‹ L'Institut des frères des écoles chrétiennes [microforme]Chapitre 14 sur 19 · BANLIEUE · texte numérisé non relu

BANLIEUE

Clichy-la-Garenne

St. Denis-sur-Seine

Issy sur-Seine

Levalois-Perret

Neuilly-sur- Seine

Sceaux

Totaux pour la banlieue Totaux pour Paris

Totaux pour la Seine....

Nombre.

de

Classes,

d'élcves inscrits.

d'élèves expectants.

C'est partout le même spectacle, dit le P. Rouvivier (i). Les classes laïques, laissées déserte» par le dégoût public, devront être fermées par les maîtres eux-mêmes qui dans leur honte, ne pourront plus jouer ce que la libre pensée appelle avec tant d'atticisme " la comédie du martyre. "

Partout où les écoles congréganistes ont été ouvertes, elles ont été peuplées avec grand empressement surtout par les élèves les plus anciens et les meilleurs. Les locaux et les ressources ont pu, dans quelques endroits, manquer aux Frères et aux Sœurs, mais jamais les élèves. " (2)

La preuve est sans réplique ; elle démontre bien, si nous ne nous trompons, qu'au lieu de la haine des familles, les écoles congréganistes ont leur confiance et leur amour, et que les bons Frères, quoi qu'en disent leurs détracteurs, ^ç.\x\ç.x)X préparer la jeunesse pour les luttec de la vie.

Nous avons dit que les Frères possèdent la conjîance et Vamour des familles ; oui, et à un haut degré. Rien ne le prouve comme ces éloquentes et fermes pétitions demandant leur maintien ou leur retour, comme ces ovations qu'on leur prodigue lorsque la force brutale les arrache à leurs paisibles labeurs, comme ces sacrifices héroïques que s'imposent toutes les classes pour ouvrir des écoles libres.

A Cfiambéry, le frère Directeur annonce à ses 400 élèves que leur école est laïcisée, puis il remet à chacun une touchante lettre d'adieux pour leurs parents. — Maîtres et élèves se séparent ensuite au milieu des regrets et des sanglots. — Le dimanche suivant, les enfants sont venus spontanément se grouper devant le palais de justice et, de là, se sont rendus dans le plus grand ordre à la messe de 8 hrs. à la cathédrale, où ils ont pris leurs places habituelles et se

(1) La Rëvolutiou maîtresse d'école.

(?) M. Riant. Discours au Conseil municipal de Paris.

sont tenus pendant tout le temps du Saint Sacrifice dans u» recueillement exemplaire.

A Sc'ri^nan, près Orange^ l'école étant laïcisée, la population accompagne les Frères avec une si affectueuse reconnaissance que le journal Le Pèlerin a cru devoir en faire l'objet d'un dessin charmant, au bas duquel il a écrit : Les Frères sont expulsés manu militari, et couverts de fleurs manu populari.

A Alais (Gard). — Quand les Frères ont quitté l'école communale qu'ils dirigeaient depuis 58 ans, la population s'est précipitée sur leurs pas, jetant des fleurs et des couronnes. Une foule nombreuse les a accompagnés comme en triomphe. Jamais ovation pareille ne s'était vue dans cette catholique cité. Les instituteurs laïques qui les ont remplacés à l'école publique ont pu trouver deux élèves chacun! A l'ouverture de l'école libre, les Frères ont vu accourir plus d'enfants qu'ils n'en avaient auparavant.

A Poniarlier, M. le Curé, ses Vicaires et les membres du Comité, vont faire leurs adieux aux Frères. Ils les accompagnent à la gare, où les attendaient plus de mille personnes. Tous les élèves, rangés en ordre, se sont approchés respectueusement pour dire, non pas adieu, mais au revoir, à bientôt ! Bon nombre de pères de famille, pleurant, serraient la main des expulsés, au milieu du cri : " Vivent les Frères T* répété avec enthousiasme par toutes les personnes présentes et même par les voyageurs qui étaient dans le train. Plusieurs amis ont pris des billets pour la gare suivante, afin de rapporter à Pontarlier les fl;urs et les couronnes qu'on avait offertes aux Frères et qui seront placées dans la chapelle de l'école qu'on leur prépare. Les enfants auxquels on n'avait pas permis d'entrer dans la gare se portèrent en masse à 500 mètres de là, et purent de nouveau saluer le train en répétant : Vivent les Frères t à bitntôt! au revoir t

A NinicSy les mêmes scènes se sont produites. Derrière les Frères se pressait la foule, qui leur jetait des couronnes d'immortelles ou de laurier, en les saluant des plus chaleureux vivats : une immense couronne, soutenue par des bras vigoureux dominait toutes les tctes.

Aux protestations s'ajoutent les œuvres.

La malheureuse guerre de 1 870-1 871 arrache violemment a la France l'Alsace et la Lorraine. Le premier soir» du gouvernement allemand est d'expulser les congrégations religieuses. Metz fait entendre ses plaintes. Du haut de la tribune, le tout puissant chancelier répond :

" Je n'ai pas autre chose à dire, sinon que les autorités de l'Alsace-Lorraine ont agi d'après cette conviction que l'activité de ces Frères, de ces religieux, était encore plus préjudiciable au pays que le manque d'instituteurs, et qu'un enseignement empoisonnant l'esprit allemand en Alsace, serait pire que l'absence d'enseignement. "

L'année suivante, 1874, le Conseil municipal après avoir protesté contre l'arrêté préfectoral qui ferme les écoles communales, s'exprime ainsi: " Le Conseil voit à regret disparaître de nos écoles municipales des instituteurs dont le caractère honorable, le rare et modeste dévoûment sont toujours restés à la hauteur de la mission qui leur était confiée. Depuis plus de soixante ans, les Frères des Ecoles chrétiennes remplissaient cette mission à la satisfaction de nos populations et le conseil ne saurait, sans méconnaître les services rendus, hésiter à donner un témoignage d'estime et de reconnaissant souvenir à ceux qui ont constamment prouvé qu'il était mérité. "

A ceci, le préfet répond : " 1° La suppression des Frères des Ecoles chrétiennes est une mesure générale prise pour toutes les écoles publiques, et une exception en faveur des

écoles de Metz est inadmissible. 2° Le droit formel de cette mesure est incontestable : les instituteurs congréganistes sont simplement tolérés, et, à ce titre, peuvent être supprimés quand le gouvernement le juge nécessaire." Traduction Jibre du **stc volo, sicjubco. "

Ce refus brutal n'abat point le courage des Messins. Voici le texte d'une nouvelle pétition signée de toute la population catholique et récemment adressée au gouverneur de TAlsace- Lorraine :

" A Son Excellence Monsieur le maréchal gotivcrneiir gênerai de V Alsace-Lorraine, à Strasbourg.

Les soussignés, pères de famille, commerçants, industriels et ouvriers de la ville de Metz, ont l'honneur d'exposer à Votre Excellence :

1. Que depuis un siècle et demi et jusqu'en 1874, les Frères des Ecoles chrétiennes ont rendu d'éminents services à la cité messine, par l'éducation de la jeunesse confiée à leurs soins ;

2. Que pendant ce long espace de temps, ils ont constamment dirigé leurs écoles avec succès, pour le plus grand bien de tous, et en se conformant aux arrêtés et programmes des diverses autorités qui ont régi le pays.

3. Que de leurs écoles est sorti un nombre considérable de bons et dignes citoyens, hommes d'ordre, qui ont fait et font encore l'honneur de leur cité ;

4. Que la reconnaissance du pays lorrain pour les Frères 4es Ecoles chrétiennes, d'ailleurs généralement constatée, s'est accentuée de jour en jour par le nombre toujours croissant des élèves. Pour la ville de Metz, on en comptait jusqu'à près de dix-huit cents par année ;

9. Qu'aujourd'hui, par suite d'arrêtés présidentiels antérieurs, les Frères des Ecoles chrétiennes n'ont plus qu'une

seule école à une classe, avec un nombre limité d'élèves,, école qui, sans aucun appui du gouvernement et tout en suivant les programmes prescrits, fonctionne dans les deux langues, à la plus grande satisfaction des familles messines et immigrées ;

6. Qu'en conséquence, les susdits soussignés, pour répondre aux justes désirs de toute la population, prient instamment M. le maréchal, gouverneur général, de vouloir bien autoriser à Metz, la réouverture des écoles chrétiennes que dirigeait M. le Frère supérieur, resté au milieu de nous quarante-trois ans.

Espérant, monsieur le maréchal, que vous voudrez bien accueillir favorablement notre demande, nous avons l'honneur d'être respectueusement, de Votre Excellence, les très humbles et très obéissants serviteurs. "

Avec le peuple si profondément catholique de Metz, espérons ! Espérons que le courage chrétien du vaincu triomphera du mauvais vouloir du vainqueur. " O serpents à tête folle \ s'écriait Jean de la Mennais ; allez toujours, mordez la lime : elle est trempée par la Providence, vous y userez, vos dents."

En Allemagne, la force prime absolument le droit; en France, le droit lutte énergiquement contre la force ; du nord au midi, de l'est à l'ouest, on ouvre des souscriptions en faveur des écoles libres.

A Lyon^ Son Eminence le Cardinal Caverot souscrit pour 200O francs en faveur des écoles congréganistes. Il accompagne son offrande d'une magnifique lettre. " Continuez messieurs, dit-il aux membres du Comité, continuez votre chrétienne et patriotique mission ; je l'accompagne de tous mes vœux, et la voir couronnée de succès sera pour votre premier pasteur une immense consolation. "

Mgr l'Evêque de Nîmes bénissant les nouvelles écoles

libres des Frères, rappelle le gracieux récit suivant. " Un jour, le Frère Philippe, de grande mémoire, était à l'audience de Pie IX. Le Pape, faisant allusion à la multiplication des pains, lui dit, avec un sourire gracieux : Philippe, où achèterons-nous assez de pains pour nourrir tout ce peuple ! — T. S. Père, répondit le Frère honoré, en voici déjà pour quelques jours. Alors il déposa entre les mains du Pape une riche offrande. — Et vous, M. T. C. F., agréez qu'un Evêque vous rende ce que vous avez donné au Pape. Voici du pain pour 3 mois. Ce pain, je l'ai recueilli dans ma dernière tournée épiscopale, dans les églises, le long des chemins, un peu partout. J'ai rencontré des femmes et des enfants qui arrêtaient ma voiture pour me remettre des aumônes, en échange de mes bénédictions. Il y a dans cette offrande le denier du pauvre, de l'écolier, du domestique, du malade, de tous les amis de notre Dieu... " Ajoutons que Mgr Besson prélève sur son traitement réduit la somme de 2500 francs, pour les écoles libres de sa ville épiscopale.

Mgr de Grenoble annonce la création d'écoles libres en place des écoles communales retirées aux Frères. "Il y a 170 ans, dit ce prélat, que les bons Frères enseignent dans cette ville. Nous mendierons s'il le faut pour les soutenir ; nous les entourerons de notre affection." Quelques jours après, Mgr Fava a reçu oour les écoles des Frères, une somme de 5CX5 frs envoyés par Son Eminence le Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux, et 10,000 francs des Pères de la Grande Chartreuse,

En Belgique, les catholiques se sont levés à la voix de leurs Evêques et au cri de " Dieu le veut, " En 4 mois, plus de 30 millions de francs ont été dépensés, et trois mille écoles libres catholiques ont enlevé à l'enseignement officiel les 5 sixièmes des élèves.

C'est un curé de Paris qui dit aux frères de son école : " Tant que j'aurai un morceau de pain, je le partagerai avec vous. " C'est un riche négociant qui aborde le frère Directeur : " Mon cher frère Directeur, lui dit-il, dans le cas où on vous supprimerait, je vous autoriserais à ouvrir en mon nom un compte chez tous vos fournisseurs ; je me chargerai de solder toutes les dépenses de votre Communauté. " Ici, un boulangei*, là, un boucher offrent gratuitement aux Frères du pain et de la viande pendant plusieurs mois ; ailleurs, une domestique offre une année de ses gages pour conserver les Frères comme instituteurs libres.

Voici quelques traits dignes des premiers âges de l'Eglise.

" Deux de nos amis, dit M. de Mun, demandaient une adresse à un concierge de l'île Saint-Louis.

— N'êtes-vous pas les messieurs qui cfuêtent pour les Frères ? demanda-t-il.

— Oui, pourquoi ?

— Ayez donc l'obligeance de monter chez une de nos locataires ; elle n'est pas riche, mais elle a son fils chez les Frères, et elle m'a souvent recommandé de vous faire cette prière...

Et nos amis grimpent presqu'en haut de la maison, et ils exposent le but de leur visite.

— Je vous suis bien reconnaissante. Messieurs, leur dit la mère de famille, d'avoir pris la peine de monter si haut ; mais je tenais à vous remercier du fond du cœur pour les services que vous rendez aux ouvriers de notre quartier en nous conservant les Frères. J'ai mis de côté une petite somme, je voudrais bien avoir davantage, mais prenez-la. Puis elle leur remet lo francs et elle ajoute:

— C'est ma voisine qui ne sera pas contente !

— Et pourquoi donc, Madame ? demande le visiteur.

— Parce qu'elle ne vous attendait pas aujourd'hui et qu'elle n'a pas eu le temps de vendre ce qu'elle avait mis de côté pour les Frères.

— Comment vendre ?... . •'. '

— Eh ! oui, lions m soinities pas fiches, mais on a bien quelques petits souvenirs ! Elle voulait vendre un peigne en écaille et ses boucles d'oreille, mais elle les vendra demain.

