‹ L'institut de FranceChapitre 2 sur 23 · LE PALAIS DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE L'INSTITUT

L'cnipIaccimMil sur I('(|ih'I a vlv consli'iiil \v palais (ju'occuiic auj<)ur«rhui l'Inslitul <!<' IVaucc (It'pciHlil d'ahonl du clos de Lias, de Laas ou de Liaas, (jui s'étendait le loiii; de la Seine depuis le Petit- Pont jus(ju'ii noIiM' rue Bonaparte, (^e clos appartenait à l'abbaye île Saint-Gei'niaiii des Pi'(''S. Dî'S le xn" siî'cdc, idlc a\ail counncnc»» à TalitMicr. cl sur la parlic orientale cxislaicnl d(''jà les mes Serpente, du Jardinel el Suger. Au moment où Piiilippe-Auguste entreprit d"en( loir la rive gauche dans une enceinte fortiliée (1211), la partie occidentale du clos de Lias, celle (jui nous intéresse ici, était encore converti? de vignobles ; tout au plu8 voyait-on, sur les bords du ll«'u\e. (juebjucs ( il)iues destinées aux pOchours cluu'gés d'entretenir l'abbase de poissons frais.

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Sur le j)oiiil ])récis où s'élJ'vc aujounriiui le pavillon est do l'Institul se dressa une forte tour (|ui j»ril le nom de Philippe Hamelin, aloj's prévost de Paris. Bâtie sur une sorte de talus que submergeaient en hivei- les hautes eaux de la Seine, elle avait vingt-cin(| mètres de hauteur sur drx de diamètre. Ses trois étages étaient surmontés d'un toit conique auquel Charles V substitua une plate-forme crénelée, où aboutissait un escalier à vis placé dans un tourillon accolé à la tour principale et plus élevé qu'elle. Les vues que nous ont laissé Callot, Israël Silvestre et Perelle peuvent donner une idée assez exacte de cet édihce, si l'on a soin de remplacer les hautes fenêtres carrées de la grosse tour par des baies plus étroites, de forme ogivale et garnies de treillis en fer.

C'est au tourillon que commençait le mur d'enceinte. Il divisait en deux parties les cours de l'Institut dans toute leur longueur, et continuait en ligne droite jusqu'à la rue Guénégaud qu'il franchissait, ainsi que le passage Dauphine, pour venir aboutir rue Dauphine, en face du passage du Commerce, presque exactement à l'endroit où finit la rue Mazet. J'indique, comme on voit, au moyen des rues actuelles le tracé de cette muraille qui, au xiii^ siècle, s'avan- (;ait à travers le clos de Lias, sans autre obstacle que les ceps de vignes apparlciiaiil aux religieux de Saint-Germain.

Cette solide clôture, formée de deux murailles reliées entre elles par un blocage de moellons mêlé à du ciment, avait environ trois mètres d'épaisseur sur neuf mèli'<'s de hauteur, en comptant le chaperon et le parapet. Les fondations reposaient sur un massif de cailloux réunis par un ciment dur et serré. De distance en distance, et espacées de soixante-dix mètres environ, s'élevaient de petites tours dites tournelles, noyées dans le mur et le débordant de deux mètres en dehors; l'intérieur, de forme circulaire, pouvait avoir deux mètres de diamètre. De loin en loin, le mur d'enceinte était interrompu par des portes monumentales qui donnaient accès dans la ville.

4 L'INSTITUT DE FHANGE

Celle-ci s'était trouvée ainsi fort agraiulic et lOii y rencontrait, un peu de tous côtés, de vastes espaces sans habitations, des cultures, des vignobles, des jardins et des terres en friche. « En celle année, disent les Chroniques de Saint-Denis, fisl le roy Phelippe clojc dtî murs la cité de Paris, en la partie devers le midi jusques à Feau de Seine, si largement qu'il encenist, dedans la closture, des cliamps et des vignes, puis connnanda que on fist maisons et habitations partout, si que toute la cité semblast pleine jusques aux murs. » C'est sans doute pour obéir à cette injonction qu'un seigneur de Nesle acheta à l'abbaye de Saint-Germain une partie du clos de Lias, en fit arracher les vignes, et les remplaça par une opulente demeure, qui couvrit à peu près l'emplacement compris de nos jours entre la Seine, la rue de Nevers et la rue Mazarine. Elle s'appuyait donc d'un côté à la tour Philippe-Hamelin, qui ne tarda pas à prendre son nom. En 1308, Fhôtel était la propriété d'Amaury de Nesle, et elle fut vendue par lui au roi Philippe le Bel moyennant « cinq mille bons petits parisis. »

Tout le long du cours de la Seine, la rive descendait en pente douce jusqu'au fleuve, et devant l'hôtel « il y avoit, nous dit Dubreul, une saulsaye, à l'ombre de laquelle les habitans salloient promener et ^ rafraischir en été. » Mais, durant l'hiver, l'eau montait et envahissait les bâtiments, dont elle minait les fondations. Aussi, (juand Philippe le Bel les eût acquis, ordonna-t-il (mai 1313) au prévôt des marchands de faire abattre les saules et de les remplacer par un revêtement de pierre destiné à maintenir le fleuve dans son lit. C'est là le premier quai qui ait existé à Paris.

Transmis par succession à Philippe le Long, l'hôtel passa à Jeanne de Bourgogne, sa femme, et c'est à elle que la tradition attribua d'abord les crimes qui ont rendu fameuse la tour de Nesle. On raconte de cette reine qu'elle appelait les jeunes gens qui passaient sous ses fenêtres, se donnait à eux, les retenait toute la nuit, et pour

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effacer la trace de ces débauches, les faisait ensuite jeter dans le fleuve : « eosque, ne pateretscelus, protenus extinxisse et in Sequanam amnem de cubiculi sui fenestra abjecisse. » Ainsi s'exprime Robert Gaguin, le seul historien qui mentionne le fait. On peut joindre à son témoignag-e quelques lignes du poète Jean Second, trois vers de Villon et un passage de Brantôme, qui conclut par ces mots : « Je ne puis dire que cela soit vray, mais le vulgaire, au moins la pluspart de Paris, l'affirme : et n'y a si commun qu'en luy monstrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que de luy mesme ne le die. » Il s'agit donc tout au plus d'une tradition déjà fort suspecte au seizième siècle.

Le roi Jean habita l'hôtel pendant quelque temps, et c'est là qu'il fit trancher la tête à Raoul, comte d'Eu et de Guines, connétable de France. Pendant la captivité du roi en Angleterre, le régent Charles donna l'hôtel de Nesle, domus de Nigella, à son beau-frère, sous la condition que si ce prince mourait sans enfant, le domaine reviendrait à la couronne. Aussi voyons-nous Charles VI le vendre 20.000 livres, en 1380, au duc de Berri, son oncle.

Jean, duc de Berri, fut un des seigneurs les plus magnifiques de son temps, et l'hôtel de Nesle devint entre ses mains une résidence somptueuse. Il fit restaurer et embellir tous les appartements, construisit des galeries, une bibliothèque, une chapelle et un jeu de paume. Puis, la place lui manquant pour installer les écuries et ce que nous appelons aujourdliui les communs, il acheta, le 13 janvier 1385, deux tuileries qui couvraient huit arpents de terre en dehors du mur d'encj'inte. Cette nouvelh' acquisition prit le nom de séjour de Nesle.

Mais la muraille élevée par Philippe-Auguste avait été, sous le roi Jean, entourées d'un largeïossé, et un petit pont de bois donnait sans doute accës à la poterne située à droite de la tour. Il est donc vraisemblablr (jiic !«' dur de IhMii, (h'venu pi'opriétaire du terrain qui s'étendait de l'autre côté du fossé, ait trouvé cette entrée indigne de

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son hôU'l, «'I prul-^'li*' lui doil-oii la conslruclioii du poiil de pierre et de la poile inoiiuinenlale, dite porte de Nosle, (|ui subsista juscju'au XV II" sièele.

