarde. —

Euh!... pas tout à fait... Mais c'est tout de même un léger frisson de la peau qui ne tarderait pas à dégénérer en ride, si on le laissait faire... Mais, nous ne le laisserons pas faire... Attendez... que je me rende compte... Oui, oui, votre peau respire très bien... Je la vois respirer à la loupe... Par exemple, ce qui n'est pas très bon chez vous...

M"'* Elianl — Quoi?... c'est quoi?... '

Adrienne. — C'est la matière sébacée. Nous nommons matière sébacée l'ensemble des glandes pleines de corps gras qui se trouvent sous l'épiderme.

M'"' Eliani. — Et c'est ça qui n'est pas bon?

Adrienne. — Il va falloir soigner très énergiquement votre matière sébacée... Là, c'est fini...

M*"" Eliani. — Voulez-vous me donner une glace?

Adrienne. ^— Voilà.

M"* Eliani, se regardant. — Oh! Oh!

Adrienne. — Quoi? !

M™* Eliani. — Quelle drôle de figure!

Adrienne. — C'est très original... C'est la figure que nous lançons cet hiver...

M™* Eliani. — On ne s'y fait pas tout de suite... mais, en effet, c'est très original... Oui... oui... (Allant

se regarder dans une glace.) On s'v habitue... C'est même

très bien... Merci, madame Adrienne, merci...

Adrienne. — Je pourrais vous donner trois séances par semaine et peut-être ferons-nous un peu de massage électrique.

M'"" Eliani. — Au revoir, madame, au revoir... Enchantée d'avoir fait votre connaissance...

Klle sort.

Page 1