Scène XVII
Les mêmes, ADRIENNE
A l'entrée d' Adrienne, lyéon, fond gauche, Bombcl, extrême droite, à Tavant-scène, paraissent indifférents. La baronne, un peu interloquée, est au milieu. Le groom est sorti.
Adrienne, très aimable, à la i)aronnc. — Ah! chère amie... vous venez me chercher?
La Baronne. — C'était convenu.
Adrienne. — C'est que j'ai une mijrraine! J'ai téléphoné au Palace pour que vous ne vous dérangiez pas. On n'a pas répondu.
La Baronne. — Mais je ne suis pas rentrée au Palace.
BOMBEL, échangeant un signe de satisfaction avec Lcun.
— Bien... Bien...
Adrienne. — Ah! alors. (En disant ces mots, cUc a
remarqué la toilette de la baronne.) VoUS n'êtes pas rentrée au Palace?
La Baronne, finissant par s'cmpctrcr peu à jku dans
son mensonge. — Non... figurez- VOUS... je le devais, en effet. Je vous l'avais dit... peut-être. Mais, en sortant, j'ai rencontré une vieille amie à moi que je n'avais pas vue depuis des temps infinis... et h (jui il est arrivé toutes sortes d'aventures... (|u'elle m'a racontées... Elle avait divorcé... elle se remarie... et, comme elle est étranircre et protestante, il nous a iîillu faire des démarches... Je l'ai accom])agnco à l'amlrnssade et au tem])le protestant.
Adrienne, éciaunt. — Et c'est au temple protestant que vous avez changé de robe?
La Baronne, riant très naturellement. — Ah! Oui...
tiens... je n'y songeais plus... c'est vrai... Je suis allée au Palace dans l'intenalle...
Adrienne, à la baronne et à Léon. — Dans l'intervalle! (Elle fait signe à Léon de venir près d'elle.) Je vais
VOUS le dire, ce que vous avez fait dans rinter\'alle. (A Léon.) Vous êtes venus ici tous les deux pour vous assurer que j'étais bien tranquille, bien confiante,
que je n'avais pas de soupçons... (Elle va à la baronne.)
Et, alors, vous êtes rentrée au Palace! Et, comme mon mari vous avait suivie, vous avez profité de sa présence pour changer de robe.
La Baronne. — Taisez-vous! Taisez-vous! Je ne veux pas que vous continuiez.
Léon. — Une robe de changée, ce n'est pas une preuve.
BoMBEL. — Ton mari a raison. Ecoute-moi, qui suis de sang-froid, ce n'est pas une preuve.
La Baronne. — Moi qui aii tant d'affection pour vous.
Adrienne. — En effet... en effet... Une robe changée ce n'est pas une preuve. Ce n'est pas le flagrant délit... Je peux me tromper et je n'ai pas le droit de vous accuser... C'est entendu! C'est entendu !
La Baronne. — A la bonne heure.
Adrienne. — Jamais je ne saurai ce que vous avez fait cet après-midi... (.\ Léon.) Seulement, regarde-moi, regarde là. (EUe se touche le front du doigt.) Sais-tu ce qu'il y a, maintenant, là?... Il y a le doute, mon petit, le doute!...
LÉON. — Le doute... Quel doute f
Adrienne. — Ça ne te dit pas grand'chose à toi (|ui ne doute de rien... Mais, pour moi, c'est tout... C'est le sentiment le plus odieux, le plus insupportable!... J'avais confiance en toi, c'est finit J'avais la sécurité, je ne l'ai plus! Et les conséquences que (;a va avoir, ça... c'est incalculable... Tiens, c'est bien simi)le. Depuis un quart d'heure, je suis une autre femme.
LÉON. — Et quelle femme es-tu?
Adrienne. — Je n'en sais rien, mon petit. Tu en auras la surprise! Et, en attendant, par-dessus bord l'Institut de beauté.
LÉON. -- Bravo! Bravo! Par-dessus bord!
La Baronne. — Ne faites pas ça!
Adrienne. — Sois tranquille, mon petit, je ne \ais plus en gagner de l'argent; mais, par exemple, je vais en dépenser, je t'en réponds.
LÉON. — Mais oui... mai? oui... dépense! amusetoi! c'est ce que je demande! Soyons gais... ne parlons jamais de nos vieux jours, ne faisons pas d'écolîoinies pour nous retirer à la campagne. Ça porte lïialheur. Amusons-nous! Vivons! vivons!
BoMBEL. — Enfin, voilà des paroles raisonnables! Vivons!
Adrienne. — C'est ça, vivons! Nous allons vivre, je te le promets! Et acheter des autos, et louer des appartements de mille francs. Baronne, je vous invite à la crémaillère.
La Baronne. — Et j'irai.
Adrienne. — Et le jour où nous n'aurons plus d'argent...
LÉON. — Nous taperons mon oncle.
Bombel, sursauunt, au public. — Ils vont me faire redevenir neurasthénique !
LÉOPOLD, paraissant. — Eh bien, patronne', votre cliente, comment ça s'est -il passé?
Adrienne. — Quelle cliente?
LÉOPOLD. — La dame au massage... avec mon enduit...?
Adrienne, elle court vcTs la porte, suivie de Séraphine et
des jeunes filles. — Oh! là, là. Le rajeunissement dcs rides?... Je l'ai totalement oubliée?
Tous LES TROIS. — Oubliée!
LÉOPOLD. — Bon Dieu! depuis une heure!
Adrienne. — Oh ! là ! là !
LÉON. — Quelle horreur!
ICllc ouvre et ferme brusquement la porte après, Tayoir jeté un coup d'ceil et pousse un grand cri.
LÉOPOLD et SÉRAPHINE. — Eh bien? ■. ' }
Adrienne. — Elle a vieilli de dix ans!
rideau
La Baronne. Adrienne.
Scène VII. — La Baronne : t Ça fait pitié de voir des petites femmes comme vous... »