DES
Gomme les individus, les corps savants, (|ii;in(l ils vieillissent, aiment à remonter, par un effort de mémoire, vers le passé, îi évo(|uer les souvenirs de leur enfance et de leur adolescence. Notre Académie est arrivée à l'Age où l'on commence à goûter le charme de ce retour en arrière. Pendai\t deux siècles et plus, c'est à peine
136 L'INSTITUT DE FRANCL:
si sa vie a subi un court arrêt de deux années. Le reste du temps, sous divers noms dont aucun ne définit exactement le caractère du rôle qu'elle a joué dans le développement de la science historique, elle a vécu appliquée à sa tâche, sans que jamais s'interrompît chez elle, fidèlement gardée à travers tous les changements de régime, la tradition de la recherche méthodique, du travail inventif et fécond.
Lorsque, pour goûter ce plaisir, nous nous reportons vers nos origines, nous faisons des découvertes qui ne laissent pas de nous causer quelque surprise. La Compagnie était officieusement constituée depuis 1663; mais c'est seulement au mois d'août 1694 qu'elle s'astreignit à tenir une note exacte de ce qui se disait dans ses séances. Nous possédons, à la Bibliothèque de l'Institut, la suite des registres où, depuis lors, ces procès-verbaux ont été régulièrement transcrits. Pour tout ce qui est antérieur à cette date, nous n'avons que l'Histoire de l'Académie qui fut écrite, au commencement du xviif siècle, par son second secrétaire perpétuel, Gros De Boze (1706-1733). De Boze avait recueilli les souvenirs des vétérans de la Compagnie \
Notre Académie ne saurait, comme l'Académie française, se réclamer de Richelieu. C'est du règne de Louis XIV qu'elle date, des années brillantes du règne. Tous alors autour de lui, les courtisans de métier comme les ministres, rivalisaient de zèle pour servir la renommée du monarque. Artistes et hommes de lettres étaient requis de s'associer au commun effort. Les historiens, les orateurs et les poètes se sentaient tenus d'aboutir, par des voies diverses, à un même éloge, celui « des vertus du Roi ». Les architectes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les danseurs mêmes étaient appelés à jouer leur partie dans ce concert d'éloges, que dirigeait,
* De Boze plaça ce récit, sous le titre d^Histoire de V Académie, en tête du premier volume des Mémoires, qui parut on 1717 ; mais il avait été assez goûté pour qu'un libraire en ait donné une édition destinée au grand public {Histoire de l Académie royale des l7iscriptionset Belles-Lettres, depuis son établissement, avec les éloges des académiciens morts depuis son renouvellement). 3 vol. in-12, Paris, Guérin 1740.
en chef d'orchestre attentif au jeu de tous les instruments, le prince même en l'honneur duquel il était donné.
Partout donc s'élevaient des édifices grandioses, que décoraient des statues, des bas-reliefs, des peintures, des tapisseries qui,
CLAl'DK CliOSlJhliOZh, ~
. V /. Icii). <W;i.//.-.r/^//yro-.v'/«.U/v/-/. .^ JcLi xn) '^
Claude Gros de Bozo (1 680-1 753j.
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions do 1706 à, 1753.
(Gravé par N. Dupuis, d'après Chevalier.)
soit sous h; voile de transparentes allégories, soit dans des scènes empruntées à la réalité, offraient toujours aux yeux la môme image, celle de Louis, de ses fondations, de ses guerres, de ses victoires. L'outil de maîtres graveurs s'appliquait à ciseler de belles médailles dont rhacune rappellerait un des événements mémorables de celte
m L'INSTITUT 1)K FRANCE
merveilleuse histoire. Les allégories, où l'iillusion aux incidents de la vie contemporaine devait se traduire par des formes empruntées à la tradition, exigeaient une connaissance exacte des types créés par le génie grec. Au fronton des bâtiments, dans le champ tles tableaux et des tentures qui les paraient, au revers et à l'exergue des médailles, on voulait placer des dédicaces, des devises, des légendes qui, par une phrase courte et nette, précisassent le sens des figures. Les spectacles tenaient une large place dans les fêtes de la cour. Or ils supposaient aussi, pour être bien réglés, l'intervention de régisseurs doués de quelque érudition classique. C'était de la mythologie, d'une mythologie toute conventionnelle, qu'étaient tirés les thèmes des opéras et ceux des carrousels.
Ce fut de ces nécessités que naquit, en 1663, la Compagnie qui fut d'abord dénommée, dans l'usage courant, la Petite Académie. Colbert suggéra au Roi l'idée d'instituer ce que nous appellerions aujourd'hui une commission, à laquelle incomberait la charge de rédiger toutes ces inscriptions commémoratives. Louis voulait que celles-ci, par leur élégance, relevassent encore la beauté du travail des artistes qu^il employait. Les personnes qu'il aurait investies ainsi de sa confiance devraient aussi donner leur avis sur tout ce qui touchait (( à la gloire du Roi », sur les meilleurs moyens que l'on trouverait de la répandre dans toute l'Europe et de l'étendre jusqu'à la postérité la plus reculée.
C'étai.t dans l'Académie française, fondée depuis 1633, que se trouvaient alors réunis les écrivains qui passaient pour savoir le mieux, outre leur propre langue, la langue latine. Ce fut donc parmi ses membres que le Roi choisit, pour fournir des projets de devises et de médailles, quatre auteurs, réputés gens de goût et bons humanistes, Chapelain et Charpentier, les abbés de Bourzeis et de Cassagnes. Chapelain doit aux railleries de Boileau que son nom ne soit pas tout à fait oublié. Quant à ses trois autres confrères, deux
au moins d'entre eux s'étaient fait connaître par des traductions du latin.
Les commissaires ainsi désignés se rassemblaient dans la bibliothèque de Colbert. Celui-ci leur transmettait les ordres du Roi. Point
L'abbé de Bourzeis (1606-1672).
(Gravé par I)esroc!.crs.)
1' I' Lilement particulier, ni de jour fixe pour les séances. L'iiiver,
on s(; réunissait le mercredi. C'était le jour le plus commode pour
b' ministre, qui aimait à assister aux délibérations. L'été, Colbert
rmmenait la Compaj^^iiie a Sceaux, dans sa maison de campa^rne.
Une fois la commission formée, le Roi prit Ibabitude^-de la cou-
sulter sur des objets qui n'avaient pas été d'abord de son ressort. Louis XIV avait commandé des tapisseries pour ses appartements. La Compagnie eut mission de choisir des projets de dessins pour ces tentures; les estampes accompagnées de descriptions, dont le recueil fut publié par ordre du Roi, sont le fruit de ses premiers travaux. Elle devait aussi composer les récits des solennités et
Le château de Sceaux, où Colbcrt emmenait souvent l'Académie.
(Gravure d'Israël Silvcslrc) (1675.)
des fêtes dont Versailles était le théâtre. Ces fêtes, elle concourait à en dresser le programme. Des conseils lui étaient demandés par l'intermédiaire de Claude Perrault, frère de Fauteur des Contes, qui était fort avant dans l'intimité de Colbert; il avait le titre de conlrôleiir des bâtiments du Roi. Il assistait aux séances et y faisait fonction de secrétaire. Il y soumettait aux académiciens les esquisses préparées pour les peintures et les sculptures qui allaient embellir Versailles. Les Quatre décidaient du choix et de l'ordre des statues ;
ACADÉxMIE DES INSCRl PTIONS ET BELLES-LETTRES 141
ils donnaient leur avis sur les ornements des fontaines et des bosquets.
