‹ L'institut de FranceChapitre 10 sur 23 · M, (AMI S · texte numérisé non relu

M, (AMI S

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A.-G. Camus (I7i0-I804).

(Gravé par [icljambo, ilapros Mttrcau.)

( liost's cl leur iiilér(}t sérieux que la

es ('It'Liiniccs du Style.

L rsprit nouveau n ariivail dune à s'insinuer dans la (Compagnie

qu'à petite dose et avec lenteur. C'est lui pourtant, ce sont ses inspirations que l'on devine dans quelques mémoires qui, lus à l'Académie peu de temps avant 1789, indiquaient, en termes discrets, comment l'autorité ecclésiastique et la noblesse française avaient, au cours des siècles, usurpé des attributions et des prérop^atives auxquelles ces privilégiés n'avaient aucun droit. On croit sentir la trace de ces mêmes préoccupations dans les sujets de prix que propose alors la Compagnie ; mais, malgré le caractère d'actualité qu'ils présentent, ces sujets ne trouvent personne qui veuille prendre la peine de les traiter. L'attention est ailleurs.

Nous avons dit, en racontant la fondation de l'Institut, dans quelle situation précaire les anciennes Académies, désertées par une partie de leurs membres, vécurent depuis 1790 jusqu'au 8 août 1793, oii la Convention en vota la suppression. L'Académie des Inscriptions n'en continua pas moins de travailler jusqu'au dernier moment. Aucune interruption n'eut lieu dans les séances ordinaires jusqu'au 10 août 1792. Ce jour-là, la séance ne put avoir lieu et les vacances (elles couraient du 8 septembre au 11 novembre) furent 'forcément avancées; mais à l'automne, la Compagnie fit sa rentrée solennelle suivant l'usage. On lut des mémoires sur la vie et les ouvrages de lenipereur Hadrien^ sur Aristophane.^ sur les couleurs et la teinture des anciens, sur V histoire de Calais. Il n'y eut que le public qui fit défaut.

Les vacances de Noël, qui voyaient clore les séances de l'Académie des Sciences, ne mirent pas fin à celles de l'Académie des Inscriptions. Le 22 janvier, lendemain de la mort de Louis XYI, Bréquigny lisait un mémoire touchant le projet de mariage ^Elisabeth, reine d Angleterre^ d abord avec le duc d'Anjou, puis avec le duc d'Alençon. Aux matières traitées dans cette séance, on se serait cru en pleine monarchie. La séance annuelle de Pâques eut lieu comme de coutume. Gosselin y lut des recherches sur le système géographique de

ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES IJi

Pobjbe. Les tomes XLY et XLYI des Mémoires de l'Académie portent la date de 1793.

Il semblait que rien ne pût troubler la sérénité de ces patients érudits On avait fait mine d'établir, dans leur salle des séances, au Louvre, un atelier pour l'babillement des troupes. Ils n'en continuaient pas moins à se réunir, et, le 2 août 1793, Sainte-Croix lisait encore à la Compagnie un mémoire ^xxvles assemblées amphictyoniques. Cette séance fut la dernière.

Ces deux années d'incertitude poignante avaient laissé à ceux qui les avaient vécues des souvenirs à la fois tristes et chers que, .plus tard, Dacier évoquait en des termes qui ne sont pas sans noblesse. Il rappelle que le 27 novembre 1792, la Compagnie allait procéder à une élection, quand lui fut communiqué un décret que la Convention venait de rendre le jour môme ; défense était faite k toutes les Académies de pourvoir aux sièges vacants.

I/Académic aurait autant aimé « dit-il », que ce décret eût ordonné sa dissolution subite; il lui aurait épargné beaucoup d'inquiétudes, d'angoisses et de dangers; mais, puisqu'il lui permettait de languir encore quelques instants, elle ne crut pas devoir se dissoudre elle-même et résolut de continuer ses exercices ordinaires, tant qu'il plairait aux arbitres de sa destinée de lui laisser un reste de vie. Elle passa dans cet état de dépérissement la fin de l'année 1792 et plus de la moitié de l'année suivante, croyant, chaque jour où elle se réunissait, que c'était pour la dernière fois et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'au milieu des agitations, des troubles, des désordres de ces temps calamiteux, ses assemblées furent toujours aussi nombreuses que dans les jours de sa prospérité et de sa splendeur ^•t (pi il II V eu eut pas une seule qui ne fût remplie par la lecture de quelque ouvrage (lii!iic de son attention et de son intérêt. On eût dit que ses membres senConi, aient avec jiliis d'ardeur que jamais dans les siècles passés, pour se dis- <iaiiv du spectacle des maux et des crimes dont ils étaient environnés.

Li V |,lii> t'iK'i L!i(iii<s de ceux qui avaient doinié cet exemple continiiiTt'iil ;i Iraviiilln-. ;ij)i-î's l.i dispersion, dans l'attente de jours nicilliiiis I) Aiissrdc \ illoisoii s'installa dans la Uibliothècjue d'Orb'-aiis. il \ i(dnt. dil on, hiiis 1rs iiiiteurs de l'antiquité et notanniuMit. <juah<' lois, les \(tliiiii('s de la grandi! collection de la Byzantine du

176 L'INSTITUT DK FRANCE

Louvre. Silveslre de Sacy, établi dans un village, à douze lieues de la capitale, y achevait son livre sur les Anlùjuilês de la Perse. Pour en surveiller l'impression, il se rendait chaque semaine, à pied, à Paris. D'autres savants cherchërent un refuge sur la lisière des forets, k Montmorency, à Chantilly, à Fontainebleau. Quoique la tourmente les eût épargnés, plusieurs des doyens de la Compagnie moururent presque au lendemain du jour de la séparation finale. Pour ces vieillards dont l'existence se trouvait ainsi bouleversée, l'épreuve avait été trop douloureuse. Ainsi disparurent, avant 1795, L. Dupuy, Bréquigny et Barthélémy. Ce dernier, un moment emprisonné, avait été aussitôt relâché, sur l'ordre de Danton.