Isaheau de Bavi(M-e liabila riiôltd, (|ue Charles YIl donna à Fran- (jois V\ duc (le Brelagiie, en considération des services (|u'il avait rendus pendant la guerre contre les Anp^lais. Mais les beaux jours de ce domaine sont terminés. Il semble qu'au milieu du xvi^ siècle, il était déjà divisé en deux parties : le ^/m^i^/A^^-s/e représentant l'ancien hôtel, resté propriété du roi : le petit Nesle comprenant la tour, la porte et le fossé, qui avaient été tous trois accordés à la ville de Paris. Depuis 1525 et la captivité de François P'", la porte resta fermée, et le pont (jui la précédait tomba en ruines. La porte fut rouverte en 1350, et l'on établit au-dessus du fossé un pont de bois, qui figure encore sur le plan de Mérian (1615). Il fut plus tard reconstruit en pierre, comme on le voit sur toutes les estampes du xvn"^ siècle.

En 1552, des lettres patentes de Henri II ordonnèrent que « la maison, place, pourpris et tenue du grand Nesle » fussent « vendus au plus offrant et dernier enchérisseur, à charge de cens et rentes au profit du roy. » On réservait la tour, la porte et le fossé ({ui demeuraient propriété de la ville de Paris. Celle-ci, eu 1571, loua à un marchand, nommé Balthasar Bordier, la tour, «chambres, cellier, jardin, terrasse et autres petits édifices joignant la dite tour, » location consentie au prix de 33 livres tournois par année.

Il ne semble pas qu'aucun acquéreur se soit présenté alors, et le plan dit de Ducerceau, qui date de 1560, représente encore loslel de Nesle comme intact. Vers 1572 seulement, le grand Nesle tout entier fut acheté par Louis de Gonzague, prince de Nevers, qui le lit abattre et le remplaça par une somptueuse demeure, devenue ensuite liôtel de Conti ; c'est sur les ruines de celui-ci que s'élève aujourd'hui rhôtei des Monnaies.

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L'INSTITUT DK FUANCE

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iniiK'u <lu XVII

siècle, il ne restait d

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(loniaiiie de Nesle (jue la ])artie orientale. Elle se coinpcsait d'ui

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édifice flanqué de deux tours et ser\ dait, à travers le j)ré très large en cet endroit, par un ])elil ])()nl de quatre arches. La tour de Nesle était située à (juelques mètres au nord de cette porte. Un bail passé en mai 1612, la décrit ainsi : <( La tour, consistant, au bas d'icelle en une fosse ou prison; une autre prison au-dessus, garnie de grilles de fer; deux chambres audessus; une viz (escalier) ; une allée haute sur le mur. »

Le G mars IGOl, trois jours avant sa mort, le cardinal Mazarin manda auprès de son lit Nicolas le Vasseur et François Le Foin « notaires garde-notes du Roy au Chastelet, » et leur dicta l'acte de fondation d'un collège qui devait porter son nom et où il voulait avoir son tombeau.

Mazarin nourrissait depuis plusieurs années Fidée de cet établissement. Il avait songé d'abord à l'appeler Collège des Conquêtes^ parce qu'il le destinait à recevoir des écoliers nés dans les pays conquis sous son ministère. Au dernier moment, il changea d'avis; mais les élèves étant choisis presque exclusivement dans les quatre provinces réunies par lui à la France, le collège, malgré la volonté du fondateur, prit bientôt le nom de Collège des Quatre -Nations. Cependant, dans toutes les pièces officielles qui suivirent la mort du cardinal, on le désigne sous le titre de Collège Mazarini ou Mazarin. Il devait renfermer soixante écoliers originaires du territoire de Pignerol, de l'Alsace, de la Flandre, Artois et Hainaut, du Roussillon et de la Cerdagne. Le cardinal ordonnait que l'aîné de sa maison, « de ceux qui porteront son nom et ses armes, » aurait le droit de désigner les

jeunes gens de famille noble destinés à être logés, nourris et instruits gratuitement dans l'institution. Il voulait qu'au milieu des bâtiments s'élevât une chapelle où serait déposé son tombeau. Il ordonnait,

Le cardinal Mazarin, fondateur du collège des Qualre-Nafions. ((iravc- par Miclicl Lasnc (1643).

en outre, que son admirable bibliothè(|ue serait réunie au collège et (( ouverte à tous les gens de lettres deux fois par semaine. »

Cet acte fui enregistré au Parlement, et, en juin 10G5, Louis XIV b' «'onrirma par Irlircs patentes qui se IcnniiK'iil ainsi : « Et pour donner des niin (|ii( ^ expresses de la satisfaction que Nous avons du- •lit établisseiiieiii. voidons (?t Nous plaist que ladite fondation soit

L'INSTITUT DE FRANGI-:

('(Misée et réputée Royale, et jouisse des mesmes avantages, privilèges et prérogatives (jue si elle avoit esté par Nous faile et instituée. »

Mazarin ayant réglé avec un soin minutieux tous les (^létails relatifs à cette fondation, il ik; restait plus guère à ses exécuteurs testamentaires qu'à en déterminer l'emplacement. On eut beaucoup de peine à s'entendre. L'architecte du Roi, Louis Levau, qui construisait alors la partie du Louvre élevée sur les jardins dits de l'Infante, proposait de « bastir le collège proche delà porte de Nesle, vis-à-vis le Louvre, auquel lieu on pourroit faire une place publique qui serviroit d'ornement à l'aspect du Louvre. »

11 comptait donner à la façade u la forme d'un cercle parfait, orné d'obélisques et de fontaines. »

Mais Louis XIV repoussa cette disposition qui aurait masqué le point de vue du côté du palais. Levau, resté fidèle à sa première idée, songea à construire deux gros pavillons destinés à limiter, de chaque côté de Fédifice, une façade dessinant un demi-cercle seulement. Il soumit donc au roi un nouveau plan qui représentait le collège bâti sur les terrains de Nesle ; la cliapelle s'élevait cette fois au milieu d'une place demi-circulaire, et le portail se trouvait faire face à celui du Louvre. Ce projet fut définitivement adopté.

Pour acquérir remplacement choisi, la volonté du Roi tint lieu de ce que nous appellerions aujourd'hui l'utilité publique; la superficie jugée nécessaire était d'environ trois mille huit cents toises, et les expropriations commencèrent aussitôt.

La ville de Paris se présenta la première. Le Roi lui avait donné les fossés de Nesle, sous la condition qu'elle remplacerait l'ancienne porte qui menaçait ruine, et qu'elle continuerait le quai jusque-là. Le prévôt des marchands ne demandait pas mieux que d'abandonner le terrain, mais il en voulait 160.398 livres, et les exécuteurs testamentaires en offraient seulement 120.000 livres. Après de longues discussions, la ville fut dis|)(Mis(''(' (rext'cuter les Iim\.iu\ mis à sa charge, et elle accepta les propositions (jui lui cl.iirnl faites.

Le marquis de Coislin se conduisit en grand seigneur, tandis (|ue M. de (luénégaud lésina longtemps. On donna encore 32.412 livr<'s à deux bourgeois de Paris, propriétaires de n places vaines el vagues a voisinant la poi'te de Nesle. » Le garde-clefs de cette porte, Estienne Leguay, reçut une iiuiemnité de 800 livres pour « son logement et charge de portier. » Les maisons bâties aux environs (h» la poitr <lr Nesle et qui durent elre adielées avaient peu (h' valeui- La j)his clii'ie l'ut payée 34.000 livres; elle faisait le <'oiii Av la rue* <1(? Seine cl <|ii (|u;ii, el iipparleiiail à h'rançois Popineau, procureur

au Parlement ^ Une autre, située petite l'ue de Nesle-, lut achetée 30.000 livres à Pierre Ariste a prenii(^r connnis Je M. de Brienne, ey-devant secrétaire d'Estat. » On donna 35.000 livres à l'avocat Jean Min^ot; 11.000 livres à Marie Petit, veuve de Christophe ( juchet, juré porteur de charbon ; 20.000 livres à Jean Onfroy, « conseiller secrétaire du roy; » 12. 000 livres à Geneviève Jeallin, veuve de Jean le Comte, fourrier des Cent-Suisses ; 9.500 livres à André Maurice, serj^ent à verge au Châtelet; ces quatre derniers possédaient des bâtiments sur le quai Malaquais. Je vois que l'on accorda encore 20.000 livres à Antoine Tournaire, sellier ; 18.000 livres à Claude Robert, serrurier, et 7.000 livres à Esloy Antheaume, chandelier, pour des maisons situées petite rue de Nesle.

Les travaux de maçonnerie commencèrent aussitôt sous la direction de Levau, assisté de deux architectes distingués, Lambert et Dorbay.