De ces consultations, on passa à la rédaction de véritables ouvrages. La Compag^nie (%it faire graver le plan et les vues principales des maisons royales; Des places importantes avaient été prises. Le Roi voulut en avoir le plan et Tbistoire. La Petite Académie fut cbargée de ce nouveau travail et; entre temps, elle se faisait la collaboratrice de Quinault. Elle lui donnait les sujets de ses tragédies en musique, comme on disait alors, et en réglait les divertissements. Quinault entra dans la Compagnie en 1674.
Pendant les derniers mois de la vie de Golbert, les séances languirent; peut-être auraient-elles cessé, si Louvois, qui, remplaça Colbert comme surintendant des bâtiments, n'avait pas tenu à marquer le même zèle pour tout ce qui touchait à la gloire du Roi, IJ Académie des médailles, — on commençait à la désigner ainsi — reprit le cours de ses travaux. Louvois la réunissait chez lui, soit à Paris, soit à Meudon. Bientôt, voulant lui donner une constitution mieux réglée, il lui assigna pour local la salle des séances de l'Aca- (It'iiiir Française, au Louvre, où Ton dut s'assembler le lundi et le sanicdi, de cinq heures à sept heures du soir. Le contrôleur des bâtiments, La Chapelle, successeur de Perrault, devint le cinquième académicien, et le nombre des membres de la Compagnie fut |K)ih'' à luiil. lorsqu'elle se fût adjoint Racine, Boileau et le garde des anti(|ues du cabinet du Roi, Raissant.
On reprit alors avec plus d'assiduilé les travaux et partie ulii'i'eineul la composilioii des médailles. Le module des premières nnMlailles exécutées sur les dessins iidoptés antérieurement par la Compagnie ih; parut |)Ius suffisant; on commença la série des iiK'daillous (|ui ruiTiii apprlés Ics Médailles de la grande histoire. Ou n'diiiea aussi les devises des jetons qui étaient attribués, selon Tusage du temps, aux mmibies «le tous les conseîls. L'Académie
rtiiit aussi consultée sur la décoration^des maisons royales et sur les dispositions à prendre pour les fôtea^e la cour. De tels objets nous paraissent aujourd'hui fort])eu di^iT?s de l'attention d'esprits sérieux.
Claude Perrault (1613-168S).
(Gravé par Edelinck, d'après Vercelin.)
Mais tout le monde pensait alors ce que Racine écrivait à Colbert en lui dédiant sa tragédie de Bérénice : « Les moindres choses deviennent considérables pour peu qu'elles puissent servir à la gloire ou au plaisir du Roi. »
Quand Ftige et la dévotion eurent refroidi le goût de Louis XIY pour le plaisir, la Compagnie retomba dans la langueur oii Tavait
jetée, quelques années auparavant, la maladie de Colbert. Les membres décédés ne furent pas remplacés. On ne se réunit plus qu'à longs intervalles. Pour donner une nouvelle, vie à un corps qui semblait alors destiné à mourir de sa belle mort, il fallut l'avènement au ministère du comte de Pontchartrain. Il avait dans son département la maison du Roi et les Académies étaient ainsi placées sous son autorité. Il invita d'abord la Compagnie à se compléter. Quinault et Raissant eurent pour successeurs Renaudot et J. de Tourreil, deux hommes qui, par l'étendue de leur savoir, étaient très supérieurs à leurs devanciers. Pontchartrain leur adjoignit son propre neveu, l'abbé IJigiion, bibliothécaire du Roi. La dignité ^e la Petite Académie se trouvait relevée par l'entrée dans ses rangs d'un personnage qui joignait à des connaissances spéciales le crédit d'un homme de cour." Le nouvel élu, confident du ministre, était ainsi tout désigné pour conduire des travaux qui reprirent aussitôt une nouvelle activité. On révisîi les dessins de toutes les médailles (|ni avaient été composées; on en compléta la série; on en ramena h' module à une même grandeur. L'iiisloire métallique de Louis XIY lut continuée jusqu'à l'année 1700. On choisit le peintre Antoine (Joypel pour m exécuter les dessins et les plus habiles graveurs de rj']urope furrnt ap[)elés |)()ui' m cist'ler les coins. La Compagnie e()m[>tait paiini ses nHMubres un des j)lus lins coiniaisseurs en malii're darl (juil \ eut alors en P'i'ance, Andié Félibien. IJle s'était aussi i-c'criiiiiMiil .iLZK'ué le latiniste et lielléniste André J)arirr. donl l.i r<'iiimc. Aime Lclî'vre, aurait peut-être eu plus de di'oil- riporf ;i \ prrndrt^ séan'ce.
\)v Ii;ii:', il 1700, ce n'était donc pas seulement pju- rjuignientation graduelle du nombre d«' ses membres que la Compagnie avait gagné en importance. Sa composition et son esprit s'étaient peu à peu modilié's. Les administrateurs, tels que Claude Perrault et I^a (Chapelle, u'v doiniîiient plus le ton. î^es occupations jivouées de rVcr-
demie semblaient pourtant être restées les mômes qu'à Torigine. Pour s'expli([uer le changement qui s'était produit, il faut ne pas s'en tenir aux apparences. Dès le début, la diversité même des services qui étaient demandés à la Compagnie avait forcé ses membres il partager leur attention entre bien des sujets d'études. Ne fût-ce
îin"
/ - IlIltlH
M""» Dacier (lOôMTiO).
(Gravé par Gaillard, d'après Ferdinand.)
que pour dresser le canevas d'un livret d'opéra ou même pour dessiner les costumes d'un ballet dont les personnages seraient les dieux de l'Olympe et les héros, il leur fallait rouvrir les auteurs classiques; se remémorer toutes les fables de la mythologie, feuilleter
les recueils où étaient reproduits les monuments des arts de la Grèce et de Rome. A plus forte raison, quand ils avaient à fournir aux médaillistes les tliëmes des images de leurs coins, devaient-ils jeter les yeux sur les monnaies et les médaillons que renfermait le
Au^vr \).u-u'v .i(;:,i-iTi'-.' .
(Gravé i.;ir t.,ullar(l, d après i.'nlniaii.l.)
(liiltiiifl <lii l{()i. Tout cela supposai! des «'ihiikMcs doiil les ri»sultats faisainil les Irais des s('aiic(;s. On causait, cl, iimmiic tlaiis les preiiiiî'ics aiiin''(îS, CCS con\ <'isal ions a\an'iil as^c/. d»' \aiifl»' pour <|lir (!(»ll»t'|-| V j)ial lin wï lllh-irl. Ill.-ll <|lir s.Hl ••diK atioii <'ùl 4'h' a>^('/, iK'Lilii: ('•('. il a\ail l'r^inil miil: iiliri«'Mirnl cuiatMix. « Son 1. 10
^oût », écrit Tabbé Sallier, « embrassait toute sorte de littératures et ses vues s'étendaient à tous les temps. »
Ces entretiens durent devenir plus intéressants encore, lorsque
Lo chancelier de Ponlcliarlraiii , 1G43-17::!7.;
Protecteur de TAcadémie des Inscriptions.
