Scène XIV
BOMBEL, CELINA
CÉLiNA, entrant avec Juliette — Vous enverrez directement, moi je ne me charge plus de rien.
Bombel. — Ah ! Célina, vous n'êtes donc pas avec la baronne?
CÉLINA. — La baronne! Nous sommes brouillées, la baronne et moi. Je quitte son service.
BoMRKL. — Pourquoi ça?
CÉLINA. — Parce qu'elle s'est permis de me mettre
LA PETITE ILLUSTRATION
à la porte. Vous n'auriez pas besoin d'une gouvernante, par hasard f
BoMBEL. — Mais non, je n'ai pas besoin de gouvenante! Pourquoi faire!
CÉLIKA. — Oh I en ce moment vous vous portez bien... alors, vous faites le malin... Mais ça ne peut pas durer... Yous^avez déjà moins bonne mine qu'à votre arrivée.
BoifBEL. — Moi!
Il va se regarder dans une glace.
CÉLiNA. — Vous VOUS fripez... Vous avez beau vous arranger en dessous, on voit bien que vous vous fripez... Et pourquoi! Parce que vous êtes seul et qu'alors vous faites la noce... On vous rencontre avec des femmes rousses... Eh bien, si vous vous mettez aux rousses, à votre âge, vous verrez ce qui vous arrivera. Tandis que moi je vous soignerais, je vous dorloterais... Je me sens venir beaucoup d'amitié pour vous, monsieur Bombel...
BoMBEL. — Ah ! Je suis très touché, Célina... mais...
CÉLINA. — Vous avez surtout une qualité qui me plaît... Oh! qui me plaît!
BoMBEL. — Et laquelle, mon enfant, laquelle?
CÉLINA, avec admiration. — VoUS êtes égOÏSte... Oh!
mais, là, égoïste!
Bombel. — Oui, c'est vrai... Je crois que je suis assez égoïste... Vous comprenez très bien mon caractère, Célina... Depuis que j'ai été malade, il m'est impossible de m'intéresser à autre chose qu'à ma santé, comme c'est bizarre! Tout le reste me paraît petit, moins que rien, inutile... Vous avez raison, ce doit être de l'égoïsme.
CÉLINA. — Et solide... C'est à ça qu'on reconnaît les hommes qui doivent vivre longtemps.
Bombel. — Oui... oui... oui... Et vous accepteriez de rester à côté de quelqu'un qui serait égoïste à ce point-là f
CÉLINA. — C'est mon rêve...
Bombel. — De faire toutes ses volontés...? de ne jamais être de mauvaise humeur?
CÉLINA. — Jamais!... On est de mauvaise humeur avec les gens qui ne savent pas ce qu'ils veulent... qui s'occupent des uns et des autres...
Bombel. — Tandis qu'un homme qui ne s'occupe que de soi...
CÉLINA. — On sait à quoi s'en tenir.
Bombel. — C'est vrai !... C'est vrai ! Je comprends très bien qu'on arrive à aimer les égoïstes.
CÉLINA. — On n'aime qu'eux, monsieur Bombel.
Bombel. — Eh bien, mon enfant, cette conversation n'est pas perdue... Je ne dis ni oui ni non.
CÉLINA. — Oh! monsieur Bombel!...
Bombel. — Vous me plaisez... je vous crois très capable de dévouement.
CÉLINA. — Oh! oui, monsieur Bombel.
Bombel. — D'abnégation, même.
CÉUNA. — Oui, monsieur Bombel.
Bombel. — D'un désintéressement véritable.
CÉLINA. — Oh!... oui... monsieur Bombel.
Bûmbel. — Vous n'êtes pas égoïste, vous!
CÉLINA. — Non, monsieur Bombel! Non!...
Bombel. — C'est beau! c'est très beau! (Lui tapotant les joues.) Eh bien, venez me voir demain... nous causerons, mon enfant, nous causerons.
Sort Célina pendant qu'Adricnue revient.