‹ L'institut de FranceChapitre 3 sur 23 · CARI · texte numérisé non relu

CARI

Il ri II

Condorcet {WA^-Vi^yk .\ (Gravé iiar DuplcssisHcrtaux elLe>acliez l'an VI de la Képubl'u)iic.

[)ai-ailr(; s'émoii\(»ir 'l<'s I liiLiV-dirs <|(ii se jouaient <lans la l'ue el (h' l'invasion qui menaçait la liontii're. Le Ti novembre, l'Académie des Inscriptions s'apprêtait à donner un successeur à Dacier, (juand «die l'ut avertie que la Convention, par un décret rendu de|mis (juelcjues luxures, avait interdit aux académies de pourvoir, par voie d'élection, aux places vacantes. Cet ordre était comme un glas qui annonçait la mort prochaine. Après les fêtes de Noël, l'Académie des sciences

46 L'INSTITUT l)K KHANCIO

ct'SSJi (le se n'uiiii*. Ailleurs on conlinun. [)en(huit tout le premier semestre Je 179-^, eu pleine Terreur, à tenir (juehjues séances, où venaient échanger leurs regrets et leurs craintes ceux que la tourmente révolutionnair<' avait jusqu'alors épargnés.

!! Uil.K.S MAJ-Hin-'. 1>j

V M , I Y U\y I) l'KU! ( .OUI >

Talleyrand (1754-1838).

(Grave par Cliapuy, d'après Prudhon.)

On semblait avoir presque oublié les académies, (|ui faisaient peu parler d'elles ; mais enfin, le 8 août 1793, la Convention, sur la proposition du comité de rinstruction publique et sur le rapport de Grégoire, votait un décret dont le premier article était ainsi conçu :

« Toutes les académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par la nation sont supprimées. y>

Cette mesure radicale, la Convention la prit au milieu des inquiétudes que lui causaient et des colères que provoquaient dans les cimes la guerre civile et la guerre étrangère ; mais, alors même, elle parut ne pas avoir perdu tout souvenir des beaux projets de transformation rationnelle et de rénovation fécon,de qui avaient, à ce propos, occupé la pensée de plusieurs des hommes les plus éminenls de la Constituante. Elle exécutait d'un geste, comme avec le tranchant d'un couperet, des compagnies illustres qui avaient déjà un long passé de travail utile et de renommée européenne; mais elle proclamait son intention de les remplacer, à brève échéance, par un corps savant qui eût leurs vertus sans leurs défauts, (jui acceptât leur liéritage sous bénéfice d'inventaire. C'est ce que spécifiait l'article 3 du décret. « La Convention nationale », dit-il en propres termes, « charge son comité d'instruction publique de lui présenter incessainiiieiit un plan d'organisation d'une société destinée à l'avancement des sciences et des ai'ts. »

Cette même préoccupation se trahissait déjà dans l'article 2. En considération « des divers ti'avaux (jui avaient été renvoyés par la Convention à l'Académie des Sciences », celle-ci « continuerait de jouir des altributions annuelles (jui lui ont été accordées, jusqu'à ce (ju'il en ait été autrement ordoiiiu' ».

Avec ses contradictions et ses promesses vagues, ce décret sentait le désarroi et l'improvisation iiTilive. Le 12 aoùl. un décret spécial, voté parles soins de Lakanal, maintenait, en la mieux définissant, l'exception édictée en faveur de l'Académie des Sciences ; il faisait de celle-ci un burtniu de renseignements à l'usage de la Convention. L'Académie répon<lit par une lettre signée de Lavoisier, qui allait bientôt monter sur l'échafaud. Elle refusait d'accepter ce sursis, de

48 L'INSTITUT DK FKANCK

se prévaloir d'im [nivilège au(|uel élaienl mises des coiidilions (jui n'étaient point compatibles avec sa dignité.

Pendant deux ans, il ne piil èti-e (jnestiou de sciences, d'arls ou

Il I'.;- w) i'> i(i':(.()!ir!':

L'abbé Grégoire (1750-1838).

(Gravé par Le Cop.;le (1819), d'après Le Gros.

de lettres. La Terreur était déchaînée ; les partis se livraient cette lutte meurtrière où leurs chefs périrent les uns après les autres. Cette crise une fois terminée, la Convention s'était mise à l'œuvre pour doter la France d'un régime qui lui assurât, par sa durée, le bénélice des conquêtes de la Révolution. Alors on vit renaître et se

manifester à nouveau, jtirusniient conservée par ceux qui avaient eu le bonheur de survivre à tous ces orages, la pensée qui avait été chère aux hommes de 1789, celle d'une étroite solidarité à établir entre toutes les recherches qui tendraient à élargir le domaine de la connaissance et à émanciper l'esprit en le disciplinant et en l'éclailant. Pour marquer quelle place elle voulait faire dans l'État au corps savant qui serait chargé de cette mission, la Convention tint à en inscrire le nom et à en définir le rôle dans l'acte même par le({uel étaient réglées les destinées futures du pays. Dans la Conslitution (h' l'an III, ({ui fut promulguée le 22 août 1795, l'article 298 était rédigé en ces termes : « Il y a pour loute la République un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. »

Deux mois après, par le titre IV du décret organique sur Tinstruction publique, on pourvoyait à l'application du principe qui avait été posé par la loi constitutionnelle. Voici un extrait du rap[)(>i'l de Daunou qui servit d'exposé de motifs :

« .Nous avons emprunté de Talieyrand et de Condorcet le [dan dun Institut national, idée grande et majestueuse dont l'exécution doit eiïacer en splendeur toutes les Académies des rois, comme les destinées de la France républicaine effacent déjà les plus brillantes époques de la t'rancc monarchique. Ce sera, en «luelque sorte, l'abrégé du monde savant, le corps représentatif de la république des lettres, riionorable but de toutes les ambitions de la science et du talent, la plus magnifi([ue récompense des grands efforts et des grands succès. Ce sera un temple national dont les portes, toujours lermées à l'intrigue, ne s'ouvriront (ju'au bruit d une juste renommée.

" Cet Institut raccordera toutes les branches de l'instruction ; il lecir impriiiK la la seule unité qui ne centriste pas le génie et qui n'en ralentisse pas iessor. Il manifestera toutes les découvertes... Vous verrez se diriger ti ce centre iommun et s'y porter par une pente naturelle et nécessaire tout ce (jue chaque année doit faire éclore de grand, d'utile et de beau sur le sol fertile de la France. Là, des mains habiles diviseront, répandront, renverront partout ces trésors de science, (l«' liHrijf'rf. Là, d'éclairés dispensateurs des «-ouronncs du talent, allumant de I -ui, |, iiu le feu de rémulalion, appelleront les prodiges que l'aclivité française .1 II |.iiis>;micct le besoin de produire. Là se verront, s'animeront et se compren- I. 4

50 LINSTITUT DE FRANCE

(Iront les uns les tuilres les hommes les plus dignes dèlre ensemble. Ils se trouveront réunis comme les re])résentants de tous les genres de gloire littéraire et certes il est temps que la gloire aussi ressente riulluence de l'universelle égalité et qu'elle puisse ouvrir à la l'ois son temple au savant qui continue Pascal et d'Alembert, au poète qui recommence Racine, à l'orateur, à l'historien, à l'artiste, à l'acteur célèbre qui recrée les chefs-d'œuvre du grand théAtre en leur donnant l'Ame du geste, du regard et de la voix et qui achève ainsi ('orneille et Voltaire. »

Le morceau est curieux, comme écliaiitilloii de la langue imprticise et déclamatoire qui se parlait alors. Il y a là, en excès, des métaphores plus ou moins usées et des assurances (|ui paraissent bien ingénues, comme cet engagement pris, au nom de Flnstitut, (jue jamais l'intrigue n'aurait part à ses choix. On peut donc, à une première lecture, être tenté de sourire ; mais, à y regarder de plus près, c'est une autre impression que l'on éprouve. On ne peut se défendre d'être touché de cet enthousiasme sincère el de cette foi au progrès. On admire ces hommes qui, au sortir même des cruelles épreuves (ju'ils venaient de traverser, ne se résolvaient point à admettre la faillite de la philosophie et de la science.