(GraA'6 par Bounart.)
l'Académie eut commencé de se recruter parmi les vrais savants. Dès lors, on s'avisait, en assistant aux réunions, qu'il pouvait y avoir, pour les intelligences ouvertes et vives, un autre emploi de leur temps que cette recherche du bien dire qui paraissait être le principal et parfois l'unique souci des membres de l'Académie fran-
raise, tout au moins de ceux de ses membres qui n'étaient pas, comme un Corneille, un La Fontaine, un Racine et un Bossuet, des écrivains de génie. C'est ce dont s'était rendu compte l'abbé Bignon et il n'eut pas de peine à faire entrer dans ses idées son oncle Pontcbartrain. Celui-ci sut comprendre quels services on devait attendre d'une société d'hommes instruits et laborieux qui s'attacheraient à étudier l'histoire du royaume, depuis ses origines jusqu'au règne de Louis, et aussi l'histoire de la Grèce et de Rome, celle de ces lettres classiques où les lettres françaises cherchaient leurs modèles. Le goût ne pourrait que se former et s'épurer à mesure que l'on acquerrerait une connaissance plus exacte et plus line des chefs-d'œuvre de l'antiquité. L'éclat du présent règne serait encore rehaussé par la comparaison qui s'établirait entre sa splendeur et tout ce qui l'avait précédé, tout ce qui l'avait préparé. Les officiers du Roi, pour faire prospérer les provinces qui leur seraient confiées, et les magistrats, pour appliquer sagement les lois, auiaient tout profit à être mieux informés qu'ils ne l'avaient été jusqu'alors du passé de ce pays qu'ils étaient chargés d'administrer et où ils avaient à rendre la justice. La Compagnie qui se vouerait à cette tàclie aurait donc une utile mission à remplir, ce (jui ne l'rmpécherait pas de continuel* à s'acquitter des devoirs qui lui avaient été tout d'abord imposés.
(^est (le CCS pensées que s'inspira le plan complet d'organisation (jui, dressé par l'abbé Bignon, éleva au rang d'institution d'h^tat une Compagnie dont l'existence avait pu sembler ne devoir être que temporaire. Jusqu'au dernier moment, ce plan fut tenu sccrrl. On ;i\;iil pu ciiiimlic (jiir des susceptibilités et des jalousies iK' If liNX'iil avorter. Il pom.iil [joi'Icr ombrage à l'Académie françaises et irrit<'r le {'nrlement, mal disposé pour les compagnies |>rivilégiées.
C'est Je 16 juillet 1701 que parut l'ordonnance par laquelle fut vraiment fondée notre Académie. Malgré bien des changements partiels, les grandes lignes en ont été respectées par le temps ; elles se laissent suivre et reconnaître jusque dans notre constitution actuelle. Cette ordonnance a pour titre : Règlement ordonné par le Roi pour r Académie roijale des inscriptions et médailles.
Calqué, à peu de chose près, sur celui qui avait été donné, le 26 janvier 1699, à l'Académie des Sciences, ce règlement n'a pas moins de quarante-neuf articles. Tout en rappelant, par son intitulé même et par les dispositions de ses articles XIX et XX, la fonction en vue de laquelle a été établie l'Académie, il convie celle-ci à d'autres recherches qui ne tarderont pas à réclamer la plus grande part de son attention et de son activité.. Il spécifie que l'Académie (c devra composer les descriptions historiques des événements par rapport auxquels les médailles auront été faites ». C'était la porte ouverte à toutes les études que comporte l'histoire de la France. « L'Académie », est-il dit ensuite, « travaillera encore sans délai à l'explication de toutes les médailles, médaillons, pierres et autres raretés antiques et modernes du cabinet de Sa Majesté, comme aussi à la description de toutes les antiquités et de tous les monuments de France. » C'était indiquer aux académiciens les voies encore k peine frayées de la numismatique et de l'archéologie. Leur curiosité n'était pas provoquée à se porter seulement sur les objets d'art qui, arrachés à leur terre natale, étaient venus meubler les galeries et les vitrines des musées ; elle l'était aussi à se fixer sur tout ce que nos plus vieilles cités avaient gardé des bâtiments magnifiques dont les avait ornés la civilisation romaine.
L'article suivant énumère les ouvrages, « tels que sont les statues^
les mausolées, les épitaplies, les médailles, les jetons, les devises, les inscriptions d'édifices publics » auxquels, comme par le passé, l'Académie devra donner ses soins ; puis il poursuit ainsi : « Comme la connaissance de l'antiquité grecque el latine et des auteurs de ces deux langues est ce qui dispose le mieux à réussir dans ce genre de travaux, les académiciens se proposeront tout ce que renferme cette espèce d'érudition comme un des sujets les plus dignes de leur n])]ili('ation. » L'attention de FAcadémie se trouvait ainsi appelée sur
Médaille coiiiiiu'ih
a».-»c-i.xs:îi;-
vc de la fondation do l'Acadéi
(Gravée par .Maii-ii'.)
des Inscriptions (1663).
les études mêmes qui vont tenir la plus grande place dans les entretiens de ses membres, pendant tout le xviii° siècle.
l'<Mir (jue l'Académie pût remplir le vaste programme que lui li.Kiiit le nouveau règlement, celui-ci augmentait, dans une très loilc propoi lion, le nombre de ses membres. Ce nombre serait de (|ii;i rallie, comme à l'Académie française; mais, ici, ces membres ne M'i;ii('iil |»;is lous sur un pied d'égalité, comme dans la Compagnie - r. .(• |.;ii |{i( liclini. Ils seraient divisés en quatre classes. Il y aurait
dix lioint/nii-cs, dix iini^ion naiifs, dix f/s<f)rif's et iVlX éièves.
Lc^ /ni//o/y///rs ('hiiciil .î peu [)ri'S ce (jur NOUS appelous aujourd'luii b's iin'nilnc^ lihic^. ( ,ts places élainil it'scix «'es aux persotuics de condilion ('drxcf cL aux nicmbn'S des ordres religieux. Ils dc\ aient «riiilletir^ " rlrr tOUS recoinniandables par leur érudition dans les
belles-lettres et leur intelligence en l'ait de monuments ». Les pensionnaires étaient destinés à former la partie la plus active de l'Académie. Ils étaient tenus à la résidence dans la capitale, d'où « ils ne pourraient s'absenter, pour affaires particulières, liors le temps des vacances, sans un congé exprès de Sa Majesté ». Ils touchaient une pension, en échange des obligations qui leur étaient imposées ; les pensions paraissent avoir été de 2.000 livres pour les plus anciens titulaires, de 800 livres pour les derniers nommés. Le règlement ne définit pas la condition des associés ; mais — c'est ce qui résulte du contexte — leur situation était analogue à celle de nos correspondants et de nos associés étrangers. Ils n'étaient pas tenus d'habiter Paris et quatre d'entre eux pouvaient être pris hors du royaume. Quant aux élèces, « chacun des pensionnaires s'en pourra choisir un, qu'il présentera à la Compagnie, qui en déUbérera; s'il est agréé à la pluralité des voix, il sera proposé à Sa Majesté ». On peut les comparer à ces jeunes savants qui collaborent comme auxiliaires à la préparation de nos recueils et qui fréquentent nos séances ; mais ils avaient sur ceux-ci cet avantage qu'ils assistaient à toutes les assemblées, qu'ils y avaient « voix délibérative lors qu'il ne s'agissait que de science ». Ils se trouvaient ainsi tout naturellement désignés pour remplir, quand elles venaient à vaquer, les places de pensionnaires ou d'associés. On les avait vus à l'œuvre et ils étaient déjà de la maison.
