Rien ne p fesse, on pourra toujours entrer plus tard
St. Liguori répond (Choix d'un état. § II) : — Dès que le Seigneur appelle quelqu'un à un état parfait (i), s'il ne veut pas mettre en péril son salut éternel, il doit obéir et obéir aussitôt. Autrement il entendra Jésus-Christ lui adresser le même reproche qu'à ce jeune homme, qui, ayant été invité par le Seigneur à le suivre, lui demanda la permission d'aller auparavant mettre ordre à ses affaires et disposer de ses biens : Scquar te. Domine ; sed permitte viihi primiun rcmmciare Jus quœ domi sunt ; Jésus lui répondit que quiconque, ayant mis la main à la charrue, regarde en arrière, n'est point propre au royaume de Dieu : Nemo mittens mamim suani ad aratruni, et respieiens rétro, aptus est regni Dei. Les lumières que le Seigneur nous envoient sont passagères et non permanentes ; c'est ce qui fait dire à St. Thomas que les divines invitations à une vie plus parfaite doivent être suivies sans retard : Quanto citius...
Chose étonnante ! quand il s'agit d'entrer en |Religion, pour mener une vie plus parfaite et plus assurée contre les dangers du monde, les gens du siècle prétendent que pour
(1) iN'ous avons indiqué plus haut, § II, d'après St. François de Sales et St. Liguori, les signes d'une vr^--^ -.'ocation.
prendre une telle résolution il faut délibérer longuement et ne pas se hâter de l'exécuter, afin de s'assurer si cette vocation vient réellement de Dieu ou du démon. Mais ils ne parlent pas ainsi, lorsqu'il s'agit d'accepter une charge, où l'on court tant de dangers de se perdre! ils ne disent point alors ^u'il faut beaucoup d'épreuves pour s'assurerqu'ony est vraiment appelé de Dieu.
Le langage des Saints est tout différent. Saint Thomas (Contra rctr. à rd. C. X.) assure que la vocation religieuse, vînt-elle du démon, devrait encore être embrassée, comme un conseil excellent, quoique donné par un ennemi. Et saint Jean-Chrysostôme, cité par le Docteur Angélique, dit que Dieu, quand il ne favorise de semblables inspirations, veut que nous n'hésitions pas un instant à le suivre: Talent obedientiam Christus quœrit a tiobis, ut ncquc instanti temporis moremur (In Matth. hovi. 14J. Pourquoi cela ? Parce que le Seigneur aime à voir en nous cette docilité ; et plus elle est prompte, plus il ouvre la main peur nous remplir de ses bénédictions. Les délais, au contraire, lui déplaisent beaucoup > de sorte que celui qui tarde à correspondre à sa vocation, parvient avec peine à la suivre et qu'il l'abandonne aisément. Ainsi, ajoute saint Jean-Chrysostôme, quand le démon ne peut détourner quelqu'un de la résolution de se consacrer à Dieu, il cherche au moins à lui persuader d'en différer l'exécution et il croit avoir gagné beaucoup, quand il a obtenu un délai d'un jour, d'une heure nicme : Si Icvem drripticrit prorogationcm \ car si pendant ce jour ou cette heure, une nouvelle occasion se présente, il lui sera moins difficile d'obtenir un plus long terme. L'esprit m^iin procède ainsi jusqu'à ce que le sujet appelé de Dieu, se trouvant plus faible et moins assisté de la grâce, finisse par céder tout à fait et par abandonner sa vocation. Oh ! combien de fois,
par de tels retards, l'ennemi est parvenu à faire perdre la grâce de la vocation à ceux qui l'avaient reçue ! C'est pourquoi saint Jérôme, s'adressant à quiconque veut sortir du monde, l'exhorte à s'en échapper au plus vite. Festina, quœso ie, et hœrentis in solo naviculœ fiinem magis prœcinde qiicln solve. (ad Paulin, de S. Ser.)
De même que, dit ce saint Docteur, un homme qui se trouverait dans une barque attachée au sol et sur le point d'être submergée, chercherait plutôt à couper la corde qu'à la dénouer ; ainsi, celui qui est retenu dans le monde, doit tâcher de s'en dégager le plus tôt possible, afin de se mettre plus vite à l'abri du danger de se perdre, malheur auquel on est si exposé au milieu du siècle !
7. Après tout, la vocation religieuse nest que de conseil^ et il n'y a pas obligation d'y correspondre.
St. Liguori répond : — Les hommes du monde ne se font pas scrupule de dire aux jeunes gens appelés à l'état religieux qu'on peut servir Dieu dans tous les états même au milieu du siècle. Et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que de pareils propos sortent quelquefois de la bouche de prêtres et même de religieux... Oui sans doute, on peut servir Dieu en tous lieux, lorsqu'on n'est pas appelé à la vie religieuse, mais non lorsqu'on y est appelé et qu'on veut demeurer dans le monde selon sa fantaisie : dans ce cas il est difficile de tenir une bonne conduite et de servir Dieu. (Choix d'un état, § ///;.
Le saint Evêque développe la môme pensée dans le § II du même ouvrage. Mais nous préférons traduire Un passage de sa Théologie morale, parce que dans un ouvrage de ce genre, tout doit être plus mesuré et plus exact encore que dans un opuscule de piété. St. Liguori se pose la même
question que nous : Quand on est appelé de Dieu, est-ce un péché, et quel péché est-ce d'abandonner sa vocation ? Il se répond (Theol. vu r., lib. IV, No. 78) : — Négliger la vocation religieuse n'est pas, en soi, un péché, car ce qui est de conseil n'oblige pas, par soi, sous peine de péché. Cependant» à raison du danger auquel on expose son salut éternel, quand on choisit un état en dehors de la volonté divine, celui qui est infidèle à sa vocation ne peut être excusé de quelque faute, non potcst ab aliquâ ciilpâ txcnsari. Si quelqu'un pensait qu'il se damnera en restant dans le monde» soit à cause de sa fragilité dont il a fait l'expérience parmi les périls du siècle, soit à cause de l'absence des secours que la vie religieuse lui procurerait, on ne pourrait pas l'excuser de péché mortel, puisqu'il mettrait son salut dans un danger grave : non potest exxiisari àpeccato gravi, cnni i.i grave discrimen salutis siiœ se injiciat. C'est ce que dit Lessius... Faut-il donc regarder comme en mauvais état la conscience de ceux qui, déjà moralement certains d'être appelés de Dieu, s'efforcent de se persuader qu'en restant dans le monde ou en y rentrant, ils pourront aussi aisément faire leur salut ? Ils ne semblent pas douteux qu'ils ne mettent leur salut en grand péril : noti videtur dubitandum quod isti magno discriniini salutis se exponunt. Habert (Sac. ord. p. 3J, parlant de celui qui n'embrasse point l'état auquel Dieu le destine, ditces paroles : " Il ne pourra se snuver qu'avec de grandes difficultés, et " il sera dans le corps de l'Eglise comme un membre dé- " boîte, dont on peut se servir encore, mais très difficilement " et avec mauvaise grâce ; œgrè admodiim, et cuvi quâdani " deformitate... " Suivant St. Grégoire-le-Grand (Hom. 20 in Ev.), " il y en a beaucoup, qui, à moins de tout aban- " donner, ne peuvent nullement arriver au salut éternel ; " Plerique sunt, qui nisi omnia reliquerint, salvari aptid Deum
" mdlatentis possnnt. " La raison de ce danger, c'est que celui qui demeure dans le siècle contre la volonté de Dieu, n'aura pas les secours spéciaux de la grâce, congrua gratiœ atixilia, que Dieu lui préparait dans la Religion ; et par conséquent, manquant de cet appui, il résistera difficilement aux tentations du monde ; il y succombera et se damnera : sic siiccumbens damnationcni incurret (i). En outre, d'après le sentiment commun des Docteurs, c'est un péché mortel (comme nous l'avons dit plus haut) de dissuader celui qui est appelé, d'entrer en Religion, ou de lui conseiller le départ, même lorsque l'on emploie ni la violence ni le mensonge ; parce que c'est l'engager à se causer à lui-même un grave dommage, tout en lui laissant cependant pleine liberté pour s'y soustraire. Si donc c'est un péché mortel de conseiller une telle démarche, je ne vois point comment on peut excuser celui qui se cause à soi-même un tel préjudice ; nescio quoinodo potcrit excusari illc ipsc qui sibi talc damnum infcrt.