Les registres qui contiennent la liste de toutes les dépenses de la construction sont conservés aux Archives nationales, et ils mentionnent les sommes, même les plus minimes, payées aux ouvriers pendant le cours des travaux. Mais, au milieu de ce dédale de chiffres, les recherches sont loin d'être faciles. Rappelons cependant que l'horloge du collège fut fournie par Henry Martinot « orlogeur, » et coûta 1.806 livres. Les deux cadrans solaires qui existent encore furent faits par Pierre Barthélémy, tailleur de pierre, et payés 45 livres.

La façade actuelle du palais de l'Institut ne donne qu'une idée inexacte de ce qu'était celle du collège des Quatre-Nations. Je vais essayer d'en reproduire la physionomie.

Les vases en pierre supportés par la corniche furent entièrement

* Cette maison fut respectée, car elle existe encore.

* On nommait ainsi le retour d'équerre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine.

rclails (mi 17G3. La jiiillc (jiii ferme l'enlrée de la chapelle n'existait

pas alors, et les se])l iiiaiclies (|ui y donnent accès étaient entourées

Façade de la chapelle du collège des Quatre-Nalions en 1700, avec les groupes sculptés placés à l'extérieur.

de lourdes bornes. Les quatre lions de fer qui, il y a quelques années encore, versaient un maigre fdet d'eau dans des vasques d'assez mauvais goût, datent du premier Empire.

Au-dessus du portail, entre les colonnes corinthiennes, l'inscrip-

tion suivante rappelait que la chapelle avait été consacrée sous Finvocation de saint Louis.

D. 0. M, sub invocationc sancli Ludovici

Plus haut, sur la frise du fronton, à la place qu'occupent aujourd'hui h^s mots Institut de France, on lisait.

JUL. MAZ.VRIX. s. R. E. CARD. RASU.ICAM. (JYMNAS. F. C. A. MDCLXI

Six massifs de pierre, visihles encore au pied du dôme, supportaient six «groupes sculptés, composés chacun de deux personnages : Pères de l'Église, évangélistes et saints docteurs. Le dôme était couvert « d'ardoises taillées en écailles de poisson, avec des bandes de plomb doré. » La lanterne, qui a été récemment reconstruite, était plus large et moins élevée, entièrement à jour, soutenue par des consoles et surmontée d'un globe doré supportant une croix.

La porl<' (jui conduit aujourd hui dans la première cour servait également d cnlii'c au collège. Toutes les auti'es baies étaient fermées, et foniiaicnl une série de \ ingl-(juatre boutiques. La loge actuelle des portiers de Tinstitut était alors coupée en deux, el on louait la [\'\hrv (jui prenait jour sur le (juai.

Neuf boutiques étaient établies sous le pavillon de la bibliothèque: (•in<j (liMili-e elles doiniaiml sur la place Gonti, et les (jualre suivanics sut- la jilarr du collège des « Quatre-Nations. » Elles élaienl occu|m''cs pai* un laillcm-. un xilr'ici-. ini limonadier el un la|)issiei'.

Entre le |»a\ill(»n de la hihiiol liècjue el la cliapelle élaienl ('laldies bi libraiiii- classi(iue dl^idassan et une horlogerie.

De la ( liMpelle au j»avillon ouest, ciinj boutiques élaienl louées à un <diand(dier. un aubergiste et un \ilriei-.

S(Mis If |»;i\illon ouest, deux locataires se partageaient six boutiques.

La jiaitie du i|uai (|ui s'étend de\anl ce collège avait été entière-

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ment refaite. Une balustrade à jour la bordait et, sur le mur faisant face au Louvre, les armes de Mazarin étaient sculptées trois fois autour

La première cour du Palais de l'Institut. — Cour de l'Horloge. (Façades ouest et nord.)

d'une inscription commémorative. Faute de fonds suffisants, on ne put jeter un pont entre les deux rives; mais en face du pavillon

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ouest, à l'endroit où se trouvait le port au charbon, on installa de petits bateaux qui, moyennant six deniers par personne, transportaient devant le Louvre.

La première cour du collège des Quatre-Nations offrait alors exac-

-(îll ^ik .'IT-VI .••-.. •'ii. ."--v.iN^'

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Grille, (lossint'(3 i)ar Dorbay, qui séparait auli. Ini- la [iivinirrc cour de la srci»ii(l<'.

t<,*m<'iil le niriiir «ispccl ([u".! ti j()iii-(!"Iiiii . .M;iis, sous la soûle (jui st'[)ai"e la s<'C()ii(|r cour de la prejuii're, L'xi;)Lail une «irille fort élégante. Un jjorlifi- rii ;i\;iit la pirde.

La cliiiix'llc ;i été enlii'rciiH'iil iiit'IaiiKirpliosée sous rKmpire, lors(|ur I liislitut a piis possession des bàliinenls du collèg:o. Le saiiclu.iiK' < I lil |)iacé sous la couim)!»' du petit d(^nie élevé au fond

^^ l9Hf L'INSTITUT DE FRAiNCI-:

de l'église, t'I aux deux côtés s'ouvraient deux chapelles qui devaient servir de lieu de sépulture aux membres de la famille Mazarin. Un peu plus loin, une nef était réservée poui* les élèves du collège. Comme de nos jours, on parvenait à quatre tribunes par quatre escaliers à vis;- un autre montait jusqu'à la lanterne. Le pavé, formé de compartiments de marbre blanc, noir et jaspé, était semé d'étoiles, pièces principales des armoiries de Mazarin. Le tableau du grand autel, œuvre de Paul Véronèse, représentait la Circoncision. Autour de la frise qui règne au-dessous du dôme, ainsi que sur les quatre fausses portes qui semblent le soutenir, on lisait des inscriptions encore visibles sous la couche de badigeon dont on les a recouvertes-

Le tombeau de Mazarin, un chef-d'œuvre de Coysevox, remplissait presque là petite chapelle située à droite du maître-autel. Le corps reposait dans un des vastes caveaux qui s'étendent sous toute cette partie de l'édifice et qui servirent aussi de dernière demeure aux fonctionnaires et aux professeurs du collège. Le caveau plus spécialement consacré à ces inhumations se trouve sous le vestibule de la chapelle. Les recherches que j'y ai faites m'ont permis de constater la présence d'une foule d'ossements ; mais des inscriptions, grossièrement tracées au crayon ou au charbon sur la voûte, constituent le seul souvenir de ces enfouissements. J'y ai recueilli neuf noms bien connus dans l'histoire du collège. Le mausolée de Mazarin, transporté d'abord au musée des Petits-Augustins, est aujourd'hui au Louvre, ainsi que l'inscription qui l'accompagne.

Le portique élevé en face de la chapelle conduisait à la bibliothèque et à l'appartement du proviseur, qualifié de grand-maître.

La bibliothèque que Mazarin avait léguée au collège occupait et occupe encore tout le pavillon de gauche, jusqu'à la deuxième cour. Dans la pensée des architectes, le grand escalier situé à gauche de cette cour et qui mène aujourd'hui aux salles des séances de l'Ins-

titut ^ devait être celui de la bibliothèque. Une partie de la pièce qui précède actuellement la bibliothèque de l'Institut eut servi d'antichambre à la bibliothèque du collège et au logement du bibliothécaire. Je n'ai pu découvrir pourquoi l'on affecta à l'entrée de la bibliothèque l'escalier placé au-dessus du perron de la première cour-.

■^1M:.SC3,3''1'', 1>W ^,AP^D!^fAL, MAZAR1V

Tombeau du cardinal Mazatin, par Coysevox.

(Autrefois dans li chapelle du collège des Qualre-Xa'ions, aujourd'lnii au niusri» .lu Louvre.) ((îravure de F. D. Marliuol.)

Jje bàtinM'iil (|iii s'éleiid cnlre la [)r<'iniJ'i-<' cl la (h'U.xièim' coni' renfermait, ouïr»' lapiiarltMiient du bibliolln'cairr. les logcMncnls de (h'U.v profess(;uis ri de deux sous-mailrrs. avec Ir noinbr»' d«' chambres nécessaires |)(>mi- les écohers de deiix nalions; les classes d hunianilés ocriijjaieiil le lez- le-chaussée. (!<' corps de logis n'a plus

' i'.i'A «;sr;iii»;r a rit"; rcconshuil . niais sur les iuin<îS dti Tancitu».