Nos amis étaient émus jusqu'aux larmes par tant de simplicité et de tant de dévoûment, et l'un d'eux nous disait:

— Je suis tenté de bénir le conseil municipal, qui à fait naître tant de générosité et tant de noble désintéressement.

— Ah ! disait à ces mêmes quêteurs une ouvrière, ah ! si j'étais homme !... — Eh bien? que fericz-vous ? — Je me ferais arrêter, mais j'en dirais long à ce fameux conseil ! "

Une autre femme peu fortunée, mais chrétienne éclairée et ferme, comme on en renconire beaucoup à Paris, heureusement, avait choisi, pour élever ses deux enfants, l'école libre dirigée par les Frères, rue Vieille-du-Temple. Cette pauvre mère vient de perdre son mari ; et trouvant son travail désormais insuffisant pour nourrir ses enfants, elle est allée demander à l'administration un kiosque, afin de parvenir à gagner, par la vente des journaux, le pain de chaque jour. On vous accordera ce kiosque, lui a-t-on répondu, quand

vous aurez retiré vos enfants de l'école des Frères. — Ah! pour ça jamais, répondit la pauvre veuve, j'aime mieux manquer de tout que d'envoyer mes enfants à l'école laïque. "

Et nous en passons ! car c'est partout le même spectacle de fidélité à l'enseignement chrétien et de réprobation^ pour l'enseignement laïque.

Petidi NoTiciatM ou JiiicuatM.

1 ° — Historique.

Comme nous l'avons dit, le Vcncrablc de la Salle avait une profonde intuition de l'éducation populaire. Dieu, qui lui avait versé à flots, li lumière pour la création de ses méthodes, n'a eu garde de la lui refuser pour le recrutement •de ses sujets. Indépendamment du noviciat, où il les formait aux mâles vertus qu'exige la vie religieuse ; du scolasticat, où il complétait l'éducation religieuse par l'éducation professionnelle, le Vénérable avait établi, pour recruter ces deux \xi'=>\\i'j.\\o\\%, \xn petit noviciat oMJHVcnat, où il admettait de jeunes adolescents de 13 a 14 ans, en qui il remarquait les indices d'une vocation à son Institut.

" En 1687, il forma à Reims un nouveau séminaire de jeunes gens qui le supplièrent de les admettre dans la communauté, désirant augmenter dans la suite le nombre ' des Frères, s'il les en jugeait dignes. Leur trop grande jeunesse empêchait de les recevoir tout à fait comme Frères. C'étaient des espérances pour l'Institut. Il leur donna un logement différent. Il commit un des Frères les plus pieux pour les instruire. Il leur prescrivit un temps pour chacun des exercices proportionnçs à leur âge, et à la fin pour laquelle il les recevait. Plusieurs, au bout de quelque temps, prirent l'habit des Frères, et devinrent dans la suite d'excellents sujets. " (R. P. Gareau.)

" Le'^séminaire préparatoire fut placé sous la direction "d'un Frère des plus anciens et qui avait de l'expérience, •dans une maison où l'on n'avait accès dans celle de la communauté que par une porte de communication. Le Véné-

rablc de la Salle nous donne lui-même de très intéressants détails sur cet établissement.

" On élève aussi dans cette communauté de jeunes enfants qui ont de l'esprit et de la disposition à la piété, lorsqu'on les juge propres et que d'eux-mêmes ils se portent à entrer dans la communauté. On les y reçoit dès l'âge de quatorze ans et au-dessus. On les forme à l'oraison et aux autres exercices de piété ; on les instruit dans toutes les matières du catéchisme, et on leur apprend à lire et écrire parfaitement. " Ces sortes de personnes qui sont formées et élevées dans cette communauté, ont maison, oratoire, exercices, table et récréation séparés ; et leurs exercices sont différents et proportionnés à la portée présente de leur esprit, et à ce qu'ils doivent faire dans la suite. "

Le sage fondateur cultiva ces jeunes novices avec soin, ménagement et discrétion, pour mûrir leur esprit, former leur jugement, diriger et fortifier leur volonté, et leur inspirer beaucoup d'attrait pour l'éducation chrétienne des enfants. Rien, au reste, ne les distinguait à l'extérieur des jeunes gens du séminaire des maîtres d'écoles. Un règlement sagement conçu fixait l'emploi de leur temps ettraçait les principales lignes du programme de leurs études.

Ce noviciat préparatoire était un lieu de délices pour le Vénérable de la Salle ; il s'y trouvait avec la joie d'un père, heureux d'épancher son âme en présence de ses enfants, pour les encourager, par son exemple, à vaincre les difficultés des premières épreuves destinées à discipliner leur cœur et leur volonté. Il aimait à présider leurs exercices de piété. Le jour de Noël surtout offrait à cet égard au père et aux enfants une source de douces émotions. Tous se réunissaient autour d'un tableau représentant l'Enfant Jésus ; le Vénérable de la Salle puisait dans son cœur quelques

paroles touchantes sur la solennité du jour; les petits novices, un cierge ;i la main, s agenouillaient ensuite avec lui devant le tableau, et tous se consacraient à Jésus, modèle parfait de soumission et d'humilité, et divin rénumérateur des maîtres chn tiens, chargés d'enseigner aux jeunes enfants à le connaître et à l'aimer. " (Annales de l'Institut, I, 35-37.)

Cette institution fut transférée à Paris, et le Vénérable continua à s'en occuper personnellement, car il désirait en former une pépinière bien cultivée et très fertile. Quoique •en petit nombre, les élèves qui s'y trouvaient réjouissaient son âme par leur ferveur et par leurs progrès dans l'étude. Frappé de leur recueillement et du charme que l'innocence répandait sur leur physionomie douce et candide, l'abbé Sadourni, sacristain, les fit demander par M. Baudrand, au Vénérable de la Salle pour servir, chaque jour, les messes de la paroisse ; le pieux instituteur crut que la prudence ne lui permettait point de les refuser. Vêtus d'une soutane violette, silencieux, mod'^stcs et recueillis, ces jeunes adolescents édifièrent d'abord les fidèles qui les voyaient agenouillés sur les marches de l'autel ; mais, livrés à eux-mêmes presque toute la matinée, ils perdirent insensiblement le goût de l'étude et de la piété. La plupart renoncèrent même à leur vocation. Leur perte affligea sensiblement le Vénérable de la Salle ; il n'attendit qu'une circonstance favorable pour enlever aux autres cette occasion de dissipation et de dérangement." (Annales, i.. 64,65.)

L'Idée du Petit Noviciat dans l'Institut des P>ères des Ecoles chrétiennes fut reprise parole frère Philippe, en 1835 ; il était alors Assistant. Cette idée fut adoptée aussitôt, et, peu de temps après, mise en pratique. Les difficultés étaient nombreuses ; toute bonne œuvre en a rencontré ; pour les surmonter, le frère Philippe trouva un précieux auxiliaire:

M. l'abbé de Dreux- Brczé, aujourd'hui évcque de Moulins, avait suivi avec un intérêt profond, et secondé avec une infatifjablc ardeur les profères des Frères qui avaient patiemment recommencé leur œuvre, naguère interrompue par la tourmente révolutionnaire. 11 fut des premiers à comprendre ([uels services l'Institut, et par consé'quent la Société et l'Mj^lise, pouvaient attendre du Petit Noviciat, et il applaudit à son établissement.

Aujourd'hui, l'Institut compte \\u<^t-scptju7>i7ia/s où près de 1000 adolescents suivent des cours nouveaux qui doivent faire d'eux de bons religieux et de bons instituteurs.

Depuis plusieurs années, l'Amérique a le bonheur de posséder trois de ces pépinièrcà d'apôtres : une est établie, à Ammcndale, pour le district de Baltimore ; une seconde à Westchester, pour celui de New-York, et enfin une troisième, à Montréal, rue Cotté, pour le Canada. ..,,

Arrêtons-nous un instant à cette dernière institution quî, malgré sa modestie et son silence, est une des œuvres les plus utiles pour l'avenir du pays.

Depuis longtemps s'était fait sentir le besoin d'un P dit- Noviciat pour le Canada. En i86o, le cher frère Facile, wj/tcur, en avait conçu le projet ; sa pensée fut mûrie par ses successeurs les frères Liguori et Hosea ; mais elle ne devait être mise à exécution que par le cher frère Armin- Victor, "Visiteur-Provincial de l'Amérique et spécialement chargé du Canada. Homme intelligent et habile, religieux dévoué aux intérêts de sa famille adoptive, le nouveau Visiteur-Provincial comprit, à son arrivée au milieu de nous, la nécessité d'ouvrir sans plus tarder le Petit-Noviciat ; fils soumis €t respectueux de la sainte Eglise, il voulut, avant tout, s'assurer l'autorisation et la bénédiction de l'Ordinaire. C'est

dans cette pensée qu'il écrivit à Mgr. Bourget la lettre suivante qui porte la date du 12 décembre 1875.

" Monseigneur, " La nécessité où je me trouve d'ajourner l'ouverture d'un grand nombre d'écoles qui sont offertes à la Congrégation, m'a déterminé à des mesures dans le but de procurer aux jeunes gens les moyens de céder à leur attrait pour la vie religieuse et d'accroître ainsi le nombre des ouvriers en proportion de la moisson.

" Or, il est d'expérience que des enfants qui se sont conservés bons jusqu'à l'âge de treize ou quatorze ans, perdent peu à peu au contact du monde et sous l'empire des passions naissantes, ivec leur innocence, le goi^it de la piété et des choses célestes.

" Ils ont de moins bonnes inspirations et la générosité leur manquerait pour répondre à l'appel de Dieu, quand même ils seraient en état de l'entendre. C'est ainsi, sans doute, que beaucoup de jeunes gens, quoique prévenus des dons de Dieu, perdent la grâce très réelle d'une vocation sainte ; ils demeurent dans le monde, au grand détriment de la Religion, qu'ils devraient servir et que souvent ils délaissent; ils compromettent par là même, les intérêts si chers de leur âme, dont le salut est exposé aux plus graves périls.

" Par tous ces motifs. Monseigneur, j'ai été entraîné à ouvrir dans notre maison principale de Montréal, un Ju\ énat sous le nom de Petit- Noviciclt ou Noviciat Préparatoire, à l'instar de ceux qui ont été établis depuis plusieurs années à Paris et dans diverses provinces de France.

" Il m'a paru, Monseigneur, que je ne pouvais mieux faire pour attirer les faveurs du ciel sur cette entreprise, que

de demander à ^Votre Grandeur de vouloir bien la bénir dès l'origine, tout en la recommandant à la bienveillante sympathie du clergé de votre diocèse.

Je suis avec un très profond respect, '

^ . . Monseigneur, v

, :.^' - > (. - de Votre Grandeur,

Le très humble et très obéissant serviteur en N. S. .' - '':' - ^^^; -• - ' ■ F. Armin-Victor.

Sa Grandeur accueillit avec bonté et empressement la supplique du cher frère Armin-Victor, à qui Elle répondit le 21 du même mois : '■ ;'■;.•, . v>, '; s ;'' .. r

^ " Mon cher Frère,

" En réponse à la vôtre du 12 décembre courant, je suis heureux de pouvoir entrer dans vos pieuses intentions au sujet du Juvénat que vous vous proposez d'établir à Montréal, afin de préparer de bons sujets à votre Institut.

" Je comprends que beaucoup de jeunes gens que Dieu appelle à l'état religieux, sont exposés, par leur contact avec le monde, à perdre leur vocation, ce qui fait ordinairement qu'au lieu d'être de bons religieux, ils deviennent de mauvais sujets. liz . v

" Le Noviciat Préparatoire que vous allez ouvrir, sera^ pour ces bons jeunes gens, un asile sûr pour leur innocence et un moyen certain de sanctification. C'est donc de grand cœur que je loue, bénis et approuve un aussi excellent projet.

" Dans le ferme espoir que l'établissement en question aura un plein et heureux succès.

" Je demeure bien véritablement, mon cher Frère, etc.

t Ignace, Ev. de Montréal.

Le vieil Evêqne embrassait ainsi dans sa charité apostolique toute notre génération de Frères des Ecoles chrétien-

ncs. Nous avons déjà vu Sa Grandeur présider, en 1838, à l'ouverture du grand Noviciat et bénir les prémices de cette naissante famille religieuse ; trente-sept ans plus tard, Elle retrouve dans son cœur paternel les mêmes effusions de tendresse pour le Petit-Noviciat.

C'est sous ces heureux auspices que cette œuvre commença le 23 février 1876 ; l'inauguration solennelle n'eut lieu toutefois que le 19 mars suivant, jour de la fête de. St. Joseph, patron et protecteur spécial de l'Institut.

Comme la modeste violette, le Jiivcnat de la rue Cotté ne se révèle que par le parfum de ses vertus.

Depuis sa fondation, cette œuvre a eu l'honneur de recevoir la visite d'un grand nombre d'Evêques qui lui ont apporté à diverses époques, les encouragements les plus sympathiques et les bénédictions les plus paternelles ; citons, entre autres, celle souvent réitérée de Mgr Fabre, évêquc de Montréal et digne héritier de la tendresse de Mgr Bourget pour les Petits novices ; puis celles de Son Excellence Mgr Conroy, délégué apostolique ; de Mgr Taché, archevêque de St. Boniface ; de Mgr Laflèche, évoque des Trois-Rivières ; de Mgr Rogers, évêque de Cha':ham ; de Mgr Grandin, évêque de St. Albert ; de Mgr Moreau, évêque de St. Hyacinthe etc.