St. Liguori continue (Ibid.)\ — Du reste, je ne veux pas porter sur ce point un jugement absolu : je l'abandonne à de plus habiles. Prions Dieu cependant avec instance d'éloigner entièrement de nous, par sa miséricorde, un tel danger ; car nous lisons dans les histoires, le récit d'innombrables événements funestes, où s'accomplirent, d'une manière tragique, les menaces que les saintes Ecritures lancent contre
(1) Nous pensons que ces paroles s'appliquent àcelui qui rejette coupablement, par lâchetë ou par attaclie aux choses do lo monde l'inspiration de la grâce. Mais nous ne croyons pas qu'elles soient «écrites pour celui qui, ne connaissant point les enseignements de la saini théologie, aurait ëté infidèle à sa vocation par suite d'une er'-eur involontaire, en cédant à des conseils ou à des ordres, dans 1 isquels il aurait cru sincèrement, qi\oique faussemeat, reconnaître l'expression de la volonté divine à son égard.
ces déserteurs de la vocation divine : Cum, innumeris in eventibus funestis leganms in historiis tragice exécutas minas quas proferimt Scripturœ in hujusmodi divinœ vocationis deser tores. St. Liguori commente ensuite un texte d'Isaïe, un texte de Job, et surtout un long texte des Proverbes. Puis il cite St. Bernard : " La chasteté est en péril parmi les délices ; " l'humilité, parmi les richesses ; la piété, parmi les affaires ; " la vérité, dans l'abondance des paroles ; la charité, dans " un siècle pervers : fuyez donc du milieu de Babylone, et " sauvez vos âmes! Periclitatur castitas in deliciis,... charitas " in sœculo nequam : fugite de medio Babylonis et sahatc ani- " nias vestras ! " Après tout cela, ajoute St. Liguori en terminant, je voudrais voir ceux qui négligent la vocation religieuse examiner sérieusement s'ils n'ont pas de justes motifs pour craindre d'être en mauvais état de conscience : velim ut sediilo perpetidant ii qui vocationeni religiosam negligunt,an merito expavescere debeant utrum existant, necnc, in inalo statu.
I. Qui doit travailler au recrutement des vocations ;r/;^/>«j^^f Nous répondons : c'est d'abord la famille, et dans la famille surtout la mcre, puis le prêtre, le maître et enfin tout chrétien jaloux de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
I. La Famille et surtout la Mère. Une famille chrétienne doit être comme un sanctuaire où tout rappelle l'idée de Dieu. En bénissant l'union des époux. Dieu se propose moins de donner au monde des hommes d'affaires, que de fournir des saints pour son Eglise et des élus pour le ciel. Pénétrés de ces religieux sentiments, les parents chrétiens doivent mettre leur gloire et leur honneur à avoir des enfants obéissants, pieux et véritablement craignant Dieu ; leur suprême gloire et leur souverain bonheur ici-bas, sera de voir Dieu en marquer quelques-uns de son sceau en les
appelant à une vie plus parfaite, soit au ministère sacerdotal, soit à la pratique des saints conseils cvangéliques. Heureuses les familles qui, à l'exemple de la pieuse Anne, des saints époux Joachim et Anne, présentent elles-mêmes au temple de la perfection le fruit de leur alliance !
Dans une de ses instructions pastorales, Mgr Bcsson, adresse aux familles cette chaleureuse exhortation : " Parents Chrétiens,
" Dieu, en vous prédestinant à !c connaître, à l'aimer, à le servir, s'est choisi, au milieu de vous, un certain nombre d'enfants qu'il a marqués en quelque sorte de son sceau (du sceau de la vocation religieuse), et vous devez, en les offrant à Dieu, fournir un contingent pour le recrutement de la milice sainte.
" S'il est vrai qu'un verre d'eau donné à un pauvre, pour l'amour de Dieu, ne restera point sans récompense, le Seigneur manquerait-il de rémunérer le don que les familles font ainsi du plus pur de leur sang, en immolant, par le vœu d'un perpétuel dévoiiment, les os de leurs os, la chair de leur chair. Tant que l'on écoute cette voix mystérieuse qui s'appelle les Samuel et les Héli à l'ombre des tabernacles, tout prospère aux familles, aux cités, à l'ordre social.
" Aujourd'hui, les vocations, sans être plus rares, deviennent plus difficiles à connaître.
" La mollesse de la vie domestique, la recherche des satisfactions sensuelles, l'appréhension que les mères témoignent au moindre danger qui menace le bien-être de leurs enfants, accoutument même les plus nobles cœurs à languir dans le service de Dieu, ou à rêver des destinées dans un monde qui, selon l'expression de saint Paul, n'était point digne de les posséder.
" Ah ! parents cruels ou du moins trop négligents, qu'avez-
vous fait ? Votre fils vous reste, vous vous en applaudissez peut-être, et vous ne savez pas que vous l'avez gardé pour votre de'sespoir et non pour votre consolation. Cet enfant, que vous avez retenu dans le siècle, était destiné à éclairer, à conduire, à sauver les âmes, et maintenant pouvez-Yous vous promettre qu'il sauvera la sienne ? Et combien d'âmes, pour n'avoir pas voulu entrer, comme des pierres choisies, dans le temple du Seigneur, ne vont-elles pas traîner dans la boue des rues et des places publiques, comme des pierres d'achoppement et de scandale ?
" Parents qui avez enco'-ela crainte du Seigneur, tremblez pour votre maison et pour vous-mêmcj, si vous étouffez dans l'âme d'un fils cette noble ardeur, cette générosité sainte, ces grands sentiments qui le rendaient propre au service de Dieu et du prochain. Prenez garde, le démon va tourner vers le mal ces forces vives et impétueuses ; il s'en emparera, il les déchaînera, il les précipitera, d'abîme en abîme, dans les profondeurs du mal éternel. "
Mais de tous les membres de la famille, celui qui doit prendre la plus large part à l'œuvre de la vocation, c'est la mère. Oh ! quels profonds sillons creuse dans l'âme de l'enfant l'amour maternel ! Qui donc connaît mieux l'enfant que sa mère ? Son âme a touché à l'âme de son enfant. Elle l'a vu se développer sous son regard maternel, sous la douce influence de ses leçons et de ses exemples. Elle a plongé son regard scrutateur dans son coeur ; elle a saisi ses inclinations, ses aptitudes, ses goûts, jusqu'au moindre de ses sentiments. On peut dire que le cœur de l'enfant bat dans le cœur de la mère ; voilà pourquoi elle a vu de bonne heure les desseins de la Providence. Combien d'excellents religieux, de saints prêtres ne doivent leur vocation qu'au choix de leur mère ! Dieu s'est révélé à la mère, et, par la mère, sa voix est arrivée jusqu'aux fils.
Cuvier, célèbre naturaliste, aimait à redire, au déclin de l'âge : " De toutes les leçons qui m'ont été données, celles que j'ai le mieux conservées, ce sont celles que me donnait ma mère en me berçant sur ses genoux. " " L'homme moral est déjà formé à dix ans, dit De Maistre, et c'est toujours un grand malheur s'il ne l'a pas été sur les genoux de sa mère. " Oh ! combien nous verrions surgir de vocations sacerdotales ou religieuses si toutes les mères de famille répétaient sans cesse à leurs enfants cette parole sublime du modèle des mères chrétiennes : " Mon fils, je vous aime tendrement, mais je préférerais vous voir mort à mes pieds que souillé d'un seul péché mortel ! "
2. Le Prttre. Laissons encore ici la parole à Mgr de Ségur. " C'est surtout au prêtre, dit le vertueux prélat, qu'il appartient de faire éclore, d'entretenir et de mener à bonne fin ces précieuses et modestes vocations. Mieux que tout autre, il comprend la nécessité du concours d'un maître pieux et zélé pour le seconder dans l'œuvre capitale de l'instruction chrétienne de la jeunesse. Quand il trouve dans l'instituteur de sa paroisse un homme indifférent, et à plus forte raison quand il rencontre un impie, le curé ne voit-il pas son action sur les enfants presque entièrement paralysée ? C'est r " anticuré " selon la pittoresque expression de M. Thiers, le semeur d'impiétés et d'idées révolutionnair 3.
Au contraire, avec des Religieux, il prépare avec facilité les élèves de l'école à la première communion : le catéchisme est, comme il doit l'être, la base de l'enseignement, et l'enfant apprend, non-seulement par les leçons, mais encore par l'exemple de ceux qui l'instruisent, à aimer cette céleste doctrine et à la réduire en pratique. Il prend le goût de la prière et des Offices de l'Eglise ;1|il se dispose avec soin à
s'approcher, dès qu'il en est capable, du tribunal de la Pénitence : son innocence trouvant un guide et un protecteur, échappe aux dangers si fréquents qui la menacent, hélas ! sur les bancs de l'école. La piété germe aisément dans ces bons petits cœurs encore si purs et si naïfs.
Les fruits d'une fervente communion sont soigneusement entretenus par l'influence du Frère ; des cours d'adultes et des réunions à l'école, les dimanches et les jours de fêtes, assurent la persévérance. Avec de tels éléments une paroisse se trouve bientôt renouvelée, et ne tarde pas à faire la consolation de son pasteur.
C'e-t encore le prêtre qui peut contribuer le plus efficacement à multiplier les vocations. D'abord il le fait par la prière, laquelle est le principal exercice de sa vie. Par la prière, il attire sur certaines âmes d'élite la grâce de la vocation. Au milieu du XVIIe siècle, la pénurie de maîtres chrétiens se faisait cruellement sentir. Un prêtre fervent, célèbre par son zèle et ses hautes vertus sacerdotales, M. Bourdoise, fonda une Association de prières, à Paris, dans la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet, dont il était curé ; et cela, dans le but direct de susciter des éducateurs chrétiens pour la jeunesse ouvrière. C'était en 1649 : deux ans plus tard, naissait l'enfant de bénédiction qui devait être le père de milliers d'instituteurs chrétiens, le Vénérable Jean-Baptiste de la Salle.
Donc, en premier lieu, la prière.