* Cet escalier, locon-ifrnil «ous la RoHtauration, pst nncoro celui qui y conduit. Il tUail alors «Hroit, sombrr. . n tnonls. et il nionlail jiis.|u'an d.Mnicr rfaRO, où lojçpait In sous-biblioth(îcain'.

îiujoiirdhui (|iu' ddix (Ha^es. Lorsqu'on jan\ ici' 1800 il fut accorda' il la hibliothèque Mazaiiiu», on réunit le premier et le second étages en supprimant le plancher de division; on obtint ainsi une galerie fort élevée et éclairée par deux rangs de fenêtres superposées. La Mazarine n*a jamais pris possession de cette g^alerie, qui sert maintenant de salle de Iravail à la l)il)liollîe(ju<' de Tlnstitut.

La seconde cour de l'Institut. — Cour du milieu. (Anciens bâlimcnls du collège des (jualre-Nalions, en bordure sur la rue Mazarine.)

La seconde cour passait « pour une des plus grandes qu'il y eût dans Paris. » Elle n'était construite que d'un côté ; un mur absolument nu la bordait à gauche dans toute sa longueur. Le long bâtiment qui s'étend à droite était, comme le précédent, partagé en chambres nombreuses, et cette distribution se retrouve encore dans une partie des logements actuels. Le rez-de-chaussée a été complètement modifié. On y voyait les deux classes de philosophie, le réfectoire et une grande salle où les élèves subissaient leurs examens: elle était gai'iiie de tribunes et dite salle des actes. Le premier et le second étages

LES BATIMKXTS 21

ahritaicnl les principaux fonctionnaires du collège, quelques professeurs et deux sous-niailres. Au-dessus logeaient les écoliers des deux autres nations.

Deux grandes portes ciîiti'ées doiniaient accès dans la troisième ('(iiir VA\r a\ail alors la niènielargeur que les deux autres; mais, pendaiil la iH'xoluhon. l'administration de l'hôtel des Monnaies s'empara de la nioitié de cet espace, et FEmpire confirma cette prise de poss«'ssi(»n. La cour était construite de deux côtés seulement; au milieu, existait un petit ])arterre planté d'arbres; sur les côtés se trouvaient la ciiisiiic. loi lice, le gaide-manger, Técurie, la buanderie et les (•lia/ii])i('s occupées par les domestiques.

La porte pcicée à l'extrémité d(î cette cour donnait sur rancien clieiiiiii de contrescarpe du mur d'enceinte, chemin qui se nommait alor /NI' f/i-s Fossy's de Nesle. En 1360, ce n'était encore qu'un sentier boide a droite et à gauclie par des prés^ En 1609, des maisons appalaisseiit dt'jà sur la droite ^ La suppression du nmr et du fossé permit de eousti-uii-e sur le côté gauche, mais le nom ne se luodilia (jue Icnlenient ; tous les plans du xvil'' sii'cle nomment encore la /■//(■ f/cs h\jssrs. Le plan de lUillet et Blondel, dressé vers 1676, porte, le prenn'er. rue des Fossés ou Mazarine. Sur celui de Laeaille. d;il(' de 1711, on lit enfin rue Mazarnie. Un des inau\ais j)lans (|ui coinplt-leiit le traiti' de la police publié par Dehimare ('ci'il seul riii' ilr M uzdii li.

Sur I rxct'flciit dt"- tei'rains e\j)ropri(''S, oti axait ('dev«'' s«'i/.e maisons (pn aiiparlfii.iiriil ,iu cotli-Lic l'dle^i ('taienl situ. -es rue Ma/.arine et rue (iutMK-'jaud. e! n"(MiI :.ul)i jirajuici pre;(pH' aucun (diangeme!il.

La prcnut'ir u tourlioil |;i poi'le de la cour des cuisines. •> celle dont je \ifn-. i|f parler et (|ui. de re C()li''. Ne|-\ail el sei't eneore d ••nlrt'-r ,111 p;il,ii , de rinsiilul Idic ('lit sinvie de si.x antres, (|ui

» V<.\ !.■ 1,1.111 >!.■ \.i ~ ih. ti.

consliluaicnl (oui le côté j^auciie d(î la ]'U(^ Mazariiic juscjuà la lue Guénégaud. Les septième et huitième maisons, adossées lune à l'autre, faisaient le coin de ces deux rues. Quatre maisons suivaient la huitième. La treizième était située du côté opposé, à l'angle des deux mêmes rues. Les trois dernières s'étendaient à la suite, ayant leurs fayades sur la rue Mazarine.

En 1672, les ouvriers travaillaient encore au pavillon de la bihliotlièque et à la chapelle, mais toutes les autres constructions étaient achevées Les r.xi'ciilcurs testamentaires du cardinal devaient enfin songer à organiser l'établissement.

Une première difficulté se présenta. Le moment venu d'attribuer aux bâtiments leur destination, on s'aperçut qu'ils s'étaient vus peu à peu envahis par une foule de personnages qui refusaient de quitter la place. Jusqu'à quel point avaient été poussés le désordre et l'incurie, c'est ce qui serait impossible à croire si nous n'en possédions la preuve officielle dans un rapport adressé à Colbert. Ce curieux document a pour titre : Etat de ceux qui occupent des logemens dans le dedans du collège Mazarini, restant de ceux que Ion en a fait sortir de temps en temps en exécution des délibérations du Conseil de la fondation du dit collège, et qui y continuent leur demeure par des voyes de recommandations, intrigues et cabales. Délivré à M. Colbert, Vun des exécuteurs de la dite fondation, pour donner ses derniers ordres de les en faire sortir, et contraindre au payement des loyers des lieux qu'ils ont occupez, et faille faire les réparations nécessaires, attendu lestât de cette fondation.

. Je hs dans ce rapport qu'un sieur Le Fèvre et sa femme s'étaient installés, depuis cinq ans, dans quatre pièces situées au-dessus du portail de la cour des cuisines. Un abbé des Isles, « depuis peu marié, » occupait trois pièces au-dessus de la sacristie. Un « pauvre homme de lettres, » nommé Lartille, avait pris possession de cinq pièces du premier étage sur la rue Mazarine. Du môme côté, le mar-

quis et la marquise de Méré habitaient avec une servante. La demoiselle Gassion s'était contentée de deux pièces continues au logement de Tabbé désistes. Un prêtre nommé Massy logeait dans deux pièces qui s'étendaient au-dessus de la salle des actes, sur la rue Mazarine. Un autre prêtre, originaire de Gascogne, avait élu domi-

Vue de la troisième cour de l'InslituL et du jardin occupé aujourd'hui

par la Monnaie.

(Gi-aviirc de F.-l). Marliiicl.)

ciie dans six pièces, auprès de l'horloge: il avait avec lui un de ses parents, <leux valels, « deux demoiselles (jue Ton dit être la mère et hi fille, » plus le sieur Blpndet et sa iaiiiille Le comte de GocourI s'était casé près de la biblioth('(jue ; il y disposait de neuf pièces, ce (|iii Idi |»rrin(»ttait d'a\()ii' ii son ser\ ice un \jileL de chambre, deux l;i(|Mais, un cuisinici- ri un ((tclici-. Au-dessiis du comte de Gocourl ijcuM'uriiil nn ihilicii nommé Milleli ; il donnait usilc uu sieur La vigne, tailleur poui- !< innn's, et à plusieurs garçons tailleurs, « cause «l'un grand coinnn'Kc dr lillrs el t\r femmes, qui vont et viennent dans ce collège sons pn'icxle (b* se faire babiller » Un médecin nonuné

Sanguin s'était « fait délivrer les clefs de douze pièces», où, dit le rapport, il loge présentement avec sa mère, deux de ses frères, ses sœurs, une servante et un valet. » A citer encore les sieurs Graveline, porteur d'eau; Renault, tapissier; Le Roy, apothicaire; puis des menuisiers, des serruriers et des peintres qui avaient travaillé pour rétablissement.

Mais d(^ tous ces envahisseurs le plus embarrassant était le duc de Mazarin. 11 s'était installé dans le bâtiment situé sur le quai, entre la chapelle et la bibliothèque, et, faisant valoir ses titres d'héritier du fondateur, de patron du collège et de collateur des bourses, il refusait formellement de se retirer. Ses prétentions furent examinées en Conseil et repoussées ; puis Colbert ordonna d'expulser tout locataire étranger à la fondation.