L'Académie était engagée, avec insistance, à travailler sérieusement. « Dans chaque assemblée, il y aura quelques académiciens pensionnaires obligés à tour de rôle d'apporter quelques écrits de leur composition. Les honoraires, les associés et les élèves y seront invités de même et chacun de ceux qui seront présents feront leurs remarques sur ce qui aura été proposé ». Il était aussi recommandé à la Compagnie « d'entretenir commerce avec les divers savants soit de Paris et des provinces du royaume, soit même des pays étran-
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES loi
gers, afin d'être promptement informée de ce qui s'y fera de curieux, par rapport aux objets que doit se proposer TAcadémie » Même préoccupation dans l'article XXVI : « L'Académie chargera quelquesuns des Académiciens de lire les ouvrages importants dans le genre d'étude auquel elle doit s'appliquer, qui paraîtront soit en France, soit ailleurs, et celui qu'elle aura chargé de cette lecture en fera sou rapport à la Compagnie, sans en faire la critique, en marquant seulement s'il y a des vues dont on puisse profiter. »
Pour s'acquitter de toutes ces taches, l'Académie se réunirait deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, de trois heures à cinq. Nous avons gardé ces mêmes heures et un de ces jours, le vendredi ; mais nous sommes moins laborieux que nos ancêtres. Nous ne tenons plus qu'une séance hebdomadaire. En
revanche, nous ne prenons plus les vacances de deux mois que prévoyait ce règlement. Pour encourager l'assiduité, le Koi « ferait distribuer, à chaque assemblée, des jetons à tous ceux des académiciens qui seraient présents ». La remise du jeton a passé de mode ; mais les règlements postérieurs se sont proposé d'obtenir le même résultat par le partage d'une somme lixe entre les membres de la Gompagni(î (jui ont, à ('luKjue réunion, signé la feuille de présence. L'article XLVI posait, en lerines d'ailleurs assez vagues, le priiici|»(' d'un coinplc oiinciI à rAcadt'iiiic p;ii' I El.il. de cr«Mlits (jui lui permettraient de ne point être arrêtée dans ses entreprises scientifiques par le manque de fonds.
Poui" faiie régner l'ordre et la suite dans les travaux de la Compagni(;, b' lî'glement instituait, en sus du président, qui serait désigné [)ar le Roi au i"' janvier de cluujue année, deux officiers dont les fonclions seraient perpétuelles^ c'est-à-dire viagères, le trésorier et le
4*iuû^*^''
Jeton de rAcadémie dos Inscriptions (1716).
io2 L'INSTITIT DE FRANCE
secrétaire. Le trésorier aurait en sa garde « tous les livres, meubles, médailles, marbres, jetons ou autres curiosités appartenant à l'Académie ». 11 en tiendrait l'inventaire au courant. Son rôle ne paraît pas avoir jamais eu grande importance. Il en fut tout autrement du secrétaire. Celui-ci avait à recueillir en substance tout ce qui était proposé, agité, résolu dans les séances liebdomadaires et à donner au public, à la fin (le cbaque année, une bistoire des travaux de la Compagnie. Plus tard, loisque l'usage se fût introduit de publier intégralement ou par extrails les mémoires lus par les académiciens, il fut cbargé de rédiger les résumés et de surveiller les impressions. Il devait Gniin prononcer, dans les assemblées solennelles, l'éloge des membres défunts. C'était la partie la plus délicate et la plus brillante de son emploi. Les secrétaires s'y appliquèrent avec grand soin. On a dit de l'un d'eux « que le talent avec lecjuel il déplorait les pertes de la Compagnie faisait regretter qu'elles ne fussent pas plus fréquentes ».
Le rédacteur de cette cbarte avait eu le ferme propos d'assurer à l'Académie une haute situation officielle ; il ne l'avait pourtant pas mise tout à fait sur le même pied que sa doyenne, l'Académie française. Celle-ci, à chaque vacance, élisait, sous réserve de l'approbation royale, Fécrivain qu'elle voulait appeler dans ses rangs. A l'Académie des Inscriptions, seuls les honoraires seraient désignés de cette façon. Pour les places de pensionnaires et d'associés, trois ou deux noms seraient soumis au Roi, qui choisirait. Sans doute, le plus souvent, son choix se porterait sur le nom inscrit le premier sur la liste; mais ce droit de présentation, ainsi substitué au droit d'élection directe, n'en mettait pas moins quelque différence entre la dignité des deux corps. Ce n'était point en cela seulement que l'Académie des Inscriptions et aussi l'Académie des Sciences étaient moins bien traitées que l'Académie française. Là oii, comme dans celle-ci, tous les élus portent le même titre, ils sont censés
égaux, (lès l'instant où ils entrent dans la salle des séances. Dans les deux Compag-nies de date plus récente, une sorte de prépondérance semblait garantie à ces honoraires parmi lesquels serait tou-
Vi WDIU: 1 1 I.IBIKX
André Félibien (1019-1 695).
Historiographe du roi.
(Grave- par P. Drevcl, d'aitrès I,c Hniii.)
joins clioisi le président. En fait, la fonction dut élre remplie, la pliipail (lu temps, par tel ou tel pensionnaire que recoinuiaïul ail I auiiuité de son caractère ou de sa science. Le règlement avail pivNU I.' cas ^arf. XXXVIl).
J^rs <l) ii\ \( .idcmirs iu)uvelles n'étaient donc pas assimilées de tout puiul a 1 Acudéiuie franijaise; mais le lioi n'en avait pas moins
voulu les mettre, comme ou dit, dans leurs meubles. L'Académie des Inscriptions aurait désormais, au Louvre, une salle décorée de bustes, dont les dépendances renfermeraient ses livres et autres objets confiés aux soins de son trésorier. Là se tiendraient ses assemblées ordinaires et, deux fois par an, des assemblées publi-
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Plan de la salle des séances de l'Académie des Inscriptions au Louvre.
ques, (( où toutes personnes auraient entrée. Ceux qui ne sont point de l'Académie ne pourront assister ni être admis aux assemblées ordinaires, si ce n'est quand ils y seront conduits par le secrétaire pour y proposer quelques découvertes nouvelles », On avait ainsi compris, dès la première heure, qu'une société savante, composée surtout d'hommes de cabinet, aurait tout avantage à faire bon accueil aux idées et aux faits que s'offriraient à lui soumettre des travailleurs indépendants, voyageurs qui reviendraient d'explorer l'Italie ou la Grèce, auteurs de fouilles faites en France ou à l'étran-
ger, jeunes érudits dont les recherches présenteraient un caractère de nouveauté.
Ce fut seulement le 3 mai 1713 que furent enregistrées par le parlement de Paris les lettres patentes qui « confirmaient l'étahlissement des académies royales des inscriptions et médailles et des sciences. » L'octroi de ces lettres et leur entérinement achevaient d'assurer l'existence des deux Compagnies.
Au cours du siècle, plusieurs modifications successives furent apportées au règlement. Un arrêt du Conseil du 4 janvier 171(> suhstitua au nom à' Académie des Inscriptions et Médailles celui (Y Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont la signification plus large répondait mieux à l'extension que ses travaux avaient prise. Le même arrêt supprima la classe des élèves et la réunit à celle des associés, dont le nonihre fut doublé. L'institution ainsi abolie avait ses avantages; mais, dit l'arrêt, « ce seul titre d'élève rebutait les sujets d'un certain mérite ». Il fallut (Ml faire le sacrifice à l'amour-propre des intéressés. Un autre arrêt (lu 23 mars de la même année fit cesser l'abus qui s'était introduit d'accorder à un grand nombre de membres le titre de vétérans, pour les dispenser de l'assiduité imposée à leurs confrères. Un jèglement de i730 remplaça les associés du dehors, que l'Acadéniic s'était agrégés sous plusieurs titres, par une seule classe, cellt' (](> académiciens libres, qui comprendrait quatre régnicoles, non domiciliés ii Paris, et huit étrangers. Ces nienibics lii)i'es iissislci airnt aux séances et y prendraient la parole; mais ^ loule voix Irnr scia interdite soi! dans les ('Icclions, soit dans le» allaircs de l'Ai adi'ini*; ». L'Académie pourrait aussi, « à l'exemple de ( <■ (jui s'est toujours piali(|iit' dans l'Académie royale des Scien-^ < • ^. d. Ii\ier des lettres de simple correspondance, (jui ne donneion i ;i ancini (h* ceux (jui les obtiendront ni le titre d'académicien, ni intine h; droit de séance dans les assemblées ». C'est la situa-
tion que fait aux correspondants des diverses classes de l'Institut le
régime actuel.