Puis viennent les mille industries du zèle sacerdotal. En effet, qui mieux que le prêtre, peut connaître les dispositions des enfants et distinguer ceux que la Providence semble appeler à la vie religieuse et à l'enseignement ? Souvent un naturel gai et pétulant trompe les parents et même les maîtres, sur les aptitudes d'un enfant pour la piété. Il n'y a
que dans les effusions du confessionnal que se révèlent alors les vues de Dieu sur ces jeunes âmes, que la grâce prévient de ses dons les plus délicats, malgré l'étourderie et la fougue de leur caractère. Un directeur charitable et zélé ouvre sans peine ces cœurs innocents, simples, confiants ; il suit, dans ces âmes naïves, les moindres impressions de la grâce, et ses paternelles directions sont, pour ainsi dire, des oracles reçus avec respect comme l'expression de la volonté de Notre- Seigneur. Aussi, lorsque le prêtre, après avoir bien examiné les dispositions d'un pieux enfant, peut lui dire : " Mon enfant, le bon Dieu a sur vous des vues particulières. Si vous travaillez à vous en rendre digne, vous pourrez être appelé à son service, " presque toujours on verra cet enfant redoubler de ferveur et faire les plus généreux efforts pour répondre à ce premier appel. Soutenu et guidé par son confesseur, l'enfant croît en sagesse et en grâce, à l'exemple de son divin modèle, l'Enfant-Jésus, Jésus de Nazareth.
Mais l'ennemi du salut des âmes ne manque pas de tendre des pièges à ces jeunes chrétiens, à ces chers petits élus dont il redoute déjà la future influence. Des compagnons plus ou moins dissolus se rencontrent toujours et partout pour seconder l'Esprit du mal. C'est encore le prêtre qui préservera l'enfant de ce péril, et qui assurera sa vocation, en l'écartant avec soin des mauvaises compagnies.
Comme le doux Sauveur, le prêtre se plaît au milieu des enfants ; Jésus lui donne la grâce de les attirer à lui, et de les retenir par sa douceur, par sa bonté, par sa charitable et joyeuse condescendance. Dans leurs regards, dans leurs paroles, et jusque dans leurs jeux, le prêtre surprend l'indice certain de leurs penchants bons et mauvais. Et c'est ainsi qu'en les écartant des occasions du mal, il achève d'apprendre à les connaître, et à distinguer plus sûrement ceux qu'il peut, avec prudence, diriger vers la vie religieuse.
Un mot encore sur les moyens très simples que peut employer un bon curé, un confesseur intelligent du bien, pour faire naître et pour développer chez un enfant la vocation religieuse.
La distribution de bons livres, de biographies de saints jeunes gens, de notices sur les fondateurs d'instituts consacrés à l'enseignement, quelques entretiens sur les avantages et le bonheur de la vie de communauté, suffiront parfois pour éveiller dans une âme innocente, dans un cœur généreux, la pensée de se consacrer au service de Dieu. Et c'eit encore au prêtre, dont le zèle a déposé ce germe précieux dans une âme, qu'il appartient de le cultiver et de le faire fructifier, par ses conseils, par sa vigilance, par son application à tout faire pour inspirer à un bon enfant le goût et l'habitude de la fréquentation des sacrements.
Quoi de plus légitime et de plus méritoire que ce zèle du prêtre pour provoquer et favoriser les vocations religieuses ? Son cœur, tout entier à la pensée de la gloire de Dieu et du salut des âmes, partage pour l'enfance cette tendre sollicitude que le pieux Gerson exprimait d'une manière si touchante : "Si un bœuf, si un âne tombe dans une fosse, on se hâtera de l'en retirer ; et l'on refuserait une main secourable à des enfants qu'on voit sur le bord du précipice ! Si tandis que le feu prend à une maison et menace de se communiquer à toute la ville, un homme intrépide monte sur les toits et arrête les progrès de l'incend'e, tout le monde s'écrie qu'il a fait une grande action, qu'il a sauvé une ville. Qu'a-t-il fait cep endant ? Il a conservé quelques maisons de pierre ou de boî 5 ; mais les âmes des enfants ne sont-elles pas les templ's du Dieu vivant, le sanctuaire du Saint- Esprit, la cité de Dieu ? Eh quoi ! Je les verrai en proie au feu des passions et aux flammes de l'enfer; les démons
s'empresseront d'attiser iiutour d'eux l'incendie ; et moi, ministre de Jésus-Christ, je ne courrai pas l'éteindre, et je ne réunirai pas tous mes efforts pour l'étouffer ! "
Au moment où l'enfer redouble ses fureurs contre l'feglise, en présence des complots de la ligue satanique formée pour imposer à la jeunesse l'enseignement obligatoire et laïque, c'est-à-dire un enseignement athée, il est juste que les ministres de Jésus-Christ, selon l'expression éloquente de Gerson, réunissent tous leurs efforts pour " étouffer l'incendie que les démons s'empressent d'attiser autour des enfants. " Plus que jamais, qu'ils prient et fassent prier pour que Dieu suscite des vocations : elles ne manquent pas, elles sont et seront toujours assez nombreuses, mais ce qui manque, c'est, nous l'avons dit plus haui, c'est l'appui nécessaire pour faire éclore, entretenir ;t mener à bonne fin ces vocations trop souvent méconnues.
Ne croyons pas qu'il y ait des paroisses frappées d'une stérilité absolue. Souvent on voit Dieu se ménager, dans les milieux les plus pervers, de jeunes âmes admirablement douées et appelées à une vertu éminente. Leur innocence est préservée merveilleusement dans le premier âge ; si une main intelligente et charitable les soutient, ces âmes s'élèveront à la vie parfaite, en entrant, de bonne heure et avec bonheur, dans une communauté religieuse.
Les Noviciats des Frères et des autres Instituts enseignants sont répandus dans toute la France : les prêtres zélés, en se mettant en relation avec eux, seront secondés dans leurs efforts. Nous éprouvons le besoin de le redire encore : jamais la moisson n'a été plus abondante, jamais les congrégations religieuses n'ont été assaillies d'autant de demandes de Frères pour les écoles. Prions donc le Maître de la vigne d'envoyer des ouvriers, et ne négligeons rien pour
aider ces ouvriers à répondre à l'appel du Seigneur, en faisant tout ce qui dépend de nous pour faciliter leur vocation.
Entre toutes les œuvres, celle-ci est, dans les circonstances présentes, une des plus essentielles, lans une bataille, c'est toujours le point contre lequel l'ennemi concentre ses attaques, qu'il importe de fortifier. L'enseignement primaire congréganiste est l'objet spécial d'une lutte acharnée de la part des ennemis de l'Eglise ; c'est donc à la défense de ces congrégations que nous devons courir, c'est à leur propagation qu'il faut surtout travailler.
3. Le Maîtte. " Sans doute, c'est au prêtre, avant tout, qu'il appartient d'étudier, de guider et de développer les vocations naissantes dans les jeunes cœurs où il lit les impressions de la grâce, particulièrement à l'époque de la première communion. Les parents doivent aussi regarder comme une bénédiction pour leur famille, le privilège de compter un de leurs enfants parmi ceux qui ont la gloire et le bonheur d'être employés à l'oeuvre sainte et sublime de l'enseignement chrétien. L'esprit de foi prescrit à un père, à une mère éclairés de favoriser, de cultiver, dans ce but, les heureuses dispositions qu'ils pourraient remarquer dans un de leurs fils.
Mais c'est au zèle des maîtres religieux que nous faisons appel aujourd'hui pour faciliter le recrutement des Congrégations enseignantes. Entrés eux-mêmes Jdans cette noble carrièfc, ils peuvent, mieux que[personne, en apprécier la suprême importance, et ils ont un avantage tout particulier pour discerner et encourager les vocations.
Cette vérité a été comprise par les hommes distingués qui ont la haute direction de l'enseignement laïque; car, là aussi, la pénurie de sujets se fait sentir.
Malgré les plus précieux privilèges, malgré les bourses offertes si libéralement, les écoles normales laïques se recrutent bien péniblement, et le nombre des candidats tend toujours à décroître. Cette année, en ce qui concerne l'Ecole des Instituteurs de la Seine, on a dij ouvrir un examen complémentaire, parce que, au premier examen, il ne s'était pas présenté assez d'aspirants pour attribuer toutes les bourses.
Depuis longtemps, l'administration s'incjuiLte des mesures à prendre pour remédier à ce te insuffisance du recrutement des instituteurs. Dans plusieurs départements, on accorde des récompenses aux maîtres qui préparent des élèves pour l'Ecole normale; l'on a môme créé des pensionnats préparatoires annexés à ces écoles. Enfin, il vient d'être arrêté qu'à l'avenir, dans le département de la Seine, nul ne sera admis au concours pour l'emploi d'élève-maître, qu'après avoir pris l'engagement de se présenter à l'Ecole normale.