L'Institut a ce que les Anglais appcdleraient sa charte de fondation dans cette loi du 3 brumaire an VI 23 octobre 1795) que justitiait et commentait le rapport de Daunou. Il était, par cette loi, divisé en ti-ois classes, dont chacune se partageait en plusieurs sections. La première classe était celle des sciences physiciues et mathématiques, la seconde celle des sciences morales et politiqiie^,^ la troisième celle de littérature et heaux-arts. De ces trois classes, une seule correspondait assez exactement à une des anciennes académies. C'était la première, dont les cadres étaient, à peu de chose près, ceux de Tancienne Académie des Sciences. Interprète lidèle de l'esprit du xvnr siècle, le législateur avait donné aux sciences de hi nature et du nombre la place d'honneur et, des cent quarante-quatre membrei* résidents qui devaient composer l'ensemble de l'Institut, il en avait attribué soixante, plus des deux cinijuièmes. à cette seule classe.

Eii (leuxu'nie ligne, ils avaient nn's la science de l'Iiomnie, de

ItfÉ.^'^^^HI

^Sr "^i^H

Wm^^symsÊmMÊÊmmm^^

yjFirp^^^m k\

1 Ml \ y^^'

HIV lA."'' VHHmS

Ihuiiiih' coiisidt'i/'. «'ii liiiii (|irindi\ idii. <'imNne rlrr prnsani el seii-

sihle. puis, CM iMiil (ju'il ne vil pas isolé. <ians les relations qu'il esl appelé à soutenir avec le [•rou|)e social au(|uel il esl agrégé. Une des sections, ])ar le tilre qu'elle porle, analyse des se tuai ions et des idées. évoque le souvenir de Condillac. Une autre, intitulée science sociale et législation, l'ail penser à Monlesquieu. Celle à' économie 'politique rappelle les théories mises \\ la mode par Quesnay et Turgot. Ce sont là des études nouvelles, marcjuées au coin de l'esprit du siècle qui s'achève ; elles n'étaient pas reprc'scnlt'es dans les académies de la monarchie. Adjointes à cette classe, la section d'histoire el celle de c/éograpJiie pouvaient accueillir (juehiiies-uns des savants (jui, autrefois, auraient appartenu à l'Académie des Inscriptions : mais la plupart de ceux dont les l'echoiches étaieni orientées dans ce sens devaient trouver place plutol dans la troisième classe, où figuraient les sections de langues anciennes et d'antiquités et monuments. Ce qui semhle avoir perdu plus de terrain, c'est cet arl du hien dire, c'est ce goût littéraire auxquels le xvn" siècle avait attaché tant d'importance. Il n'y a [»resque rien qui y réponde dans le plan de l'Institut national. Seules, deux sections de cette troisième classe amaient pu s'ouvrir aux écrivains qui, avant la Révolution, auraient paru les plus aptes à recruter l'Académie française : c'étaient la section de grammaire el celle de poésie. En revanche, il y avait les élénieiils d'une future Académie des heaux-arts dans les quatre dernièies sections de celle classe, peinture, sculpture. urcJùtecture, ?nusique et d''clamation. La seconde classe comptait Irenle-six memhres el la troisième quarante. Il y a\iiil. dans les trois classes, six memlties par section.

A première vue. ce qui frappe, c'esl la grandeur et la nohlesse de la conception initiale ; mais un examen plus attentif fait découvrir les défauts d'une organisation trop rapidement improvisée. Les deux premières classes, la première surtout, avaient leur unité. Knlre les hommes distingués qui les composeraient, il y aurait des })oinls de

L'INSTITUT :i3

oonla«'L «It^s habitinles «Tespiit communes. Des rapports qui s'tHablilait'iil t'iihc eux, il pouvait, il devait sortir d'utiles échanges d'idées (jui Irraieut avancer les études dont la direction leur était remise par l'Etat ; mais il n'en était plus de même de la troisième classe. Celle-ci iiiaiHjuait d'homogénéité. Les élus «[ue ce groupement tout artificiel allait riipprocher les ims des autres n'auraient ni les mêmes origines ni It's mêmes manières de sentir et de penser. Sur l'invitation du Directoire, l'Institut, aussitôt qu'il fut constitué, se donna un règlement qui fut approuvé par le Conseil des Cinq-Cents, le 4 avril 1796. Ce ri'glement établissait ({ue chaque classe de l'Institut s'assemblerait au Louvre, oh avaient siégé aussi les anciennes acadt'mies, deux fois par décade.

L'arlirlr .") du décret organi(|ue ordonnait (jue (( cha(|ue classe de Flnstitut publiât ious les ans ses découvertes et ses tra- \au\ ». On a p«'ine à comprendre comment j)()urraient ti'availliM- en commun des Liiammairiens vt des archilecles, des lirlItMiisles el d«'s (•()m»''d i«'ns. Trois places ii\ aient t'h' assiunt'es à ceux-ci rlans la sixiJ'uie section de la Iroisiènie

clussc.

Le mode de l'eciiileiiieiil pi'escril par Ied('cit'l (article 10) ne prêtait j)as à de moins L:r<i\es ohjeclions. C'i'lail par \()ie de cooptation quo rinslihil (l<'\rail irmplir les \ ides (|ui se l'eraienl dans ses l'angs ; mais la classe n .iinail (|ue le dioil de pi'i'senlalion. ]-.orsque se d(''clan'iail une \ acance. elle dressei"ail une lisle de Irois noiTlS, ianLj<''S par ortlir dr mt'iile : mais la d/'cision et le choix api)arliendiaicnl a I hiNliliil loni rnlirr. i-.''inM rw assemblée générale. Si ces ,i>-rmld.'T> a\airnl !•• Inin -nis de loujours VOter pOlU' le pfi'mier nom in^ciil ^nr la lislf. M n \ aurait là qu'une perU» de lemps ri une

Médaille coumiL'iiiurativ(^ de la visite de Louis XV auv Académies \1719).

51 LINSTITLJT DE FHANCK

vaine lorniiilité; mais si ellt;s s'ingoraieiU de vouloir ooiiLroler cl réformer le jugement des classes, elles risqueraient fort de faire des choix malheureux. Sur (juoi pourraient se fonder d'excellents acteurs, comme un Mole ou un PréviUe, pour se proiujncer entre (h'ux géomètres émiiu'nts, tel qu'un Monge ou un Laplace? Quelle porle grande ouverte à l'intrigue, à cette intrigue que Daunou, dans sa candeur, se flattait d'avoir hainiie jjour toujours du temple (ju'il consacrait à la science !

Voici encore, dans le décret, une autre erreur à relever. L'Institut devait se composer de « cent quarante-quatre memhres résidant ii Paris et d'un égal nomhre d'associés répandus dans les différentes parties de la République » (ai'ticle 2). Ceux-ci «quand ils viendraient à Paris auraient droit d'assister aux séances de l'Institut et de ses classes et de participer à leurs travaux, mais sans y avoir ni voix élective, ni fondions relatives au régime intérieur (article 26 du règlement) ». La situation était mal définie. Si ces associés pouvaient jouer un rôle utile en correspondant avec la classe à laquelle ils étaient attachés, en lui envoyant leurs observations et des nouvelles, on ne voit pas bien comment, lors de leurs séjours dans la capitale, ces passants, qui ne connaîtraient même pas de vue la plupart de leurs confrères, pourraient intervenir avec quelque autojilé dans les discussions. C'était, par contre, une idée heureuse, empruntée aux règlements des anciennes académies, que la création des vingtquatre places d'associés étrangers, huit pour chaque classe. Le titre que l'on instituait ainsi n'a pas cessé, depuis lors, d'être considéré comme une des plus hautes distinctions auxquelles puisse aspirer un savant dont la réputation franchit les frontières de son pays natal.