L'Académie des Inscriptions, grâce à la vie retirée que menaient la plupart de ses membres, ne paya qu'un faible tribut aux échafauds de la Terreur. Si Bailly, l'un de ses associés, y monta, ce fut comme ancien maire de Paris, pour avoir fait tirer sur les émeutiers du Champ de Mars. Deux de ses confrères, Lefèvre d'Ormesson et l'évèque d'Agde, deRouvroyde Sandricourt, subirent le même sort. Les membres honoraires, en raison des situations qu'ils avaient occupées dans l'Etat ou dans l'Eglise, étaient les plus exposés. La plupart n'échappèrent au supplice que par l'émigration. Lamoignon de Malesherbes paya de sa tête sa courageuse défense de Louis XVI, et avec lui fut frappé L'Averdy, jadis contrôleur général.

De manière ou d'autre, beaucoup des membres de l'Académie avaient donc échappé aux périls de ces heures tragiques. Plusieurs d'entre eux avaient su, parmi tous ces orages, ajouter encore à la valeur de leurs titres scientifiques. Aussi, lorsque fut fondé l'Institut, en 1795, la plupart des survivants trouvèrent-ils leur place dans les nouveaux cadres. Ceux-là seuls n'y furent pas compris, parmi les académiciens d'autrefois, que des opinions nettement hostiles à la Révolution rendaient suspects au gouvernement ; ce fut le cas de l'orientaliste de Guignes. Sid'Ansse de Yilloison et Silvestre de Sacy

avaient d'abord été oubliés, les vacances qui se produisirent et la réorganisation de 1803 les firent entrer dans le corps.

La division première de l'Institut en trois classes n'en offrait pas une seule qui correspondît exactement à Tancienne Académie des Inscriptions. Des membres de celle-ci qui furent appelés à l'Institut quelques-uns, comme Dacier, Dom Poirier, Gosselin, furent versés dans la section d'histoire et dans la section de géograpliie de la seconde classe, celle des sciences morales et j^olitiques ; mais ce fut la troisième classe, celle de littérature et beaux-arts, qui accueillit la plupart de ces revenants, dans ses sections de langues anciennes el iV antiquités et monuments. Mongez, Leblond, Leroy, Ameilhon, Camus, Dupuis, Bitaubé, Larclier, Dusaulx, Laporte du Tbcil, d'Ansse de Yilloison s'y trouvaient réunis.

La réforme de 1803 acheva l'œuvre de réparation ainsi commencée. L'Institut était partagé en quatre classes. La troisième, sous le titre de classe d'histoire et de ht. littérature ancienne, répondait trait pour Irait, et par les sujets d'étude qui lui étaient proposés et par la manière dont elle fut composée, à l'ancienne Académie des Inscriptions. Il n'y manquait que le nom, et encore avait-il été question, un moment, de le faire revivre. La charge de secrétaire perpétuel était rétablie et Dacier, qui en avait été h^ (hMiuer titulaire avant 1793, en reprenait possession.

La sécurité était ainsi retrouvée. Les confrères dispersés s'étaient rejoints. Un cré<lit était ouvert à la classe pour Timpression de ses Mémoires et pour ses autres dépenses Llle dis[)osait d'un prix ainiuel de l.oOO francs. Pourtant, pendant toute la durée de l'Empire, les études qu'elle patronnait furent assez languissantes, malgié les ressources inespérées ^\\\v mettait aux ordres des historirns (le r;iiili(|iiilr l'apport ;i Pni'is de tant d*œuvres d'art enlevées aux musét's d«' l'Jlali»'. il v avail peut-être, chez ces hommes que (b' si rudes secousses avaient ébranlés, quel(|ue hissitude. Pendant

la Révolution, les collèges avaient été fermés. Bien peu de jeunes gens, durant ces dernières années du siècle, avaient trouvé le moyen de se donner une instruction solide. La partie était belle pour les hommes qui, formés avant 89, avaient su continuer à travailler. Ils arrivaient très vite. Voici en quels termes le célèbre helléniste Boissonade racontait à un confrère comment en 1813, il avait été nommé à Flnstitut. « Etre élu était alors, dit-il, chose plus simple

que ce n'est aujourd'hui le cas.

Il n'y fallait pas tant de façons.

Ainsi, lorsque je commençai à fréquenter à la Bibliothèque Impériale le département des manuscrits, j'allai offrir à Dacier, un des conservateurs du département, une édition que

'M, HMT ~ ^^nV je venais de donner des //ero2ca

^: \J. .,.,.. « z^ÊF de Philostrate et je fus fort

surpris quand il me dit qu'il me fallait songer à l'Institut. Je n'y avais jamais pensé. J'objectai à Dacier que je n'avais aucun titre pour y être admis.