A l'occasion de cette nouvelle mesure, M. Gréard, directeur de l'enseignement primaire de la Seine, dit excellemment : " Parmi les avantages de ce mode de recrutement, " il faut compter aussi celui qui résultera de la participation " directe de nos instituteurs et de nos institutrices à la pïé- " paration des candidats à l'Ecole normale. De toutes les " satisfactions que peut éprouver un bon instituteur dans la '.' carrière de l'enseignement, il n'en est pas de plus haute ni " de plus douce que celle de voir à ses côtés, au nombre de " ses collaborateurs, le jeune maître qu'il a contribué à " former ; et de la part du jeune maître, quels que soient les " rapprochements que peu à peu l'âge amène, il existe tou- " jours à l'égard de celui à qui il doit d'être devenu son égal " un sentiment d'affectueuse déférence qui contribue puis- " samment à l'harmonie nécessaire dans la direction d'une " école. "
Tous ces motifs naturels sont nobles et touchants ; ils sont propres assurément à exciter le zèle des instituteurs ; mais combien le maître congréganiste ne trouve-t-il pas des motifs encore plus élevés et plus pressants, dans l'esprit de foi qui l'anime ? Pour lui, il ne s'agit pas seulement de la mission, très honorable et très méritoire sans doute, de répandre le bienfait de l'instruction : tout important qu'il soit, ce but n'est que secondaire à ses yeux ; sa principale préoccupation, c'est la gloire de Dieu par la sanctification des âmes. Il sait d'ailleurs que l'instruction sans la religion est trop souvent un avantage funeste dans ses conséquences ; sa charité éclairée le presse d'inculquer surtout aux enfants ces principes de foi, ces habitudes chrétiennes, qui, après avoir fait l'honneur et la consolation de leur vie ici-bas, leur assureront le bonheur éternel, pour lequel ils sont créés, et que Jésus-Christ leur a mérité au prix de son sang versé pour eux sur la croix.
C'est de ce point de vue surnaturel que le maître congréganiste considère sa noble profession ; et dès lors, quelle consolation pour lui que de travailler à s'assurer des auxiliaires et des successeurs dans une mission si sublime ! Par ce zèle, qui le porte à susciter autour de lui des imitateurs de son dévoûment, il se multiplie, en quelque sorte, pour coopérer plus largement à la sanctification, au salut des âmes. La mort elle-même devient impuissante pour mettre un terme à son apostolat ; il survit dans cette génération florissante de fils spirituels, de jeunes religieux dont il a cultivé et développé la vocation. Nulle consolation plus douce à l'heure de la mort ! quel plus puissant motif de confiance quand il faudra paraître au tribunal du souverain Juge !
Pour arriver à un si précieux résultat, les moyens sont
faciles. Le premier, le plus efficace, c'est d'estimer profondément le saint état de la vie religieuse consacrée à l'instruction de la jeunesse ; c'est de montrer par la sérénité de son front, par la douce joie de son âme, que l'on se plaît au service du Seigneur. Créé pour être heureux, l'homme, dès l'enfance, cherche instinctivement où il trouvera le bonheur, et c'est pour cela qu'il se sent attiré à suivre les traces de ceux qu'il voit toujours en paix et contents de leur sort, (i)
Comme la bouche parle de l'abondance du cœur, le religieux fervent ne pourra s'empêcher d'exprimer souvent, dans les entretiens avec les enfants, sa reconnaissance envers le bon Dieu qui a daigné le choisir entre tant d'autres pour cette grande mission de l'enseignement. Dans ses causeries familières, il en fera entrevoir, à ces jeunes âmes, toute la sublimité : cultiver cette noble faculté de l'intelligence qui
(1) Qiïelle n'est pas la puissance du religieux qui joint constamment l'exemple aux leçons 1 " Quand je serai élevé de terre a dit N. S., j'attirerai tout îi moi. " Citons un fait à l'appui de cette parole du divin Maître : " On n'admirait pas seulement le professeur dans le frère Philippe, mais aussi le frère ; sa tenue et sa conversation édifiaient ; la sagesse marquait chacune de ses paroles ; le curé •d'Auray, M. Desliayes, homme d'un grand discernement, l'appelait un " jeune veillard. " Causant un jour avec le frère directeur, M, Deshayes lui disait : " Le frère Boniface (c'est ainsi qu'on appelait •encore le frère Philippe) sera un jour supérieur de votre congrégation. " Jamais l'avenir d'un homme ne fut mieux prophétisé. Ce fut A Auray, en 1812, qu'il fit ses premiers vœux. Il y resta jusqu'en 1816, passant ses jours dans l'enseignement, l'étude et la méditation. Il conduisait chaque matin ses élèves à la messe ; on raconte que pendant l'hiver, la neige ou le verglas rendait souvent bien difficile l'accès de l'église, située sur une hauteur, et que le jeune professeur y montait comme en rampant. Un précieux renseignement peut nous donner une idée de l'effet produit par ses leçons et son exemple durant son séjour à Auray ; on évalue à quarante le nombre des élèves qui, après avoir suivi son cours, embrassèrent l'état ecclésiastique ou la vie religieuse. (En sa vie par Poujoulat, p. 46.-47).
nous rend capables de connaître Dieu et de nous unir à lui ; donner à chacun le moyen de se rendre plus utile à la société, en acquérant les connaissances qui assurent le progrès de l'industrie et des arts ; devenir ainsi le promoteur de la vraie civilisation, par le développement simultané des aptitudes morales et intellectuelles ; rendre les hommes plus heureux ici-bas et les faire marcher en même temps d'un pas plus assuré vers les joies et la gloire de l'éternité : quelle mission sublime ! et c'est là ce qu'accomplit humblement, dans un travail obscur de chaque jour, le maître congréganiste, fidèle aux devoirs de son état. Comment le cœur généreux d'un enfant, pour peu qu'il ait en lui le germe de la vocation, pourrait-il ne pas s'enthousiasmer à la pensée de devenir, lui aussi, un de ces instruments de Dieu pour le salut des âmes et le bonheur de la société ? (i)
(1) Saint Edmond eut le bonheur d'avoir une mère profondément chrétienne. Tandis qu'il fivisait ses études à Oxford, il recevait chaque samedi avec son linge un cilice ou une discipline ; l'enfant comprenait l'attention niaternelle. Cette bonne mère mourut après avoir répandu sur son fils chéri les plus amples bénédictiouB de son cœur maternel. Edmond vint alors à Paris avec son jeune frère; élève, puis professeur à la célèbre université de cette ville, il l'embauma du parfum de ses vertus. Un jour, sa mère lui apparut en songe ; il semblait s'occuper de géométrie ; elle, prenant sa main, lui fit tracer trois cercles liés l'un à l'autre, en prononçant ces mots : Le Pore, le Eils et le Saint-Esprit. Edmond, frappé de cet avertissement, renonça aux sciences profanes pour se livrer entièrement à la théologie. Il fit dans les saintes lettres de rapides progrès ; il y prit le bonnet de docteur, puis il les enseigna lui-mêmu avec uu grand succès. Ses leçons étaient de vraies prédications ; il y répandait uneonction admirable, et il touchait plus encore les cœurs qu'il n'éclai • rait les esprits. Souvent ses auditeurs le quittaient émus jusqu'aux larmes, et beaucoup, frappés des vertus du maître, voulaient on devenir les imitateurs. Une nuit, il lui sembla voir sa salle de classo tout illuminée, et sept flambeaux en sortir ; le lendemain, sept do ses disciples en sortirent réellement, pour aller s'ensevelir dana l'abbaye de Citeaux.
C'est un devoir pour le maître chrétien d'appeler souvent l'attention des enfants sur l'importance du choix d'un état de vie. Il doit leur rappeler que Dieu, dans sa providence, destine chacun de nous à une fonction particulière, et que dans sa bonté, il nous donne les aptitudes, les facultés spéciales pour que nous puissions remplir cette fonction avec facilité et d'une manière méritoire, (i)
Connaître sa vocation, c'est donc la chose la plus importante pour assurer notre salut et notre bonheur, même icibas. En pénétrant IV^pritdes enfants de ces grandes vérités, on les portera à réfléchir sérieusement, de bonne heure, sur le choix de leur carrière ; on leur fera sentir que, dans leurs prières, une des grâces qu'il convient de solliciter avec le plus de ferveur, c'est la connaissance de la voie qu'ils doivent suivre pour accomplir heureusement le pèlerinage de la vie, et arriver sûrement à la patrie céleste.
Convaincu lui-même de la gravité de cette question, tout maître religieux se gardera bien de passer un seul jour sans implorer, pour ces chers enfants confiés à ses soins, les lumières de l'Esprit-Saint ; et par ses bonnes œuvres, par sa régularité exemplaire, par ses mortifications et ses communions, il s'efforcera de contribuer à leur obtenir une fidèle correspondance à la grâce.
Enfin, il est encore un moyen bien utile pour découvrir et
(1) Dans une grande ville des Etats, un maître religieux a l'habitude de parler tous les samedis do la vocation à ses élèves ; s'il lui arrive parfois de l'oublier, il est rappelé à l'ordre par son petit monde. Dieu a tellement béni cette pieuse pratique, que déjà près d'un» quinzaine de ces enfants, ont embrasse la vie religieuse et y reproduisent les bons exemples de leur maître. Et n'est-ce pas en répétant sans cesse l'unum necessarium h Xavier que St. Ignace le désenchanta de la fascination des grandeurs humaines, et l'attira h la pratique des austérités de la vie religieuse.
développer les vocations : c'est de répandre avec intelligence de petits livres choisis dans ce but. Que de jeunes gens ont eu l'intuition de la vie religieuse à laquelle Dieu les appelait en lisant la vie des saints ! (i) Des notices sur le Vénérable de la .Salle, sur les prodiges obtenus par son intercession et sur les hommages rendus à sa mémoire ; de petites biographies qui retracent les vertus de ses plus fidèles disciples, depuis le Frère Irénée jusqu'au P^ère Bérain ; l'exceuent opuscule intitulé : Quelques conseils sur le clioix d'une carrure^ et tant d'autres du même genre, en fixant l'attention des jeunes lecteurs, en provoquant leurs réflexions, les aideront à discerner les mouvements secrets de la grâce dans leur propre cœur, et leur feront apprécier le privilège insigne de la vocation religieuse dans un Institut voué à l'éducation de la jeunesse.