Au mois de janvier 1878, tous NN. SS. les Evêques de la Province, réunis à Montréal, bénirent le Juvénat. Voici la lettre collective qu'ils écrivirent au cher frère Armin Victor ; cette pièce restera dans les archives de l'Institut comme un monument impérissable du dévoijment de notre Episcopat à la cause de l'éducation chrétienne et à l'œuvre du recrutement de l'Institut des Frères.

j Montréal, 6 janvier 1878.

Au cher Frère Visiteur Provincial des Frères des Ecoles

chrétiennes. ■^.^■■^:^/ ;rO^•v -::;•.;'■->■:';;-,„'; ■■-I^;. :>V:ii^.:, ,•;.'><■;.-;-■-

Mon cher Frère, ..vv^ <m.!-- ■-:.:' ■v.?c;:'k-/-. ?„■., \^:.-,:\,iy^

Nous sommes heureux de vous dire que, de tout cœur, nous bénissons les efforts tentés pour favoriser le développement, dans notre pays, de votre si utile Congrégation. Nous avons appris avec un bonheur particulier la prospérité de vos Noviciats et notamment du Noviciat préparatoire, récemment ouvert aux jeunes gens de 14 à 16 ans. Daigne Notre Seigneur Jésus-Christ veiller sur ces chers enfants, et leur susciter de i.'ombreux condisciples !

Chaque jour, nous sommes témoins des fruits que porte l'éducation donnée dans vos écoles, dont nous verrons avec plaisir s'augmenter le nombre. C'est pourquoi nous souhaitons que les membres du clergé emploient leur sollicitude à découvrir et à fortifier les vocations à votre pieux Institut. C'est un des plus grands services qu'ils puissent rendre à l'Eglise et à la société civile. ; r ' v ; >;;

Recevez, mon cher Frère, l'assurance de nos sentiments dévoués en N. S. . ;%' ■ ;: -v •

-f- E. A., Archev. de Québec. t-g ^ ■ •\ L. F., Ev. des Trois-Rivières. . '

''^--"-yv:.:-:..i- Aç Jean, Ev. de S.-G. de Rimouski. i;

t Edouard Ciis., Ev. de Montréal. . *■

f Antoine, Ev. de Sherbrooke.

t J. Thomas, Ev. d'Ottawa.

•j- L. Z., Ev. de Saint-Hyacinthe.

Le Petit-Noviciat est une véritable école nonnale où, pendant plusieurs années, sous la direction de maîtres habiles et expérimentés, les jeunes gens sont instruits des différentes branches de l'enseignement, des méthodes pédago-

giques et formés à la pratique des vertus que demande la vie religieuse ; et cette admirable institution qui, chaque année fournit d'excellents professeurs à notre jeunesse canadienne, est, comme les troks Jiormalcs fondées par le Vénérable de la Salle, cnticremcnt gratuite. Nous disons entièrement gratuite, car on ne peut guère faire entrer en compte la modique somme versée par les Petits Novices. Pendant plusieurs années, le Département de l'Instruction publique a accordé une légère subvention à cette excellente œuvre (i) ; l'année dernière, cette subvention a été supprimée et la charge de trente-tiois normaliens est retombée de tout son poids sur l'Institut. Espérons que bientôt l'équité de MM. les membres du Gouvernement admettra cette école normale à participer quelque peu aux sommes allouées si généreusement aux institutions analogues de Québec et de Montréal.

Voici le nombre des sujets qui ont été admis dans cette Institution depuis l'époque de sa fondation.

■-.-•- En 1876. 29 sujets / -v ■

En 1877...; 16 " .^a^i;'

.^^ v.r; En 1878 II <' ^^'ÈO'x^v-

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Total 124

Plusieurs de ces jeunes gens ont été rendus à leurs familles respectives, soit par défaut de vocation, soit par insuffisance de santé ou d'aptitudes.

(1) Colto subvention a étc de ^ino en 1879, de 75.91 en 1880 et de G8.00 en 1881.

La plus grande partie sont cntrc's au grand Noviciat, et, après le temps de probation requis, ont été placés en Communauté où ils rendent d'utiles services à l'œuvre de l'éducation, r ...■:. '^ ,.■:.-' ■..;,">,,!'. .-.ki;.-,: ^ : ' ' f . :' < ^ . ' . '^.i ■■-.'r-:

Actuellement, le Petit-Noviciat compte trente-trois élèves qui se préparent par la piété, l'obéissance et l'étude à la sublime mission d'éducateurs chrétiens de la jeunesse.

Rien de beau et d'édifiant comme ces jeunes âmes encore toutes fraîches d'innocence et de candeur, rien de gracieux comme ces visages que le souffle du monde n'a point encore effleurés. Quelle modestie et quelle piété au pied des saints autels ! quelle ardeur et quelle activité à l'étude ! quelle gaîté et quel entrain en récréation ! Heureux enfants ! Puisse leur nombre s'accroître et s'élever à la hauteur des besoins de notre cher Canada ! y. v ,v .v; .^ rf ;;- ^ ;• ■

^■V^-^'' " '"'''' ',; ■•^•' 2^— Opportunité. ''''''^■':'i-: -. ■ \' -'-r'- ■■'■■ '

Innocent III aperçut un jour, dans une vision, l'Eglise de Latran qui penchait et menaçait de s'écrouler. En même temps se présenta saint Dominique qui soutenait la basilique et conjurait une immense ruine. " Sans les couvents, disait N.-S. à Ste. Thérèse, il y a longtemps que le monde serait détruit." D'où Pie IX conclut que "les corporations religieuses ont toujours été nécessaires à l'Eglise sous différents rapports. " " Les congrégations religieuses sont, pour l'Eglise, un complément nécessaire à la totalité de son organisme, non un accessoire, et elles constituent une partie noble de son corps, non un appendice et une superfétation. " (i^ "Les instituts religieux font partie intégrante de la constitution de l'Eglise ; jamais depuis qu'elle a une exis-

(1) Adresse des Evêques de la province ecclésiastiquo de Toulouse aux assemblées françaises, i arril 1879.

tence publique, l'Eglise n'a ctc privée de leur concours. L'apostolat lointain, l'enseignement à tous les degrés, la grande prédication, la culture des sciences sacrées et profanes, la formation du jeune clergé, voilà des travaux de première nécessité, dont les ouvriers se recrutent principalement dans les ordres religieux. " (l) En effet, à chaque assaut que l'enfer livre à l'Epouse du Christ, on voit surgir un nouvel athlète, généralement père d'une nouvelle famille religieuse. A la corruption de l'empire romain, Dieu oppose St. Paul, St. Antoine et St. Facôme ; — aux Césars ariens, St. Basile et St. Grégoire de Naziance ; — à la sophistique païenne, St. Chrysostome ; — au pélagianisme. St. Augustin ; — aux flots des barbares, St. Benoît et ses innombrables enfants ; — à l'invasion musulmane. St. Jean de Matha, St. Pierre Nolasque et les ordres de Calatrava ; — à la corruption du moyen-âge. St. Dominique et St. François d'Assise; — aux débordements de Luther, St. Ignace; — à l'esprit philosophique du XVIe siècle. St. Vincent de Paul, St. François de Sales, Ste. Chantai et Ste. Thérèse ; — au système corrupteur de la jeunesse du XVIIe et du XVIIIe siècle, une pléiade d'éducateurs parmi lesquels brillent d'un plus vif éclat César de Bus et le Vénérable de la Salle.

L'Institut des Parères des Ecoles chrétiennes est donc une œuvre éminemment opportune, son recrutement doit être l'objet d'un zèle actif, courageux, ingénieux et persévérant.

" L'œuvre charitable des Petits-Noviciats, dit Pie IX est d'une grande utilité pour l'Institut même des Frères et, par conséquent, pour la sainte Eglise"; "c'est l'œuvre des œuvres une des plus importantes pour le bien de la société et de la religion. " (Mgr de Bayonne.)

(1) Lettre de son Em. le Cardinal Guibert de Paris et de ses gufl'ragants aux deux Chambres, 26 mai 1879.

" Le recrutement du personnel des Congrégations religieuses, dit M. Carion, devient une question capitale à l'époque actuelle. Les esprits élevés l'ont compris depuis longtemps. Dès l'année 1869, l'illustre cardinal Pitra, dans une lettre relative à la cause du Vénérable de la Salle, disait, en substance : " Ma conviction profonde est que, dans la crise suprême où nous sommes, il n'y a rien de plus important que de provoquer le développement des écoles chrétiennes. " •

" Depuis que ces lignes ont été écrites, la lutte dans le vieux monde s'est accentuée de plus en plus. Les promoteurs de l'enseignement obligatoire laïque ont avoué leur projet d'imposer à la jeunesse une éducation pratiquement athée : l'effet de cette déclaration de guerre a été de faire mieux comprendre aux populations chrétiennes l'importance des Congrégations enseignantes. Les demandes sont plus nombreuses que jamais ; les établissements les plus avantageux sont offerts ; mais, trop souvent, l'absence d'un personnel suffisant [réduit les Congrégations à refuser ces occasions précieuses d'assurer, à d'excellentes communes, la conservation de leur esprit de foi, par un enseignement solide et religieux.

" Il y a donc urgence d'augmenter le personnel des Congrégations enseignantes ; et, pour cela, il faut faciliter les vocations, bien plus nombreuses qu'on ne le croit généralement. Comme dans beaucoup de questions du même genre, les hommes de bien sont trop prompts à s'alarmer et à désespérer du succès. Nous le disons avec une conviction basée sur une étude sérieuse et our des chiffres incontestables, les vocations suffiraient à tous les besoins, si elles étaient secondées avec assez d'intelligence et de générosité. Pour cela, nous faisons appel à tout le monde : personne ne doit

se désintéresser de cette question de vie ou de mort pour l'avenir des jeunes générations ; elles seront ce que l'enseiçjnemcnt les aura faites: chrétiennes, elles rendront possible le véritable pro;;rès, par le sentiment du devoir, le respect de la propriété et de la hiérarchie sociale ; — si, au contraire, elles étaient victimes de l'enseignement sans Dieu» c'en serait fait de l'ordre et de la civilisation ; par-dessus tout, ce serait la ruine de la religion et la perte des âmes."

" La question de l'enseignement primaire, dit Mgr. de Ségur, est une des plus importantes qui soient agitées de nos jours. L'ardeur avec laquelle elle est discutée par la presse impie, suffit pour nous en convaincre. Encouragés par leurs récents succès, les ennemis de la Religion tournent leurs principaux efforts contre l'éducation chrétienne de l'enfance. Nous devons donc employer tous les moyens possibles pour multiplier les écoles congréganistes. , . ■ . ^ ; ' Parmi les moyens qui s'offrent de contribuer au recrutement des vocations pour l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, le plus providentiel et !c plus efficace est, sans contredit, VŒi.vrc du Vénérable de la Salle.

3° — Œuvre du Vénérable de la Salle.

Après avoir cnuméré les sacrifices au prix desquels le Vénérable avait fondé son Institut, Droz s'écriait : " Voilà cet ami de l'humanité auquel la France reconnaissante devrait élever une statue ! "

Ce fut au lendemain de la guerre franco-prussienne, alors que la France était encore tout embaumée de l'héroïsme des disciples du saint Fondateur, que fut reprise la pensée du célèbre académicien. Un comité s'organisa à cet effet sous la présidence de Monseigneur l'archevêque de Rouen. Le gouvernement, voulant s'associer à cette œuvre, autorisa une

souscription nationale, et, le 2 juin 1875, au milieu d'un concours inouï de peuple, la France entière inaugurait à Rouen, au faubourg Saint- Yon même, un monument, chefd'œuvre d'art, (i) qui doit redire aux siècles à venir les vertus de l'humble chanoine de Reims. Nous avons dit la

(1) Ce monument est l'œuvre do quatre anciens c'I.'tvos des Frères : A[ M. Fiilguière, sculpteur do la statue, do Perthos et Legrain, l'un sculpteur tt l'autre architecte du monument; .la voile, fournisseur do la pierre.

Kii voici les dimensions exactes :

" Hauteur do la statue, 3 mètres 80 centimètres. Le poids est de -3,200 kilogrammes.

" Le socle du monument mesurant au-dessus du sol 8 mètres 60, la hauteur totale do l'œuvre est de 12 mètres 40 centimètres.

" La hase de ce piédestal a un développement de 7 mètres de diamètre, et celui de la grande vasque au milieu do laquelle il s'élève ost do 1 5 mètres do diamètre : soit 45 mètres do circonférence

" Tout ce qui rappelle le Vénérable est là, dans le piédestal, disait à ce propos la Semaine relujiense de Eouen : les armes de Roims, la ville où il est né ; celles do sa noble famille, qui occupait dans la cité un rang si distingué ; celles de l'Institut, l'œuvre do son sacerdoce, de son C(eur et de sa vie ; celles de Rouen, la villo bien-aiméa oh. il a placé le cénacle de son ordre, et où reposent ses restes vénérés ; puis les bas-reliefs qui rappellent deux traits caractéristiques do cet homme de Dieu : le jour où il se dépouilla do tout et partagea sa fortune entre les pauvres, et le jour où co docteur, devenu le plus humble des instituteurs, montrait au roi d'Angleterre, visitant son école, les premières pages de ses enfants avec plus d'or- .gueil et de joie qu'il ne lui eût offert la thèse la plus savante ; et puis, aux quatre angles, les enfants dos quatre parties du monde qui doivent à l'Institut du Vénérable le bienfait de l'instruction. petits enfants, que \ ous êtes éloquents là, à cette place ! et comme vous racontez mieux que tous les discours la gloire du Vénérable !

*• Enfin, du monument vont jaillir des flots limpides, image de l'instruction répandue sur les peuples par ce grand serviteur de Dieu." [Monument du Vénérable, p. 87-88.)

