‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 28 sur 45 · Scène XII · texte numérisé non relu

Scène XII

ADRIENNE, SERAPHINE, puis BOMBEL

SÉRAPHiNE. — Vous m'avez fait demander, madame?

Adrienne. — Ah ! c'est vrai, je n'y pensais plus... Oui, nous avons un petit compte à régler ensemble.

SÉRAPHINE. — Nous dcux, madame?

Adrienne, trempant son biscuit et buvant pendant les

deux ou trois répliques qui suivent. — Oui, mademoiselle.

oui... Il paraît que vous êtes très mécontente?...

SÉRAPHINE. — Moi, madame?

Adrienne. — Oui, vous... puisque vous débinez du matin au soir la maison, nos produits et ma compétence en affaires... Voyons un peu vos griefs?-.

SÉRAPHINE, d'un air pincé. — On VOUS a trompée,

madame... J'ai pu être surprise d'être écartée de ' la direction par une décision arbitraire de M"* la baronne Tournois, moi qui avais tant contribué comme sous-directrice à la prospérité de la maison, mais j'en ai vite pris mon parti... Dans la vie, il faut savoir supporter les injustices jusqu'au moment où on peut en commettre soi-même... (Souriant) D'ailleurs, je m'étais aperçue tout de suite que je ne pouvais pas lutter.

Adrienne. — Vous ne pouviez pas lutter !...

Qu'est-ce que ça signifie?

SÉRAPHINE, toujours souriant. — Oh! madame... Oh! madame !

Adrienne. — Votre sourire est très fin, mademoiselle... Oh ! on voit bien que vous voulez dire quelque chose de très spirituel... Mais ça ne ««ort pas, je vous assure... Allez! Allez, un petit effort... Vous ne pouviez pas lutter?... Et contre qui?

SÉRAPHINE, très aimable. — Je vcux dire quc je lie pouvais pas lutter d'influence auprès de M"" la baronne Tournois.

Adrienne. — Oui... parce que?...

SÉRAPHINE. — Parce que vous... vous et M. Lagraine, vous connaissez M"* la baronne depuis plus longtemps que moi... et que naturellement elle a préféré donner la direction de sa maison à M. Lagraine... non... non... je me trompe... à sa femme !...

Adrienne, éclatant de rire. — C'est ça... Non? Oh! ma pauvre Séraphine... que vous êtes bête ! Comment! vous vous imaginez que la baronne et mon mari... et moi acceptant ça le sourire aux lèvres ! Mais, ma pauvre petite, savez-vous qu'il n'y a pas de meilleur ménage que mon mari et moi? Ma parole! Nous nous adorons... Il n'a pas de maîtresse, et moi je n'ai pas d'amant! Voilà comment nous sommes dans notre famille!

SÉRAPHINE. — Je ne suis pas une méchante fille, madame, et je n'ai pas voulu vous faire de la peine...

Adrienne, riant. — Vous ne m'avez fait aucune peine. N'ayez pas de regrets. Je n'y pense même plus... Ne nous fâchons pas, Sérapliine, et restez avec moi... Et de la bonne humeur! Voyez-vous, dans notre profession, il faut de la bonne humeur avant tout... Il en faut même dans toutes les professions...

Et de sourire!... (Désignant Bombel qui entre, réjoui.) Prenez exemple sur M. Bombel!

Bombel. — Bonjour, ma nièce.

Adrienne. — Bonjour, mon oncle.

Bombel. — Je viens pour ma séance.

Adrienne. — Je suis à vous, mon oncle... (A Séraphine.) Là... c'est entendu?

SÉRAPHINE, riant. — Oui, madame... Oui, madame...

Adrienne. — Bipn... Allez, Séraphine, allez!...

Sort Séraphinc.

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