— « Des titres, répliqua-t-il ; mais en voici un très suffisant. Nous n'avons guère de candidats. Il y a une vacance. Mettez-vous sur les rangs, je vous appuierai. Vous ne réussirez sans doute pas cette fois. Les chances sont pour M. Lanjuinais, que pousse son ami M. Silvestre de Sacy ; mais, à la vacance suivante, vous passerez ». En effet, bientôt après, Larcher étant venu à mourir, je fus élu presque sans faire une démarche. Aujourd'hui, l'on fait visite sur visite. Je ne sais vraiment pas si je serais jamais arrivé dans de pareilles conditions. »

Jean -François Boissonade ( 1774-1837).

(Médaille de Bovy, d'après David d'Angers )

ACADÉMIl^ DES INSCRIPTIONS ET BE LL ES- L ETIRES 179

Boissonade se faisait trop modeste; mais il est certain que plus d'un candidat d'aujourd'hui et de demain regrettera de n'avoir pas vécu dans cet heureux temps. La concurrence était alors très faible. La classe comptait dans ses rangs peu d'esprits originaux. Elle s'employa surtout, pendant toute la durée de l'Empire, à liquider la succession de l'ancienne Académie, à vider ses cartons. C'est de ceux-ci (jue sont tirées les dissertations qui remplissent les tomes XLYII à L de la première série des Mémoires, publiés en 1813.

Ce fut seulement en 1815 et 1818 que parurent, sous la rubrique Classe cl histoire et de littérature ancienne, les mémoires qui avaient été lus dans les séances de cette classe, de 1803 à 1816. Ils ouvrent hi seconde série de ce recueil; mais ce qui, pour l'avenir des études historiques, eut plus d'importance que la mise au jour des meilleurs mêmes de ces ti'avaux, ce fut la décision qui avait été prise', aussitôt l'Institut créé, de faire continuer par lui plusieuis dos grandes collections de documents que la défunte Académie avait entrepris de publier. Le principe avait été posé dès 179G et c'était alors à la seconde classe que le soin avait été remis d'achever le recueil des Chartes et diplômes ainsi que celui des Ordonnances dites du Louvre.

L'Académie des Inscriptions avait partagé son attention entic <l<'s études très diverses. Les moines de la congrégation do Saint-Maur avaient l'estreint davantage leur elfoit. Ils l'asaient lait poilei* pai'ticulièreiiient siii* Tliistoire de l'Lglise catholicjue et siii' celle de la France. Mi(;ux défendus encore j»ar la règle monastique contre lesdis»tractions du dehors que ne pouvaient l'tHre les laïques même les plus sédentain^s, ils engagèrent, sur ce terrain d(» l'histoire nationale, îles travaux qu'ils avaient, en moins d'un siècle, [loussés très loin. De 171.') il M'IV), ils avaient jMihlié les trois premiers volumes de la (ial/ia ( hrisidtiin . De \TX.\ à I7()3, se succédaient douze volumes de lllis/ntrr lillrrairr de hi France. En 1738, Dom lk)U(|Uel inaugu-

rait le Recueil des Historiens de la Gaule et de la France ; Irei/.e volumes en avaient paru avant la Révolution.

Ces précieux instruments de travail étaient dJ's lors aux mains de tous ceux qui s'intéressaient au passé de la France ; mais beaucoup de textes historiques, des plus importants, n'étaient pas encore édités. h'Histoire littéraire s'arrêtait au second tiers du x\f siècle. D'autre part, la congrégation bénédictine, dispersée par les événements, n'était plus en mesure de reprendre cette lourde tâche. En 1807, une lettre du ministre de l'Intérieur vint inviter la troisième classe de l'Institut à se charger de ce travail. Celle-ci se déclara prête à l'entreprendre. Elle fit savoir en même temps qu'elle entendait pourvoir à l'achèvement du Recueil des historiens ; elle venait d'en imprimer le tome quatorzième. Elle s'occupait aussi, depuis 1803, de donner une suite aux Notices et extraits des lyiannscints. Quant à la Collection des ordonnances, si elle était restée en souffrance, c'est que l'allocation qui pourvoyait aux frais nécessaires avait été momentanément suspendue. Enfin, la classe s'offrait à préparer un nouveau recueil, celui des Historiens des croisades ; il lui faudrait acquérir, à cet effet, les matériaux déjà rassemblés par un bénédictin, Dom Berthçreau.

C'est ainsi que, dès lors, la Classe d'histoire et de littérature ancienne avait assumé la charge tout à la fois des entreprises scientifiques de l'ancienne Académie des Inscriptions et de celles des Bénédictins de Saint-Maur. Il ne lui restait, pour effacer toute tracts des mauvais jours, qu'à reprendre son nom. Il lui fut rendu par l'ordonnance royale du 20 mars 1816. Depuis ce moment, à part quelques détails insignifiants d'organisation intérieure, il n'y arien eu de changé au statut qui la régit. Elle est, avec l'Académie française, la seule des cinq Académies qui ne soit pas divisée en sections. Ce régime a l'avantage de donner aux choix académiques plus de liberté, ■de ne point condamner aune trop longue attente, comme c'est le cas

(juand la mort épargne longtemps telle ou telle section, les savants distingués qui paraissent devoir faire honneur à la Compagnie. Celle-ci se compose de quarante académiciens ordinaires, de dix académiciens libres et de huit associés étrangers. Elle a soixante-dix correspondants, quarante étrangers et trente régnicoles.