L'Institut devrait avoir, par an, « quatre séances publiques oij seraient réunies les trois classes (article 6). Il publiera tous les ans », disait ce même article, «à une époque hxe, les programmes des prix quecliaque classe devra disti'ibuei' ». Ces prix furent d'abord en ti'ès

petit nombre et destinés, suivant un usage qui remontait loin, à récompenser l'auteur du meilleur mémoire sur une question mise au concours. On a beaucoup médit des prix de ce genre et de ceux qui les remportent. On a fait observer que les génies vraiment originaux aiment à choisir eux-mêmes les problèmes auxquels s'attachera leur curiosité, a L'esprit souffle où il veut », dit FEcriture. Je n'en disconviens pas : mais ils sont rares, ces génies inventifs au nom desquels on proteste, et l'attrait d'une couronne académique ne les détournera pas de leurs voies. Ce dont il faut surtout se préoccuper, c'est de ces intelligences moyennes qui, pour faire œuvre utile, ont besoin dètr<' stimulées et dirigées. Or les programmes des concours ouverts par les corps savants ont eu souvent l'avantage d'appeler l'attention sur des sujets intéressants et de provoquer des vocations. D'ailleurs, avec le temps, les prix qui se sont multipliés ont changé de caractJ'i'c. Beaucoup d'entre eux, souvent les plus importants, ont été décernés à des ouvrages déjà publiés ; ils ont, parfois avec munificence, pavé de leurs peines des chercheurs indépendants, dont les (If'couN <'i les avaient fait sensation. Dans ces conditions, ils ne lit'iiciii pus 1,1 liberté de la pensée ; au contraire, ils rencouragent et l;i laxoi iscnl. Ils hii fournissent les moyens de poursuivre, pai" des Ira vaux ultérieurs, une idée féconde ([ui, sans ce secours, aurait parlois ris(|ii('' de p('i'ii' laiih' de ressources, étouffée en son germe.

Mali:!»' 1rs ciiTurs <[ue nous axons signalées, l'œuvre de la Con- \'«'iili()U Miouianh' a\ail donc en elle un principe de sic (jui lui a lifiiiiis d'alh'iiKlrc. à liaNcrs toutes les révolutions du sircle sui- \aiit. crllr l()iiLi(-\ i h' (|n(' uous fétions il y a dix ans. ï.e (b'ci'cl une lois l'cndu. on a\ail à rcnijilir b'S cadi'cs (juil a\ail Iracés. On pnl b' sful [laili ({im' ïù\ pi'alifjuc. Le I )iiTcl(»ii'(' nonnua le premier tiers dt> iii(iiil»ii'> (|ni (lf\arcnl coinitoscr rcnscuilde (le ce |ici^nnnrl, deux par x'clioii. ( *.rs prcinicrs choix luicnl. m ucncial, a'>->i'/ juili- «•jeux. < M 1 o i ( M I r . -> M I ■ (•(•Me 1 i s 1 1 ■ . o 1 1 -^ i ■ I o 1 1 m • 1 1 r I n ) 1 1 \ i • r ce I i a 1 n s n o 1 1 1 v ^

b{\ L'INSTITUT DE FRANCI-:

aujounl'hui profondément ignorés. Qu'est-ce, par exemple, que Van- SpoMulonck, qui est chargé, avec Fillustre David, dans la troisième classe, de recruter la section de peinture? Les (|uaranLe-huit membi'cs ainsi désignés en étirent (juarante-huit autres, puis les (juaticving't-seize, par un second vote, complétèrent le nombre total lixé par la loi. Beaucoup de membres des anciennes académies furent heureux de trouver là un refuge où ils puj'ent se remettre des alarmes qu'ils avaient courues. Dans ces salles du Louvre d'où ils avaient été chassés, ils revinrent, soit loj*s de la formation première, soit, l)lus tard, par des élections successives, renouer la chaîne des traditions at'adémiques et reprenihe, là où ils les avaient laissés, les Iravaux interrompus.

Parnn' les élus, qu'ils eussent appartenu aux compagnies dissoutes en 93 ou que ce fussent des hommes nouveaux, il y en avait beaucoup qui, dépouillés de leurs places et atteints dans leur fortune par la Révolution, en étaient l'éduits à des conditions de vie très étroites. Le Directoire se préoccupa de leur assurer, sinon la richesse ou même Taisance, tout au moins le strict nécessaire. « La justice », écrit-il dans Fexposé de motifs de la loi du 17 juillet 179G, « réclame en faveur de chaque membre de l'Institut une indenniitéqui puisse également convenir à la modestie du vrai savant et à la sévère économie du gouvernement' républicain. » Cette indemnité, il l'évaluait à 2.000 francs. Au Conseil des Cinq-Cents, la commission du budget la l'éduisit à 1.500 francs, tout en donnant à espéier que « dans des temps plus heureux et lorsque la nation se serait ressentie des avantages de cet établissement, il serait possible de verser sur lui, avec plus d'abondance, la munilicence nationale )).

Les avantages n'ont pas été contestés ; mais l'espéraiice ici suggérée n'a jamais été réalisée et l'Institut a tenu à honneur de ne jamais faire la moindre démarche qui tendît à procurer l'exécution de cette promesse. Surpris de la modicité de cette allocation, l'em-

LINSTITUT o7

■reiii- Napol/'Oii 111 eut la pensée de poi'ler à ciiKj mille francs le

cr^

rd

rî

toO

te

ji

ri

CJ

CT

Ti ■Ji

I I .llh'IlM-lll <|||| --ri-.ill ,||

• liacmnl*?8 membres «le l'Iiislilul. Il lil

pressentir ii cel ellel plusieurs de^ personiia^^esles plus considérables de ce corps ; mais ceux-ci, après en avoir causé avec leurs confrères, tout en se déclarant très toucliés des intentions qui leur étaient annoncées, exprimèirnl le désir (ju'il ne lut pas donné suite à ce projet. Quoique le pouvoir de l'ar^^ent ait sensiblement baissé depuis plus d'un siècle, l'indemnité est restée ce qu'elle était en 1790. Un membre de rinstitut qui n'aurait aujourd'hui pas d'autre revenu devrait, après le 15 du mois, coucher à l'asile de nuit et demander sa nourriture aux fourneaux économiques. Il ne toucherait d'ailleurs que 1.200 francs de fixe. En vertu d'une règle qui a été adoptée dès le début pour encourager l'assiduité, 300 francs sont prélevés sur chaque pension et forment une masse dont le montant est distribué en jetons de présence. La valeur de ces jetons varie suivant le nombre des membres qui signent clia([ue fois la feuille. Le droit d'assistance des absents accroît à ceux qui assistent à la séance.

Pour le paiement de cette indemnité, une somme de 216.000 livres devait être prise sur les fonds destinés à l'encouragement des sciences et des arts. Sur les mêmes fonds, il serait prélevé la somme de 04.000 livres pour les dépenses ordinaires et extraordinaires de l'Institut. Ces 280.000 francs représentent le premier subside (jue l'État ait alloué à l'Institut, comme entrée de jeu.

L'Institut était fondé. Il restait à en notifier la naissance au public par une de ces cérémonies solennelles qui étaient dans les habitudes du temps. Celle-ci eut lieu le 4 avril 1796 (15 germinal an IV), au Louvre, dans la salle des Cariatides. Cette salle, il fallut, pour la circonstance, la déblayer et l'orner, y construire à la hâte une tribune et des gradins. Le garde-meuble fournit des lustres, des tapisseries, des banquettes. On avait des drapeaux à profusion. Tout fut prêt à l'heure dite. Quinze cents personnes accoururent et parvinrent à s'entasser dans la salle, avec les membres de l'Institut, ceux du gouvernement et leur cortège, les chœurs et les instrumentistes. Ce

fut h six heures que commença la séance d'inauguration, la premit'ie assemblée publique de l'Institut. « Il est impossible, même après un siècle, d'en relire sans une pieuse émotion le compte rendu, sur les feuillets jaunis du Moniteur. Le passé se dresse tout à coup devant nous, en une résurrection glorieuse; une vieille estampe

Cérémonie (roin ciliiiv de rinslitui national |4 avril 1796). (Gravure ilc Bcrlliaiit. d'après un dessin de fiii-ardel.)

achève de lui donner à nos yrux la précision d'une réalité présente. Nous v(til;i Iraiispoih's ;ni Louvre, dnns cette galerie oii l(»s trophées (Ir \.iliii\. (Ir Jennna[)es <;t de Fleurus voisinent, «laiis une déconilion «onciliante, avec les statues de Sully, de Descartes et de Hossuet, comme pour rappoclier déjà la France d hier et la France nouvelle. Dans l'audiloire se presse tout ce qui reste de plus distingué piii Mil Ir^ savants, !<-. . n. dr l«'lhes et les artistes fran(;ai8 échap|)és aux ..ii-r. ,|r 1,1 i;. \.)lulinii. Les Directeurs soni là. dans la gravité