Mais comme c'est la pureté du cœur qui nous dispose le mieux à recevoir les lumières du ciel, et que, d'un autre côté, il est nécessaire de connaître les secrets de la conscience jusque dans les replis les plus cachés, pour apprécier sûrement les indices de vocation, et les aptitudes à la vie parfaite, un maître chrétien aura grand soin de veiller à ce que les enfants chez lesquels il remarquera d'heureuses dispositions, contractent l'habitude de recourir fréquemment au sacrement de Pénitence. C'est par l'usage de cet auguste sacrement que le cœur se purifiera de plus en plus ; c'est dans l'ouverture absolue, possible seulement au saint Tribunal, que l'âme de l'enfant se révélera dans toute son ingénuité ; et un directeur spirituel prudent, qui a pour cela
(1) Les Vies des Saints publiées par le Pèlerin sont excellentes. Partout où elles sont répandues, les enfants et les familles les lisent »vec bonheur et non sans fruit. On ne saurait trop encourager et répandre cette publication aussi utile qu'intéressante.
mission spéciale et grâce particulière, discernant avec assurance les marques d'une vocation, saura par ses sages conseils et ses encouragements l'entretenir et la développer.
Grâce à l'emploi persévérant de tous ces moyens que leur suggérera un zèle éclairé, les Maîtres congréganistcs réussiront certainement à s'entourer d'auxiliaires, à s'assurer des successeurs, en contribuant, pour leur large part, au recrutement des Noviciats. Ils répondront ainsi à un besoin urgent de là société, et ils se montreront dociles à la leçon du divin Maître, qui leur dit, à eux tout spécialement, comme autrefois à ses apôtres ; " Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers."
4°. — Tout chrétien.
Cette œuvre qui a pour but d'encourager les vocations, est avant tout une œuvre spirituelle. Sans doute elle exige de grands sacrifices pécuniaires, et l'emploi des moyens humains propres à faciliter le recrutement des Noviciats ; mais c'est le cas, plus que jamais, de rappeler la parole du psalmiste : " Si le Seigneur lui-même ne bâtit la maison, c'est en vain qu'auront travaillé ceux qui la construisent. "
On doit ne rien négliger pour assurer la multiplicité des vocations : toutefois il importe par-dessus tout qu'elles soient bonnes, et pour cela, il faut les demander à Dieu, qui seul les fait naître et nous aide à les découvrir. La prière est donc le meilleur, le plus puissant moyen pour assurer le succès de l'Œuvre du Vénérable de la Salle.
C'est la prière, il ne faut pas l'oublier, c'est la prière qui a donné à l'Eglise le père vénérable de cette famille religieuse ; c'est encore la prière qui doit en multiplier les enfants. Un digne prêtre, un ami de saint Vincent de Paul. M. Bourdoise, que Dieu avait pénétré de la conviction des bienfaits à attendre d'écoles dirigées par un esprit sur-
naturel, après avoir suggéré vainement l'idée de cette grande œuvre aux personnages qu'il croyait les plus capables d'y contribuer, eut enfin la pensée de fonder une association de prières, pour obtenir de Dieu qu'il voulût bien accorder à la France des maîtres d'écoles chrétiens. " Il était alors à Liancourt ; beaucoup d'ecclésiastiques et de religieux que la guerre civile avait chassés de Paris, se trouvaient avec lui. Soixante-dix d'entre eux, parmi lesquels plusieurs membres de la communauté de Saint-Sulpice, entrèrent dans l'association qui fut placée sous le patronage de saint Joseph. Tous les associés s'engageaient à célébrer avec une grande dévotion la fête du saint, à prier sans relâche pour que Dieu inspirât aux supérieurs ecclésiastiques le zèle des écoles chrétiennes, à y travailler eux-mêmes de tous leurs efforts. M. Bouidoise, de son côté, n'y manqua point. Il écrivit, prêcha, fit des conférences avec son zèle accoutumé. Un jour, dans l'Eglise de Gentilly, après un sermon, il parla avec tant de feu sur ce sujet, que quatre-vingts personnes voulurent aussitôt se faire inscrire dans l'association. Elle commença le 15 mars 1649 ; deux ans après, le 30 avril 165 1, Jean- Baptiste de la Salle venait au monde : Dieu avait envoyé sur la terre le fondateur des Ecoles Chrétiennes, (i)"
N'en doutons pas. Dieu, aujourd'hui encore, sera touché des supplications ferventes qui lui sont adressées pour obtenir le développement d'une œuvre dont l'origine est due à ce grand et suprême moyen de la prière, sans lequel l'or répandu à pleines mains serait stérile. Si l'œuvre de la propagation de la Foi opère tant de merveilles, c'est qu'à l'offrande de l'argent, on joint l'aumône bien plus précieuse, bien plus efficace de la prière.
Que toutes les âmes pieuses dissent donc pour accorder
'1) Histoire du Vénérable de la Salle, par Armand Eavelet, pages 70, 71.
à l'œuvre dn Vénérable de la Salle ce concours si précieux ; que les prêtres, dans leurs saints sacrifices, implorent spécialement pour elle les bénédictions du Seigneur ; que les religieux et les religieuses daignent y appliquer une bonne part des mérites de leurs saintes austérités ; que les fidèles, dans leurs communions les plus ferventes, que les enfants, dont l'innocence plaît tant au Seigneur, élèvent vers le ciel leurs vœux et leurs supplications ; et comme au dix-septième siècle, les efforts d'une sainte association ont obtenu le premier germe de l'œuvre des Ecoles chrétiennes, une nouvelle union de prières assurera à cette œuvre la fécondité nécessaire pour répondre aux besoins des temps actuels.
Voici une formule conforme aux pensées que nous venons d'exprimer, et qui a reçu l'approbation de l'Ordinaire.
Prière pour obtenir des maîtres chrétiens.
Seigneur, qui voyez les efforts des impies pour vous arracher l'âme des enfants, ayez pitié de votre peuple, daignez multiplier au milieu de lui le nombre des maîtres chrétiens. Envoyez des ouvriers à votre vigne, remplissez-les de votre esprit, fécondez-en les fruits. Nous vous le demandons par le Cœur de votre divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, Ainsi soit-il.
Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous.
Cœur immaculé de Marie, priez pour nous.
Saint Joseph, patron de l'Eglise universelle, protégez-nous.
(L'Abbé Cariofî.)
Nous ne saurions trop recommander à la jeunesse chrétienne de demander, par le Vénérable de la Salle, la grâce d'être éclairée sur sa vocation. Voici un touchant exemple d'une vocation due à ce grand serviteur de Dieu.
" Dès sa plus tendre enfance, Edmond A*** avait fré-
quenté assidûment les classes des Frères, à Yvetot, où demeuraient ses parents. A l'âge de huit ans, de fréquents accès d'e'pilepsie l'obligèrent de s'absenter souvent de l'école. La famille n'épargna rien pour combattre cette terrible maladie, mais tous les moyens employés par les meilleurs médecins demeurèrent impuissants. Le Frère Directeur, en visitant le petit malade, fut ému de la désolation des parents, qui jugeaient le mal sans remède, et il les engagea à invoquer avec confiance le secours du pieux Fondateur. Il remit en même temps à l'enfant une image sur laquelle était fixé un petit morceau du vêtement du Vénérable.
" Depuis lors, chaque fois que le pauvre petit se trouvait attaqué, il réclamait à grands cris la pieuse image ; à peine l'avait-on posée sur lui que l'accès se calmait et l'enfant recouvrait immédiatement toute sa connaissance.
" Frappés de ces effets sensibles de la protection du Vénérable, les parents promirent d'aller en pèlerinage à Rouen, pour prier sur son tombeau, si leur fils obtenait une guérison complète.
" A partir de ce moment, l'enfant n'eut plus une seule attaque d'épilepsie, et sa santé, ébranlée fortement par les nombreux accès antérieurs, s'améliora de jour en jour. Il put reprendre ses études jusqu'à l'âge de treize ans environ. Il commença alors à travailler avec son père, marchand tailleur.
" Quand la guérison fut bien constatée, les parents ne manquèrent pas de s'acquitter de leur promesse : ils firent leur pèlerinage -wec leur fils, à Rouen, et tous trois, agenouillés devant les précieux restes au Vénérable, ils le remercièrent, dans toute l'effusion de ' iur cœur, de cette guérison instantanée et parfaite qu'ils d> vaient à son intercession. Depuis lors, chaque fois 'r.e leurs .ffaires les appe-
laient à Rouen ils ne manquaient pas d'aller auprès du tombeau du Serviteur de Dieu, pour renouveler l'expression de leur reconnaissance.