" Les revêtements sont en bronze fin et occupent presque toute la iS-arface des parallélogrammes séparatifs des statuettes d'enfants qui .symbolisent les quatre parties du monde.

France entière ; car, si toutes les classes furent à la peine pour élever le monument, toutes furent à l'honneur pour le couronner : le clergé, l'armée, la magistrature, et surtout ce bon peuple dont le Vénérable fut toujours l'ami le plus sincère et le plus dévoué, (i)

Les insciîptions sont en caractèiej romains. Celle qui regarde lo nord est ail si conçue :

Au Vénéhable , i

J.-B. DE LA SaLLK, PllÉTnE, DOCTEUU EN THÉOLOGIE,

Fondateur DE lTnstitut DES Frères DES Écoles Chuétienne", Né À Reims, MDCLI, Mort à Rouen en MDGCIX. . ï.

Souscription NATIONALE :

MDGGCLXXIV.

L'inscription opposée rappelle les termes historiques do la Bullo de Benoît XIII, approuvant l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes ; la voici :

Le Pieux Serviteur de Dieu Jean-Baptiste de la Salle Touché de compassion en considérant LES innombrables V ... '• désordres qui proviennent de .

L ignorance, source DE tous ., , ; ■ V

LES MAUX, fonda POUR LA GLOIRE DE , '

Dieu et l'avantage des Pauvres l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.

Bulle du Pape Benoit XIII.

25 janvier 1725.

(1) " Quarante-deux nations étaient représentées là par autant de bannières ; citons au hasard : l'Italie, le Brésil, les Etats-Unis, l'Angleterre, le Mexique, la Perse, le Canada, le Pérou, la Cochinchine, l'Algérie, l'Ile de la Eéunion, la Turquie, la Nouvelle-Calédonie, l'Autriche, l'empire Siamois, le Chili, le Venezuela ; l'Ile de Haïti, dont l'oriflamme était portée par den noirs. Un texd drapeau manquait, et l'on devine lequel." [Petit Moniteur universel, Jo juin 1875).

C'est en ce jour de fête, au pied de la statue pour ainsi dire, que naquit r Œuvre du Vénérable de la Salle. S. Eminence. Monseigneur le Cardinal-archevêque de Paris, va nous raconter comment s'est développé ce petit grain de sénevé. " On avait, dit-il, formé à Paris un Comité à l'eflet de recueillir les souscriptions pour la statue du Vénérable de la Salle, statue bien méritée à tous égards, car l'inépuisable charité de l'illustre fondateur de^ Frères, son habileté dans l'enseignement du peuple, le placent incontestablement parmi les grands bienfaiteurs de la jeunesse et de l'humanité.

" Paris, ajoute le vénéré Cardinal, avait à revendiquer un rôle important dans cette œuvre de reconnaissance ; il ne faillit pas à ce devoir. La statue érigée, le Comité semblait n'avoir plus d'objet. Il fallait se dissoudre lorsqu'on pensa qu'il serait regrettable de ne pas utiliser les éléments qu'on avait réunis avec tant d'efibrts. ■ ' l • : ;;

C'est alors que se produisit l'idée de développer le recrutement des Frères, idée qui a été mise en action, avec le zèle et les heureux résultats indiqués par les rapports de MM. les secrétaire et trésorier de l'Œuvre. "

Le Comité le comprit : élever un monument de marbre et de bronze, c'est quelque chose, c'est beaucoup en ce siècle où la reconnaissance envers les saints est un pesant fardeau ; mais ce n'était point assez : il fallait des monuments vivants, capables, non-seulement de redire, mais de perpétuer les vertus et l'œuvre du Fondateur. Telle fut la tâche que s'imposa le Comité. Monseigneur le Cardinal-Archevêque de Paris en accepta la présidence ; des personnages éminents y apportèrent le concours de leur dévoûment, des prédicateurs en renom celui de leur éloquence, de pieuses dames celui de leur industrie ; des réunions semestrielles furent établies pour constater l'état de l'œuvre et aviser aux

•moyens les plus propres a la développer ; une publication trimestrielle — le Ihdlctiu — fut organisée afin de la faire connaître, et, comme dit M. l'oujoulat, devenir "l'écho de tout ce qui se fait pour évangéliscr l'enfance, éclairer et discipliner la jeunesse." .1 , , . * : ,.1

Deux fois bénie par le St. Siège, patronnée par l'ICpiscopat, l'CKuvrc du Vénérable a franchi aujourd'hui les limites de la Capitale, traversé les mers et, comme l'Institut, clic est devenue universelle. On nous permettra de reproduire ici les documents pontificaux qui recommandent cette œuvre et ouvrent en sa faveur le trésor des indulgences.

riE IX, Papi:.

Tour la perpétuelle mémoire de la chose.

Notre ;"cher Fil?, J.-Hippolyte Guibert, Cardinal de la sainte Eglise romaine, par concession et dispense apostolique. Archevêque de l'Eglise de Paris, nous a fait exposer : Qu'une Qluvre fondée à Paris s'est propagée dans toute la France, sous 'e nom de l'Œuvre dn vénérable serviteur de Dieu, Jean-Baptiste de la Salle, fondateur de l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, cette Œuvre se propose d'obtenir'qu'un certain nombre d'enfants, ayant de bonnes dispositions, soient élevés charitablement et religieusement dans les__maisons de Petit- Noviciat des dits Frères, et qu'ensuite ceux de ces enfants qui, ayant atteint l'âge convenable, paraissent appelés de Dieu à la vie religieuse, soient admis au Noviciat proprement dit.

'? Or, comme il semble qu'une grande utilité pour l'Institut même^des Frères, et par conséquent pour l'Eglise de Dieu, provient déjà de cette œuvre charitable, une supplique nous a été adressée au nom de notre cher Fils le Cardinal ci-dessus nommé, pour que, cette occasion se présentant d'exciter la piété des fidèles, nous daignions, par bienveillance apostolique, ouvrir les sources des célestes faveurs.

Nous donc, acquiesçant à ces prières autant que nous le pouvons dans le Seigneur, Nous remettons, dans la forme accoutumée de l'Fglise, à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe, contrits au moins de cœur, trois cents jours de pénitence à eux imposée et dont ils seraient redevables de quelque manière que ce soit ; et cela, chaqueïois qu'ils vicndront en aide à la susdite œuvre cli.iritoble du Noviciat, soit en adressant des prières à Dieu, soit de toute autre manière qu'ils voudront.

Nous concédons, en outre, que toutes et chacune de ces relaxations de peines puissent aussi être appliquées, par mode de suffrage, aux âmes des fidèles qui ont quitté cette vie unies à Dieu p:ir la charité. '*'" ' ' -"

Nous voulons aussi qu'aux copies des présentes lettres,. soit manuscrites, soit imprimées, portant la signature d'un notaire public, et le sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, il soit accordé absolument la même foi qu'on accorderait aux présentes elles-mémcj, si elles étaient exhibées ou montrées.

Donné à Rome, près St.-Pierre, ?:ous l'anneiu du Pêcheur, le xxvii février 1877. De Notre Pontificat l'année 31e. Pour Son Eminence le Cardinal ASQUINIO,

^ . - , -^. Jacobini. substitut.

Certifie conforme à l'original.

M. A'Hiilsf, vie. gén. de Paris, : ; > ./; ,

Le 30 mars 1881, Sa Sainteté Léon XIII confirmait, de

la manière la plus éclatante, l'approbation accordée par son

son Prédécesseur, l'immortel Pie IX, et enrichissait l'œuvre

de plus amples bénédic ions. Ecoutons le glorieux Pontife :

LÉON XIII, Pape.

Pour perpétuelle mémoire de la chose.

Il nous a été exposé que par des lettres Apostoliques de

notre Prédé;esseur, Pie^IX, d'heureuse mémoire, des induU

gences partielles, applicables même aux -défunts par mode de suffrage, moyennant l'accomplissement de certaines œuvres pics, avaient été accordées déjà à une pieuse association de fàdclcs, fondée à Paris et dévouée à une œuvre nommée : L'Œuvre du Vénérable J.-B. de la Salle, Fondateur de l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, dont le but est d'élever charitablement et religieusement des adolescents qui donnent d'heureuses espérances, dans les Petits- Noviciats desdits Frères," afin qu'ensuite, croissant en âge, -s'ils paraissent appelés de Dieu à l'état religieux, ils soient admis au Noviciat proprement dit.

Or, comme, Dieu aidant, cette pieuse Association se trouve aujourd'hui répandue dans presque tout l'univers catholique, une supplique nous a été adressée pour que, par un acte de Notre bienveillance. Nous voulussions bien enrichir cette association d'indulgences plém'ères. .;

Nous donc, qui désirons qu'une œuvre si avantageuse fleurisse de plus en plus, mû par la charité qui nous porte à favoriser la dévotion des fidèles et le salut des âmes, en ouvrant les trésors célestes de l'Eglise, et d'ailleurs touché des instances dont il s'agit. Nous confiant en la miséricorde du Tout-Puissant, et en l'autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, Nous voulons aussi accorder miséricordieusement dans le Seigneur, à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe inscrits dans cette association, ainsi qu'à ceux qui le seront dans la suite, l'indulgence plénière à l'article de la mort, pourvu que, véritablement pénitents, confessés et fortifiés par la sainte communion, ou, si cela ne se peut, pourvu au moins que contrits, ils invoquent dévotement de bouche s'ils le peuvent ou du moins de cœur le nom de Jéjus. Nous accordons encore aux mêmes Associés actuels et futurs une indulgence plénière et la rémission de tous leurs péchés, à

la'fête de Noël, au dimanche de la'Pentecôte, et à la fête de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée, ainsi qu'aux fêtes de saint Joseph, époux de la Mère de Dieu, des SS. Apôtres Pierre et Paul, et de la Nativité de saint Jean-Baptiste ; si, vraiment contrits, confessés et munis de la sainte communion, ils visitent dévotement dans leurs diocèses respectifs, une église ou une chapelle publique où se conserve la très sainte Eucharistie, depuis les premières vêpres jusqu'au coucher du soleil, et qu'ils y prient Dieu fervemment pour l'union entre les Princes chrétiens, l'extirpation des hérésies, la conversion des pauvres pécheurs et l'exaltation de notre Sainte Mère l'iiglise : ils pourront chaque année, gagner cette indulgence aux fêtes indiquées plus haut, en remplissant les conditions ci-dessus.

En outre, Nous remettons aussi, en la forme accoutumée dans l'Eglise, aux susdits fidèles, au moins contrits de cœur, 300 jours des pénitences à eux imposées, ou dont ils seraient redevables en quelque manière que ce soit, chaque fois qu'ils viendront au secours de ladite Œuvre des Noviciats, soit en adressant des prières à Dieu, ou de toute autre manière à leur convenance.

^, Nous permettons même d'appliquer par voie de suffrage, toutes et chacune de ces indulgences, rémissions des péchés et relaxations des pénitences, aux âmes des fidèles retenues en purgatoire. .?■ vV

Nonobstant toutes choses à ce contraires, et les présentes devant être valables à perpétuité.

Nous voulons aussi qu'aux copies du présent Bref, soit manuscrites, soit imprimées, portant la signature d'un notaire public, ou le sceau de quelque personne constituée en dignité •ecclésiastique, il soit ajouté absolument la même fol qu'on

accorderait aux présentes elles-mêmes, si elles e'taient pr€>duites ou montrées. ^^içr

Donné à Rome près Saint-Pierre, aous l'anneau du Pêcheur, le 8 mars i88i, la 4e de notre Pontificat. -■ ' . V Sig. Th., Card. Mgr/e/.

Vu et permis de publier. -- 1.- v :, (x.^;u>;, . ; , , ^^ . Paris, 30 mars 188 1. ; ; ; v -.y ', .! .:,,^,)' ■ }i. , jJ: 4<;i ;■ .^ Signé ^.-]. Lagarde, w. g.

■'■ Partout l'Episcopat s'est empressé de prendre sous son patronage VŒuvre du Vénérable et de la recommander dans les termes les plus chaleureux à la charité des fidèles. Nous serions heureux de citer ici tous ces glorieux témoignages de 8 cardinaux, de 1 5 archevêques et près de 70 évêques ; mais les limites de notre opuscule nous obliger t à nous restreindre [à en donner quelques extraits ou une courte analyse. Hâtons-nous de le dire, nos Seigneurs les Evêques du Canada se sont empressés de bénir cette œuvre dès ses premiers jours, dès sa première apparition au milieu de nous.