Il existe encore, au sein de l'Académie*, une commission des inscriptions et médailles qui se tient aux ordres des pouvoirs publics. Elle est composée de quatre membres et d'un dessinateur qui est demandé à l'iicadémie des beaux-arts. Il est assez rare que son concours soit requis ; mais elle n'en demeure pas moins comme un souvenir vénérable de nos origines.

A de bien rares exceptions près — je rappelle ici les noms de Jules Quicherat et de Courajod — il n'y a pas eu, au xix*" siècle, un savant de marque qui n'ait apparteim à la nouvelle Académie des Inscriptions. L'histoire de cette Compagnie se confond donc alors avec l'histoire de l'érudition française et celle-ci a, durant cette période, trop gagné à la fois en étendue et en profondeur, elle a olfert une trop riche variété, pour que nous puissions nous proposer ici <!<' présenter même une esquisse très sommaire de ses progrès cl (le SCS (it'couN elles. Tout c(5 (ju'il nous est permis d'indiquer, c'est l'importance du rôle (juc joue l'Académie, coniiiie |>ron)otrice et directrice des études auxquelles elle préside, c'est la pensée dont elle s'inspire, dans rcxeicicc de l'aiilorité toute moi'ale ([ue lui confèrent le prestige de son illustialiun, les exemples qu'elle doime, les encouragemenis (jii'(dl(; dislribui; sous forme de prix et de subventions.

C'est surtout par les lécompenses qu'elle décerne et les conseils (|u"« lie olfre, à ce propos, aux concurrents, que l'Acadéniie dispense

aux travailleurs des le(;ons de méthode et de critique. L'influence dont elle dispose à cet effet a été singulièrement accrue par les libéralités des particuliers, })ar l'iinpoi-tance des ressources dont ils l'ont faite dépositaire. Elle ne reçoit de l'Etat, avec cetle destination, chaque année, que 5.000 francs, soit 2.000 francs pour \{i prix ordi- 9iaire ou prix du budget, qui est attribué à l'auteur du meilleur mémoij'c sur une (juestion proposée deux ans à l'avance, et 3.000 francs pour les trois médailles du concours des Antiquités de la France. Or, en 1903, l'Académie répartissait, entre ceux qui avaient brigué l'honneur de ses suffrages, une somme de 79.000 francs.

Le chiffre varie d'une année à l'autre, suivant que l'Académie se trouve ou non disposer d'un de ces prix qui, comme le prix Jean Reynaud ou le prix Berger, sont donnés successivement par chacune des cinq Académies : mais si l'on prend une moyenne, on constate que la plus grande partie de la somme disponible est affectée à rémunérer des recherches qui concernent notre histoire nationale. Pour faire pencher la balance de ce côté, il suffit de prix tels que le prix Gobert (10.000 francs) et le prix Berger (13.000 francs).

C'est que si, depuis cent ans, les études de notre Compagnie sont toujours restées très variées, comme elles l'étaient dans l'ancienne Académie, il y a cependant une différence : l'étude du passé de notre nation a pris, dans les' travaux de l'Académie et dans ses publications, une prépondérance qu'elle était loin d'avoir conquise autrefois. Nous pourrions alléguer, de ce changement, maintes raisons ; nous nous contenterons d'indiquer celle qui, selon nous, a été vraiment décisive. Ce qui, dans ce passé, intéressait surtout nos devanciers, ce n'était guère, d'une part, que les événements publics, la succession des princes et des ministres, les batailles, les traités, les conquêtes, et, d'autre part, les origines et le développement des institutions religieuses et politiques, administratives el judiciaires ; mais, parmi ceux mômes qui avaient voué leur vie à ces recherches, il en

était bien peu qui se rendissent compte de la suprématie que le génie français avait exercée en Europe au xiii^ siècle. Si quelques-uns en

Le viril X |iuii> iliuis l.i li

m- (Ir r

titul.

•i\ lient le soupçon, ils ne coinpienaientpas à quelles manifestations (\r sa force n;ili\r il;i\;iii dû cet empire. C'est à peine si un ou deux <s[)iits pins cuiirux (ju«' les autres avaient vaguement entrevu la nii;rvcill('usc floraison de notre poésie du moyen ûge, de celle du Nord

184 L'INSTITUT DK FRANGI-:

ol de otvllt' (lu Midi, la prise qu'elle avait eue, en dehors de nos i'i'on||tières, sur toutes les ituiaginations. Quant h l'art dont l'éclosion avaicorrespondu à celle de cette littérature, à Tart des architectes de nos cathédrales et de leurs collahorateurs, les sculpteurs, les peintres verriers et les miniaturistes, il avait été encore plus ignoré, encore plus méconni^. On se croyait (|uitte envers lui en qualifiant de ôarharie gothiqtt^ ses plus heaux ouvrages.