" Il y avait quatre ans que la guérison complète avait été ainsi parfaitement constatée, quand le jeune apprenti fut envoyé seul par son père à Rouen, pour y chercher quelques marchandises qui lui manquaient. Après avoir fait ses achats, Edmond fut heureux de profiter de l'occasion de ce voyage pour renouveler, selon sa pieuse coutume, ses hommages au tombeau du Vénérable. Pendant qu'il priait avec ferveur, il se sentit tout à coup inspiré d'un vif désir d'embrasser la vie religieuse dans l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes ; mais, se défiant de ses propres lumières et craignant une illusion, il résolut de ne communiquer à personne cette pensée, avant d'en avoir entretenu ses parents, fervents chrétiens, incapables de s'opposer à la volonté de Dieu, dès qu'elle se manifesterait à eux.
" En sortant de la chapelle, Edmond, se rendit au parloir pour y attendre quelques-uns de ses compagnons d'enfance qui suivaient alors les cours de l'Ecole normale de Rouen, dirigée par les Frères, comme on le sait. En regardant . défiler les élèves accompagnés de leurs maîtres, notre bon jeune homme se sentait frappé, plus vivement que jamais, de la considération du bonheur des Frères, dévoués au service de Dieu et à l'éducation chrétienne des enfants : la conviction qu'il était appelé à partager leurs travaux et leurs consolations se grava alors encore plus profondément dans son esprit.
" De retour chez lui, il se hâta de communiquer à son père l'inspiration qui lui était venue, lorsqu'il priait sur le tombeau du Vénérable, et il ajouta que depuis ce moment, cette pensée ne le quittait pas. Commejl était déjà tard et
que, d'ailleurs, en homme prudent, il voulait se me'nager le temps de prier et de réfléchir, le père d'Edmond l'engagea à aller prendre son repos, en ajoutant : "Tu me parleras de cela demain. "
" Dès le matin, notre jeune homme s'empressa de raconter tout au long à son père et à sa mère, comment sa vocation lui avait été révélée, et la conviction profonde où il était que cette inspiration venait de Dieu. Ses pieux parents convinrent avec luî qu'ils commenceraient ensemble, le jour même, une neuvaine en l'honneur du Vénérable de la Salle, afin de connaître plus sûrement les desseins de la Provi- • dence. Le dernier jour de cette neuvaine, après la communion, Edmond vint à Rouen pour visiter de nouveau le tombeau du Vénère le. Il avait dit à sa sœur, qui l'accompagnait : " Prie bien, peur que la volonté de Dieu s'accompli^se en moi. " Ils restèrent tous deux prosternés quelque temps dans cette chapelle, où repose le corps du vénérable Fondateur, et prièrent avec autant de ferveur que de confiance. En sortant, Edmond dit à sa sœur, d'un ton qui annonçait une résolution définitive : " Il faut que je sois Frère, et, avec la grâce de Dieu, je veux être un bon religieux* "
" En arrivant chez ses parents, il leur communiqua sa résolution en les priant de faire, sans plus tarder, les premières démarches pour obtenir son admission au Noviciat. Le père et la mère, en bons chrétien?, offrirent généreusement au Seigneur l'enfant qu'il leur demandait, et l'heureux Edmond est aujourd'hui un fervent Novice. "
Voici l'histoire d'une guérison opérée à Brooklyn par l'intercession du Vénérable de la Salle et d'une vocation placée sous son puissant patronage. Nous empruntons ce récit au Bulletin de l'Œuvre du Vénérable.
Guc'rison du Jeune A. F. Kenedy, de Brooklyn, attribuée au Vénérable Jean-Baptiste de la Salle.
En reproduisant in extenso le document intéressant que nous recevons de New- York, nous n'avons pas besoin de faire remarquer à nos lecteurs qu'en attendant que l'autorité ecclésiastique se soit prononcée, on ne doit attacher à cette relation d'autre foi que celle qui a pour fondement l'autorité humaine c; privée.
New-York, 31 juillet 1882.
Cet acte a pour objet de certifier que le 10 janvier 1881, ou vers ce jour-là, Arthur Patrick Kenedy, âgé de près de trois ans, est tombé malade au domicile de ses parents, demeurant No 169, Wilioughley, au coin de la place Fleet, à Brooklyn, Etat de New-York, Etats-Unis d'Amérique.
Nous fîmes venir le médecin de la famille, J. Van Harlingen, M. D., et il nous déclara que l'enfant avait la diarrhée paludéemie, qui continua à le faire souffrir, spécialement pendant la nuit, avec des selles fréquentes, mais sans l'affecter autrement.
Vers le 24 février de la même année, il cessa de jouer, et réclama des soins assidus, continuant à aller de mal en pis. Vers le 3 mars 1881, le docteur Van Harlingen l'ayant visité assez régulièrement, et étant d'avis que l'enfant manifestait les symptômes de la phtisie du cerveau, demanda la permission d'avoir, avec un autre docteur, une consultation à son sujet. La permission fut donnée, et le ou vers le 3 mars, il vint avec le docteur Armour, professeur au Long Island Collège Hospital, de Brooklyn, Etat de New- York. Le docteur Armour dit que l'enfant était très malade, et qu'il pensait qu'il souffrait des troubles au cerveau... Il revint encore le 6 du même mois et dit que l'affection (jju cerveau augmentait, mais qu'elle n'avait pas encore pris son entier
développement. Il fut de l'avis du docteur Van Harlingen, qui qualifiait la maladie de phtisie du cerveau.
N'étant pas encore bien fixé, et désirant ne laisser aucune pierre sans l'avoir retournée, je parlai encore au docteur Van Harlingen, et je lui dis que je voudrais avoir le sentiment de la plus haute autorité médicale au sujet de la maladie de l'enfant. Sachant que le professeur William A. Hammond, 54e rue, No 43, ouest, à New-York, était considéré comme la meilleure autorité, dans les Etats-Unis, et presque infaillible dans les questions relatives au traitement des maladies du cerveau et des nerfs, dont, à l'exclusion de toutes autres maladies, il s'est fait une spécialité, je déclarai au docteur Van Harlingen que je souhaiterais que le professeur Hammond vît l'enfant et donnât son opinion.
Le docteur Van Harlingen répondit que s'il s'agissait de son propre enfant, il ne ferait pas cette démarche, car il n'y avait pas le moindre doute que l'enfant ne fût atteint de phtisie cérébrale.
Cependant il consentit à avoir une consultation avec le professeur Hammond, qui vint de New-York à Brooklyn, le 8 mars 1881, pour voir l'enfant. Il l'examina très soigneusement avec l'ophtalmoscope et demanda ensuite que le père et la mère de l'enfant, avec le docteur Harlingen, descendissent au salon. Arrivés là, il nous fit connaître le douloureux résultat de son examen du malade : il nous dit que l'enfant avait une méiiingitc tiiherctdeîise ou phtisie du cerveau et que, suivant lui, il n'y avait aucun espoir de sauver l'enfant, qui ne guérirait jamais de cette maladie.