60 1/ INSTITUT DK KHANCK

dv leurs cosIuiih,'.s brodés «l'or et dans réblouisseiiu'nt de leurs chapeaux à panaches. Les ministres et le corps diplomatique les ont accompagnés. C'est Letourneur, président du Directoire, (jui se lève le premier et, après avoir fait Téloge «h' rinsLilut, il U(î néglige pas celui du gouvernement. Dussaulx, président de l'Institut, lui succède et renouvelle, sur un ton dilFérent, ce double panégyrique. Puis vient le tour de Daunou, et son discours, écrit dans une langue ferme et colorée, dont Teniphase intermittente trouve son excuse dans le goût du temps, contient Texposé complet du grand rôle assigné à l'Institut national. Nous ne savons ({uel sort le public, ce public (( de feninics attentives et d'amateurs bienveillants » dont parle le Moniteur, réserva aux lectures de Lacépède, de Cabanis, de Fontanes, de Cuvier, de Grégoire qui terminèrent cette longue séance de quatre heures. Nous ne savons surtout pas si, en un temps où, suivant le mot de Daunou, on gardait « rémotion de la bataille, avec cette espèce d'héroïsme sauvage qu'elle fait naître dans les âmes », les vers de Colin d'EIarleville excitèrent sur quel([ues lèvres les sourires qu'ils font naître aujourd'hui. L'auteur des Poésies f^^9^~ lives lut en elfet une allégorie dans la([uelle on voyait :

... la science et les arts se chercher, Algèbre et poésie enfin se rapprocher, Et, pour dire encore plus, la lière astronomie A Ihumble botanique offrir sa main amie.

« Ce sont là, dans ce tableau d'ensemble, des défauts partiels qui en accusent la date, sans en détruije la majesté. Sous ces couleurs fanées, on retrouve, fraîche et irrésistible, l'impression d'une œuvre décisive et l'on sent toute la grandeur de cet hommage public rendu à l'unité de la science par une nation rajeunie. » *

* Raymond Poincarré, Discours prononcé à la célébration du Centenaire de ITnrilUut.

Depuis 1795, la France a vu se succéder chez elle bien des g^ouveriiements; mais tous ces chang-emeiits de personnes et d'étiquette n'ont pu éhiauler l'édifice dont la première idée avait été conçue par la Convention et que le Directoire a eu llionneur de construire. Les dispositions essentielles du plan se sont maintenues intactes. Aucune main maladroite n'est venue altérer la belle ordonnance de la façade et en brisci- les maîtresses lig^nes. C'est tout au plus si ce majestueux ensemble a subi, au cours de tout un siècle, quelques lé^ières retouches, dont la plupart, suj^gérées par l'expérience, ont été viaiment des améliorations. En sept ans, la prati([ue avait déjà fait apercevoir certains défauts de l'organisation initiale. Indiquées et justifiées par un j-apport de Chaptal, alors ministre de l'Intérieur, les corrections qui paraissaient nécessaires furent introduites par un arrêté du gouvernement consulaire en date du 23 janvier 1803.

Le projet de Chaptal ne touchait pas à l'unité de l'Institut; mais, à chacune des classrs (b)nt celui-ci se composait, il proposait de i-cndrc le nom dr rime dos académies d'autrefois. On n'osa pas le suivit' jusque-là. (Jn «jiniziiil d'ôtre accusé de revenir trop vite à l'ancien jégime; mais, au titn? près, c'était bien à ces académies que lépondairnt les classes établies par le décret, dont voici l'ai-ticle 1.

« l/Iii>liliiL niilionul, jictiieiloiiienl divis' eu trois classes, le sera désormais

rii (|ii;il rr. v,i voir :

Vrcndcvc ala>ise.

Classe des sciences physiques et malliémaliques.

Seconde classe .

Classe (Je la langue et de la litlcralure françaises.

Tromémc clasac.

Classe d'Iiisloire et de la iilléralurc ancienne.

[/INSTITUT I)i: FKANCE

Qualrii

claf

(liasse (les beaux-arts.

Les membres actuels et associés étrangers de 1" Institut seront répartis dans ces quatre classes.

Tne commission de cinq membres de llnstitut, nommée par le Premier Consul, arnHera ce travail, qui sera présenté à l'approbation du gouvernement. »

Sans bruit, sans ({u'aucun considérant vînt expliquer celte mesure,

la classe des sciences iiiorales et poliliques se trouvait ainsi supprimée. 11 est facile do deviner la raison secrète de cette suppression.

Bonaparte se défiait de ceux (ju'il ap])elait les l(U''()lo(jt(es. 11 n'aimait pas que l'on s'occu|);it Av. politique ailleurs que dans ses conseils et pour collaborer à l'œuvre (ju'il avait entreprise. C'était cette classe qui renfermait les béritiers les plus lidMes de la pensée et des passions <lu xviu'' siècle, ceux qui seraient les moins disposés à approuver des retours en arrière, tels que la signature du Concordat et la restauration ofiicielle de la liiérarcbie et du culte catboliques. Les droits ac([uis furent d'ailleurs respectés. La plupart des membres de la classe ([ui disparaissait furent versés dans la classe delà Icunjue et littérature française-, quel({ues-uns trouvèrent asile dans la classe (V histoire et de littérature ancienne. Malgré la suppression de la classe des sciences morales, l'esprit qui régnait à l'Institut n'en continuait pas moins d'être celui dont Napoléon se défiait et (jui l'irritait. C'est ce dont témoigne un propos (jue tint à Murât, au cours

'■^si'r

Médaille do l'Institut national dos Sciences et des Arts \

(Gravée par Diiniarosl.

\a' icvcis de celle médaille est celui de la niédaillo actuelle que nous donnons page 63.

LINS.TITLT 63

d'une visite qu'il lui fit à Luheck, en 180(), Cli. Yillers, l'ami de M""" de Staël, correspondant de la classe d'histoire. « Nous autres gens de l'Institut», dit-il au général, « nous nous croyons appelés à être les prêtres de la Vérité et à la faire parvenir jusqu'aux princes^ ». La première classe, avec ses onze sections et ses soixante-trois membres, c'était l'Académie des Sciences d'avant la Révolution. La seconde et la troisième classes, chacune a\ec ses (|uaiante membres, c'étaient l'Académie française et l'Académie des Inscriptions . Pas plus (jue leurs devancières, elles n'étaient divisées en sections. Il v avait au contraire cin([ sections.

celles qui existent encore aujourd'hui, dans cette classe des ln'(U(.iiU'ts (jui, avec ses vingt-huit membres, venait prendre la succession des défuntes académies de peinture, de sculpture et d'architecture. Sous le litre (V associés libres^ on i'('[ablissait les konoi^aircs des acad/'uiies (jue nous apjxdons aujourd'hui les membres lihrrs. Avec l'adjonction de ceux-ci, le nombre total des membres de l'Institut était poi'té à près de deux cents; les assacirs ('i ramiers n'entraient pas en ligne de comj)te. (JuanI à ces ((ssixlrs (IrparlcNH'nldKV ([ui avaient été créés par la loi de 17'.)!», bien (h^s difficultés étaient nées de lindét«.M-nn'n;ili()n du i<de (jui leur «''lait alliiluK' : ils sciaient désormais (jualilifs de ( Diri'^iKtiiihml.s ; ils n'auraient |>as le droit <le j)rendi"e le tilre de membres de iinsliliil..

U,-vcrs (le la médaille ucUieile tlun

membre de llnslitut-.

(Gravée par Diimari'sl . i

(lu passe

a catégorie de ce

' l'iiui (iuutier, Un idéolor/ue souts le Considal el le pirmirt Empire. {Hevue des Driu Mondes du 1"^ uiars l'JOO, p. 440).

L.1 lUco (le cette^ médaille est eelle de la médaille de l'Institul national dos Sciences r| dr.s Arls <|ue nous donnons paj^e Jii, mais son ever^^Uf porte : InsliliU de France.

(ii l/INSTITUT m: FRANCK

Il avait é le pourvu «le uièau' à la réparation li'aulics méprises du premier législateur, (ielui-ci. adorateur superstilieuxdu principe d'égalité, craij:'nant d'ailleurs (|u'il ne se créât dans l'Institut des sortes de tyrannies, avait voulu (|ue le secrétaire de chaque classe, comme son président, ne iVil élu ({ue pour une année, au bout de laquelle il n'était pas rééligible. C'était à cet oflicier que le soin incombait de suivre toutes les affaires du corps et de veiller à la publication de ses travaux; or il se trouvait ainsi condamné à déposer sa charge au moment même où il commençait à pouvoir la remplir avec compétence. L'arrêté de 1803 rétablissait, en l'empruntant à ces aca- (It'niics dont le nom même avait failli reparaître, l'utile institution des secrétaires perpétuels.