Une ordonnance de 1780 permit à TAcadémie d'élire son secrétaire, dont le choix avait appartenu jusqu'alors au souverain et une
-Le bénédictin Alubillon (1632-1707).
(Gravé par Loir, d'après Halle.)
'autre, en 1783, créa une nouvelle classe, celle des associés libres résidant à Paris, dans laquelle trouvèrent place plusieurs religieux de l'ordre de Saint-Benoît. Une dernière révision du règlement, en 1786, composait l'Académie de « quarante académiciens ordinaires,
ACADI'Mli: l>l> INSCRIPTIONS l-rr BKLLKS-LETTIIES 157
dix lionoraires, quinze pensionnaires et quinze associés, et en outre (le vingt associés libres, dont huit seront résidents à Paris, quatre régnicoles et huit étrangers ». Elle définissail d'une numirrc pliislnrur et plus précise que dans les rédactions antérieures l'objet des travaux de l'Académie. Ellela conviait à l'étude des langues, parliculiJ'rement (les langues orientales et des langues grecque etlatine ainsi ([irii colle (h^s monuments de toute espèce, médailles, inscriplions, etc. coiicnnanl l'histoire ancienne et l'histoire du moyen Age. VA\v l'invilail l\ éclaircir les titi'es, diplômes et anli(|iiilés de riiisloirc de l''rance et de riiisloire des autres nations, j)i'in('ipal('menl de celles dont les inh'rèls et les événen)ents sont ou oui rir mèl/'s avec ceux de la France. Elle appedail son allenlion sni' la clironoloLiie el la géogi'a- ])\\\o, « les <leux hases de lliisloire » et sur l'i'lude des srien('(^s. arts et iniHiers des anciens, qui dinj'aient être conijtari'S à ceux «les niodeines. « Aucun genre de littératun^ », était-il dit, a n"est ('t ranger h l'Acadt'mie des ÏSelles-Lettres; ainsi, à r«'iudili()n ([in rassemble les lail^. elle joindi'a la (•rili(jue (|ui sait les idioisir, les comparer et les aj)|(i('(iei' et, <à la ci'iti(iue (jui discute les faits, elle joindra ('(die (jui entictienl et ('|)ur<», le goùl, pai* l'examen approlondi des meilleurs niodilo. .» I^nlin des mesui'es (''taieiil prises et des ciMMlils alhun-s |)()iir la |»i't''j)ai'ali()ii et Inupi-ession des i-ecueils (|ue I Acath'Uiie ;i\ait eiilre|iris de |tul>lier. ses .l/r///o//7'.s cl les A ('//'''> '' / r.///v///> ,/i's h/(//u/s// //s th- la luldutlhcijiic (lu l\ni .
Le i('glem(;nt (In 22 (l(''cenil»re I7NII est. |Mmr ce (pn ikuis concerne, connue le teslament de rancien r(''L:inie. la derniJ-re iuar(pie de sidlicitude et (rinl(''r('t. (pi il ait doniu'c a linstilulion (piil a\ait cr(''(''e.
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Nous a\()ns insisli' sur nos ori'jines, comme on le lait, (juand im! r.K-diite 1,1 \ il- d'un 'jrand iKunnu-. ^ur -^nii riiLnicf et sur sa jeu-
158 L'INSTITUT DE FRANCIO
nesse, par lesquelles s'annoncent et s'expliquent la nature et la saveur des fruits que portera son âge mûr. Sur la suite de notre histoire, nous pourrons maintenant passer plus vite *. Les serviteurs intelligents de l'autorité royale avaient conçu la pensée de fonder une société savante qui, en retour du patronage que lui accorderait l'État, ferait profiter les pouvoirs publics et la nation tout entière du bénéfice de ses recherches et de ses découvertes. Il y avait bien ou au (lél)ut quelques tâtonnements. L'idée et le plan de l'organisme à créer ne s'étaient pas dégagés du premier coup; mais il n'avait pas fallu trente ans pour que les promoteurs de l'entreprise se rendissent un compte assez exact des conditions qui pouvaient en assurer le succès. On n'eut ensuite qu'à laisser faire les savants ainsi rapprochés dans une amicale communauté d'études. Ceux-ci vivaient dans un temps oii l'esprit français, poussé en avant par des génies hardis et brillants, s'attaquait avec passion à tous Jes problèmes religieux et philosophiques, politiques et sociaux. Toute sédentaire que fût leur vie, toute livresque et discrète que fût leur science, ils ne pouvaient pas ne point se laisser entraîner, dans une certaine mesure, parle mouvement du siècle. Peu à peu, ils élargirent en tous sens le champ dans lequel s'exerçait leur curiosité. Le règlement de 1786, lorsqu'il énumère les divers travaux entre lesquels doit se partager l'attention de l'Académie, constate un état de fait. Ces travaux si variés, ce sont ceux mômes auxquels, par degrés, la Compagnie avait été conduite à se livrer, de jour en jour plus docile à Finfluônce du milieu où elle évoluait et plus sollicitée par lui à discuter librement des questions qu'elle n'aurait même pas osé aborder à la fin du siècle précédent.
Comme il a toujours été de règle en pareil cas, ce fut le chef de
' L'histoire de cette Académie, comme aussi celle de l'Académie des Sciences, a été ■écrite par un confrère que nous avons perdu il y a quelques années, Alfred Maury, sous •ce titre : Les Académies d'autrefois. V ancienne Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Paris, Didier, in-8 et in- 12.
TEtat qui désigna, en ilOi, les membres destinés à compléter les cadres de l'Académie. Parmi les honoraires fig-ura Dom Mabillon, le savant moine bénédictin, que sa profonde érudition et son attitude modeste avaient rendu cher à la Compagnie. « Tous les yeux,» dit
L'abbé RoHin (1661-1741).
(Gravé par S. F. Havciiol, d"après C. Coypel.)
<le Boze, « étaient tournés vers kii ; mais il ne levait jamais les siens. » Aux iiiKit'iis associés furent adjoints Fonlenelle, récemment nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Tliomas Corneille, Ir iniinismatiste Vaillant cl le icchMii- (h; l'Université, Hollin. (ielui- <'i siMiiiiil à ses roiifrî'res Ir plan de son Histoire ancienne^ ce livre qui, louh: laii)!*' qu'y soil la (•rili(|ne, a enlrelenu, chez plusieurs
160 LliNSTITUT 1)K FRANGE
générations do lecteurs, le goût de l'antiquité. Pontcharlrain lit venir à Paris un curé de campagne, Tabbé de Vertot, dont les ouvrages, écrits d'un style facile et brillant, avaient alors le plus
L'abljé de Vertot (lGo9-173o).