Mazarin avait fixé le nombre des élèves à soixante; en raisons de la dureté des temps, » ce chiffre fut réduit à trente. Tous devaient, comme nous l'avons vu, être originaires d'une des quatre provinces réunies à la France par le traité de Munster et par celui des Pyrénées.

Mazarin avait voulu aussi que a les gentilshommes fussent toujours préférés aux bourgeois. » Le candidat, après avoir établi de quel pays il était originaire, devait prouver quatre degrés de noblesse paternelle. Le fameux d'Hozier, « juge d'armes de la noblesse de France, » fut pendant longtemps chargé d'examiner les titres produits par les candidats, et chaque vérification de ce genre lui était payée soixante-neuf livres.

On n'était admis au collège ni avant l'âge de dix ans, ni après quinze ans révolus. Le cardinal avait très expressément ordonné que le droit de désigner les élèves appartiendrait « à l'aisné de ceux qui porteroient son nom et ses armes ; » mais la fondation ayant été réputée royale, les premiers choix furent faits par Louis XIV.

Les dortoirs étaient inconnus au collège des Quatre-Nations.

CliiKjue élève avait sa chambre. La distribution des logements était réglée au commencement de l'année par le grand-maître, qui, autan

Voaliljulo (riioniicui' cuiiduisaiiL à la coupoU

(pjr possible, plaçait ensemble les écoliers d'une môme nation. Les chambres avaient lout<'s à peu piîs hi niéim' dimension et étaient échiirées par une seule fenêtre. Le mobilier, semblable dans toutes,

s»' roriiposiiii d'un lit. d'iiin' lablr «'I dr li'ois chaises de paille. Le

26 L'INSTITUT DK F H AN G 1^

lit. (Ml l)()is (le clii'iic, avait six pieds de lon^ sur Irois de Jarjze; un traversin rempli de plumes, une paillasse et deux matelas recouverts de futaino le ^garnissaient. Les rideaux étaient de serge d'Aumale verte, et bordés par un large galon. Jusqu'en 1737, les élèves travaillaient dans leurs chambres. A cette date, on fit établir, à l'extrémité de cluKjue (•t)rridor, une salle d'étude qui réunit les écoliers pendant la journée.

Au réfectoire, les élèves se servaient de couverts d'argent (|ui étaient fournis parle collège, et qui portaient les armes de Mazarin. Le service était fait dans de la vaisselle d'étain, les nappes étaient jaunes et les serviettes (( demy-blanches. » Une lecture à haute voix accompagnait chaque repas. Le premier ouvrage acheté dans cette intention fut r Histoire de France de Gordemoy ; on lut ensuite la Vie des saints puis la Bible en latin.

La division des classes était exactement celle qui est adoptée aujourd'hui dans nos lycées. L'ordre numérique se suivait sans interruption depuis la sixième jusqu'àla rhétorique; venaient ensuite la (lasse de mathématiques, puis celles de physique et de logique, toutes deux désignées sous le nom de philosophie.

Le son d'une cloche réglait tous les exercices. A cinq heures et demie du matin, un domestique entrait dans chaque chambre, réveillait l'élève et lui donnait de la lumière. La toilette qui suivait était sans doute bien sommaire, puisqu'un quart d'heure après tous les élèves devaient être réunis dans les salles d'étude. On faisait la prière, et le travail n'était interrompu qu'à sept heures un quart pour le déjeuner. Le dîner, servi à onze heures trois quarts, était suivi d'une récréation qui durait jusqu'à une heure. Au milieu de la journée, un goûter très léger permettait d'attendre sept heures, moment de souper. A neuf heures, on conduisait les élèves dans leurs chambres, et on les y enfermait à clef; par crainte du feu, il leur était recommandé d'éteindre leur chandelle au milieu de la pièce.

Le; i/<ii'alions avaient pour théâtre la deuxième cour du collège, la plus vaste qu'il y eût à Paris,et les élèves trouvaient, dans une salle spéciale, un billard à leur disposition. Deux fois par semaine.

Vuo iiilérieurc de la chapelle du collège Mazariii. ((iravure eu coulours de Saiul-\ icior, <iii du xviii'" siècle.)

on les conduisait en promenade. Les dimanches et fôles étaient jours <le sorlie. L(;s permissions, délivrées ordinairement par Ir piin cipal, él.iirnl icmises nu poilirr * ; crhii-<'i \ inscrivail riwurc du

* Aux porlitTH plutôt, car. jusque vers 1860, il y en eut toujours duux à renlrûo principale (lu palais sur le quai Conli.

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28 L'INSTITUT I)H FRANGIO

(Irpail et celle de la rentrée, qui devait avoir lieu^ à sept heures au plus tard. En passant, j'avouerai que j'ignore quel fut le costume primitif de ces Immbles fonctionnaires. Mais je sais qu'en 1823 ils reçurent une redingote, dont l'objet était de ménager « leurs habits galonnés. » La Restauration leur accorda ou leur restitua uiu) livrée fort l'iclie : longue capote en drap bleu de roi, « avec parements et collet de soie cramoisie, galons d'argent fm, boutons argentés; gilet de drap cramoisi, et chapeau à trois^ cornes à la Française, garni de ganses d'argent fm. » Le second Empire inaugura la redingote de drap vert avec

gilet amarante ^ et la casquette aux armes

de Mazarin.

Les exercices religieux s'accomplissaient

sous la surveillance du chapelain. Tous les

dimanches à huit heures, les élèves allaient

dans la chapelle du collège entendre la messe.

Elle était suivie d'une lecture pieuse et d'une

instruction faite par le proviseur. Chaque pensionnaire devait se confesser une fois par mois. La clôture de l'année scolaire était mar-

([uée par deux solennités, la distribution des

prix et la tragédie. Le nombre des livres

donnés en prix variait entre cent et cent

trente. Tous portaient sur les plats les armes

de Mazarin.

statue de Sully, par Muuchy.

(Coupole.)

Aujourd'hui vert.

Statue de Descartes,

par Pajou.

(Coupole.)

Le collège ne pouvait entrer en exercice avant que le cardinal fût venu prendre place au milieu de sa splendide fondation. Son corps, provisoirement déposé à Vincennes où il était mort, fut transporté en grande pompe, le 6 septembre 1684, dans la chapelle du collège et c'est quatre ans après seulement, en octobre 1688, qu'eut lieu l'ouverture des classes.

Le collège Mazarin recevait beaucoup d'écoliers externes, de martinets, comme on disait alors, bien qu'il ne passât pas pour un des meilleurs de Paris. Lors des concours généraux, institués au milieu du xvni" siècle.

Statue de Bossuet, par Pajou.

• (Coupole.)

Slaluu du l*Y'iiC'loii, \niï Lucumtu

(C0U|K>lc.)

n'obtint jamais qu'un

I)etit nombre de nominations : six, par exemple, en 1766. taudis que Louisle-Grand en récoltait quarante-trois. En 171)3, il atteignit le cinquième rang sur <li.\ collèges, a\('(' (!i\-s('])t nominalions. I il 11(1 is que le collège d'Harcourt en reçue il- Init trente six cl Navarre trente et une

En revanche, il était plus riche qur» tous les autres. Ses recettes se composaient :

I De la meiise abbatiale de Saint- .M iiliel-en-rilerm, estimée, année moyenne, k 35.000 mille livres.

2" D'um^ rente sur les gabeUes, qui (h'xail normalement rapporter 15.000 livres.

30 L'IiNSTITUT Dlv FRANGi:

3° D'une ronle sur le Trésor, représentant un capilal de 210.000 livres, et rapportant 12.000 livres.

4° Du loyer des appartements situés sur la place du Collège et dans le pavillon dit des Arts.

Deux appartements seulement avaient vue sur le quai. Le premier, qui allait de la bibliothèque à la chapelle, était la résidence du grand maître. L'administrateur delà bibliothèque Mazarine et un des conservateurs se le partagent aujourd'hui. Le second, qui s'étendait de la chapelle au pavillon ouest, a aujourd'hui pour locataires le secrétaire perpétuel de l'académie des Beaux- Arts et celui de l'académie des Inscriptions. Il était loué 1 .200 livres en 1674, 1 .500 livres en 1689, et 1.620 livres en 1789.