Ceux-ci, intimement juélés à la vie des compagnies savantes, étaient seuls à même de porter dans la conduite de leurs travaux, par la continuité prolongée d'une action discrt'te, cet esprit de suite qui nest nulle part plus nécessaire que dans la direction d'entreprises collectives, lesquelles, parleur nature même, sont condamnées à ne se poursuivre que lentement, à n'aboutir qu'après un délai de plusieurs années. C'était ce qu'avait démontré une pratique plus que séculaire et ce que Chaptal eut le mérite de comprendre. Un traitement de G. 000 francs était attaché à la fonction de secrétaire perpétuel. La première classe aurait deux secrétaires perpétuels, un pour les sciences mathématiques et un pour les sciences physiques.

Même sagesse dans la réforme que subit le mode d'élection. Chaque classe recouvra le droit de nommer ses membres, sans avoir désormais à faire ratiher ses désignations par des confrères incompétents. Elle devrait seulement les soumettre à l'agrément du chef de l'État, comme il était d'usage sous l'ancienne monarchie. La nécessité de cette sanction n'a jamais, depuis lors, gêné la liberté des choix académiques.

Tout était calculé, dans le nouvel ordre de choses, pour rendre à

chaque classe son indépendance, pour développer sa vie autonome, sans pourtant rompre le lien qui rattachait les parties à l'ensemble. Les quatre séances publiques de Flnstitut en corps étaient suppri-

Pclit costume des incmbrcs <lo l'Inslilul sous le Directoire. (Gravure de Cliarron, d'aprî's un dessin de Poisson.)

niées. On avait reconnu la difficulté <r«Mi «h'csser le programme de telle façon (juc <lrs Ircluirs d'un caiactère très difFérenl pussent intér<'ssrr loul raudiloiic (|ui venait les entendre. Eu revanche, cha(|U(! classcî (hîvrait tenir, une fois par an, une de ces séances, ïl lui sciait aisé d'y offrir à ses invités spéciaux un réiral qui convien-

66 L'IiNSTITUT DK FRANCK

(Irait à leurs goûts et ii leurs habitudes d'esprit. D'autre part, quatre fois par an, les quatre classes se réuniraient, mais en comité secret, pour s'occuper des intérêts qui leur seraient communs. Ce serait, par exemple, dans ces assemblées qu'ils nommeraient « le bibliothécaire ainsi que le sous-bibliothécaire de Flnstitut, ainsi que les agents qui appartiennent en commun à l'Institut ». Le détail des affaires courantes serait réglé par une commission administrative où chaque classe serait représentée par son secrétaire perpétuel et par un de ses membres.

A Tavenir, il serait permis d'appartenir à plusieurs classes à la fois, ce que le règlement antérieur interdisait. Les membres des quatre classes auraient le droit d'assister aux séances particulières de chacune d'elles et d'y faire des lectures, lorsqu'ils en auraient exprimé le désir. C'est ce qui se pratique encore aujourd'hui. Chacun de nous va volontiers, à T occasion .^ s'asseoir parmi ses confrères d'une autre académie, pour leur porter un renseignement ou pour écouter une communication qui pique sa curiosité. Seule, l'Académie française siège à huis-clos. Elle ne nous a jamais signifié que sa porte nous fût fermée ; mais elle ne nous a pas conviés à la franchir.

Quelques jours après paraissait l'arrêté qui contenait la liste des membres de l'Institut réorganisé, de ses correspondants et de ses associés étrangers. Un des articles additionnels décidait que chaque classe tiendrait une séance par semaine (il y en avait auparavant deux par décade) et que ces séances dureraient de trois à cinq heures. C'est la règle qui a toujours été suivie depuis lors. Dans les anciennes académies et dans l'Institut du Directoire, c'était le soir que l'on se réunissait. Il avait sans doute été reconnu, à la longue, que, pour suivre des calculs au tableau ou pour écouter la lecture d'un mémoire de philologie ou d'histoire, on a l'esprit plus libre, on est mieux garanti contre la tendance à fermer les yeux et à s'endormir avant qu'après le dîner.

Premier consul ou empereur, Napoléon s'intéressa toujours à cet Institut national dont il avait été nommé membre, dans la première classe, après sa campagne d'Italie. Pendant son expédition d'Egypte,

Grand costuino des membres de l'Institut sous le premier empire. (D'après une ai|narollr «lo Hollniann.)

il signait ses proclamations r\ au lies actes orilciels du litre do Membre de rinstilitt. Dès 1801, par un arrêté du 13 mai, il donnai! il ses confrères un costume ou plutôt deux costumes, le (/ratu/ costume, celui (ju'ils revotent encore dans les cérémonies publiques, et un petit costume, dont le port, s'il a jamais été en usage

08 L'INSTITUT DK FRANGE

pour les cérémonies ordinaires, est depuis longtemps tombé en désuétude.

Le consul avait habillé l'Institut; ce fut Tempereur qui le mit dans ses meubles. Au Louvre, où il campait depuis n95,rinstitutgénaitelil était gêné. Arrivant par charretées, après chaque nouvelle campagne de la Grande Armée, statues et tableaux, enlevés à tous les musées de l'Europe, lui disputaient la place. On jeta donc les yeux sur le Collège des Quatre-Nations qui, depuis 1672, faisait face au Louvre de Louis XIV. Le collège avait été supprimé par la Révolution et, depuis lors, les bâtiments en avaient été affectés à divers usages. La bibliothèque fondée par Mazarin en occupait encore l'aile orientale; dans l'aile opposée on avait établi les écoles des Beaux-Arts. Un décret du 20 mars 1805 décidait que « l'Institut national serait transféré, de l'emplacement qu'il occupe au Louvre, dans l'édifice des Quatre- Nations, aujourd'hui palais des Beaux-Arts, qu'il occupera jusqu'à ce que le nouveau local qui lui est destiné au Louvre soit arrangé. Le pavillon à droite, une partie de la façade circulaire et la rotonde seront mis à sa disposition ». L'article 2 du décret maintenait aux écoles spéciales de peinture, sculpture et architecture la jouissance (( des autres bâtiments intérieurs dépendant du palais des Beaux- Arts )). Ce fut au mois d'août 1806 que l'Institut s'installa dans ce palais.

Par la force des choses, l'affectation qui était alors présentée comme provisoire prit un caractère définitif. De nouvelles victoires et de nouveaux rapts avaient trop rempli le Louvre pour qu'il pût être question d'y. rappeler les hôtes que l'on avait invités à le quitter. L'Institut ne trouva sans doute pas dans cet édifice dont une partie seulement lui était livrée les vastes espaces qui lui auraient été nécessaires pour les collections d'antiquités, de machines et d'instruments qu'il songeait alors à se donner (article 11 du règlement de 1803): mais on dut renoncer à cette idée. Les établissements spéciaux, tels

que les musées, l'Observatoire, le Muséum (riiisloire naturelle, les grandes écoles, pouvaient seuls être assez bien outillés pour que la recliercbe y fût féconde. Ce dont l'Institut ne pouvait se passer, c'était d'une bibliotbèque qui lui appartînt en propre et de salles oii s'assembler. Salles et bibliotbèque lui furent assurées, grâce aux travaux exécutés par l'arcbitecte Yaudoyer. Les séances publiques se tinrent sous la coupole de l'ancienne cbapelle du collège. Pour les .séances ordinaires et pour les livres, on eut des pièces et une galerie qui furent enlevées à la Bibliotbèque Mazarine. Un décret de 18 10 avait affecté k l'École des Beaux-Arts l'ancien couvent des Grands- Augustins, rue Bonaparte; mais il fallut approprier ce local, par des travaux qui durèrent longtemps, à sa destination nouvelle ; ce fut seulement en 1830 que, sans être acbevés, ils fui'ent assez avancés pour permettre le transfert. Dès lors, l'Institut ne partagea plus qu'avec la Bibliotbèque Mazarine les bâtiments de Tancien collège. C'est grâce à cette émigration des artistes et de leurs élèves que la bibliotbèque de l'Institut a pu s'agrandir et se mettre à l'aise. Le premier noyau de la collection a été formé par les livres qui composaient Tancienne bibliotbèque de la Ville de Paris. La propriété de ces livres fut attribuée à l'Institut par un arrêté du Directoire, en date du 17 mars 1707. Elle n'a pas, depuis lors, cessé de s'accroître; elh; compte aujourd'bui environ 430.000 volumes. Les concours y font entrer beaucoup de livres qui ne mériteraient peut-être pas tous d'y êtie conservés. Tous les corps savants de l'étranger éebangent Irurs recueils contre ceux qu'éditent nos académies. Si quelques membres de l'Institut oublienl (\v hii (b)iin(M' b's ouvrages qu'ils pubUent, la plupart se conforment pourtant à cet usage. Enlin, ce (jui a fait surtout de cette bibliotbèque un précieux instrument de travail, ce sont des acbals poursuivis avec intelligence et avec métbode. L'Institut a été, dès sa naissance, investi d'un privilège qui lie lui a été contesté qu'une fois, sous lo second Empire : il choisit

70 L'INSTITUT DK FRANGE

lui-mèine, outre le chef de son secrétariat, ses bibliothécaires et sous-bibliothécaires. Il exige d'eux des aptitudes spéciales et la connaissance des langues étrangères; il ne les prend pas parmi les décavés de la politique ou des lettres.