(Gravé par Desi'ocliers.)
grand succès. Vertot s'était, jusqu'alors, occupé surtout d'Iiistoire moderne. En 1719, pour payer sa dette à l'Académie, il donna son Histoire des révolutions de la République romaine.
Jusque vers Fan 1715, les séances furent presque exclusivement
remplies par des lectures qui avaient trait à l'antiquité classique. On discutait les passages difficiles des auteurs; on cherchait à les éclaircir soit par une correction apportée au texte, soit par une plus juste traduction. Dans ces entretiens, l'appréciation du mérite littéraire des poètes et des prosateurs grecs et latins tenait une grande place. C'est ce que l'on constate en feuilletant les deux premiers volumes des Mémoires^ qui parurent en 1717 ^
Esprit ouvert et éclairé, le duc d'Orléans, régent du royaume, témoigna une bienveillance toute particulière à l'Académie des Inscriptions et tint à lui en donner une marque publique. Le 24 juillet 1719, le jeune roi Louis XY se rendit à l'une de ses séances et fut harangué par le secrétaire perpétuel de Boze. Ce fut la seule fois qu'un souverain français vint assister à une des réunions de l'Académie des Inscriptions; mais elle reçut, au cours du siècle, la visite de plusieurs princes étrangers, en 1717, celle de Pierre le Grand, en 17()8, celle du roi de Danemark et, en 1777, celle de l'empereur
d'Allemagne.
Ce (|ui lui avait valu cette considération, c'était l'activité ([u'elle avait déployée, surtout après que, sous la Régence et sous le nouveau règne, stimulée par l'opinion, elle a\ ait fait porter ses recher- (•hes sur tout l'ensemble des sciences hisloiiques. A propos de la Sainte-Ampoule, à propos de l'empereur Julien, dit l'Apostat, TAcadémie entendit lire des dissertations qui n'auraient pas osé s'v produinî ([uand siégeait parmi les honoraires le confesseur du feu Hoi, le Pi'iT I^a Chaise. On conminirail ainsi ;i se i"is(|uer. non sans bien des précautions, sur !«' h'rrain de l'histoire du peuple juif et (h' rKglisc chrt'lirnnr; mais ce ni'tail pas de ce ^'()\v (jue Ton avait le plus à rraindrr di' |)n)V0(|uer les rigueurs de l'autorité. Celle-ci se nionlrail plus suscrpliblr dî's (ju«' Ton loudiail aux origines de la
' Cus voluiiM'S «îun'ril assez do lrcl»'urs poui' s'épuiser en iiuelques unnéos. Il furent réirapriniés en 1736. et c'est Jiinsi (|ue, «laiis lieaucoup de liitdiollièiiues et partieuiièreiuenl dans la nAtre. le volume (jui forme la l<'te de la si'-rie porte eeUo date troinpcuso do 1736.
monarchie. C'est ce dont fit l'expérience l'illustre Fréret, le plus grand érudit que la France ait possédé au xviif siècle. Il avait été attaché à l'Académie, comme élèoe, en 1714, et, pour payer sa bienvenue, il y lisait, quelques semaines après, urt mémoire sur les Francs. Il y montrait que les Francs étaient une tribu germanique qui avait, pendant assez longtemps, fourni des troupes auxiliaires à l'armée romaine et dont les chefs avaient reçu des empereurs le titre de Patrice et d'autres faveurs. Tout cela était attesté par des textes formels; mais ces assertions parurent attentatoires à la dignité des premiers rois de France, lointains prédécesseurs de Louis XV. Fréret fut mis à la Bastille. 11 y passa quatre mois à lire Xénophon. Cette aventure ne Tempêcha pas d'être nommé associé en 1716, pensionnaire en 1736 et secrétaire perpétuel en 1743; mais son mémoire ne fut publié que longtemps après sa mort, en 1796.
La sévère et lumineuse critique de Fréret aurait pu jeter beaucoup de jour sur nos origines nationales ; mais, averti par cet accident, celui-ci se tourna vers d'autres études, la chronologie, la géographie, la philosophie, la grammaire. Le premier, il sut répandre quelque clarté sur l'histoire des Chinois et des Indiens, des Egyptiens, des Chaldéens, des Assyriens et des premiers habitants de la Grèce. Ses Observations sur la géographie des anciens restèrent manuscrites; elles furent utilisées par ses successeurs, Bougainville, Barthélémy, Sainte-Croix. On trouva dans ses papiers 1.337 cartes dessinées de sa main. Il s'occupa de la plupart des cosmogonies et des théogonies orientales; ce fut le premier des mythologues modernes dont l'œuvre puisse maintenant encore être consultée avec fruit. On en doit dire autant de ses recherches sur les calendriers des Chaldéens, des Perses et des Romains, sur les mesures itinéraires des anciens, sur le degré de certitude des antiques histoires etla méthode que l'on devait suivre pour en discuter les témoignages.
Dès 1732, le président de Noinville avait fait don à l'Académie
ACADÉMIl!: DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 163
d'un capital dont le revenu permettait de décerner tous les ans un prix de 600 livres. Le comte de Caylus en 1754 et l'abbé Raynal en 1788 suivirent cet exemple. Par le choix des questions qu'elle pro-
r> Ml'l'HKI.I- \L^.
••ftlViPw'lii!ihlNi!lil!llllltl!HttH1|K|(!ltlllll!llt!l
,i'î!iii"i/:^^'iîTnr!tr'iHi!,'itiii;<!ttit
L'abbé Barthélémy (1716-1793), (Gravé par Saint-Aubin.)
posait, l'Acadt'iiiit' provoquait di's r«MlnM'<'lies (ju'elle s'efforçait do maintenir dans la boniH' voie par les jugements qu'elle rendait. Or, vers le milieu du siècle, ce qu'elle demande le plus souvent aux concurrents qui s»' (lispiiliMil ses suffrages, c'est (b* «lélinii- b» caracll*re
(le quelqu'une des divinités du monde ancien et d'en décrire le culte. Elle-même faisait alors de ces thèmes le sujet favori de ses entretiens. Ainsi s'amassaient des matériaux que reprendra, avec plus de critique, la science du xix" siècle.
Fréret avait mis à la mode les questions de chronologie ; mais ce fut seulement après sa mort que Ton s'avisa du secours que l'on pouvait trouver, pour les résoudre, dans les textes gravés sur la pierre ou le bronze qui sont contemporains des événements dont ils conservent le souvenir. Membre de l'Académie depuis 1747, bientôt après nommé garde des médailles du cabinet du Roi, l'abbé Barthélémy fut le premier à montrer quel parti l'historien moderne devait tirer de ces documents pour suppléer aux lacunes et aux insuffi-, sances des récits que nous ont laissés les historiens de l'antiquité. Par deux ou trois mémoires consacrés à des inscriptions attiques et autres, il a plus fait pour la connaissance précise des institutions de la Grèce que par le brillant succès de son Voyage du jeune Anacharsis. C'est vraiment de lui que datent les études d'épigraphie grecque. D'Ansse de Villoison poursuivit avec sagacité ces mêmes recherches, pendant que Fourmont allait faire, en Grèce même, une ample moisson de textes inédits.
Ce qui domine, d'ailleurs, dans le recueil des Mémoires, ce sont les travaux qui portent sur l'histoire et sur les institutions civiles et militaires de Rome, sur sa religion et sur son droit. On y témoigne, en général, d'un respect pour la lettre écrite qui ne laisse pas de paraître aujourd'hui un peu naïf. Nous pouvons donc imaginer quelle fut la surprise de la Compagnie quand, en 1722, un de ses associés, Lévesque de Pouilly, vint lui lire une dissertation où il révoquait en doute, comme un tissu de fables, toute l'histoire traditionnelle des rois de Rome et des deux premiers siècles de la République.