Je demandai au docteur s'il n'y avait pas un espoir quelconque qu'à la fin l'enfant guérît ; "Non, aucun espoir; je suis peiné d'avoir à le dire. " Telle fut sa réponse. Je lui dis encore : " Ne ssrait-il pas possible, docteur, que vous vous
soyez trompé sur les symptômes de cette maladie, que vous prendriez à tort pour wt\& phtisie cérébrale ? Il répondit : Je n'ai jamais, dans ma pratique, rencontré un cas de méningite tuberculeuse, dont les symptômes aient été mieux ou plus complètement développés. A sa requête, un médicament fut donné à l'enfant pour amortir la sensibilité, afin que, lorsque les convulsions se produiraient comme elles devaient nécessairement se produire vers la fin de la maladie, l'enfant fût inconscient de la douleur et mourût aisément. Ce médicament devait être donné à l'enfant environ toutes les deux heures. Ma femme le lui donna une fois, et il tomba dans un profond sommeil ; il ne se réveilla qu'après 5 ou 6 heures, et semblait plus faible au lieu d'avoir été reposé par ce long sommeil. Un cousin de ma femme, Thomas Ryder, dentiste, No. 428 Grand'Rue, New- York, envoya alors le médecin de sa famille, M. Nolan, qui vint de New- York plusieurs fois pour voir l'enfant, mais ne put rien faire pour le soulager. L'enfant était alors réduit à l'état de simple squelette, n'ayant rien sur les 03, sinon la peau qui les recouvrait. Il rejetait souvent sa tête en arrière de manière à ce que son corps formait un arc, et le docteur attribuait cela, aussi bien que la dilatation de la pupille de ses yeux, à la maladie dont il souffrait et dont c'étaient les. symptômes ordinaires. Il respirait avec peine et très vite, et, à chaque aspiration, ses poumons faisaient un bruit semblable à celui de feuilles de papier froissées dans les mains. Son pouls battait très vite et irrégulièrement, et la paume des mains était aussi sèche que du parchemin, Aucune nourriture d'aucune sorte ne lui fut donnée pendant plusieurs semaines, excepté une cuille-^ rée de lait ou d'eau-de-vie délayée dans dix fois son volume d'eau. On lui en donnait une cuillerée à la fois*
Nous nous déterminâmes tout d'abord à renoncer à tout
secours humain, et à invoquer l'aide de Dieu par l'intercession de ses saints. Ma femme commença une neu vaine à Saint- Patrick, le 7 mars 1881 et la termina le 17 par la confession et la conmiunion. Le ou vers le 8 mars 1881, mon ancien maître, le frère Botthian, maintenant directeur des Frères des Ecoles chrétiennes à Newark, Etat de Jersey, vint au magasin pour me voir, et me demanda quelles nouvelles j'avais. Je répondis : " De très mauvaises nouvelles ; mon petit garçon de trois ans est mourant. " Le frère Botthian me demanda quelle était sa maladie. Je lui dis : "Phtisie cérébrale. " Le frère Botthian alors me demanda si j'avais foi aux miracles. Je répondis: "Autant de foi que j'en ai à ma propre existence. " Alors il médit que plusieurs guérisons avaient été opérées dans des cas désespérés de maladies cérébrales, par l'invocation du secours du Fondateur des Frères des Ecoles chrétiennes, le Vâicrablc Jean-Baptiste de la Salle ; qu'il avait une relique de leur fondateur, et qu'il me l'enverrait par la poste si je lui promettais de faire une neuvaine pour la guérison de l'enfant, et d'autoriser Arthur Patrick à entrer dans l'Institut des Frères, dans le cas où ce serait sa vocation. Madame Kenedy et moi, nous donnâmes volontiers notre parole. La relique vint, — c'était une parcelle de son vêtement, — et le père et la mère de madame Kenedy, madame Kenedy et moi, le 10 mars 1881, nous commençâmes une neuvaine au Vénérable Jean- Baptiste de la Salle, priant pour la guérison de l'enfant, dans les termes suivants :
" Seigneur Jésus, qui avez dit, lorsque vous étiez sur la terre: Laissez venir à moi les petits enfants ; qui regardez comme fait à votre personne ce que l'on fait au plus petit d'entre eux, et qui avez promis par votre divin esprit, que là mémoire du juste sera éternelle, nous supplions votre divine
bonté de manifester la gloire du Vénérable JJean-Baptiste de la Salle, qui, pour l'amour de vous, s'est fait l'apôtre de la jeunesse ; daignez, Seigneur, bénir la cause de sa béatification, et la couronner d'un heureux succès, afin que nous puissions vous glorifier sur la terre dans votre serviteur, et obtenir par son inteicession, de vous bénir éternellement avec lui dans les cieux, où vous vivez et régnez dans les siècles des siècles, amen ! Ave Maria. "
Tous, nous reçûmes la sainte communion à la fin de cette neuvaine. Ce jour-là, Arthur Patrick, notre petit enfant, ouvrit les yeux pour la première fois depuis trois semaines, et il commença à parler. Au bout de trois jours, il était en état de remarquer les choses autour de lui et de les nommer. Le frère Botthian vint me voir et me demanda comment allait le petit malade, et je lui répondis : " Beaucoup mieux." Le frère Botthian alors m'engagea à faire une autre neuvaine, afin d'obtenir une guérison complète. Je le lui promis, et, de son côté, il me dit que les Frères joindraient leurs prières aux nôtres.
Nous commençâmes une seconde neuvaine au Vénérable de la Salle, le 12 avril 1881 ; elle se termina par la confession et la communion.
Le neuvième jour, comme Arthur Patrick allait décidément mieux. Madame Kenedy le conduisit au Prospect Park, Brooklyn, et il étonna sa mère par la force dont il fit preuve. Elle loua une voiture d'enfant pour pouvoir le promener dans le parc. Il ne voulut pas s'y asseoir lui-même ; il invita sa sœur, âgé de quatre ans, à s'y installer, et, sans être aidé, il traîna lui-même la voiture, à une assez grande distance. Il a continué à aller mieux chaque jour, gagnant des forces et reprenant un peu d'embonpoint. Lorsqu'il fut complètement guéri, je me rendis chez le docteur Hammond,
54e rue ouest, pour lui annoncer que l'enfant avait recouvré la santé. Le docteur Hammond dit :
" Qu'il lui était impossible de guérir, car personne ne pouvait guérir d'une telle maladie ; " et ensuite il lut dans un gros livre de plusieurs centaines de pages, dont il est l'auteur, et où il avait marqué d'avance de qui concerne les maladies nerveuses et cérébrales, les symptômes variés des dififérentes phases de la maladie qu'avait Arthur 'Patrick, c'est-à-dire la mcuhtgitc tuberculeuse. Le docteur Han^'^ond me dit : " L'enfant est maintenant dans la seconde phase de la maladie ; la troisième phase entraînera la mort. " Je lui demandai : " Combien de temps pensez-vous que cela va durer? " Il me répondit : " Probablement trois mois, peutêtre six mois." Je lui dit alors : " Docteur, quand vous êtes venu à la maison, à Brooklyn, avec le docteur Van Harlingen, vous disiez qu'il y en avait probablement pour trois à six semaines ; maintenant vous dites : trois à six mois. "
Après que je lui eus fait cette observation, le docteur Hammond paraissait ennuyé, et il répéta ce qu'il avait établi précédemment, que l'enfaut ne pouvait vivre, quoi que l'on fît
. Il dit qu'il y avait deux cas que l'on disait avoir été traités avec succès par d'éminents médecins français ; mais que lui< docteur Hammond, doutait que la maladie, dans ces deux cas, fut une mcuiiigite iuberculeusd Lorsque je le quittai, il me pria de lui porter une petite fiole contenant de l'urine de l'enfant ; mais madame Kenedy ne permit pas qu'on lui en envoyât, parce que nous avions renoncé à tout secours humain, et que tout notre espoir, pour la guérison de l'enfant, était en Dieu.
Jusqu'à présent, 31 juillet i882< l'etifant a joui d'une bonne santé, avec un cerveau actif et précoce au-delà de ce
qu'on peut espérer à son âge. Et nous, ses parents, nous sommes pleinement convaincus que sa gucrison a été opérée par l'intercession du Vénérable de la Salle, et nous sommes en outre résolus et déterminés à l'envoyer au collège des Frères des Ecoles chrétiennes, à Rock Hill, EUicott City, Etat du Maryland, Etats-Unis d'Amérique, quand il aura l'âge de dix ans, selon que nous l'avons promis au frère Botthian.
Stj;r'f: Patrick J. Kenedv,
El.TSABETII M. S. KeXKDV, Signé et juré devant moi,
Ce 31 juillet 1882.
Si£/ie: William Hugues,
Notaire public, King's county, N. Y.
Je certifie, par le présent, que je suis lé médecin ordinaire de la famille, nommé dans le certificat ci-dessus, et qui a été chargé de suivre la maladie qui y est mentionnée, dans laquelle le dit Arthur Patrick Kenedy était atteint de méningite tuberculeuse, et je regardais la maladie de l'enfant, à cette époque, comme étant incurable et échappant à tous secours humains.
Daté à Brooklyn, le 2 août 1882.
Signé : JOIIN Van Harlingen, m. D.
Etat de New- York, P. : Ce deuxième jour d'août, en l'an- City of Brooklyn, née 1882, de Notre-Seigneur, devant County of King. moi, personnellement, s'est présenté
John Van Harlingen, M. D., connu de moi pour être l'individu désigné dans le présent certificat, qu'il a fait luimême, et a reconnu devant moi qu'il en était l'auteur.
Signé : WlLLL\M HUGHES.
Notaire public, King's County
Etat de New-York, Moi, Charles B. Elliott, secrétaire du
County of Kin<^ County of King et de la Cour su-
IMacc du sceau prcmc de l'Etat de New- York, dans
de King's County. et pour ledit Comté. (Ladite Cour
étant une Cour de Record), certifie, par le présent, que
WlI,LIAM IIUGIIKS, dont le nom est au bas du certificat de preuve ou reconnaissance de l'instrument annexé, et sur lequel il est écrit, était, à l'époque où il a fourni cette preuve ou reconnaissance, Notaire public de l'Etat de New- York, dans et pour ce County of King s, domicilié dans ledit Comté, commissionnc et juré, et diàment autorisé à faire cet acte. Et, de plus, que je connais bien l'écriture dudit notaire, et, vraiment, je crois que la signature dudit certificat est authentique, et que ledit instrument est exécuté et reconnu conformément aux lois de l'Etat de New- York.
En témoignage de quoi, j'ai signé et apposé le sceau dudit Comté et de ladite Cour, ce 17 octobre 1882,
Signé : ELIAS B. Elliot, Secrétaire.
L'assistance spirituelle par les sages conseils, par la prière, par le zèle, et, au besoin, par la plume, est nécessaire mais insuffisante ; il faut des sacrifices, et des sacrifices d'argent. *' Des sacrifices d'argent ! s'éerie Mgr Besson, helas ! si nous ne les faisons pas à Dieu et à l'Eglise, ne les faisons-nous pas tous les jours à la fièvre des spéculations qui nous dévore ? On croyait s'être enrichi, et on se trouve tout à coup pauvre et sans ressources. Notre fortune se dissipe en une nuit comme la fumée, et les titres que nous croyions les plus solides, ne sont plus que d'inutiles papiers. Demandons-nous, après avoir fait ces sacrifices, s'il n'y a pas plus d'habileté et de prudence dans les sacrifices volontaires que l'on offre
à l'Eglise. La valeur des dons et des offrandes n'y varie pas comme à la bourse ; les actions généreuses y ont un coiirs force et régulier ; le vrai dividende, le seul désirable, c'est celui que nous recevrons en paradis. "
Les Petits-Noviciats constituent une dépense très considérable. On ne saurait évaluer à moins de $ioo l'entretien annuel, si modeste soit-il, de chacun des élèves ; or, ils sont au '-ombre de plus de 950, et l'on espère que le chiffre de 1,000 sera promptement atteint.