5° Du loyer des vingt-quatre boutiques qui entouraient la façade. Il produisait 8.000 livres environ en 1696.

6' Du loyer des seize maisons sises rue Mazarine et rue Guénégaud. Elle rapportèrent 18.000 hvres en 1696.

Le collègeMazarin étant dirigé exclusivement par des ecclésiastiques, la constitution civile du clergé lui porta un coup dont il ne se releva point. Le grand maître et les inspecteurs refusèrent de prêter serment à une loi qui blessait leurs principes religieux; ils furent, en conséquence, regardés comme démissionnaires, et le Directoire de Paris pourvut à leur remplacement. L'établissement devint alors collège de l'Unité, du nom de la section dans laquelle il était situé, puis la Convention supprima tous les collèges de plein exercice. Le collège des Quatre-Nations fut alors transformé en maison d'arrêt, et le comité central de Salut public y tint ses séances. Je me souviens d'avoir vu encore, il y a quelques années, autour des fenêtres de la

seconde cour, la trace laissée par les grilles qui y avaient été posées à cette époque. Elles y restèrent sans doute peu de temps, car le collège devint presque aussitôt École centrale supérieure et École des Beaux- Arts. Une autre métamorphose l'attendait encore.

Les anciennes académies, supprimées comme les Facultés et les collèges au mois de septembre 1793, furent rétablies en principe par la constitution de Fan III (septembre 1795), dont l'article 298 est ainsi conçu : <( Il y a. pour toute la République, un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. » Au mois d'avril suivant, l'Institut était doté d'un règlement très complet, et tenait au Louvre, dans la Salle des Cariatides, une séance solennelle d'inauguration, sous la présidence de Daunou : une estampe de l'époque nous a conservé la physionomie de cette scène. L'Etat accordait en outre à l'Institut, pour les séances particulières de chaque classe, des locaux situés au rez-de-chaussée * et au premier étage ^

L'institut fut réorganisé en 1803 par le Premier Consul. En même temps on dut songer à lui faire abandonner le Louvre, dont la restauration et l'achèvement venaient d'être décidés. On chercha pendantlongtemps un lieu convenable, et le choix se fixa enfin sur l'ancien collège Mazarin, alors palais des Beaux- Arts. Un décret du 20 mars 180;) affecta f^ à rinsliliil niilional le pavillon d<' droite, une |»aili«' de la larailf cl laiolondr: » ce dci'iiicr mol dcsiiinail la chapelle. Les a iilics constructions restaient partagées cnli-c la bibliotliècjue Ma/aiine «•t les écoles spéciah's de peinture, de sculpture et d'architectui-e.

L'architecte Vaudoyer fut chargé d'approprier îi leur nouvelle destinallon les bâtiments don! l'institul allai! |)i-<Midre possession. 11 Mippiinia les boiiliijuc.s {\t' la façade, et cul la singulière idée de créer >niis cliiKjiH- |)ii\ill(Mi INI |)assage couvert où les piétons trouvaient,

' .\uj(HU«rhul siilU'S l'u^t:l cl <lt;.s Couslou.

' Aujourd'hui salh^ Laca/c. ccllu qui la pn'Ci'>(Ic et la sallo dite des Sept Chominéos.

(?a cas (le pluio, un abri ({uc les rafales ne respectaient pas toujours. Tls y trouvaient aussi de modestes étalages, auxquels les courants d'air soufflant sans cesse en ce lieu, faisaient une existence agitée et précaire. L'aristocratie de ces commerçants en plein vent était représentée par des marchands d'estampes qu'attirait le voisinage de l'école des Beaux-Arts. Quand ces deux passages furent supprimés, vers 1860, ils avaient fini par constituer une des curiosités du (juartier.

A l'intérieur du palais, Vaudoyer innova fort peu. Son œuvre la plus importante fut la transformation de la chapelle en salle publique d'assemblée. Le plan du vaisseau se prêtait peu à cette modification : des piliers énormes rompaient le point de vue à chaque angle, et la voix d'un orateur se serait perdue dans la profondeur des chapelles et l'élévation de la voûte. Vaudoyer se décida à disposer en amphithéâtre le rez-de-chaussée des chapelles et à établir de vastes tribunes dans leur partie supérieure. Enfin, il réduisit de moitié la coupole du dôme, en construisant une coupole intermédiaire percée de huit lunettes correspondant avec les huit croisées ouvertes dans l'ancien dôme. Au-dessus de la coupole actuelle se trouve donc une seconde salle aussi vaste que celle du bas.

L'installation définitive de l'Institut dans le palais qu'il devait arriver à conquérir presque tout entier eut lieu au mois d'août 1806. L'inauguration de la salle des séances publiques fut faite, le 4 octobre de la même année, parla classe des Beaux- Arts.

Les séances particulières de chaque académie se tinrent alors dans l'ancienne Salle des Actes du collège. Comme je l'ai dit, elle s'étendait au rez-de-chaussée des constructions situées à droite de la seconde cour et en bordure de la rue Mazarine. C'est en 1846 seulement que les académies se transportèrent du côté opposé, dans les bâtiments actuels, qui venaient d^être terminés.

Dès 1806, le ministre avait écrit à Vaudoyer d' « attendre ses ordres

LKS BATIMKN'TS 33

avant de faire tracer à Teiilrée du palais des Beaux-Arts les mots Palais dk i/'TNSTrriT. » Eu 1801). sur le papier officiel dt'S académies, ou substitue lesjuols l/istifiu de France à In^iiluf nali'jnal de France.

Tran>roiiMation [lar Vaudovrf di' la chapelle du collùge Mazarin en anipliitlK'àtrt pour h - -rA\u-v> «|r rinslitut.

l,l;,Ml.r ,1.' N,il,Ma.ul )

V.w IXfl. ;ipp;ir-;iîl Insl'ilnt nnjii'rdil v\ v\\ ISIi Insl'ihil rnijn'i l'.iilin \v 2:2 juin I .SI ."». It-dilicc cIlmilic (je iKiiii ; I* \i \|v hi ^ \\\ \\ \ \iii> <li> paiiiil cl rsl iciiiphiri' <it''liiiili\ t'iiH'ii! |i;ir i\viiiii hi li;\-,(i

Ou<'l(||H'^ ilicidrlil s fllLincN il rire 1 1 M'i 1 1 K il 1 1 ir > ->r i;i 1 1 , 1 c I it ' 1 1 1 ,1 crllc

34 LINSTITL'T DE FRANCE

|K''ri(Ml(v En 1800, l'abbé Lehloiul, IjiblioUiécairc de la Mazarinc cl cojiinie lel adiiiinistraleur <lii palais, deinanda h' i-élablissomciil de la grille qui, depuis le xvni° siècle, déleiidait la fa(;ade de la chapelle, et qui avait été enlevée au début de la Révolution. « Cette partie de l'édifice, écrivait-il au ministre, est devenue une espèce de latrines ; les portes se pourrissent, les murs se calcinent et l'air est infecté. De plus, il se fait là tous les soirs un rassenibicnicnl <lc filles de mauvaise vie, et la compagnie qu'elles y attirent iTest pas vraisemblablement très morale. » Les Irais devaient se Jiionter à 4.501 francs ; aussi le ministre répondit-il (|ue « la pénurie des finances ne permettoit pas de faire cette dépense. » Petit-Radel, un des successeurs de l'abbé Leblond, ne fut pas plus heureux, en 1813, quand il demanda la suppression du passage public par les cours du palais. Mais, neuf an.-> après, l'on remit en place la grille qui avait jadis existé entre les deu.v: cours, et vingt-cinq clefs de cette grille furent distribuées à des personnes désignées par la commission administrative. L'entrée donnant sur la rue Mazarine était désormais réservée, d'une manière absolue, aux seuls membres de l'Institut. La grille ne restait ouveiie ([ue de neuf heui'es du malin à cinq heures du soir.

C'est en 1807 que la célèbre statue de Voltaire par Houdon fut placée à l'entrée de la bibliothèque particulière de l'Institut.