Mal en avait pus à Fréret de ne point croire au titre royal de Pharamond; mais l'autorité monarchique n'avait pas les mômes raisons
de prendre sous sa tutelle la mémoire de Homulus et de Numa. Lévesque de Pouilly ne fut pas envoyé à la Bastille; il put répliquer à ses adversaires. Ceux-ci cependant mirent dans leurs contradictions une telle violence que, de guerre lasse, il donna sa démission.
Le bénédictin MonLIaucun ^1655-1741).
(Gravé par Audrau, d'après Geusliii.)
Seize ans plus tard, un descendant d'une famille de réfugiés protestants, Beaufort, publiait en Hollande sa dissertation sur l'incerti- Imh des cinq premiers siècles de riiistoire romaine qui fixa aussitcM l'attention de tout le monde érudit. Ce n'en était pas moins l'académici«'n 1i;iih .lis ({iii ;ivait ouvert la brèche, (|in avait préparé les
esprits à ne pas accepter comme parole d'évangile tous les beaux contes (le Tite-Liveet de Denys d'italicarnasse. SiFabbé Bartbélemy a été le vrai devancier de Bœckli, Lévesque de Pouilly a les mêmes droits au titre de prédécesseur des Niebulir, des Mommsen et des Ettore Païs.
Gomme les inscriptions, les monuments figurés devaient aider rbistorien à contrôler la valeur des témoignages littéraires ; ils avaient aussi à lui révéler bien des traits de mœurs et nombre de mythes et de rites qui sont à peine mentionnés dans le peu qui nous reste des écrits de la Grèce et de Rome. Depuis que la Compagnie avait été constituée, il ne se découvrait plus, sur un point quelconque du royaume, de sépultures ou de débris antiques de quelque importance que ses correspondants ne Fen avertissent. Déjà le grand ouvrage de Montfaucon, rAntiquité expliquée en figures (1119), malgré la médiocrité des dessins, facilitait les enquêtes. Quelques académiciens, comme l'abbé Lebeuf, avaient d'ailleurs entrepris de parcourir la France, d'étudier et de décrire les ruines de ses anciens édilices, celles surtout des provinces méridionales, que le génie romain avait marquées le plus fortement à son empreinte. Pour que l'Académie fît aux monuments de l'art, dans ses travaux, la part à laquelle ils avaient droit, il fallut pourtant attendre que le comte de Caylus y fût admis, comme membre honoraire, en 1742.
La curiosité de Caylus était très vive et très étendue. Il avait ravantage de pouvoir mettre au service de ses goûts une haute situation sociale et une belle fortune. C'était d'abord de notre vieille littérature française qu'il s'était occupé ; mais ce qui avait ensuite rempli toutes ses heures, c'étaient les recherches de ce que Ton appelait alors ra/i/?\/2^â:<re. Une s'éleva pas à des vues d'ensemble comme celles d'où devait naître l'Histoire de l'art chez les anciens, de Winckelmann, le vrai fondateur de l'archéologie classique; mais il eut sur celui-ci un avantage : il dessinait, il peignait, il maniait les
outils du graveur sur pierres dures. Il s'intéressa plus qu'aucun de ses contemporains à ces questions de technique qui tiennent aujourd'hui une grande place dans les études des historiens de l'art. Il fut donc, lui aussi, par ce côté, un précurseur digne de mémoire. Après
Le comte de Caylus (IGU:2-1765).
(D'après une estampe de Dagoly.)
lui. lîjirtln'lcmy, parleséjourde trois ansqu'il fiten Italie (1754-17o7), (juand (It'jii sortaient de terre les beaux bronzes d'Herculanum et les peintures de Pompéi, par les notes et les mémoires qu'il en rapporta, fit beaucoup pour répandic r\\ France la connaissance et le g(u'it de raiilicjuih'' li^riirér,
C(î (jui resta le plus laihlt', (hms l'ellort des académiciens d'autre-
168 L'INSTITUT DK FRANCK
fois, ce fut l'interprétation de IVpuvre littéraire des Grecs et des Romains. Pour arriver h avoir de cette œuvre une pleine et claire intelligence, il faut posséder à fond les deux langues classiques et, là où les textes sont altérés, savoir, au besoin, en rétablir l'intégrité par des corrections judicieuses. Or si, en France, on sortait alors du collège en sacbant assez bien le latin, on n'y apprenait pour ainsi dire pas le grec et, à l'Université comme au Collège de France, la tradition s'était perdue de ces liantes éludes de pliilologie classique où avaient excellé, au xvi" siècle, les Juste-Lipse et les 8caliger, les Henri Estienne et les Casaubon. Elle s'était mieux conservée en Hollande et en Allemagne. C'est à l'école de ces savants étrangers que se forma le seul belléniste vraiment remarquable que la France ait pu mettre alors en ligne, d'Ansse de ViUoison. Les travaux consacrés aux lettres latines furent nombreux, mais superficiels et entacbés de rbétorique banale.
Les recbercbes de nos savants ne s'étaient d'ailleurs pas arrêtées aux frontières du monde gréco-romain. Si, avant les grandes explorations scientifiques du xix" siècle et le déchiffrement des écritures hiéroglyphiques et cunéiformes, on avait dû se borner, pour ce qui était de l'Egypte, de la Chaldée et de FAssyrie, à commenter des textes déjà connus, Barthélémy avait commencé à traduire les inscriptions phéniciennes et palmyréniennes ; il avait entrevu l'étroite parenté qui relie les uns aux autres les idiomes que nous appelons aujourd'hui les langues sémitiques. Silvestre de Sacy était nommé associé libre en 1785, à vingt-sept ans. Dès lors, par ses premiers travaux, il préludait à l'autorité qu'il allait bientôt conquérir dans ce domaine.
Par delà les contrées dont les maîtres avaient été en relation avec les riverains de la Méditerranée, les regards se tournaient déjà vers les terres et les civilisations de l'Extrême-Orient. On se préoccupait surtout de la Chine, sur laquelle on était renseigné par les mission-
ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET li E LLES-LETTRES 169
naires et par leurs relations. C'est de celles-ci que de Guignes tira ce qu'il y a de plus intéressant dans ses nonnbreux mémoires. Ceuxci rendirent le service d'éveiller une curiosité qui devait trouver plus tard à se satisfaire. On s'informait aussi de l'Inde et, par ces mêmes sources, on avait appris l'existence de cette langue sacrée que l'on appelait alors \^ sanscroutan ; mais l'heure n'était pas encore venue où les premiers travaux des indianistes anglais écarteraient le rideau derrière lequel se cachaient les Yédas, les grandes épopées et le théâtre sanscrits. Le séjour de huit ans que fit dans l'Inde l'héroïque Anquetil-Duperron ne jeta que peu de jour sur ce passé mystérieux ; mais il n'en eut pas moins des résultats très importants. Anquetil rapportait le texte et une traduction de rAvesta; c'élail la révélation d'une langue jusqu'alors ignorée, sœur du sanscrit; c'était aussi celle du mazdéisme qui, par l'originalité de son exphcation du monde et par la pureté de sa morale, se place à un très haut rang dans la série des doctrines que créa l'Asie, cette mère des i-eligions.