A l'exemple de Lion XIII, tout l'Episcopat déclare que l'œuvre du Vénérable est "d'une grande utilité pour la sainte Eglise de Dieu. " S. E. le Cardinal-Archevêque de Paris regarde son origine " comme providentielle, ainsi que celle de la propagation de la foi. " Mgr Richard, coadjuteur de son Eminence, lui reconnaît de son côté " tous les caractères des œuvres vraiment apostoliques. "

Son Eminence le Cardinal Raphaël, vicaire, s'en exprime en ces termes : " Afin que cette institution croisse chaque jour davantage, et qu'en conséquence, il en découle des fruits très abondants d'éducation chrétienne, à l'avantage de la jeunesse de Rome, très volontiers nous l'approuvons, et en même temps nous recommandons très instamment dans le Seigneur le même pieux Institut aux fidèles confiés à nos

soins. " Son Eminence le Cardinal Sacconi " ne saurait donner assez de marques de son estime pour l'honorable Institut des Frères des Ecoles chrétiennes ni recommander trop instamment à ses diocésains l'Œuvre du Vénérable de la Salle. " Son Eminence le Cardinal de Luca est persuadé " que les fidèles se feront une obligation de favoriser de leurs généreuses libéralités cette sainte œuvre, qui attire les bénédictions ('u ciel et de la terre;" et Son Eminence le Cardinal Oreglia "exprime le vif désir que l'Institut se propage de plus en plus, et qu'en y recrutant bon nombre de postulants, ils reçoivent de la libéralité des fidèles d'assez abondants secours pour rendre florissante l'Œuvre du Vénérable J.-B. de la Salle." n: ;,-::.: , -

Son Eminence le Cardinal-Archevêque de Reims aimait à dire : " Nons nous faisons un devoir de cœur de la recommander de la manière la plus pressante à tous les bons catholiques. " Mgr l'Archevêque de Tours applaudit à sa fondation " comme à l'une de celles qui répondent le mieux aux besoins des temps présents. " Son Eminence le Cardinal-Archevêque de Cambrai insiste sur cette même pensée en disant que cette œuvre "dans les temps actuels, est nonseulement d'une haute importance, mais d'une véritable nécessité. "

Dans une circulaire à son clergé, Son Eminence le Cardinal Mac-Closkey, archevêque de New- York, le presse vivement de procurer l'augmentation des Frères en favorisant les vocations. "Bien souvent, dit-il, il ne dépend que des pasteurs, des confesseurs et des pare-^ts de favoriser et d'encourager la vocation des enfants vers une profession aussi éminemment utile et méritoire que celle des Frères des Ecoles chrétiennes, et, par conséquent, de diriger les jeunes gens vers leur Noviciat. C'est pourquoi je me sens

inspiré de solliciter leur aide et leur concours pour cette œuvre, qui aura pour effet d'assurer et de répandre plus efficacement l'éducation et l'enseignement religieux au milieu de notrj jeunesse catholique. " Mgr l'Archevêque de San Francisco invite tous ses prêtres à favoriser le recrutement des vocations et tous ses archi-dioccsains à prêter leur assistance à X Œuvre du Vénérable. "Afin de pourvoir à ces besoins si pressants, dit-il, nous faisons appel à tous les fidèles de notre diocèse qui, nous l'espérons, y répondront généreusement selon leurs moyens ; nous prions Dieu de récompenser abondamment ceux qui nous viendront en aide. A cet effet, les pasteurs voudront bien annoncer dimanche prochain qu'une quête aura lieu le dimanche suivant. " "Je bénis cette œuvre de tout mon cœur, dit à son tour Mgr l'Archevêque de Baltimore, et j'espère que Messieurs les membres du clergé exerceront leur sollicitude en faveur des vocations à l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes. "

Mgr l'Evêque de Rosalie, vicaire apostolique de la Tunisie, écrivait le 5 février 1876: "Appréciant chaque jour l'utilité et l'importance de l'Institut du Vénérable de la Salle, dont le concours est si efficace pour l'instruction et l'éducation chrétienne de la jeunesse, surtout en ces temps si critiques et si dangereux, nous exhortons les fidèles de cette régence à concourir à cette œuvre dans la mesure du possible. Nous demandons de tous nos vœux à la divine Providence de nous fournir les moyens d'accroître le personnel des Frères là où ils sont déjà et de les établir là où ils ne sont pas encore." L'illustre évêque d'Hébron, Mgr Mermillot, écrivait quelques mois plus tard : " Pie IX l'a dit et redit souvent : la grande lutte actuelle est sur l'éducation ; il s'agit de savoir par qui seront élevées les jeunes générations, par l'Eglise ou par l'incrédulité ? De part et d'autre, les efforts sont ardents,

nous devons donc tous, nous, fils de la sainte Eglise, venir en aide à cet Institut qui, dans le monde, fournit des professeurs modestes, dévoués, intelligents, aux enfants du peuple. Il y a là pour les chrétiens un devoir religieux et

social. " .;. r: .:

•L'Œuvre du Vénérable de la Salle est actuellement répandue en France, en Belgique et en Italie. Dès 1877, le cher frère Armin-Victor tenta de l'in planter en Canada, et elle fit, en peu de temps, de rapides progrès dans le diocèse de Montréal. Sa Grandeur, Mgr. Fabre, s'empressa de l'approuver et recommander avec sa bienveillance acc(,utumée.

" Nous louons et approuvons, dit- Elle, l'Œuvre du Vénérable de la Salle, et c'est avec plaisir que nous apprendrons qu'elle fleurit dans notre diocèse comme dans plusieurs de ceux de France, où elle a pris, en peu de temps, des développements extraordinaires. Nous espérons que tous les amis de l'éducation religieuse s'estimeront heureux de contribuer à assurer la prospérité d'un Institut qui a rendu et rend encore, chaque jour, de si utiles services à l'Eglise et à la société civile." >

f Edouard Chs., Evêque de Montréal.

Les vœux de Mgr. ne purent se réaîi,' er dans toute leur étendue, car il survint bientôt, dans le fonctionnement de cette œuvre, des difficultés qui obligèrent à la remettre à des temps meilleurs. Nous avons la confiance que ces temps ne tarderont pas à arriver et que, avant peu, notre cher Canada jouira d'une œuvre si utile à l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes.

L'Œuvre du Vénérable, bénie, encouragée par le St. Siège, par l'Episcopat presque tout entier, a merveilleusement prospéré. Aujourd'hui, 27 jiivénaîs abritent 1,000 jeunes gens qui se préparent par la piété, l'obéissance et l'étude, à la

sublime mission d'éducateurs chrétiens de la jeunesse. Comment l'Institut peut-il, avec ses lourdes charges et ses maigres ressources, suffire à l'entretien de tous ces enfants ? C'est le secret de la Providence. Qu'on nous permette de soulever discrètement un coin du voile qui dérobe aux regards du public les ressorts admirables, les industries merveilleuses dont Dieu se sert pour accomplir, à l'égard de nos chers Petits-Novices, cette parole qui semble écrite tout particulièrement pour eux : " Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. " Nos lecteurs trouveront dans ces charmants détails un aliment à leur piété et un exemple à leur charité.

A la voix de Pie IX, de Léon XIII, de LL. EE. les Cardinaux, de NN. SS. les Archevêques et Evcques, toute une armée, armée pacifique, s'est mise en campagne : prêtres et laïques, vieillards et jeunes gens, tous ont rivalisé de zèle et d'ardeur pour le développement de l'œuvre des Petits- Noviciats, Ici, des voix éloquentes ont fait retentir dans les chaires chrétiennes l'excellence, l'opportunité de cette œuvre ; là, des laïques généreux ont créé, sous la direction du clergé, des comités, organisé des réunions pour la propager, pour recneillir des collectes et recruter des vocations. D'un côté, ce sont des soirées littéraires données, des ventes d'objets d'art organisées par d'anciens élèves des Frères, au profit de l'œuvre ; d'un autre, ce sont des secours tendus de main à main, toujours avec modestie, où l'obole du pauvre cimente l'offrande du riche. Que de traits nous pourrions citer !

C'est Pie IX, c'est Léon XIII, tous dejx vivants d'aumônes, et qui, néanmoins inscrivent dans le budget de leur charité un article pour l'œuvre du Vénérable ; ce sont les

drmes du grand monde (i) qui économisent sur leur toilette et ne rougissent point de tendre la main pour les futurs apôtres de la jeunesse ; ce sont d'anciens élèves qui se cotisent et fondent une bourse à perpétuité, c'est une veuve qui offre le fruit de ses épargnes ; une domestique, celui de ses labeurs ; un jeune apprenti, les prémices de son salaire.

Mais à cette froide analyse, substituons des faits, des faits tout parfumés de générosité, de modestie, quelques-uns embaumés d'héroïsme chrétien. " .. .'-' ■'■■',> :

Parmi les bienfaiteurs du Petit-Niniciat de Montréal, signalons Messieurs de St. Sulpice, qui lui fournissent les logements nécessaires ; — |M. le docteur d'Orsonncns, qui, depuis plusieurs années, lui prodigue gratuitement les soins

(1) Depuis son origine, l'Institut du Vénérable a été honoré i)ar de pieuses et saintes femmes. Citons, entre autres, Mme de Maillefer qui fonda à Reims, sa ville natale, en faveur des enfants pauvres, une école gratuite ; — Mme do Croy6.es, qui dota sa paroisse d'un établissement semblable et assura, par une rente annuelle, le traitemont des maîtres ; — Mme Anne Paton, dont le mari avait été conseiller du roi et prévôt des maréchaux de France, et Mme la duchesse de Guise, qui fourniront, pour les Frères do Guiso, le mobilier des classes et assurèrent pour chacun des maîtres, une pension do 400 livres ; — Mme de Maintenon, qui défendit le Xénerablo contre les attai|ues dos maîtres écrivains ; — Mme Voisin, qui. pondant la famine de 1693, prodigua aux Frères les effusions de sa charité ; — Mme la duchesse de (vheuvreuse et de Beauvilliers, et Mme Ifmarquise de Louvois, qui ouvrirent au Vénérable de la Salle le manc.» de St.-Yon ; — Louise de Parménio, qui devint à son égard, l'organ» du ciel et le messager de la volonté du Très-Haut; — de nos jours, Mme la duchesse de Galbera, qui fait construire une magnifique demeure oii les vétérans de l'Institut pourront attendre, à l'abri de toute sollicitude, que sonne pour eux l'heure de la récompense; — Mme la duchesse de McMahon et un grand nombre d'autres damea portant les plus beaux noms de Franco, qui se font quêteuses dans , les églises ou à domicile, afin de recueillir le pain quotidien pour les Petits Novices.

les plus empressés et les plus intelligents ; — feu M. le Chanoine Plamondon, qui s'est souvenu des Petit»-Novices dans ses dispositions testamentaires ; — enfin M. Alfred Laroque, l'apôtre de la charité, qui après un premier versement de $ioo, en a fait un second de $i,ooo pour fonder une rente destinée à aider à l'entretien d'un petit novice.

Le frère Caissier de Paris est appelé au parloir par un monsieur qui lui dit : Quels sont, mon cher frère, les frais d'entretien d'un Petit- Novice ? — 400 francs par an. — Combien de temps les gardez-vous au Petit-Noviciat ? — Trois ans, Monsieur. — C'est donc 1200 francs qu'il vous faut pour un Petit-Novice. Tenez, en voilà 400 en attendant que je vous apporte le surplus ; et il partit sans se faire connaître.

— Un autre monsieur se présente à la Maison-Mère. — Avez-vous des Petits- Novices dans la maison ? — Oui, Monsieur, lui fut-il répondu. — Hé bien ! voilà 1200 francs pour en entretenir un. — Et, comme ce généreux bienfaiteur se retirait, le frère Caissier lui demanda son nom. Ce n'est pas la peine, répondit-il, et il disparut laissant à Dieu de le faire

connaître. ■; "v->, t. .;<!>.-;•:. ...k.. .,»- ,i-i-vy,v><.;--.;' ,?^ ;,'.-.;.:,..... :v ;;/;■,-..■'

— M. Mame fait remettre pour le Petit-Noviciat du Mans la somme de 10,000 francs, ne demandant en retour qu'une chose : qu'on priât pour lui et pour sa famille. " Je regarde, disait-il, cette œuvre comme l'une des plus importantes pour le bien de la religion et le bonheur de la France. "

— M. X... à l'occasion de la naissance d'un second fils que le ciel vient de lui accorder, veut faire les frais de l'éducation religieuse d'un jeune homme pour l'Institut ; il paiera son séjour dans une maison de postulat, sa pension au Petit- Noviciat, celle du grand-Noviciat et tous les frais nécesiaires jusqu'à ce que ce sujet soit à même de rendre service à l'Institut.

— Dernièrement, un homme se présente au Noviciat de l'un des districts du Nord ; il déclare connaître depuis peu l'Œr.vre du Vénérable de la Salle. Immédiatement inspiré du désir de contribuer au développement de cette œuvre, il apporte son oftrandc: "Voilà, dit-il, io,ooo francs pour fonder une bourse de Petit-Novice " et il se retira sans dire son nom. Un peu plus tard, ce généreux anonyme amenait à l'établissement un jeune homme prêt à entrer au Grand- Noviciat et remettait au Directeur 500 francs pour son année de probation. " Maintenant, dit l'excellent homme, je vais faire des économies pour fonder une bourse perpétuelle de Grand-Novice, comme j'en ai assuré une au Petit- Noviciat. "

— Une personne écrit à Monsieur le Trésorier de / 'Œuvre : " Monsieur le Trésorier,

" Désirant contribuer pour ma faible part à l'Œuvre du Vénérable de la Salle pour le recrutement des Frères des Ecoles chrétiennes, j'avais l'intention de lui laisser à ma mort, un modeste legs, en sollicitant les prières de ses membres pour ma famille et pour moi. Mais j'ai pensé que, dans les circonstances actuelles, il serait plus à propos de réaliser dès à présent ce que je lui destinais après moi. J'ai donc l'honneur de vous adresser pour cette Œuvre, comme simple don, sous la condition exprimée ci-dessus, la somme ci-jointe de 200 francs." .;<.; ^ .^■'. .,'- .\■v■>,>.l:v,^r^i:■,^..^,'' t- ,^y:--.

— Un anonyme envoie une somme de 1,200 francs avec un billet écrit au crayon, ainsi conçu : ^ -.- -,

" A déposer chez les Frères, rue Oudinot, 27, pour la pension d'un Petit-Novice du district du département du Nord. -

Offert en r honneur dé saint Joseph.