Je lis encore dans les procès-verbaux, restés inédits, des séances de la commission administrative, qu'en 1810, l'Institut sollicita vainement du préfet de la Seine « la concession d'un terrain au champ de sépulture dit du Père-Lachaise, pour l'inhumation de ses membres. » En 1814, il n'en souscrivit pas moins une somme de 2.400 francs, payable en cinq annuités, pour le rétablissement de la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf; et en 1815, invité à offrir un don patriotique destiné à l'habillement des gardes nationaux, il verse à la caisse municipale de Paris 2.000 francs « pour l'équi-

peinent de lirailleurs fédérés. » Eu 1824, à la suite de (iuel(|nes IVoissenienls sui'veiuis entre la commission admiiiislralivo de lliisliUit et radminishaleiii- de la bibliothèque Mazarine, le partage de tous les bàtimeids du palais fut régie à l'amiable et approuvé par un arrêté ministériel du 9 décembre. La Mazarine obtenait (c tous les locaux exposés sur le (|uai, l'église exceptée; » ils de\ aient lui être livrés au fur et à mesure des sacances (jui s"\' produiraient. L" Institut recevait tout le reste du monument. Toutefois, « les combles du corps de logis (jui sépare la première coui* de la seconde, étaient partagés par moitié. ))

De 1802 à 1806, on avait construit une fontaine devant le portail de la (diapelle et un poid avait été jeté suj' la Seine, en fa<'e du palais. Ce pont, le premier de Paris (|ui ait eu des arches en fer, fut établi, sur les dessins de Dillon, aux frais d^une compagnie ((ui penjut jus- (ju'en 1848 un droit de passage. La fontain<^ fut su|»primée sous le second Knipire. On s'est boi'né, d'ailleurs, à remplacer les \as(|ues (le piciic |);if des marches ((ui se relieid à celles du pcrion. On a rons<'rvé les (juatre affreux lions d<' fer dotit la gueule alimenlait ces vas([ues.

Lfnslilut venait alors d'échapper à un sérieux danger. Ew 1800, h' conseil inunici|)al i<'cliei'<'liail le moNcn de tl»''giig('r renlrt'c de la rue de Seine. Le préfet, M. ilaussmann, lui soumil un projet ([ui consistaità démolir les deux pavillons de llnstitut. Le conseil se pronon(;a à l'unanimité en faveur de la proposition. Mais l'alïaire traîna en lonnueur, j)uis prit des proportions inattendues. Laconnnission supélifUiT des bAtiuM'iils cisils rd'usa de siissocier au \(J'U du conseil, (j'hii ci liiil |)()ii. el le conllil iinil |)ar èli'e porh' de\ ani ll'jupereur, (|ui manifesta ie désir de \ isiler la bibliothècjue .Mazarine. condannu-e ;i disparaître avec le paxillon de gauche. 11 v \inl le li mai. parcoiinii hi Lirande -aleiir d'un air disti'ail, «d, déclara en se reliiinil ijue rin^lilul ne se rail pas m iililé. J'écris ceci de souvcmir, car. humble

3G LINSTITUT DK FRANGLl

attaché déjà à la Mazarinc. je m'étais joint au cortl'ji^c qui suivait

rEiiipereur

Avant (le teriniiier, je domitMai un souvenir' aux Irois cloches dont les notes sonoi'es rèjilent la vie du palais de])ui:j j)lus de deux siècles. Elles ont, en effet, survécu à Fhorlojjre primitive, ([ui avait été fournie au collège par Henry Martinot et avait coûté 800 livies. Vers 1820, Lepaute, horloji'er de l'Institut, constatai! ({u'elle était dans un état déplorable. La restaui'alion en ayant été reconnue impossible, son l'emplacement fut mis aux enchères en 1823, et la foui'iiilure échut à la maison Wagner. Treize ans plus tard, l'ancien mouvement était toujours en place, et le 22 octobre 1830, le ministre de Flntérieur mandait à la commission administrative (fu'il avait inscrit « cette dépense en })remière ligne dans ses proj)Ositions de travaux pour 1837. » Dix-huit années s'écoulèrent encore. Enfin, le 12 mars 1854, Jean Wagnei- installait l'horloge actuelle, qu'on lui paya 5.200 francs. Les deux cadiaiis lui'ciil changés, mais on conserva les trois cloches visibles (jui datent de la construction du collège. La petite et la moyenne portent chacune l'inscrijition suivante :

COLLEGIUM MAZARINI MDCLXXXV

Et on lit sur la grosse cloche qui sert à la sonnerie des heures :

A Y ESTE FAITE DY REIGNEDE LOUIS XIIIl ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE. 1672.

Le régulateur qui est placé dans le bureau occupé par le chef du secrétariat a été foui'ni par liiMU'y Lepaute au mois de lloréal an XH.

Alfred I''ha:;kli:j.

Administrateur lionorairo de la Bibliothèque Mazarinc.

Seconde cour de llnstitut. — Cour du milieu. J/ancicn collège des Qiiati'e-Nalioiis. A droite les bâtiments achevés en iSit}.)

En i8î)."), riiislilul (le rrancc ;i célébiv le rcnliî'nH' anniversaire <l«' sa fondation. Il avait voulu «ionnei' à cetlt; IV'tc une solennité (|ui i'é|)on<lit il la liaut<;ur des pensées dont s'était inspirée la Convention, lorscjue, le '.\ brumaire an IV (25 octobre 171)5) eUe avait riMidu le décret qui donnait naissance à ce, j^-rand corps. Il avait donc convoqué à Paris, pour b»s derniers jours d'octobre, outre b's membres des r'i\n\ académies qui \r romposenl, s<'s «"orrespondants nationaux, ses associés et ses correspondants étrangers. Dix associés et (luatre-

38 L'INSTITUT DK FRANCK

vingts coiTcspondanls répondirenl à cel appel. Le 23 octobre, ils lurent reçus au palais de l'Institut, dans les salles des séances ordinaires, par les membres des bureaux des diverses académies et pai* de nombreux confrères (jui riaient venus soubaiter la bienvenue à leurs invités.

11 y eut, le 23 au soir, réception et concert au ministère de l'Instruction j)ublique. Le jeudi 24, dans la matinée, les associés et correspondants étaient reçus à l'Elysée et présentés au clief de l'Etat par les secrétaires perpétuels. A une beure et demie, on se réunissait, en séance plénière, dans le grand ampliitbéâtre de la Sorbonne. Le président de la République avait pris place sur l'estrade, accompagné du corps diplomatique, des membres du gouvernement et des représentants de la magistrature, de l'armée et de Fadministration. Des discours furent prononcés par MM. Ambroise Tliomas, président de l'Institut, Jules Simon, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et Raymond Poincarré, ministre de Flnstruction publique. Le soir, les membres de l'Institut offraient un banquet aux associés et correspondants. La parole y fut prise par deux des plus illustres associés étrangers, Max MuUer, associé de l'Académie des Inscriptions et Lord Kelvin, associé de l'Académie des Sciences. . ,

Le vendredi, une représentation de gala était donnée au Tbéâtre- Français, en l'bonneur du centenaire. On y jouait trois actes du Cid, un acte de V Ecole des femmes et quatre actes des Femmes savantes. M. Mounet-Sully y disait une poésie de M. SuUy-Prudbomme, Vlnstiiut de France. Le soir, M. le Président de la République recevait à l'Elysée. Le lendemain 2Çi, un train spécial transportait à Gbanlilly les membres et les correspondants de l'Institut. Le duc d'Aumale les recevait à l'entrée de ses galeries et la journée se passait à admirer les merveilles que la munificence du prince et son goût éclairé avaient réunies dans ce palais qui devait, trop tôt après cette

LMNSTITUT 39

visite, devenir, par Teflet de la plus libérale des donations, la propriété de rinstitut.

L'Institut, à l'occasion de ce jubilé, reçut de nombreuses adresses de félicitation, dont les sie:nataires évoquaient son passé pour lui sou-

^'''^^ïï^my^^..

.l.-li. (,v>l;>r.1 ^iul'J-ltt.S.;,.

(rirav»' par l*. Landry (1668), d'après Mignard.)