Par l'importance des travaux de ses membres et la juste renommée dont jouissaient beaucoup de ceux-ci, en France et à l'étranger, l'Institut de la République et de l'Empire, après vingt ans d'existence, faisait déjà trop grande figure en Europe pour que le gouvernement de Louis XYIII pût sans honte entreprendre de le désorganiser et de le débaptiser. La royauté ne paraît pas avoir jamais songé à cette destruction; mais, afin de rattacher le présent à ce passé de la vieille France dont elle se réclamait, elle fit ce que Ghaptal avait déjà projeté de faire en 1803. Pour désigner les différents groupes qui, réunis, composaient l'Institut, elle remit en usage, par l'ordonnance royale du 21 mars 1816, un terme déjà cher et familier à tous les amis des lettres et des sciences. Chaque classe devint une académie. Il y eut quatre académies, qui prirent rang par ordre d'âge, d'après la date de leur fondation, l'Académie française, qui recouvrait ses anciens statuts, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Sciences, l'Académie des Beaux-Arts.

Dans deux de ces académies ainsi restaurées, l'Académie des Inscriptions et l'Académie des Sciences, on rétablissait en même temps, sous un nom nouveau, celui de membres libres, les honoraires d'autrefois. Ce titre devait être accordé, comme l'était jadis celui qu'il remplaçait, à des personnages qui, sans faire métier d'érudition ou de science, auraient témoigné de l'intérêt qu'ils portaient à ces études, soit qu'ils s'y fussent distingués par quelques recherches personnelles, soit surtout qu'ils les eussent fait profiter de leur for-

tune et de leur situation sociale. La mesure a depuis été étendue à d'autres académies. Seule, aujourd'hui, FAcadémie française n'a pas de membres libres. Ceux-ci ne touchent i)as l'indemnité mensuelle et ne votent pas pour l'élection des membres ordinaires; à cela près, ils prennent part à tous les travaux des académies auxquelles ils sont associés.

Cette ordonnance n'était guère que la reprise et la confirmation

Médaille commémorativc du rétablissement des anciennes Académies par Louis XVUI

(in mars 1816).

(Gravée par Andneu.)

du déciel de 1803. Dans l'organisation qu'il avait établie, elle ne changeait que les étiquettes. A quelques détails près, avec les règlements (|ui la complétèrent, elle est demeurée, depuis lors, notre (•harte constitutionnelle. Elle respectait l'unité de l'Institut ; elle maintenait en vigueur toutes les ententes grâce aux({uelies était assurée la gestion des affaires qui regardaient tout le corps. Elle établissait même un lien de plus entre les diverses académies en les invitant à tenir tous les ans « une séance publicjue commune », que ne comportait pas le régime précédent. La date de cette séance, (jue Louis XVin avait lixée au 24 avril, « jour de sa rentrée dans son royaume w, a ciiangé avec les gouvernements qui se sont succédé en France. Depuis 1870, (die est fixée au 25 octobre ;

72 LINSÏITUT DE FRANCK

c'est la cominéinoialioii crun anniversaire que l'Institut ne saurait oublier.

Comme en 1803, le cJief de TÉtat, en vertu de la nouvelle investiture (ju'il conférait à l'Institut, s'arrogea le droit de dresser la liste des membres qui le composeraient dans sa forme nouvelle. Trois anciens membres de la classe des beaux-arts ne purent trouver place, par suite du remaniement des sections, dans l'Académie qui lui succédait; mais, de plus, dix-neuf membres des quatre anciennes classes furent exclus, soit parce qu'ils avaient jadis voté la mort de Louis XVI, soit en raison du concours actif qu'ils avaient prêté à Napoléon lors de l'aventure des Cent Jours. Ce fut la seule concession que les rédacteurs de cet acte, d'ailleurs bien conçu et judicieux, firent aux colères et aux passions du moment.

Comme les peuples heureux, l'Institut n'eut pas d'histoire pendant toute la durée de la Restauration. Grâce à une longue paix et au mouvement des esprits qu'elle favorisa, les académies reprirent leurs travaux, dans tous les ordres d'études, avec une ardeur et un succès toujours croissants. On ne trouve à enregistrer, pour ces quinze ans de prospérité, que deux ordonnances, dont l'une, en 1819, réunissait à la Bibliothèque de l'Institut la Bibliothèque Mazarine et dont l'autre, en 1821, rendait à celle-ci son autonomie. Depuis lors, les deux établissements, tout contigus qu'ils soient, ont gardé leur indépendance et s'en sont bien trouvés. Ils ne répondent pas à un même besoin et ne pouvaient être soumis à un même régime.

La Révolution de 1830 donna le signal du dernier changement qui ait été apporté à la constitution de l'Institut, de celui dont il a reçu sa forme dernière, celle qu'il garde encore à l'heure présente. L'ordonnance de 1816 n'avait pas fait revivre la classe des sciences morales et politiques, supprimée en 1803. Il n'existait pas, sous l'ancien régime, de compagnie dont cette classe pût être considérée comme l'héritière et que Ton pût ressusciter sous son titre d'autrefois.

D'ailleurs les idées et les tendances que cette classe avait été appelée à représenter devaient encore provoquer sous la Restauration les défiances dont elle avait été victime alors que se préparait l'Empire. La situation était tout autre, après les journées de Juillet. Sous le gouvernement qu'elles avaient inauguré, ces défiances n'étaient plus de saison. Une ordonnance en date du 2Q octobre d832 rétablit cette classe sous le nom tV Académie des Sciences morales et politiques. Cette Académie était divisée en sections. Le nombre de ses membres était alors fixé à trente. 11 a été porté à quarante sous le second Empire. Cette Académie aurait, comme les autres, ses académiciens libres, ses associés étrangers et ses correspondants. Furent déclarés membres de la nouvelle Académie ceux des survivants de l'ancienne classe qui en faisaient partie au moment de la suppression et ceux des correspondants de ladite classe qui avaient été nommés depuis lors membres de l'Institut. Ces douze académiciens de droit eurent ensuite à compléter l'Académie par des élections successives.

Depuis 1832, l'Institut a vu s'écrouler des trônes ; il a vu la guerre étrangère et la guerre civile menacer sa demeure sans que jamais sa vie ait subi le contre-coup de toutes ces agitations. Les noms mêmes des compagnies qui le composent n'ont pas été modifiés. Plus respectueuses du passé de la France que n'avait pu l'être la Convention, la seconde et la troisième République n'ont pas été offusquées par les appellations que la royauté avait restaurées en 18i(). Il n'a pas été question de revenir aux classes de Tan 1\' cl d(; l'an XL L'Institut est resté, il est encore formé de cinq Académies que rattaclie les unes aux autres le lien à la fois très souple et livs ferme des organes communs et d'une solidarité morale (jui s'est affirmée toutes les fois que la dignité du corps a pu paraître menacée par (juebjues erreurs ou (juel(|ues caprices passagers des pouvoirs publics.