" On désirerait que l'enfant qui profitera de ce bienfait,

en rendit grâce à saint Joseph, son bienfaiteur du ciel, et priât pour son bienfaiteur de la terre." ' ' '• ••' " " -

— On écrit de Nantes : ■•• ."•?'' '^ '•:• •

' " Avant-hier, un vicaire de Chinon a porté à Saint-Pierre, l'ofiVando de 1,200 francs qu'une personne, sa pénitente, destinait au l'ctit-Noviciat de Nantes. La généreuse donatrice est une pieuse demoiselle qui veut rester inconnue. La lecture seule du Bulletin lui avait donné cette bonne inspiration. "

— Un jeune élève du cours supérieur de Caen, placé au sortir de l'école, a désiré offrir à l'Œuvre du Vénérable de la Salle ses premiers appointements.

Il est venu avec sa mère apporter 25 fr. au trésorier de l'Œuvre.

Bel exemple à imiter ! , >: i ^

• — Un vénérable doyen s'est engagé à une souscription annuelle de 50 francs pendant 10 ans ; craignant que son âge avancé ne lui permît pas de réaliser en entier son pieux dessein, il s'est acquitté de son engagement en versant par anticipation la somme de cinq cents francs. ' \.

— A Paris, une Dame Patronnesse, non contente de son offrande annuelle, a eu la charitable pensée d'additionner ses économies pendant plusieurs années pour fonder une bourse perpétuelle de Petit-Novice. Une autre de nos généreuses bienfaitrices qui avait fait, l'année dernière, une fondation du même genre, a voulu la compléter cette année en offrant une somme de 4,000 francs pour former une bourse triennale au Grand-Noviciat, afin que le Petit-Novice élevé à ses soins ne coûte rien à l'Institut. Aux remercîments qui lui étaient adressés pour cette nouvelle libéralité, par laquelle elle complétait une fondation déjà si importante, cette dame a répondu, avec un admirable esprit de foi : " Je n'ai fait

que mon devoir. Dieu m'a accordé le superflu pour remployer selon ses volontés, et pour le plus grand bien ; comme je suis convaincue de l'extrême utilité de l'Œuvre du Vénérable de la Salle, je me crois obligée d'y apporter tout mon concours. "

— On écrit de Toulouse :

•' Cher Frère Visiteur,

" C'est avec un véritable plaisir cjue je viens remplir mes engagements, en vous remettant i,2CO francs au nom de ma mère, et pareille somme pour mon compte personnel. Ces 2,400 francs forment la dernière des trois annuités que je vous avais promises par ma lettre du 8 janvier 1876.

" Mais nous trouvons que ce n'est pas le moment de nous désintéresser de votre Petit- Noviciat, qui rend déjà de très grands services, et qui est certainement appelé à vous en rendre de plus grands encore dans l'avenir. Aussi est-ce de bien bon cœur que, dans notre petite réun'on inLiiuc de famille, nous avons résolu de prendre un nouvel engagement pour trois ans.

" Vous pouvez donc compter de recevoir chaque année, dans le mois de janvier, 2,400 francs fournis, comme par le passé, moitié par ma mère, et moitié par moi-même.

" Nous faisons des vœux bien vifs et bien sincères pour que vous puissiez avoir à Pibrac un Petit-Noviciat nombreux et bien composé, afin que vous voyiez augmenter journellement votre personnel enseignant. ' '■ ■ < ' •

" Veuillez, mon très cher Frère Visiteur, recevoir la nouvelle assurance de nos sentiments les meilleurs et les plus evoues.

— Un riche négociant mourait, il y a peu de temps, à Saint-Malo, laissant ses deux filles dans la plus profonde douleur. Le Frère Supérieur fut des premiers à leur apporter

l'cxprcssîon de ses sympathies et à célébrer la bienfaisance du défunt, dont il avait connu par expérience la générosité. Leur affliction était d'autant plus vive qu'il leur semblait que les charités de son père allaient disparaître avec lui. Aucune d'elles ne savait à qui il donnait ; mais elles croyaient à de larges libéralités. Cher I-rcrc, dirent-elles h leur visiteur, notre père vous donnait-il quelque chose ? — Oui, Mesdemoiselles, chaque année il donnai»; la pension d'un l'etit-Novice. — Combien était-ce? — 400 francs. — Oh! tant mieux! attendez, nous allons vous les donner tout de suite, et chaque année nous vous en donnerons autant. Tachez donc âc trouver d'autres personnes à qui notre pèredonnait, car nous tenons avant tout à continuer ses œuvres. — Que faut-il le plus admirer : la piété filiale des enfants ou cette charité délicate qui sait si bien mettre en pratique la sublime maxime du divin Maître : "Que votre main gauche ignore ce que donne votre main droite ? "

— A Saint-Omer, un chef de famille cruellement éprouvé, a voulu offrir 500 fr. pour notre Œuvre, en retour des prières qu'il sollicitait.

— A Paris, où la charité et le zèle ont acquis droit de cité, on organise une vente d'objets d'art et on voit les personnages les moins dévots apporter leur part à l'édifice du Petit-Noviciat. M. le Commissaire-Priseur annonce : Le Pajsage de Courbet, vendu 840 fr.; il valait assurément plus que cela ; M. le Baron de Beurnonville a eu là une idée fort piquante : Courbet servant malgré lui la cause cléricale ! Ce nom de mangeurs de Frères a produit un singulier effet dans l'assistance. Un autre nom a également frappé l'attention des spectateurs, et certes les lazzis n'ont pas fait défaut, quand le crieur a, de sa voix sonore, annoncé : " Nous vendons un tableau de M. Ferry, Un pilier de V Escurial. — Oh!

oh ! dit mon voisin, c'est probablement un parent du fameux ministre, qui veut réparer les scandales de son cousin. — Peut-être, ajoute un autre, M. Ferry, qui n'a pas de talent, ni comme ministre, ni comme orateur, ni comme maire de Paris, cherche-t-il, comme peintre, à se faire pardonner toutes ocs fautes et commence-t-il lui-même sa réparation.

— Une simple ouvrière du diocèse de Laval, gagnant péniblement sa journée, remet au F. Ain-^uis, directeur de r( l'ouvre dans le diocèse, le montant de la pension d'un Petit-Novice pendant un an, 400 francs. Elle insiste et répond à l'étonnement que le bon Frère directeur manifeste en disant : " Je ne vois rien de plus important aujourd'hui que l'éducation chrétienne des enfants. " l^t pour ne rien perdre du mérite de sa bonne action, elle veut absolument garder l'anonyme.

Puissent ces nobles exemples de générosité trouver dans notre religieux pays un grand nombre d'imitateurs !

§111 Recrutement ûch vocation» religienHCH.

Nous touchons au dernier paragraphe de notre modeste travail, celui-là même que nous avons annoncé dès le début comme devant en constituer la troisième partie. Tout d'abord, nous ne pensions point donner à la question de l'éducation d'aussi longs développements ; nous y avons été engagé par les instances de nos amis et par l'importance chaque jour croissante qu'elle a prise dans l'opinion publique.

Aux accusations d'incompétence formulées gratuitement, propagées avec une insidieuse persistance contre les Congrégations enseignantes et notamment contre les Frères des Ecoles chrétiennes, nous avons répondu par des preuves sans répliques, par des faits nombreux et concluants. Il nous

reste maintenant à traiter des moyens de multiplier ces maîtres chrétiens, grave et importante question à laquelle doit s'intéresser tout homme jaloux de l'avenir du pays. C'est ce que nous allons faire, Dieu aidant, dans la mesure de nos forces. Nous donnerons d'abord quelques éclaircissements sur la question si décisive de la vocation à la vie religieuse, nous dirons ensuite à qui il appartient de favoriser cet aj pel à une vie plus parfaite, nous indiquerons les qualités qu'exige de ses sujets l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes et, enfin, nous terminerons en exposant les avantages qu'il y a à travailler à cette œuvre, peut-être entre toutes aujourd'hui

la plus importante.

i*^. — Quelques éclaircissements sur la vocation à la vie

teligieuse.

" Dès que Dieu s'est résolu à tirer quelques âmes de ce que l'Ecriture nomme si bien \tfumief et a décrété de les placer parmi les princes de son peuple, il a dû poser son dessein au milieu d'une vraie citadelle, armer cette citadelle en guerre, et accepter que, sur cent fois qu'il déclarerait sa volonté, ce fût pour lui quatre-vingt-dix-neuf fois l'occasion de soutenir un siège : siège contre le démon, siège contre la chair et le sang, siège contre ceux qui entourent l'élu, siège contre l'élu lui-même." (Mgr. Gay.) - ' < ' ?i ! "• v: - jt ' Parmi ces divers sièges, le plus redoutable est peut-être celui des préjugés, des fausses idées, des jugements erronés au sujet de la vocation religieuse. Essayons de dissiper ceux qui tendent à acquérir droit de cité parmi nous. * Pour réfuter ces funestes idées qui tendent à rabaisser la vocation religieuse au niveau d'un métier vulgaire, nous invoquerons non nos lumières personnelles, mais l'autorité de deux grands Docteurs de l'Eglise, St. Thomas et St. Liguori.

I. De nos jours il y a peu d'âmes appelées à la vie religieuse.

" C'est une grave erreur, dit Mgr. de Ségur, de croire que les vocations religieuses soient maintenant très rares. L'Evangile est pour tous les temps, et c'est à tous les temps comme à tous les pays, que le divin Sauveur propose la perfection évangélique, quand il dit : Si vous voulez cire parfaits. Un savant et pieux Evoque écrivait naguère à ce sujet : " Le divin Sauveur nous dit : Si vous voulez être parfaits, allez, vendez tous vos biens, donnez-les aux pauvres ci sitivez-nioi. Il dit : Si vous voulez, et il s'adresse à tous, personne n'est donc exclu, chacun peut embrasser cet état, s'il le veut : la carrière est ouverte à tout le monde. Et comment serait-elle fermée ? L'état de perfection ne doit-il pas être, sinon le partage, au moins l'objet des désirs de tout le monde ? Pour quel motif Dieu aurait-il interdit à quelqu'un l'état dans lequel on rencontre le moins d'obstacles au salut •et k plus de moyens pour y parvenir ?

Contrairement à cette opinion en vogue de nos jours, ce n'est donc pas le grand nombre qui est exclu de la grâce de la vie religieuse ; sauf les cas exceptionnels de position sociale, de devoirs impérieux de famille ou de dispositions personnelles extraordinaires, la généralité des fidèles peuvent choisir l'état religieux ; bien qu'il n'y ait qu'une partie d'entre eux qui y soit appelée d'une façon si précise que le salut serait mis en péril par la résistance à cette vocation.

L'expérience confirme cette doctrine, qui est conforme à •celle de saint Thomas, de saint Liguori, et à l'enseignement unanime des saints docteurs. Partout où l'on a pu fonder des noviciats et obtenir le concours du clergé, les sujets se sont présentés en grand nombre, surtout dans les diocèses •où la foi est encore vive.

Ce ne sont pas les vocations qui manquent, ce sont les

ressources. La plupart du temps, les jeunes gens n'ont pas les moyens de répondre à l'appel du Seigneur ; car c'est ordinairement parmi les classes les plus modestes que le divin Maître choisit les ouvriers qu'il envoie travailler à sa vigne."

2. // est aussi bon de rester dans le monde que d 'entrer eu religion.

■ V; Les saints Docteurs enseignent positivement le contraire. Suivant St. Thomas 12, 2, p. 189, a 3, ad 3 m, l'entrée en religion est si méritoire, qu'elle obtient à celui qui l'accomplit la rémission de tous ses péchés. Voici ses propres paroles (i) : — " On peut dire avec raison que, en entrant dans la vie religieuse, on mérite la rémission de tous ses péchés ; car si quelques aumônes suffisent pour se racheter de ses fautes devant Dieu, selon cette parole de Daniel : Rachetés vos péchés par des aumônes ; à beaucoup plus forte raison suffit-il pour la satisfaction due à cause de tous les péchés, que l'on se donne tout entier au service de Dieu par l'entrée en Religion. Suivant l'enseignement des Décrétales, cet acte surpasse toute espèce de satisfaction, même celle de la pénitence publique, comme l'holocauste surpasse le sacrifice, selon la doctrine de St. Grégoire. Aussi lit-on dans la rie des Pères, qu'en embrassant la vie religieuse, on obtient la même grâce que donne le baptême. "

St. Liguori a des paroles analogues (2) : — L'Apôtre nous assure que le Père éternel ne prédestine au royaume des

(1) Nous traduisons toujours sur l'éditiou in 4o imprimée cher Migne, en 1841.

(2) Qubnd nous citons les œuvres ascétiques du saint Evoque, nous suivons toujours exactement la traduction approuvée, faite par le R. P. Dujardin, Eédemptoriste, et imprimée à Tournai en 1858.

cieux que ceux qui conforment leur vie à celle du Verbe incarné : Qnos prcsscivit, et prœdestinavit conformes Jieri imaginis Filii sui. (Rom. VIII, 29). Quel doit donc être le bonheur des religieux, quelle doit être leur assurance d'aller au ciel, en voyant que Dieu les a appelés à celui de tous les états de vie qui se rapproche le plus de la vie de Jésus- Christ ! (Du choix d'un état et de la vocation : XII CoJtsid.) Le grand moyen de salut qu'on trouve en Religion, c'est qu'on y médite sans cesse les vérités éternelles. En les méditant, on conserve la vie de la grâce : Mcmorarc novissiina tua, et in œtcrmun non pcccabis. (EccH. VII, 40. Ibid. le consid.). — St. Bernard a donc bien raison de s'écrier, en parlant du religieux : O vita secicra, nbi ahsque formidii.e mors cxpectatur, imo et cxoptatur cutn dulccdinc, et accipitur cum devotione ! (Ad mil. T. c. I.). — Heureuse vie, où l'on attend la mort sans crainte, où môme on la désire et on la reçoit avec amour! (Ibid. Ile consid.). — Les promesses de Dieu ne peuvent être vaines : or, le Seigneur a promis à quiconque renonce, pour son nom, à ses parents et à ses biens, le centuple ici-bas, et la vie éternelle dans le ciel. (Ib. Vie consid.)