L'heure était venue où les yeux se dessilleraient. Les études romanes naquirent chez nous, dans le premier tiers du siècle dernier, avec Raynouard et Fauriel. Bientôt après, elles étaient reprises, en Allemagne, avec une méthode plus sévère, par Diez. Dès lors, cultivées un peu partout, elles révélaient toute une longue suite d'aventures héroïques, tout un monde de fictions grandioses ou charmantes. Les arts du dessin eurent un peu plus à attendre que cessât ce déni de justice ; mais, vers le milieu du siècle, les Mérimée, les Vitet, les F. de Lasteyrie s'employèrent avec ardeur à en relever et à en décrire les monuments, à en faire goûter les originales beautés. Ce n'est donc plus seulement dans les exploits guerriers de nos pères que nous cherchons le secret du rôle que la France a joué en Europe au temps de ses rois capétiens. Ce secret, nous le demandons aussi aux chansons de ses troubadours et de ses trouvères, aux nefs de ses églises romanes et ogivales, aux bas-reliefs et aux statues qui en décorent les portails. L'Académie a décerné à Mistral, héritier des vieux poètes provençaux, un des prix les plus enviés dont elle dispose. De même, dans le concours des Antiquités de la France comme dans celui du Prix Fould, elle fait une part importante aux ouvrages qui illustrent par des descriptions raisonnées et par d'exactes images les créations des anciens inaîtres de 1^ œuvre et des artistes qui les ont aidés à traduire en formes expressives la foi et les espérances de leurs contemporains.

Cette ferme volonté de tout recueillir d'un si riche héritage,

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l'Académie ne la manifeste pas seulement par le choix qu'elle fait des livres qu'elle distingue et par le caractère des questions qu'elle pose. Elle paye d'exemple. Se conformant au plan jadis adopté par les Bénédictins, les rédacteurs de V Histoire littéraire de la France, {f^ant de s'engager dans l'énumération des écrivains du xiv^ siècle et dans l'analyse de leurs œuvres, ont voulu présenter, pour cette période, un tableau d'ensemble. Or, là, ce tableau est un diptyque. Le tome XXIV du recueil s'ouvre par un Discours sur létat des lettres auXlV^ siècle, signé Victor Le Clerc; mais il s'achève par un Discours sur Vétat des beaux-arts au même siècle^ d'Ernest Renan. Dans le discours que Dom Rivet avait écrit, en 1750, sur le xii^ siècle, il y avait en tout cinq pages sur les beaux-arts. Daunou leur en accordait une soixantaine, quand, en 1824, il s'acquittait de la même tâche pour le xni^ siècle"; mais ces pages trahissent une ignorance du sujet qui ne laisse pas d'étonner de la part d'un savant aussi consciencieux.

Si, par cet endroit, le cadre des recherches auxquelles se livre TAcadémie déborde celui oii s'étaient cantonnés ses devanciers, elle n'a eu, pour d'autres recueils, qu'à poursuivre les entreprises scientifiques dont la charge lui avait été léguée par l'ancienne Académie et par la congrégation de Saint-Maur. Elle a terminé la Table chronologique des diplômes, titres et chartes concernant l histoire de France. Trois volumes avaient été imprimés avant 1789. Les cinq derniers ont paru de 1836 à 1876. Quant à la collection des Ordonnances des rois de France de la troisième race, l'Académie en a publié les tomes XV à XXI, de 1811 à 1849. Arrivée à la fin du règne de Louis XII, elle s'est déchargée sur l'Académie des Sciences morales du soin de continuer ce travail. La partie de l'œuvre qui a été exécutée par l'Académie des Inscriptions s'est achevée par une Table chronologique des pièces visées dans le recueil; elle a paru en 1847. En 1876, la compagnie a résolu de renoncer au format in-folio, dont

ne s'accommode plus la petitesse de nos appartements. Elle a décidé de lui substituer l'in-quarto, et elle a édité, comme suite à l'ancienne série, des volumes qui, sous le titre général : Recueil des historiens de France, forment plusieurs séries distinctes, avec les soustitres : Documents financiers, Pouillés, Obituaires. Projetée dès 1807, la collection des Historiens des Croisades ne commença de paraître

lîiljliulhr.iUL' (le ri/istiluL. Une des salles <le lu luscrve.

qu'en 1844. Elle se divise en ciiKj séries et s'achève par un volume des Historiens arméniens. Enfin l'Académie vient d'entreprendre la publication d«'s Chartes et diplômes des rois de la seconde et de la troisième race.

lîeauroup de textes qui intéressent notre littérature du moyen àg«', sous la forme latine et sous sa forme française, ont paru dans les Notices et extraits des manuscrits, cjui en son! aujoui-d liui à leur toine XXXVIII.

Au j^i'ciiul iioiiibre Jt^ ces publications, ou mesure riuLeusité de l'ellort que rActuléiuie consacre à élucider toutes les questions qui se posent à propos de nos origines nationales et des périodes les plus anciennes de notre histoire. Sans s'être fixé une date ferme, elle lend à ne pas dépasser, dans ses recherches, la iin du x\ " siècle ou les premières années du xvi''.

Etant donnée la variété des éléments qui composent l'Académie, cet eilbrt ne pouvait épuiser son activité. C'est surtout par les Mémoires et par la partie orientale et gréco-latine des Notices et extraits (jue Ton peut se faire une idée de la place que tiennent dans ses travaux les études autres que celle de Fhistoire de France. Avant (ju'il en fût parlé ailleurs, on avait conçu ici le projet du Corpus inscriptionum latinarum . Si elle s'est laissé dérober par l'Académie de Berlin l'honneur d'ériger ce monument colossal, notre Académie a du moins entrepris, à l'instigation d'Ernest Renan, l'exécution d'un autre grand recueil qui n'est pas moins destiné à faire époque dans l'histoire de l'érudition moderne, le Corpus inscriptionum semiticariim. C'est en 1867 qu'il a été décidé de le commencer. Les chapitres les plus importants en ont été publiés. Des suppléments successifs le tiendront au courant. La matière en est préparée par le Répertoire d'épigraphie sémitique, qui publie, à mesure qu'ils se révèlent, les textes nouveaux.