Yï

Dans son état actuel, l'Institut comprend, en première ligne, deux cent trente et un membres ordinaires. Ce nombre impair n'est pas sans causer d'abord quelque surprise. Il s'explique par une disposition qui est particulière à FAcadémie des Sciences et à l'Académie des Beaux-Arts. Dans ces deux compagnies, les secrétaires perpétuels ne sont inscrits dans aucune des sections qui les composent. Ils sont hors classe, en surcroît du nombre réglementaire. A l'Académie des Sciences morales, le secrétaire garde sa place dans la section à laquelle il appartient, de même que, dans les deux compagnies qui ne sont pas sectionnées, sa promotion au fauteuil ne provoque pas une vacance.

Aux membres titulaires s'ajoutent, pour former le corps de l'Institut, quarante membres libres et trente-quatre associés étrangers. L'Institut a deux cent quatre-vingt-seize correspondants, tant étrangers que régnicoles.

La loi de finances de 1906 alloue à l'Institut, pour ses dépenses du personnel et du matériel, la somme de 686.000 francs. Dans le premier budget où il ait émargé, en 1796, cette somme était de 280.000 francs. Depuis lors, le nombre de ses membres s'est accru ; les services qu'il dirige et son action sociale se sont singulièrement développés. On peut donc s'étonner, à première vue, que la différence entre les deux allocations ne soit pas plus forte. S'il en est ainsi, c'est, tout d'abord, que l'indemnité assignée aux membres de l'Institut n'a jamais été augmentée, depuis 1796. Il n'y a eu d'ajouté, de ce chef, que les traitements des secrétaires perpétuels. C'est aussi que le nombre des prix dont le montant est fourni par l'Etat ne s'est accru que dans une très faible mesure, dans la même proportion que celui des compagnies qui les décernent. Trois de ces compagnies

disposent chacune d'un de ces prix que nous suppelons prix du budget. L'Académie des Sciences morales en a deux. Point de prix inscrit au crédit de l'Académie des Beaux-Arts ; mais le montant en est couvert par les dépenses qu'exige l'exécution en public des cantates que composent les musiciens qui ont obtenu le Grand Prix de Rome.

Le duc (I Auiiidle.

(Médaille de J.-C. Cliaplain.)

Il va encore, pour l'Académie des Inscriptions, les 3.000 francs des médaillrs <l(;stinées à signaler les meilleurs ouvrages envoyés au concours des Anticiuités nationales. C'est donc 22.000 francs seulement qui représentent la part contributive de l'Etat, dans le chillVe total de la somme que l'Institut distribue, sous forme de prix, aux béros et aux héroïnes de la vertu, aux écrivains et aux travailleurs dr loiit uviiiT (|ui vimiM'iil biigiici' Tboniieur de ses suffrages ou-

qu'il distingue en leur attribuant des récompenses qu'ils n'ont point eu à solliciter. Or, en 1903, cette somme, à supposer que tous les prix proposés trouvassent preneur, était de 688.400 francs. Voici comment se décompose cette somme :

Acadûmio française 150.000 francs.

— Insciiplions 79.000 —

— Sciences 175.600 —

— Beaux-Arts 99.400 —

— Sciences morales 87.400 —

Institut 97.000 —

Ensemble 688.400 francs.

Certains prix, pour la plupart d'une assez grande importance, ressortissent, d'après les termes mêmes de la donation qui les a créés, non pas à telle ou telle académie, mais à l'Institut tout entier. Ils sont ou, comme le prix Osiris, décernés, au nom même de l'Institut, par l'assemblée générale de ses membres, ou, comme le prix Jean Reynaud et le prix Berger, donnés, à tour de rôle, par cbacune des académies, pour travaux qui se rapportent à l'ordre d'études dont elle s'occupe. Dans ce cas, l'assemblée générale se contente d'enregistrer et de ratifier le jugement de celle des cinq compagnies qui, pour cette fois, a été cliargée de désigner le lauréat.

Le plus important de tous les prix dont dispose l'Institut est le prix Osiris, de 100.000 francs.

Voici le libellé du programme de ce concours :

(( Ce prix triennal a été fondé pour récompenser la découverte ou l'œuvre la plus remarquable au cours de la période de trois ans, soit dans les sciences, soit dans les lettres, soit dans l'industrie, et généralement dans tout ce qui touche à l'intérêt public.

« L'Institut, en assemblée plénière, est chargé déjuger le mérite des candidats. »

Le prix Osiris a été attribué, en 1903, pour l'ensemble de ses recherches sur les sérums, au docteur Roux. Celui-ci n'a accepté

que pour faire aussitôt don de la somme à l'Institut Pasteur. En 1906, il a été décerné à iVlbert Sorel, pour l'ensemble de ses travaux historiques.

Comme on le voit par les titres que portent les prix qui viennent d'être mentionnés, l'Institut, quand il répand autour de lui cette pluie d'or, n'est pas le distributeur des largesses de l'Etat ; c'est de celles des particuliers, qui l'ont choisi comme fidéicommissaire, qu'il

Cliàledii (lo Chanlilly. légué à l'InstiLut par le duc d'Aumale.

«si h' diligent et consciencieux dispensateur. Tout cet or, c'est le jevciiLi des capitaux qui constituent les fondations, capitaux que le corps de l'Institut ou telle ou telle des académies qui le composent a reçus en dépôt des mains de bienfaiteurs ou de bienfaitrices (jui, (!.' h'iii- vivant, lui ont apporté de riches donations, ou (|ui lui ont iii('ii;i^(' mit' phice (hms huir testament. Le gou\ «'riicnit'iil iiiiilciN iciil (jiit' <lans la forme ordinaire, pour s'assurer que les familles des t('>l iiriii^ Il Oui p,is<'l<' h'siM's p;ii' ces dispositions, et pour autoriser, p;ii iiiMh'Mi'el, racceptalioii du h'-s ou de la donation. Il a d'ailleurs, il cr pi(.p()s. h;iiih'iiH'iil h'iiioi-iK' de la faveur avec laquelle il consid< riiil ( . ^ lih. i.ilih s. Piii iiiie décision plusieurs fois renouvelée, il ;i di^[)(iis(- .h's (huits d enregistrement toutes les valeurs mobilières

78 L'INSTITUT DK FRANCK

OU immobilières dont la propriété est transférée à l'Institut ou à Tune de ses cinq académies. L'Institut est considéré « comme un organe de l'Etat au nom duquel il s'acquitte de la mission qui lui est confiée ».

Ces fondations se sont multipliées, pendanttoutle cours du dernier siècle. Une des premières venues et celle peut-être qui a provoqué le plus d'imitations, c'est la fondation Montyon, qui date de 1819. Si, par l'effet des conversions successives de la rente, elle ne donne plus maintenant qu'un revenu annuel de 37.000 francs, le capital qui la constitue représentait une grosse fortune, alors que la gestion en fut remise à l'Académie française, pour récompenser tout à la fois « les actions les plus vertueuses et les livres les plus utiles aux mœurs ».

A son heure, cette libéralité fit sensation ; elle eut beaucoup d'imitateurs ; mais l'importance en a été singulièrement dépassée par celle du présent que nous avons reçu, en 1886, du duc d'Aumale. Celui-ci « a fait donation, sous réserve d'usufruit, à l'Institut de France, dont il est membre à un double titre, du domaine de Chantilly, à la charge de conserver ce domaine avec le musée et la bibliothèque qu^il renferme, de les mettre à la disposition du public et d'en employer les revenus, déduction faite des charges d'entretien, à accroître les collections, à donner des pensions aux hommes de lettres, aux savants et aux artistes indigents, à encourager par des prix les jeunes gens qui se vouent à la carrière des lettres, des sciences et des arts ».

Par la mort du duc d'Aumale, survenue au printemps de 1897, l'Institut est entré en jouissance de ce beau domaine et il l'administre avec le ferme propos de se conformer aux généreuses intentions du donateur. Quand seront éteintes toutes les hypothèques qui pèsent encore sur l'édifice et sur les terres, quelle joie ce sera, pour nos successeurs, d'user des revenus de ce royal apanage pour ajouter de nouvelles richesses d'art à celles qui remplissent déjà les galeries du château et pour aider tous les talents, pour favoriser,

L'TNSTITUT 79

par divers moyens, toutes les entreprises qui pourront tourner à riionneur du génie de la France !