' Tout rn étendant ainsi ses enquêtes jusqu'à ces humanités lointaines, l'Académie ne se désintéressait pas des études (jui, d'après les termes mêmes des actes qui l'avaient fondée, paraissaient devoir être son occupation principale. C'était sur l'histoire de hi monarchie française que ne cessa pas de porter l'elfort de maints des plus laholieux de ses membres. Plusieurs d'entre eux entreprirent de remonter jusqu'à nos premiers ancêtres, les Gaulois. Ils se demandèrent quelle langue ceux-ci parlaient et ce (|u'éhiient ces croyances qui leur faisaient mépriser la inoil ; mais la linguistique était encore dans l'enfan('«' ; on «'iiiil |)<)iii-|;nil l'idée juste qu'il convenait de reconnaître «l;iiis le has-breton un représentant attardé de l'idiome de nos pères. De même, si l'on n'était pas encore en mesure de définir exactement les divinités que les Celtes adoraient, on ne se laissa cepenchmt point aller à déraisonner, au sujet des l)i'ui(h's, comme ou Ta fait
vers le milieu du dernier siècle. Sur la distribution des peuples dans le territoire de l'ancienne Gaule, sur le site de leurs villes et sur les campagnes de César, on sut arriver à des résultats plus sérieux. L'Académie possédait alors un homme qui, dans la seule branche de l'érudition qu'il ait cultivée, la géographie, atteignit à une rare maîtrise, d'Anville. Au talent de discuter les textes avec une sévère critique il alliait l'adresse à manier le compas. Quoiqu'il n'eût jamais voyagé, quoiqu'il ne disposât que de cartes très défectueuses, il avait, pour retrouver et fixer le site d'une ville mentionnée par les auteurs, une sorte de tact topographique qui approchait de la divination. Sa Notice de f ancienne Gaule tirée des monuments (1760) est encore aujourd'hui un livre que ne peuvent se dispenser de consulter tous ceux qui touchent à ces questions.
Ce qui concernait les Gaulois était livré à la libre discussion ; mais c'était toujours un terrain dangereux que celui des origines de cette royauté mérovingienne dont les Bourbons se déclaraient les héritiers directs. S'il n'était mort à temps, l'abbé Dubos aurait pu avoir à pàtir, comme jadis Fréret, des hardiesses que renfermait son Histoire criticjiue de rétablissement de la monarchie dans les Gaules (1743). Après lui, l'histoire des Mérovingiens et des Carolingiens ne donna guère lieu à des travaux qui l'aient beaucoup éclaircie ; mais celle des Capétiens fut l'objet de recherches qui, comme celles de Secousse, atteignirent parfois à la profondeur. Tel autre de ses confrères, comme Lacurne de Sainte-Palaye, s'appliquait à étudier les sources de notre histoire, depuis Grégoire de Tours et Eginhard jusqu'à Joinville et Froissart, ou bien comme Bréquigny, à en réunir les documents authentiques, ceux dont il a donné la liste et l'analyse dans le recueil dont il publiait les deux premiers volumes en 1776, sous cette rubrique : Table chronologique des diplômes, chartes, titres et actes i?7ipri?nés concernant l'histoire de France. Il travaillait, en même temps, à continuer la collection des Ordon-
nances des rois de France de la troisième race, commencée par Secousse et Laurière ; quatorze volumes en avaient paru avant la Révolution.
L'étude des institutions politiques, administratives et judiciaires de la monarchie fut, grâce à des travaux de ce genre, poussée assez loin ; mais ce fut à peine si l'on amorça celle de notre ancienne langue et des écrits qui la représentent. Lacurne de Sainte Palaye sut se faire une idée assez nette du travail par lequel le français
■ITllH
Regislrcs dos prucès-vcrbaux do l'Académie des Inscriptions. (Bibliothèque de l'Iii&lilut.)
s'était dégagé du latin et des caractères par lesquels il s'était distingué des autres idiomes qui avaient puisé au même fonds; mais il n'était pas en état de définir les influences qui s'étaient exercées, au cours (le relit' I la 1 1 >lni iiialiou, SUT la sNiilaxect sur le vocabulaire, ni de lalir le <l('|)ail (1rs éléments divcis (jiii étaient entrés dans le mélange. Ce même éiudit lit connaître par des analyses et des extraits quel- (jiK's-uiH'S de ces Chansons de Gestes que l'on appelait alors des romans. D'autres, dont Caylus, m fi icnt autant pour les /a^/îawcr, dont certains épisodi's élait'ut de nature à amuser les lecteurs ordinaires de (!iél)ill()ii lits et dt; Laclos; mais tous ces ouvrages étaient alors
manuscrits et aucun savant ne pouvait soupçonner la richesse de cette littérature et en mesurer Torig^inalité.
Ce que l'on avait, dès lors, très bien compris, c'était Je devoir qui s'imposait d'arracher aux bihliothi'ques publiques et privées les trésors d'informations qui s'y conservaient à l'état de manuscrits toujoui's exposés à périr. Ce fut pour répondre à ce besoin (|ue l'Académie, en 1784, obtint l'allocation qui lui permit d'entreprendre la j)ubIication d'un nouveau lecueil, les Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du Roi. Une commission de huit membres fut chargée de diriger le travail. Le recueil devrait se composer de trois parties. La première serait réservée aux notices et extraits de manuscrits grecs et latins ; la seconde comprendrait les notices et extraits de manuscrits orientaux ; la troisième était consacrée aux notices et extraits de manuscrits français et latins du moyen acje. Dès 1787, le premier volume de la série avait paru.
Comme si l'Académie avait prévu, à cette heure, les événements qui allaient bientôt interrompre ses travaux, un de ses membres, M. de l'Averdy, s'occupait alors de rédiger un Tableau général et méthodique de tous les ouvrages que renfermait le recueil des Mémoires de la Compagnie, depuis sa fondation jusqu'à la date de 1788. Ce tableau parut en 1791. Embrassant ainsi d'un regard l'ensemble de son œuvre, l'ancienne Académie des Inscriptions avait le droit d'éprouver un juste sentiment de satisfaction et de fierté.
lY
Les hommes qui se vouent à l'étude du passé inclinent, par l'effet même de cette étude, à s'éprendre de ce passé, à y chercher leur idéal. Toutes les chances sont pour qu'ils se rangent parmi les conservateurs plutôt que parmi les novateurs. Dès le milieu du siècle, le parti des Encyclopédistes avait forcé les portes de l'Académie
française. Il ne paraît pas, au contraire, que les suffrages de rAcadéniie des Inscriptions aient été alors sollicités par aucun des écrivains qui prenaient une part active à la lutte engagée contre les croyances traditionnelles et contre les contraintes de Tancien régime. Admis dans ce grave cénacle, un polémiste s'y serait senti mal à l'aise, parmi des confrères (jui, plongés dans leurs livres, avaient une peur instinctive de toute agitation par laquelle eût été troublé le recueillement de leur vie.
Les saillies de sa verve n'auraient pas eu d'écho dans les séances publiques de l'Acadénn'e. Celles-ri étaient peu suivies, malgré les clloils (ju y faisaient les leeleins pour intr'oduire, dans les moiceaux (ju'ils ollVaient à une assisLanc(î très clairseruée, des détails picjuants el (les anecdotes aiuusaiilcs. l'ji l'iiiiicc. ce (|iii aui'Ji loujours Ir |)lus (1 allr;iil poulies "jtll> (jll I se cioiciil culli- \ (•>. <• r^l ni( »l ll~> le l(Hlil (Ic^ Miiinit Tf «le lo dur, (|