Dans le domaine même de l'antiquité classique, l'Académie offre aux travailleurs l'utile secours des hiscriptiones grœcie adres rômanas pertinentes, expliquées par les meilleurs de ses épigraphistes. Aux numismatistes, elle fournit des matériaux précieux par la décision qu'elle a prise d'éditer, en le complétant, le Recueil des monnaies grecques de l'Asie Mineure, commencé par Waddington. Les archéologues lui devront de connaître les pièces rares que renfermait la riche collection de Clerq. C'est sous la direction de trois de ses membres que continue à en paraître, après la mort du propriétaire

Je ces trésors, le catalogue illustré. Enfin, s'il est en Europe un recueil ((ui donne, avec un commentaire toujours dû à un appréciateur compétent, de belles et fidèles images d'œuvres d'art inédites ou connues seulement par des reproductions insuffisantes, c'est bien celui des Monuments et mémoires, plus connu sous le nom de Monuments Plot. Ce recueil ne peut suffire aux frais de planclies aussi soignées que grâce à la subvention qu'il reçoit de l'Académie; celle-ci en a confié la direction à deux de ses membres. 11 est pourvu à cette dépense sur les revenus du capital qui nous a été légué par un collectionneur célèbre, Eugène Piot. Celui-ci avait le goût à la fois très fin et très large. L'Académie s'inspire de son esprit dans le cboix des ouvrages qu'elle admet dans ce recueil. Les bronzes égyptiens et cbaldéens y voisinent avec les vases et avec les marbres grecs, avec les ivoires et les émaux byzantins, avec les Vierges françaises, avec les basreliefs toscans. Ce fonds aide aussi à faciliter la publication délivres à figures ; il a souvent permis d'entreprendre des fouilles qui ont donné des résultats beureux. Il représente dans notre budget le cbapitre de l'iiistoiie de Fart.

A mesure que s'augmentait ainsi le nombre des objets entre lesquels se partageait l'attention de l'Académie, celle-ci se préoccupait davantage de nouer des relations plus suivies avec les travailleurs parmi lesquels eUe avait cliance de se recruter. C'est dans celle pensée que fut fondé, en 1838, le recueil, qui en est aujoind liiii à son tome XI, des Mémoires présentés à l Aeaâémie par dirrrx savants. On y accueille, sous certaines conditions d'examen j)iéalable, les travaux de personnes qui ne font pas pai'tie de la Compagnie. Un pas <b' |)liis. «'I j)liis (h'-cisiF, a élé fait dans cette voie p;ii- la (b'cision piisc de pubb'er les Comptes rendus des séanees. Jadis, dans Tancienne Académie et dans la nouvelle, ce cjui se faisait en séance n'étail |)()rlé à la connaissance du public (|ue par un résumé (|ui, sous le titi-e iV llisloire de IWeadéniiCy était imprime

en tète d'un volume des Mémoires. Cette histoire avait ainsi, (juand elle paraissait, deux ou trois ans de date. L'intérêt n'y était plus.

Dès 1853, Alfred Maury avait coniniencé de donner, dans V Athenxum français, une brève analyse du procès-verbal de cluujue séance. En 1857, Ernest Desjardins, avec l'agrément de l'Académie se fit l'éditeur de comptes rendus plus développés, qui paraissaient par cahiers trimestriels. A partir de 1865, l'Académie prit la responsabilité de cette publication, que dirige son secrétaire perpétuel. Dans ces cahiers, qui se succèdent de mois en mois, on trouve, outre le résultat des élections de membres ou de commissions, les découvertes annoncées en séance, les actes principaux des séances publiques, les communications des membres et des lecteurs autorisés par le bureau.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement par l'intermédiaire de ce bulletin officiel que l'on est informé, au dehors, de ce qui se passe dans ces salles jadis closes et sourdes. Leurs portes, que franchissaient seuls autrefois les académiciens et les quelques initiés auxquels ils avaient donné le mot de passe, se sont, depuis une trentaine d'années, d'abord entr'ouvertes pour des visages connus ; puis bientôt elles se sont ouvertes à deux battants. Nos entretiens restent trop sérieux pour que nous ayons à craindre renvabissement de la foule. Avec les habitués curieux d'avoir la primeur des nouvelles académiques, les journalistes sont venus ; ils siègent par bande au bas bout de la table. Dès le lendemain, les gazettes ont mis des milliers de Français au courant de nos faits et gestes. La présence de ces étrangers a bien le défaut de provoquer des causeries dont le bruit, par instants, risque de couvrir la voix du lecteur; mais, en revanche, les érudits n'ont-ils pas tout bénéfice à voir s'accroître, grâce à cette publicité, le nombre des intelligences qui prendront intérêt aux questions dont ils s'occupent? Certaines donations nous sont venues de bienfaiteurs qui, de leur vivant, n'avaient certaine-

ment jamais ouvert un de nos livres. Nous ne pouvons guère nous les expliquer que par TefFet d'un de ces échos que grossit et prolonge le retentissement de la presse quotidienne. Quand l'Académie veut discuter ses propres affaires et les avis de ses commissions, elle a la ressource du comité secret.

Cliclu- Alina

Le palais Farnèse, siège de l'Ecole française archéologique de Roiuo.