Il nous a été fait, en 1904, sous la même réserve d'usufruit, don, par M. Jacques Siegfried, d'un autre château, celui de Langeais. Ce n'est pas sans quelque hésitation que l'Tnstitut a accepté la donation ; elle ne comporte pas d'avantages analogues à ceux que confère la

Château (le Langeais, oll'ert ù l'Inslilul par M. Jacques Siegfried.

possession de Chantilly. La rente constituée en vue de pourvoir à l'entretien du château ne fera que sullirc à cet usage. Si la compagnie a pi is, apiis mûre réflexion, le paili de ne point écarter l'ollre (jui hii était fuite, c'est que, comme le donateur, elle a été effrayée du péril (jue courait un des plus beaux monuments de rarciiilecture française. S'il n'élait ainsi mis hors du commerce, ne ris(|uait-il pas d'élre détruit un jour ou piîut-étre transporté pierre par pierre en Amérique, par le caprice de quehjue milhardaire i La crainte

80 LINSTITUT DE FRANCE

(l'un tel désastre, justiliée par de récents exemples, a motivé pour cette fois son adhésion ; mais l'Institut ne saurait se faire gérant de propriétés ; il a d'autres occupations, d'autres travaux à poursuivre. Une donation plus récente, qui ne pouvait appeler les mêmes réserves, est celle que M"° Dosne, en 1906, peu de temps avant sa

L'Hôtel Thiers à Paris, légué à l'InstiLut par M'i-Dosne.

mort, a faite à l'Institut de riiôtel que M. Tliiers possédait à Paris, place Saint-Georges.

Conformément aux intentions de la donatrice, l'Institut compte y rétablir une bibliothèque d'histoire moderne dont le caractère spécial rappellera l'œuvre de l'illustre historien de la Révolution, du Consulat et de l'Empire. Les revenus affectés à la fondation pourvoieront à la prochaine installation de cette bibliothèque et permettront ensuite de la tenir au courant.

L'Institut a donc assez de châteaux. Peut-être même a-t-il trop de prix à distribuer. Il est parfois embarrassé pour leur trouver des bénéficiaires dont les titres s'imposent. Jamais il n'arrive à décerner tous ceux qui figurent au programme de ses concours. En revanche, que de fois, dans les séances de l'une ou de l'autre de ses Acadé-

Le cabinet de travail de M. Tliiors en son hôtel de la place Saint-Georges.

mies, on se prend à signaler l'intérêt que présenterait, pour les progrès de l'érudition historique ou pour ceux des scfences mathématiques et naturelles, telle publication ou telle lecherche que, pour l'instant, on ne peut songer à entamer, faute d'argent ! Ce sont les ressources nécessaires à de coûteux outillages (juil importe de fournir k l'Institut, par des dons (|ui ne lui lient pas les mains, (|ui lui laissent une pleine et entit're liberté «l'action. La fondation modèle, celle dont la formule devrait devenir classique, c'est la fondation Jean Debrousse, que nous avons été autorisés à accepter par un décret

82 I/INSÏITUT DK FRANCK

rendu en Conseil d'Etat le 1" juillet 11)00. Voici en quels termes est conçu Tacte testamentaire : « Je lègue à l'Institut de France la somme de un million de francs dont il disposera de la manière qu'il jugera le plus convenable. »

On ne saurait mieux dire et en moins de mots. Personne, à l'Institut, n'a proposé d'affecter à la création de nouveaux prix même une parcelle du revenu de ce capital. Dans le premier mois de chaque année, pour aviser au meilleur emploi possible de ce fonds, il est formé une commission où chaque Académie est représentée par son secrétaire perpétuel et par deux délégués. Toutes les demandes lui sont soumises ; entre elles, il est fait un choix et l'assemblée générale de rinstitut a toujours, jusqu'ici, adopté sans débat les propositions que lui présentait et que justifiait le rapporteur. On voudrait pouvoir donner ici le relevé des décisions prises. Il ferait comprendre quels services ont pu rendre aux lettres, aux sciences et aux arts les subsides, trop faibles encore, que, sur cette somme de 30.000 francs, l'Institut a pu allouer à nombre d'entreprises intéressantes. Il a, par une forte subvention, encouragé V Alliance française à continuer son œuvre de propagande patriotique. Il a préservé d'une mort certaine le Journal des Savants, ce doyen de nos recueils périodiques, auquel venait d'être retirée, par le Parlement, l'allocation qui lui était attribuée depuis 1816. C'est grâce à son concours que l'd. Société de l' histoire de France va pouvoir publier une édition critique, depuis longtemps réclamée, des Mémoires de Richelieu, et que les astronomes ont pu aborder l'impression compliquée et coûteuse des Tables de la lune et des Tables de Saturne. On a, de même, fourni à des physiciens éminents les moyens d'exécuter enlin des expériences importantes, qu'ils avaient été jusqu'alors contraints de différer à cause des frais qu'elles entraîneraient. Je ne sais si le nom de Jean-Hubert Debrousse deviendra jamais aussi populaire que celui du baron Montyon ; mais l'exemple qu'il a donné mérite davantage

encore d'être suivi. Il peut être encore plus fécond; les libéralités qu'il est de nature à provoquer contribueront plus directement et avec plus d'efficacité à aider l'Institut dans raccomplissement de ce qui est sa fonction spéciale et sa raison d'être : poursuivre pour son propre compte et susciter, favoriser, faciliter par son

Plaquette do l'Association internationale des Académies. (Gravée par Vcniou (19U2).)

baiil patronage tous les Iravaux dv. l'espiit, tous b's efforts dr la pensée.

']'<'! (''lait l)i('ii If i"(')l(' que, dans Icni' ^r'iKM'ciisc nmbilion, b>s fon- (l.ih'iirs de rinstitul avaient voulu assii^nci- au Ljraud coips iju'ils cit'-iiciit ; mais ce (ju'ils n'avainit pu pr<''\<)ir. cClail \r (•<»n((iui'> (|U('. dans drs h'injts moins lroul)l(''S. ;i la laxcur des proiiri'S de linslrucliun et dv la ricliessr. 1rs parliculirrs \ icudraient premier à ce ('orpH, par toutes les ressounrs doiil ils l'armeraient, parles moyens d iiillucMcf cl d action (lu ils lui mcItraiciU m main. Le mou\»'mcnl

84 L'INSTITUT DK FRANCL:

ainsi coinmencé tend à se prononcer et à s'accélérer plutôt qu'à se ralentir. Les donations, dans ces dernières années, ont été de plus en plus importantes et de mieux en mieux conçues. A mesure qu'il vieillit, l'Institut voit grandir et s'affermir son autorité. Ce ({ui est pour beaucoup dans le prestige dont il jouit, ce n'est pas seulement la valeur personnelle des hommes qui l'ont composé depuis sa création et l'intérêt des recherches et des études auxquelles il préside, études et recherches dont les représentants les plus autorisés sont, à bien peu d'exceptions près, tous entrés dans ses rangs ; c'est aussi le fait que, dans cette société qui a vu sombrer tant d'espérances et qui a assisté à tant de chutes retentissantes, il a duré, il a vécu pendant plus d'un siècle. Fondé par la Révolution, il remonte bien au delà d'elle par ses origines, par l'idée dont il est né, par ces académies d'autrefois dont il garde le nom et dont il maintient les traditions. Bien qu'il n'ait guère plus de cent ans, il prend ainsi je ne sais quel air de vénérable antiquité, quelque chose de la majesté d'un ancêtre. Gomme d'ailleurs on ne discerne en lui aucun symptôme de décadence et de ruine, comme aucun danger ne paraît le menacer, il donne l'impression ou, si l'on veut, l'illusion de la perpétuité.

Georges Perrot,

Secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Hôtel du chancelier Séguiei".

Siège de lAcadéinie française de 1642 à 1G72.

(Gravure de Jean Marot.)

L'Académie Française compte en ce moment deux cent soixante et douze ans d'existence; il ne serait pas possible défaire tenir son histoire on ({uelques pages, si l'on voulait ({u'elle fût coniplMe. Je me décide à insister principalement sur les origines et les premiers temps : (^'est ce (ju'il importe surtout de savoir. KUe a toujours c()iis('r\('' SCS anciens usages; ell(; vil du passé; la manit?re dont ses membres sont élus, les travaux ([ui l'occupent, ses rap|)ort8 avec le chef de l'État, l'esprit (jui l'anime sont restés à \)vn près les nicnics. .1(5 demande donc la permission d'i^tre un peu plus long sui* son histoire au xvir siècle ; je pourrai sans dommage m'étendre un [Mil Fuoins sur 1rs deux siècles qui ont suivi.

Page 1