St. Liguori donne aussi quelques exemples de la joie que possèdent les religieux fervents. — Sainte Scholastique disait que si les hommes comprenaient le bonheur que goûtent des bons religieux, le monde entier deviendrait un couvent ; et sainte Marie-Madeleine de Pazzi, qu'on escaladerait les monastères pour y entrer. Le B. Séraphin d'Ascoli, simple capucin, disait qu'il n'aurait pas donné un palme de sa corde pour tous les royaumes du monde. (Ib. Vie consid.).

Cependant, que deviendra le monde, si tous ceux qui sont vertueux et qui peuvent faire autour d'eux un bien immense,, comme prêtres séculiers, magistrats, pères de famille, quittent le siècle et se retirent dans les couvents ? St Thomas se pose

cette question. (2, 2, Q. 189, a, T., ad 2m.). Il cite les paroles de St. Jérôme: Si oinncs se clanserint, si tous s'enferment dans le cloître, qui sauvera les âmes des séculiers ? Quis sœcidarcs homincs lucrifacict ? Il se répond par d'autres paroles empruntées au même Père : Rara est virtus, iicc à pluribns appétit nr : Ne craignez rien : ne croyez pas que tous vont vous suivre en Religion : la vertu parfaite est rare, et petit est le nombre de ceux qui la désirent. Puis il conclut en son propre nom par ces paroles : Patct eri^o qiiod hic ■ timor stultiis est : puta, si quis timerct haurire aqtiam, ne Jluvins deficcret. Evidemment, votre crainte est sans fondement : elle ressemole à celle d'un homme qui, ayant soif, n'oserait puiser de l'eau dans un fleuve, de peur de le voir se tarir, si tous les hommes y puisaient comme lui (i).

3. // est sage de ne pas embrasser trop jeune la vie religieuse.

Plusieurs pensent qu'il n'est pas avantageux d'entrer jeune en Religion, parce que l'on n'a point encore, dans la jeu-

(1) A cette raison donnée par St. Thomas, nous en ajouterons une autre. L'âme qui est appelée à la vie religieuse et qui correspond à la vocation de Dion fait dix fois, et peut-ôtre cent fois plus de bien aux personnes du monde, qu'elle n'aurait pu leur en faire on restant parmi elles. Le souvenir et l'exemple de son courage héroïque, ses i^aroles, ses lettres, ses mérites, et do plus, s'il s'agit d'un prêtre, ses prédications apostoliques et son ministère, rehaussés par la sainteté de sa conduite, réveilleront un nombre immense d'âmes ensevelies dans le péclié ou endormies dan^ la tiédeur. Grâce à tous ces secours, et seulement grâce i\ eux, plusieurs de ces âmes prendront, dans le monde, la place utile que le départ du religieux a laissée vide, et pour un prêtre qu'un diocèse aura donné, Dieu lui rendra dix vocations sacerdotales. C'est au sacrifice du Calvaire que le genre humain doit son salut : or, ce sacrifice se renouvelle, proportion gardée, toutes les fois qu'une âme généreuse s'attache à la croix de Jésus-Christ par les trois vœux de pauvreté, chasteté, obéissance.

nesse, les idées assez arrêtées, et parce que, disent-ils, on peut se repentir plus tard des engagements que l'on a pris. Saint Thomas parle bien différemment.

Suivant lui (Contra retrait, cap III) : — Non seulement il est permis, mais encore il est très expédient, pour se rendre digne d'une grâce plus grande, ad majorent gratiam optimc pronicrendant, d'abandonner le monde dès l'enfance, afin de vivre dans le désert de la vie religieuse. // est bon pour VJ tomme, dit V Ecriture, de porter des son adolescence le joug du Seigneur. (T/tren. III). Les paroles qui suivent semblent en donner raison : Il s asseoira dans la solitude et se taira, pat ce qiiil s'est clevc au-dessus de lui-même ; ce qui nous donne à entendre qu'en s'élevant au-dessus de soi-même, pour se soumettre dès son adolescence au joug de la Religion, on devient plus apte à l'observance religieuse, bien éloignée des sollicitudes du monde et des bruits du siècle. Nous lisons dans le livre des Proverbes: L'adolescent devenu vieux ne quittera point la voie qu'il a suivie. Aussi, St Anselme, dans son livre des similitudes, comparc-t-il atix Anges ceux qui, dès leur enfance, ont été nourris dans les monastères, et aux hommes seulement ceux qui se convertissent dans l'âge de la virilité. Les sentiments des philosophes sont d'accord en cela avec les autorités de l'Ecriture sainte... N'a-t-on pas coutume d'employer les enfants dès leur jeune âge aux occupations et aux arts dans lesquels ils doivent passer leur vie ? Ceux qui doivent être clercs sont élevés dès l'enfance dans la cléricature. Ceux qui seront soldats sont formés au milieu des exercices militaires. Ceux qui seront artisans apprennent, dès leur jeunesse, le métier auquel on les destine. Pourquoi donc cette règle serait-elle fausse seulement pour les religieux ? Cnr igitur in hoc solo régula fallet, nt qin fu-

turi siint rcligiosi non à pucritia in Rdigionc cxerccnntur (i) f Mais n'aura-t-on pas lieu de se repentir plus tard du choix que l'on a fait ? S. Thomas répond (Ibid. cap, X)\ — Si le parti à embrasser présente par lui-même des dangers et des dangers fréquents, on doit délibérer longuement afin d'obvier à ces périls, ou même afin de voir s'il ne faut pas abandonner tout-à-fait l'entreprise. Si, au contraire, les dangers sont moins fréquents, in pancioribns, il n'est pas besoin d'une longue délibération : il faut seulement de la vigilance et de la prudence, de peur que, par accident, aliquo casu, on vienne à succomber au péril. S'il en était autrement, on aurait à abandonner toutes les occupations humaines ; car, ainsi que le dit l'Ecclésiastique : Celui qui observe le vent ne sème point, et celui qui considère les nuages ne moissonnera jamais... Quelquefois il s'agit d'une chose sûre en elle-même, et qui cependant réussit mal, parce que la résolution de l'homme vient à changer. Dans ce cas, il n'y a pas de raison suffisante pour se tenir en arrière ou pour différer, sous prétexte d'une délibération plus longue..., autrement il faudrait en dire autant quand il s'agit d'embrasser la foi Chrétienne ou de s'approcher des Sacrements. '

(1) Aussi voyons-nous aujourd'hui, dans tous les diocèses de France, non-sculemnt des grands-séminaires, mais encore des petitsséminaires, où les jeunes gens sont préparés de très longue main aux rertus, à l'esprit, et aux exercices qui doivent faire toute l'existence du prêtre. La vie religieuse est une vie toute spéciale, dont les mœurs et les institutions sont fort dil*érente3 de ce que l'on trouve dans le siècle II est donc excellent de s*y former de bonne heure, avant que les habitudes soient prises, et lorsque le corps et les âmes sont encore susceptibles de se fondre pleinement dans le moule que les instituteurs des ordres religieux ont préparé sous la direction de l'Esprit- Saint et avec l'approbation expresse des Vicaires do Jésus Christ. Parmi le grand nombre de religieux et de religieuses aujourd'hui placés sur les autels, il eu est beaucoup qui sont entrés fort jeunes en lleligion.

Dans un article judicieusement pensé et fort bien écrit, Mgr de Ségur réfute cette objection en ce qui concerne l'entrée aux Petits-Noviciats des Frères des Ecoles chrétiennes. Nous sommes heureux de pouvoir citer ici in extenso la doctrine du pieux prélat.

On ne remarque pas assez l'influence exercée, sur les esprits les plus chrétiens, par les idées modernes, qui forment comme l'atmosphère intellectuelle au sein de laquelle notre génération a grandi.

Sans parler de l'enseignement supérieur, qui est ce que l'on sait, dans l'enseignement secondaire et même dans les Ecoles primaires, presque tous les ouvrages classiques qui ont quelque rapport avec l'histoire ou avec les notions de droit, insinuent ces idées modernes, d'une façon plus ou moins accentuée, mais toujours assez pour disposer les esprits à les accueillir dans la pratique.

L'usage de la vie, dans les plus graves circonstances, notamment le mariage civil, qui précède le sacrement et impose ses conditions d'âge, avec toutes les autres prescriptions légales ; — l'athéisme pratique, qui ne fait dériver sa foi que de la volonté arbitraire des hommes ; — l'effacement absolu du droit ecclésiastique, dont beaucoup d'honnêtes gens ne paraissent plus soupçonner l'existence ; — tout cela, joint à la lecture quotidienne des journaux, aboutit àfausser si universellement les idées, qu'on ne peut, le plus souvent, traiter les questions religieuses d'une manière orthodoxe,, sans exciter l'étonnement, et parfois une sorte d'alarme, même chez des gens vertueux et sincèrement catholiques.

C'est ce qui est facile à constater par rapport à l'âge requispour les vocations religieuses. Des personnes éclairées et animées des meilleurs sentiments, sont surprises d'entendre parler de Noviciats ouverts à des jeunes gens de quinze ans.

Il leur semble que le choix d'une carrière si sublime exige l'âge de la majorité ; et, comme on a pris l'habitude de ne penser qu'au Droit civil, commj on n'en connaît pas d'autre, on s'imagine que l'âge de vingt et un ans devrait être 'requis pour embrasser la vie religieuse. Avant cela, tout paraît prématuré ; on ne croit pas que l'enfant ait le droit de disposer de lui-même, et l'on admet, à peine, que les parents puissent le laisser faire.

Comme nous nous adressons à des lecteurs catholiques, il nous sufBra de rappeler l'Eglise à ce sujet, pour combattre les préjugés qui résultent de l'influence des idées modernes.

Depuis les prescriptions du saint Concile de Trente, on peut être admis à la profession religieuse à seize ans accomplis. Or, comme il est nécessaire de faire, avant la profession, au moins un an de Noviciat, il est évident que, selon l'esprit de l'Eglise, il convient d'admettre les sujets au Noviciat à partir de quinze ans.

Sur ce point, toute discussion serait superflue auprès des catholiques. Comme le dit fort bien Mgr. Lucquet, d'après Lessius, la théologie nomme jugement " imprudent et in- 3usi.e, " la prétention de ceux qui trouveraient à redire à l'âge fixé par les saints Canons pour l'émission solennelle des vœux. En effet, ce jugement est " imprudent, " parce qu'il met une opinion personnelle au-dessus du sentiment des Papes, des Conciles et des Docteurs ; — il est "injuste," parce qu'il n'est pas permis de retenir dans le monde une âme, malgré l'appel de Dieu. Quand les marques de vocation sont jugées suffisantes par le directeur spirituel, ce n'est pas dans la famille, mais bien dans le Noviciat, qu'il reste à faire l'épreuve définitive.

Mais est-il bon de devancer encore cette limite de quinze ans, et peut-on, dans un âge plus tendre, diriger les enfants

vers la vie religieuse ? La pratique de l'Eglise et le sentiment des Docteurs donnent la réponse à cette question^ Suarez prouve qu'il est permis à l'enfant qui r, l'usage de la raison, d'entrer en religion s'il le veut, et si ses parents ne s'y opposent pas. Cela, en effet, n'est défendu ni par le droit naturel, ni par le droit divin, ni par le droit ecclésiastique. Ce grave théologien ajoute qu'il est permis aux parents d'offrir leurs enfants, dès le plus bas âge, à une maison religieuse pour qu'ils y soient élevés et y persévèrent toujours. Mais, dans ce cas, en arrivant à l'âge de quatorze ans, le jeune homme est libre de quitter le couvent ou de s'engager volontairement au service de Dieu. Malgré les fables inventées par les impies et recueillies par les ignorants, les parents, comme le dit fort bien Suarez, n'ont jamais eu le droit de forcer leurs enfants à entrer en religion.

L'usage constant de l'Eglise confirme ce que nous venons d'exposer, — sur l'âge requis pour entrer au Noviciat proprement dit, afin de se préparer immédiatement à prononcer les vœux ; — et sur la légitimité de l'admission provisoire des jeunes enfants dans une maison religieuse. On peut voir, dans Lessius, le résumé de ce que l'histoire de l'Eglise nous apprend à ce sujet. Nous citons seulement quelques exemples.