L'action que la Compagnie exerce sur le mouvement des recherches historicjues prend encore d'autres formes. Cinq membres du conseil <le perfectionnement de l'Ecole des Chartes sont choisis pai- rlh», dans son sein. Les Ecoles françaises (TAthhies et <li' liiu/tr ont <''l(' mises sous son patronage pju' le (h''crel du 7 août 18;)0(|ui atiié TEcole d'Athî;nes d'une situation précaire, v\ p;«icelui du 20 iioxrnihre 187") cjui a organisé l'Ecole de Home. Les premiers essais de nos jeunes missionnaires sont lus et appréciés ici par

«les jiig^es bienveillanls. Lorsque, on 18U1, M. Dourner, gouverneur général de rindo-Chine, eut l'heureuse pensée de créer, dans notre belle colonie, un centre d'études analogue aux établissements que nous possédions dans les métropoles de l'antique civilisation occidentale, il voulut que l'Ecole française d'Extrême-Orient fut placée sous le contrôle scientifique de l'Académie. Pour la nomination des directeurs d'Athènes, de Rome et de Hanoï, pour les chaires de l'Ecole des Chartes et de l'Ecole des Langues orientales vivantes, pour celles du Collège de France qui ressortissent aux études où elle est compétente, elle a le droit de présentation. 11 lui est permis de regretter que des considérations étrangères aux intérêts de la science aient parfois décidé du choix que le ministre a fait parmi les candidats sur la valeur desquels son avis était demandé.

Ces droits que les pouvoirs publics ont conférés à l'Académie et la déférence avec laquelle ses jugements sont acceptés se fondent sur l'autorité que ses membres ont conquise, tous par la solidité, quelques-uns par la haute originalité de leurs travaux. Pour ne parler ici que des morts, il est des noms et des souvenirs que nous pouvons rappeler ici avec un juste orgueil. Pendant le premier tiers du xix*" siècle, tous ceux qui, en Europe, voulaient apprendre à fond l'arabe littéral ont été les élèves de Silvestre de Sacy. Un peu plus tard, de 1832 à 1852, ce fut autour de la chaire d'Eugène Burnouf, au Collège de France, que vinrent se presser, nationaux et étrangers, les jeunes g-ens que tentait le mystère de l'Inde ancienne, de sa langue et de ses livres sacrés. Ceux des étudiants d'alors qui sont devenus à leur tour des maîtres, dans le domaine du sanscrit, ont toujours continué à se réclamer de Burnouf, à s'inspirer de sa méthode et de ses exemples. Plus tard, vers la fin du siècle, c'était un rôle semblable que jouait un autre de nos confrères, dont la perte récente a été un deuil cruel pour notre Compagnie. Il n'y a pour ainsi dire pas un romaniste, dans les universités et dans les sociétés

savantes du nouveau monde et de l'ancien, ((ui ne se vante d'avoir suivi les leçons de Gaston Paris ou qui, tout au moins, ne se plaise h reconnaître ce qu'il a dû à ses livres, à ses articles, à ses notes bibliog"rapliiques de la Ro mania.

Des savants tels que ceux dont nous venons de rappeler les titres auraient risqué, dans la France de l'ancien régime et peut-être même au commencement du siècle dernier, de passer presque inaperçus, en dehors du cercle très restreint oii leur vie se serait enfermée. La foule n'aurait même pas soupçonné le caractère et l'importance des résultats de leur obstiné labeur. Il n'en est plus tout à fait de même aujourd'hui ; mais, aujourd hui même, quand on n'a pas essayé, pour son propre compte, d'appliquer les méthodes que nous pratiquons, on a peine à mesurer la dépense de temps et l'effort d'intelligence qui sont nécessaires pour découvrir la moindre parcelle de la vérité historique.

Cette vérité, c'est nous qui la cherchons, j'allais presque dire c'est nous qui la faisons. Quelques-uns d'entre nous, comme les Champollion et les Oppert, s'attachent à retrouver le secret des langues perdues. Chaque texte, jusqu'alors incompris, qu'ils déchiffrent permet de ressaisir uw des modes par lesquels a passé, une des formes (ju'a prises sik (cssivement la pensée de l'homme. D'autres, comme un Stanislas Julien, nous traduisent des livres écrits dans des idiomes (]iii n'ont pas péri, mais dont l'abord se hérisse, pour les Occidentaux, <!«' iiiill(> (liriiciillV's, (juc ('()mpli(ju(' riicor»' la «lilférence profonde des '"iM< plions ri des sentiments. Ils font plus : ils réussissent,comnie un Ernest Krnan, à dégager l'idée que contiennent des phrases qui [)arf()is, dans une version littérale, ne présent(*nt aucun sens, lis trouvrnl «les éfjiiivaleîits rjui ne faussent pas la signilication ; ils exposent I 13

les doctrines et les croyances des peuples qui, par tout Tensenible de leur constitution physique et morale, ressemblent le moins aux nations européennes du xix" siècle. Les Grecs et les Romains paraissent plus près de nous. Des liens étroits rattachent notre littérature à la leur et cependant, soit en étudiant de plus près les auteurs, soit en expliquant les inscriptions, de jour en jour on pénètre plus avant dans rintelligence des littératures classiques et Ton se rend mieux compte du mécanisme de ces institutions que, naguère encore, on connaissait et on jugeait si mal.