Ii.iilci- (les siî'cirs riicoïc (liicliNih' brillanle et fV'coïKbî. Ces a4lresses «'•iiianairiit de {grandes univrisités ainsi (jue de diverses sociétés et «orporations étranp^ères. On remanjua surtout celles do l'Acadéinio royale de f^erlin, de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg et <lr hi Société losalr «le Loiulies, cette dovenne (b'S sociétés savantes

40 1/ INSTITUT l)i: FHANCK

<lo rEuiope. Dans toutes, le caractt're original de rinstitut était bien saisi et mis en lumière. C'est ce que marquait, en termes excellents, l'adresse anglaise. « L'Institut, » disait-elle, « comprend aujourd'iiui ciiKI académies. Ciiacuhe d'elles a sa sphère spéciale d'action ; mais toutes, concertant leurs efforts, coopèrent à l'œuvre commune, à la recherche des lois de la nature, au développement des lettres et des arts. La création de cet ensemble harmonieux a ouvert une ère nouvelle dans l'histoire de la civilisation. »

Dès le xvif siècle, on avait eu le vague pressentiment du profit que la France pourrait tirer d'une coopération réglée qui serait établie par l'Etat entre les meilleurs esprits de la nation. Golbert avait formé, en 1666,'le projet de constituer une « Académie générale des lettres et des sciences ». Fontenelle, dans V Histoire de l' Académie royale des Sciences, donne à ce sujet des détails très précis. La Bibliothèque du roi était destinée à être le rendez-vous commun des différentes sections « de ce grand corps, oii se réunissaient et se conciliaient les talents les plus opposés >■). Il y aurait eu, deux fois par semaine, des séances particulières de a ceux qui s'appliquaient à rhistoire, de ceux qui étaient dans les belles-lettres et des mathématiciens et physiciens », et, tous les premiers jeudis du mois, une assemblée générale. M. Pierre Clément a publié, dans les Lettres, instructions et mémoires de Colbert, une note de Charles Perrault à Colbert qui confirme et complète les indications données par Fontenelle sur ce qu'il appelle « les Etats généraux de la littérature ».

Cette note débute ainsi : « L'Académie pourrait être composée de personnes de quatre talents différents, savoir : belles-lettres, histoire, philosophie, mathématiques. » Quatre de nos cinq académies actuelles

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sont impliquées par oette indication \ Il est curieux que Charles Perrault, contrôleur général de la surintendance des bâtiments du roi et frère de Claude Perrault, architecte célèbre, nail pas assigné leur place aux artistes, dans ce cadre qu'il traçait si large. On en est d'au-

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Charles rcnaull ilG28-17();{).

(Gravé par lidclinck (1094), d'aprôs Forlcbal.)

liiiil plus surpris (juc lAcaih'mie <b' Peinlui'e et de Sculpture existait depuis KiiS et (|u«î, dans ses travaux, «dir laisail une grande part à la

' Os K'iiMi^iiciiii'iils >iii !<• jMojit d'Académie (jéucvale soiil cinpiimtôs à VArantjn-opos (lo louviap? qui nous a servi <lo gui<l<' «iaiis loutc et'll»' l'Unlo. Il a pour liln* : Vlnshlnf (le France, lois, .slaluls el. l'èf/leuwnlfi concernant les anciennes Acailthnies et rinsfi/nl.fle Ui.V.t à JflfiU, par L.-on Aucim-, in.Miihn' de l'iuslilul, ii»-S», ImpriniiMi»' national.', IHH'J.

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llu'îorit', aux discussions on loi nie (jiii sy ]>oiu'suivai»'nl suf N's jn'in-

cipes et les méthodes de l'ail.

La résistance de FAcadémie française lit abandonner ce projet; mais l"i(l(''(> dont il était sorti ne pouvait pas périr. Tout le travail du xvm" siècle tendait à la développer. C'était d'elle que procédaient des entreprises telles (jue VEiicf/clopédic, et c'était elle encoi'e que su^jiéraienl les exemples donnés par un Montesquieu et un BuU'on. par un Diderot et un d'Alembert, par Voltaire lui-même, par tous ces écrivains dont l'influence était si puissante sur la France et sur l'Eiirope tout entière. Ceux-ci n'étaient plus de purs lettrés. Les uns s'étaient faits les historiens des événements et des institutions du passé, les critiques de ses conceptions religieuses et philosophiques. Les autres avaient cultivé les sciences mathématiques et les sciences physi([ues. Ils en avaient répandu le goût; ils en avaient exposé les méthodes et popularisé les plus belles découvertes. La curiosité était partout éveillée. On sentait confusément qu'un même esprit devait présider à toutes les recherches, dans le labeur de cette vaste enquête que le siècle avait ouverte et poursuivie dans des directions si variées, avide comme il l'était tout à la fois de mieux connaître l'histoire de cette humanité qu'il voulait conduire à des destinées meilleures et de mettre à son service les forces aveugles dont il avait l'ambition de pénétrer le secret. On éprouvait le besoin de créer l'organisme par le moyen duquel se réaliserait cette coordination des efforts et cette collaboration des intelligences les mieux douées à l'œuvre commune. Ce désir ne pouvait manquer de trouver à se satisfaire, le jour oi!i quelque bouleversement social aurait déblayé le terrain.

La Révolution de 1789 donna le signal depuis longtemps attendu des destructions et des reconstructions nécessaires. Elle avait à peine éclaté que déjà les anciennes académies étaient très vivement attaquées. Elles avaient contre elles, et ils faisaient nombre, tous ceux

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qui étaient venus frapper à leur porte et qui, faute de mérite ou de chance, n'avaient pu se la faire ouvrir: il n'est pire rancune que celle du candidat malheureux. Entrer dans l'une de ces académies, c'était, pour un savant ou pour un homme de lettres, sortir du ranp:

Nicolas Cliuiiiluil ilTiii l?.i (Grave |)iir 'l'nu.iuri

et s'assnri r la ]K)Ssession yiajiere de certaines prérogatives très enviées. Or on est toujours en helle posture pour attaquer les j)riviiJ'^'^es, au nom de l'égalité; c'est un jeu (|ue les hahiles excellent ù jouer, jus(ju'au moment où ils onl réussi à se ménager à eux-inéine» uiH' |»lace parmi les privih''giés.

Ce qui, d'ailleurs, semhlail juslilier ces atlaques, c'était la pari

vraiiiienl trop larj^c (juc loutes ces compagnies el, surtout rAcaJémie française faisaient aux grands seigneurs et surtout aux gens de cour. L'opinion «Uait donc très mal disposée à leur égard et ce fut de mauvaise grâce que, le 20 août 171)0, l'Assemblée Constituante vota le budget des académies, les sommes destinées à l'impression des mémoires, au paiement des pensions et des jetons de présence. Il était ainsi pourvu aux dépenses de l'année courante; mais la malveillance perçait dans l'invitation ou plutôt dans la sommation adressée aux académies d'avoir à élaborer et à soumettre à l'Assemblée, dans le délai d'un mois, des statuts nouveaux, qui fussent mieux en barmonie avec le nouvel état de cboses.

Sous le coup de menaces (ju'elles sentaient flotter dans l'air, les compagnies ainsi mises en cause firent de leur mieux pour entrer dans l'esprit de la réforme qui leur était suggérée; mais c'était peine perdue. Les commissaires de l'Assemblée ne s'arrêtèrent pas à critiquer les règlements revisés qui leur étaient soumis. Mirabeau avait été cbargé de les examiner. Sans s'attarder à cette étude, il s'était inspiré des conseils de Ghamfort pour préparer le plan d'une Académie nationale qui serait divisée en quatre sections ; mais le grand orateur mourut avant qu'un débat se fût engagé sur cette affaire. En même temps que lui, d'autres députés influents, Condorcet et Talleyrand, avaient ébaucbé des projets de réorganisation (jui ofï'raient le même caractère. Des uns aux autres, il y avait des dilférences dans le nombre des groupes que l'on proposait d'établir et dans les noms qui leur étaient donnés ; mais ils traduisaient tous, cbacunà sa manière, la conception systématique qui devait aboutir, ({uelques années plus tard, à la fondation de l'Institut.

L'Assemblée Constituante se sépara sans avoir rien décidé. L'Assemblée législative eut une carrière trop courte et trop agitée pour trouver le temps de trancber la question. Les académies avaient été délaissées par beaucoup de leurs membres, surtout par leurs

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membres honoraires, par ceux qui appartenaient à l'aristocratie. D'autres académiciens avaient été pris et étaient retenus par la politi(|ue. Malgré ces abandons, il restait, dans chacune de ces compagnies, un petit noyau de fidèles qui, très attachés à leurs liabitudes. continuaient à s'entretenir et à travailler en commun, sans

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