Saint Paul, premier ermite, Saint Antoine, Saint Hilarion, à l'âge de quinze ans, vendirent tous leurs biens, et, après en avoir distribué le prix aux pauvres, ils se retirèrent dans la solitude, pour se dévouer uniquement au service de Dieu, Saint Thomas, Saint Antonin, entrèrent en Religion à qua* torze ans. Saint Maur, à douze ans, Saint Placide et beau*, coup d'autres, au temps de Saint Benoît, vécurent dès leur enfance dans l'état religieux. - .-w«^—

L'âge requis pour l'entrée au Petit-Noviciat est conforme à l'esprit constant de l'Eglise, et il répond aux besoins spéciaux de notre époque. > ' . i .•

Il n'y a donc rien d'insolite à admettre des enfants de 13 à 14 ans dans un Petit-Noviciat, c'est-à-dire dans une école où l'esprit de piété préside à tout, comme dans ces anciens monastères auxquels tant de parents chrétiens s'empressaient de confier leurs fils dès leur plus tendre enfance. Sans doute, ils ne savaient pas encore si le Seigneur leur inspirait le goiat de la vie religieuse, mais ces sages parents prenaient le moyen alors le plus sûr pour préserver l'mnocence de leurs enfants et graver profondément dans leurs âmes l'esprit de foi et les habitudes de la piété chrétienne. A l'âge fixé pour l'entrée au Petit-Noviciat, ce n'est plus seulement la volonté der. parents qui est consultée, mais surtout la volonté entièrement libre et bien constatée du sujet qui se présente. Encore une fois, tout est ici conforme à l'esprit de l'Eglise, ainsi qu'à l'usage reçu en tout temps et qui a, plus que jamais, sa raison d'être, comme nous allons le voir.

• Les besoins actuels de l'enseignement congréganiste exigent impérieusement la propagation des Petits-Noviciats. Avec les dispositions les plus heureuses pour la vertu, et les marques les plus manifestes d'une vocation religieuse, le jeune homme a de terribles dangers à éviter de quatorze à vingt ans. L'expérience prouve trop bien que c'est le moment où l'innocence court le plus de périls. C'est déjà beaucoup pour l'adolescent que d'avoir à combattre l'ardeur .qui bouillonne alors dans ses veines, et la vivacité des pre- -mières impressions de la concupiscence qui obscurcit la raison. Si, à ces assauts intérieurs qui ébranlent les cœurs les plus fermes, viennent se joindre l'entraînement de l'exemple, la vue des scandales du monde, des conseils per-

fides et les occasions perpétuelles de chute, il est facile de prévoir que l'innocence fera un bien triste naufrage : le plus souvent l'habitude du mal asservira l'ame, ou du moins paralysera en elle cet élan, cette générosité qu'il faut avoir pour s'enrôler dans une carrière de dcvoûmcnt.

Au contraire, en passant cette époque si dangereuse dans un milieu vertueux et édifiant, en combattant les sollicitations des sens, par la prière assidue et la fréquente communion, l'àme triomphe de la concupiscence, elle s'aguerrit peu à peu à la lutte de la vie, et, sortie victorieuse de cette première épreuve, elle acquiert une grande force pour persévérer toujours. La raison, qui s'éclaire de plus en plus, comprend mieux la vanité des plaisirs et l'importance d'assurer, avant tout, la grande affaire du salut éternel. Au sein de l'atmosphère de paix et de bonheur qu'elle respire, l'âme s'affermit dans l'amour du bien, elle s'épure, el e s'élève, elle s'ennoblit de jour en jour. La voix de Dieu qui appelle le jeune homme à son service se fait entendre plus distinctement ; et les progrès en piété, assurés par une correspondance fidèle aux impressions de la grâce, le rendent capable de se consacrer à servir le Seigneur, en se dévouant, pour toujours, à l'œuvre sublime de l'enseignement chrétien.

Dans le cas exceptionnel où l'enfant et ses directeurs se seraient mépris sur les premières marques de vocation, n'est-il pas évident que la sincérité et la ferveur avec lesquelles un jeune cœur demande à Dieu la manifestation de sa sainte volonté ne sauraient manquer d'obtenir la grâce de reconnaître cette erreur ? Non, ce n'est pas en s'approchant de Dieu de plus en plus, par une piété solide et pratique que l'on manquera jamais de cette lumière intérieure qui nous fait discerner ce que notre Père céleste demande de nous. Remarquons de plus que les Maisons dans lesquelles

sont institués les Petits-Noviciats ne sont pas des cloîtres, comme les anciens couvents ; et les élèves n'y sont pas si parfaitement séquestrés du monde qu'ils ne puissent le connaître assez, pour savoir à quoi ils renoncent en s'en séparant.

Tous ceux qui ont élevé ou dirigé des adolescents, reconnaîtront avec nous que la nécessité d'une vie très pieuse pour persévérer dans la vertu, à cet âge, est une vérité incontestable, basée sur l'expérience. Les Petits- Noviciats sont donc les moyens les plus efficaces, on pourrait même dire, le moyen nécessaire pour faire réussir les vraies vocations, très nombreuses parmi les enfants ; et il n'est nullement à craindre, comme on l'a vu, qu'ils en produisent de fausses. Mais loin de ces pieux asiles, abandonnés à euxmêmes, en contact, dans la campagne ou dans les ateliers, avec des jeunes gens déjà corrompus, le plus souvent excités au mal et persécutés s'ils résistent, les pauvres enfants qui se sentaient appelés au service de Dieu, perdent, presque infailliblement, leur vocation, avec leur innocence et le goût de la piété. Au lieu qu'en profitant des secours spirituels qu'on trouve dans un Petit- Noviciat, l'immense majorité ne pourrait manquer de persévérer et de fournir un contingent nombreux, pour le recrutement des Congrégations enseignantes.

N'oublions pas de remarquer encore un avantage de ces Novciats ou Ecoles normales religieuses, tout particulier à notre époque : eu égard à l'extenion donnée aux programmes de rensejg..ement primaire, et à la somme de connaissances exigées pour le diplôme d'instituteur, il devient impossible d'interrompre -s études et d'attendre pour les reprendre, l'entrée en religion. Evidemment le temps manquerait pour former des sujets capables de subir, en temps opportun et avec honneur, l'épreuve des examens.

En résumé quand on considère la tradition et les usages de l'Eglise, et que l'on consulte l'expérience, on reconnaît, qu'il n'y a aucun inconvénient, et qu'au contraire, il y a un grand profit à faciliter l'entrée des Petits Noviciats aux enfants de 13 à 14 ans, chez lesquels on remarque des indices de vocation et d'heureuses dispositions pour la piété ; — d'un autre côté, les besoins actuels de l'enseignement congréganiste rendent plus utile que jamais cette sage pratique, si universellement admise aux âges de foi. "

4. Une résolution si grave ne doit être prise qu'aptes une mûre et longue délibération.

St. Thomas réfute cette erreur du siècle dans le dernier article de sa Sœcunda Sœcundœ. Sa réponse est claire et catégorique : — Une longue délibération et les conseils de plusieurs sont requis dans les choses très douteuses, in niagniis dubiis, ainsi que le dit Aristote (III, Ethic, c. III) ; mais dans les choses qui sont certaines et manifestes, il n'est pas besoin de conseil. Or, quand il s'agit de l'entrée en Religion, on peut considérer trois choses : Première, nent, cet acte, pris en lui-même, et sous ce point de vue, il est c tain que l'entrée en Religion est un bien meilleur, inclius bonum (i) ; Celui qui en doute fait injure, autant qu'il est en lui à Jésus-Christ qui nous a donné ce conseil : Qui de hoc dubitat, quantum est in se, derogat Christo qui hoe consilium dédit, aussi St. Augustin dit-il (in lib. de Verb. Dom. Serm. II) : " L'Orient, c'est-à-dire Jésus-Christ t'appelle ; et tu *' écoutes l'occident, c'est-à-dire, un homme mortel et sujet " à l'erreur ? "

En second lieu, on peut considérer l'entrée en Religion par

(1) Melins bonus, un bien meilleur que son contraire, qui est : ne pas entrer en Religion.

rapport aux forces de celui qui veut embrasser ce parti ; et sous ce point de vue, il n'y a pas non plus lieu de se laisser aller au doute et à l'incertitude ; parce que ceux qui se donnent à la Religion, ne s'appuient pas sur leurs propres forces, mais sur le secours de la puissance divine, selon ces paroles d'Isaïe (XL) : Ceux qui espèrent dans le Seigneur thangeront de force, ils prendront des ailes comme celles des aigles ; ils courront et fi auront point de peine ; ils marcherofit sans défaillir. Si pourtant il y a quelque empêchement particulier (par exemple, une infirmité corporelle, des dettes ou quelque chose de àemblable), il faut délibérer et prendre conseil avec ceux dont on espère qu'ils aideront et ne l'empêcheront pas : Cum his de quitus speratur quod prosint et non impediatit. Et cependant, même alors il ne faut pas de longues délibérations ; Non est diuturna deliberatio habenda. " Hâte-toi, dit St. Jérôme, hâte-toi, je t'en prie ; et coupe la " corde qui retient ton navire au rivage, plutôt que de " perdre ton temps à la délier ; funem magis prœscinde cum solve. " Enfin en troisième lieu on peut considérer la manière d'entrer en Religion, et quel Ordre il faut choisir. Sur ce point, on peut aussi prendre conseil, auprès de ceux qui seront dans la disposition de ne point mettre d'empêchement à une résolution aussi louable : Cum his qui non impediant.

Ailleurs encore. St. Thomas enseigne la même doctrine. Dans son opuscule intitulé: Contra pestiferam doctrinam rfrahentium homities a rcligionis ingressu au chapitre IX, il commence par citer les exemples de St Pierre et de St. André, de St. Jacques et de St. Jean, de St. Matthieu et du prophète Elisée, qui abandonnèrent à l'instant même toutes choses, pour correspondre à la vocation divine. Il ajoute ensuite: — Nous lisons en St. Matthieu (c. VIII) et en St. Luc (c. IX), qu'un disciple de Jésus-Christ lui dit :

Seigfteur, permcttcz-inoi d'aller d'abord ensevelir mon père. Le Seigneur lui répondit: Suivez-moi, et laissez les moris ensevelir leurs morts : Sequere me, et dimitte mortuos sepelire mortuos sucs. St Chrysostôme (Sup. Matt.) commente ce texte : "Jésus-Christ parla de la sorte, non pour nous " ordonner de mépriser l'amour que nous devons à nos " parents, mais pour nous montrer que nous devons rien " préférer aux affaires du ciel, que nous devons nous y " appliquer avec tout notre zèle, et ne point les retarder " légèrement, même lorsque nous sommes attirés ailleurs '* par des occupations très inévitables et très pressantes : " Etiam si valde inevitabilia et incitantia fuerunt quœ attra- " ////;//. Quoi de plus nécessaire que d'ensevelir son père ? " Quoi de plus facile ? Il ne fallait pas, pour cela, beaucoup " de temps. " Mais le diable fait tous ses efforts pour découvrir en nous quelque porte ouverte à ses tentations, et s'il rencontre une petite négligence, il produit dans l'âme une grande pusillanimité. Aussi le Sage nous donne- t-il cet avis : Ne différas de die in diem : Ne différez pas de jour en jour. Tout cela sert à nous apprendre qu'il ne faut pas perdre le plus petit instant, même quand nous serions pressés de mille côtés : Ncc minimum tcmpore frustra ducere, etiam si mille cogentia sint. Préférons les biens spirituels à tout le reste et même aux choses qui sont très nécessaires... Si donc le Seigneur réprimande celui qui réclame un si court délai pour accomplir un devoir si nécessaire, de quel front quelques-uns osent-ils dire qu'il faut une longue délibération, avant de suivre les conseils de Jésus-Christ : Quâ fronte diutinam dcliberationem quidam asserunt prœmittendam esse Christi consiliis ?

Ne pouvant transcrire au long tout ce chapitre de St Thomas, contentons-nous de reproduire seulement une des

sentences qui s'y rencontrent encore : — Lorsque la grâce du Saint-Esprit pousse l'homme à entrer en Religion, celui-ci ne doit point différer pour demander des conseils humains : il doit suivre aussitôt l'impulsion de l'Esprit-Saint : Statiui homo iutpettim Spiritus Sancti seqtie débet.

5. Il faut éprouver avec le plus grand soin si la vocation vient vraiment de Dieu.

St Thomas se pose cette question au commencement du dernier article de sa Secimda Secundœ. Il s'objecte d'abord le texte de saint Jean (i Joan. iv) Nolite credere omni spiritn : sed probate spiritus, si ex Deo sint : Ne croyez pas à tout esprit : mais éprouvez les esprits, pourvoir s'ils sont de Dieu.

Il se répond ensuite à lui-même : — Ces paroles : Probate spiritus, si ex Deo sint, ont leur application dans les choses qui sont douteuses, et où l'esprit de Dieu ne se laisse pas reconnaître clairement. C'est ainsi que ceux qui déjà sont en Religion peuvent douter si celui qui se présente est conduit par l'esprit de Dieu, ou si au contraire il est mu par quelque mauvais motif. Ils doivent donc l'éprouver afin de reconnaître quelle est la raison de sa démarche. Mais celui qui aspire à la vie religieuse n'a aucun motif de douter que le dessein formé dans son cœur ne vient de l'Esprit de Dieu, dont le propre est de conduire l'homme dans la voie de la justice : Illi non potest esse dubium an propositum de ingressu religionis, in corde ejtis exortum, sit a Spiritu Dei... Il n'est donc pas nécessaire d'éprouver si un tel projet a Dieu pour auteur, parce que les choses certaines n'ont pas besoin de discussion : Certa discussione non egent.

St Thomas répète la même solution dans le chapitre x de son opuscule Contra retrahentes. li ajoute : Cependant n'arrive-t-il pas quelquefois que Satan se transfigure en Ange

de lumière ?... Cela est .-rai, se répond-il. — Mais en supposant même que ce fut le démon qui poussât quelqu'un à entrer en Religion, c'est là une bonne œuvre et conforme à celle qu'opèrent les saints Anges. Il n'y a donc point de danger à suivre cette impulsion. Seulement, il faudra se tenir sur ses gardes, pour résister au démon, quand il commencera de faire naître quelque tentation d'orgueil ou de quelque autre vice. Souvent il arrive que Dieu se sert de la malice des démons, pour travailler au bien des âmes saintes.

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