L'homme d'autrefois n'est d'ailleurs pas tout entier dans ce qu'il a écrit. Nombre de ses pensées n'ont survécu que dans des monuments d'un autre ordre, dans les édifices qu'il a bâtis, dans les figures qu'il a modelées, dans tous les objets que ses mains ont façonnés en vue des divers besoins de la vie. Plusieurs d'entre nous demandent donc à l'art de les aider à suppléer au témoignage des lettres, pour en combler les insuffisances et les lacunes. Leur tâche est souvent malaisée ; mais, surtout lorsqu'ils s'occupent de la Grèce, ils sont amplement payés de leur peine.

C'est à l'antiquité chrétienne, c'est au moyen âge que se consacrent beaucoup de nos confrères. Ils étudient la transformation qui substitua par degrés aux sociétés antiques la société nouvelle ; ils ne se laissent rebuter ni par la barbarie du bas latin, ni par les perpétuelles variations de ces dialectes vulgaires qui devaient devenir les langues modernes, ni par la multiplicité de documents dont le nombre va toujours augmentant à mesure que l'on se rapproche de notre époque. Ils nous font mieux aimer la France, en nous révélant ce que nos pères ont mis de poésie et de génie dans des œuvres auxquelles il n'a manqué, pour devenir classiques, que d'être écrites dans une langue qui ne changeât et ne se renouvelât pas avec chaque génération.

Il y a, on le voit, une grande variété dans nos travaux. Ce qui en fait

r unité, c'est que nous av ons tous une même passion, celle de l'exactîtude. Nous estimons que, dans tout le vaste domaine de la science, il nv a place nulle part pour l'a peu près. Nous n'admettons pas qu'il y ait, enpareille matière, de détail sans importance. Lorsque cette conviction s'est imposée à l'esprit, on passe volontiers des mois et, s'il le faut, des années, à tenter de résoudre tel ou tel problème dont l'intérêt même serait difficilement compris en dehors d'un cercle de dix ou douze personnes. Les esprits légers allégueront que c'est beaucoup de peine pour un mince résultat ; mais il suffit de la moindre réflexion pour démontrer que c'est là un jugement injuste et tout superficiel. Ce que croit et dit l'opinion courante, à propos des principales (jueslions historiques dont elle se préoccupe, ce qu'enseignent a notre so<i('l<'' les livres de seconde main oii elle prend ses idées, ce n'est j)as autre chose, à vrai dire, que le résumé des solutions (jui ont été fournies par la linguistique et par la critique des textes, par Tépigraphie et par l'archéologie, par la paléograpiiie et par l'étude des pièces d'archives. On connaît ces formules que les vulgarisateurs emploient pour définir les caractères d'un siècle, d'un peuple, d'une civilisation; or chacun»^ d'elles représente le travail condensé <!<' pkisieurs généj-ations (r(''iudits, dont .quelques-uns ont eu du .iiéiiir.

A l'Académie des Inscriptions, on ne l'enonce pas à écrire l'histoire. I*()iii- le |(iou\<'i-, il siifliinit (!<■ riippclcr ici les noms d'un Augustin 'lliiniN cl (I un (liii/ot ; mais ceux même d'nilre nous (|ui s<'mblenl Ixuiirr le plus h'ins .iiuhilions et s'cnlciiurr Ir plus résolument dans <juel<ju«' «Hude sjiéciale rendent encore un inappréciable service. .\i(lés (jr tous ces travailleuis laborieux et (h''sintéressés qui se groupent autour <le nous et (jui s'inspirtuit (h^ notre esprit, ils amassent «d ils taillent les pierres de l'édifice dont les premiers fondements onl i'\r i<'l< ^ piii li's gnui<ls énulils de l.i Renaissance, édinco auquel nos conlriiiporains on! ajouh' plus d'un «l.im' cl cjuc le XX* siècl** COU-

duira peut-être bien près du faîte. Ils réunissent les matériaux de celte histoire complète et sincère dans la(}uelle riiumanité reprendra conscience des différents états (ju'elle a traversés et revivra, par l'espi-it, son enfance, sa jeunesse et son âge mûr.

Georges Perrot,

Secrétaire perpétuel de l'Acadéniie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Fauteuil dit de Henri IV

* Ce fauteuil, aujourd'hui conservé au Palais de l'Institut, passe pour être celui où Henri IV, transporté au Louvre de suite après l'attentat de Ravaillac. rendit le dernier soupir.

Plantation d'un arbre de la liberté devant le collège Mazarin. (D"après une estampe de l'époque révolutionnaire.)

Vue de la Tour de Nesles (gravure de Jacques Callot) 1

Vue générale du Palais de l'Institut (façade sur le quai). 3

Le collège des Quatre Nations (d'après le plan de lîrctez) 7

Le cardinal Mazarin, fondateur du rollèce d(>s Otnitre-Nations (iirave p.ir

Michel Lasne i6i3) . 9

Plan [viU'v à la plume par Levau 10

\ iii « I l'«ispective du Collège des Quatre-Nations (xvii" siècle) 13

1 ;i( ;i(l(' <!.• la chapelle du collège desQuatre-Nations en 1700. nvoclo?; groupes

-' iiijitt- placés à l'extérieur 14

La prcinière cour du P.iImIs de lliKliliil. — Cour de l'florlosie (façades ouest

cl nord) IG

<.illl<. dessinée par Uorbay, qui sépiir.iil .iiilnfois la première cour de la

MMde r

I ihIh au du cardinal Mazarin, par Coysevox (autrefois dans la chapelle du

( ull. ^.' (j.s Oiiih --Nations, aujourd'hui uu musée du Louvre, gravure de

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