C'est donc une somme de $100,000, au moins, qu'il faut trouver annuellement, pour couvrir les dépenses des constructions, du mobilier et de l'entretien du personnel — maîtres et élèves — de ces établissements.
L'entretien des Grands-Noviciats, qui est encore plus coûteux, porte à plus de un million la dépense annuelle que devra faire la Congrégation pour le recrutement de ses membres.
Et pour couvrir des frais si corisidérab, lesde quelles ressources dispose-t-elle ? De ressources bien minimes, en vérité, Même avec une sévère économie, une habile direction financière, la vie des Frères des Ecoles chrétiennes nous paraît un mystère. Quand sur la modique somme qu'on leur alloue comme traitement, ils ont prélevé leur nourriture, leur entretien, les frais des vieillards, des malades et d'une vaste administration, il reste fort peu à verser dans fa caisse des noviciats.
Et qu'on le remarque bien, l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes est absolument abandonné à ses propres ressources et à la charité privée, car il n'a aucune part aux subventions que le gouvernement alloue si généreusement aux Ecoles normales.
Un appel chaleureux et confiant est donc adressé aux
^mes charitables et aux anciens élèves des Frères, pour obtenir la création de bourses, ou des secours temporaires en faveur des Petits-Novices.
Les souscriptions se classent comme suit :
1. Fondation à perpétuité d'une bourse, un capital de 4p2,ooo, soit une rente de $ioo par an. (i)
2. Création temporaire d'une bourse, c'est-à-dire une rente annuelle de $ioo pendant 3, 6, 9 ans ;
3. Souscription annuelle de 2 à 80 piastres pendant quel- •ques années ;
4. Souscription annuelle de i piastre pendant quelques ^années ;
5. Organisation d'œuvres, collectes, soirées littéraires, conférences, etc., au profit des Petits-Noviciats.
6. Enfin, un don ou une aumône, si modeste soit-elle, isolée ou répétée à volonté. (2)
Nous comptons pour le succès de notre œuvre, sur la générosité des personnes que la Providence a favorisées des dons de la fortune. Puissent ces heureux du siècle comprendre qu'il n'y a pas de fonds plus siirement placés et plus productifs que ceux qui sont versés dans le sein des pauvres du bon Dieu ! Nous comptons aussi sur le concours des
(1) L'Iustitut comptera au nombre de ses insignes bienfaiteurs Messieurs les Ecclésiastiques, ainsi que toutes les autres personnes zélées qui travailleront à susciter ou à cultiver des vocations, soit pour les Grands, soit pour les Petits-Noviciats. En outre, il accor- <lera un Diplôme iV A filiation à toute pei'sonno qui fondera une bourse à perpétuité ; c'est tVdirc, qui versera, une fois pour toutes, la somme de $2,000.
Le Bulletin de l'Œuvre sera adressé gratis aux zélateurs qui recueilleront douze souscriptions de 25 centins par an, afin qu'ils lo communiquent aux souscripteurs de leur douzaine.
(2) Pour tous les renseignements s'adresser au Directeur des Frères 'des Ecoles clirétiennes, Lfontréal, rue Cotté, 50.
anciens élèves des bons Frères ; car il est certain que tous tiennent à honneur de témoigner ainsi leur gratitude aux maîtres qui élevèrent leur enfance, et en même temps ménager le bienfait d'une éducation chrétienne aux générations qui vont les suivre, (i) C'était déjà la confiance de Monseigneur Bourget qui, lors de la création du Petit-Noviciat de Montréal, bénissait en ces termes l'œuvre naissante et ses bienfaiteurs, au premier rang desquels il place les anciens élèves des Frères. " Désireux, dit Sa Grandeur, de voir s'implanter et s'accroître dans notre Diocèse " l'Œuvre du Vénérable Jean- Baptiste de la Salle, " nous approuvons et bénissons tous les efforts qui pourraient être faits pour en assurer le succès, et nous invitons tout particulièrement les anciens élèves des Frères, à payer leur tribut de reconnaissance envers l'Institut du Vénérable de la Salle, en prêtant leur concours à l'importante organisation qui est ici proposée à leur zèle. "
3. Marques d'une vocation religieuse en général et, en particulier, d'une vocation à r Institut des Frères des Ecoles clirétiemtes.
La vie est une lutte, tout chrétien est soldat du Christ ; le religieux, lui, forme sa garde d'honneur. Or, l'expérience le prouve. Dieu préfère la qualité à la quantité ; il ne compte pas ses combattants, il les pèse. Que ce principe soit sans cesse présent à l'esprit des supérieurs de nos Communautés religieuses et de tous ceux à qui le ciel a départi la glorieuse mission de travailler à leur recrutement.
(1) Dans presque toutes les grandes vilijs do Franco, les anciens élèves ont constitué des comités dans le but do propager l'Œuvre du Vénérable. La plupart de ces comités ont tenu à honneur do fonder une bourse pour l'entretien d'un 'petit novice. Pourquoi notre Canada, qui doit tant aux Frères, n'iiniterait-il pas ce touchant exemple de reconnaissance ?
On a dit avec raison : " le grand art d'un prince, pour bien .gouverner, consiste à savoir choisir sagement ses ministres." Nous dirons, avec autant de vérité, que le grand succès d'un Institut est dans le choix intelligent des sujets qui doivent s'y consacrer à Dieu. Aussi l'Œuvre du Vénérable de la Salle, si sympathique à toutes les âmes qui ont quelque souci de l'avenir religieux du Canada et du monde, ne saura-t-elle atteindre pleinement le noble but qu'elle se propose, qu'à la condition de choisir un à un, avec le plus grand soin, les enfants qui deviendront plus tard des Frères des Ecoles chrétiennes. L'honneur de la Religion, la vie de l'Institut, le salut des enfants du peuple y sont également intéressés. Il s'ensuit que, dans une affaire de cette importance, et où il s'agit formellement de vocation, m lo patronage ni la protection ne pourraient suffire seuls à se prononcer. Ce n'est pas parce qu'un enfant aura l'honneur d'être recommandé par un personnage considérable, ou par une pieuse dame de charité, qu'il apportera au Petit-Noviciat les qualités requises pour devenir un bon maître congréganiste. Sans doute, Dieu mettra souvent sur le chemin d'une âme généreuse un enfant prédestiné ; ces deux existences ne se rencontrent un instant que pour accomplir un dessein providentiel ; Dieu a de ces attentions admirables, où nous reconnaissons sa bonté maternellement paternelle. Mais il serait exagéré de faire de ces exceptions une loi que Dieu veuille s'imposer, et les meilleurs désirs de ceux qui s'occupent d'un enfant ne retirent point à ceux qui l'acceptent ou le refusent, le devoir d'étudier les aptitudes et de trancher en dernier ressort son ' admission ou son refus.
Ce sera peut-être rendre service à plus d'un bienfaiteur de l'œuvre, que de rappeler les caractères d'une véritable vocation à la vie religieuse.
Ces caractères sont généraux et communs, si on envisage la vie religieuse sans distinction d'ordres ou de congrégations, et propres et particuliers, si on considère telle ou telle famille religieuse.
Quels sont les signes auxquels on peut reconnaître qu'on est vraiment appelé de Dieu à la vie religieuse ?
St. Liguori répond en citant St. François de Sales : — " Pour avoir une marque d'une bonne vocation, il ne faut pas une constance sensible, mais qui soit en la partie supérieure de l'esprit. Air.si, il ne faut pas juger qu'une personne n'est pas vraiment appelée, parce qu'il llii arrive, même avant d'avoir quitté le monde, de ne plus éprouver ces mouvements sensibles qu'elle avait au commencement, ni môme parce qu'elle sent des dégoiàts et des refroidissements qui la portent parfois jusqu'à vaciller, en s'imaginant que tout est perdu ; il suffit que sa volonté soit constante à ne point abandonner la vocation divine ; c'est même assez qu'elle y demeure attachée par quelque affection. Pour savoir si Dieu veut que l'on soit religieux, il ne faut pas attendre qu'il nous parle sensiblement, ou qu'il nous envoie quelque Ange du ciel pour nous signifier sa volonté. Il ne faut pas non plus un examen de dix ou douze docteurs, pour voir si l'inspiration est bonna ou mauvaise, s'il faut la suivre ou non : mais il faut bien correspondre et cultiver le premier mouvement, (i) et puis ne pas se mettre en peine s'il vient des dégoûts et des refroidissements touchant cela ; car, si l'on agit ainsi. Dieu ne manquera pas de faire réussir le tout à sa gloire. Ne vous souciez point de quel côté vient le mouvement ; car Dieu a plusieurs moyens d'appeler ses serviteurs. Il se sert quelquefois de la prédication, d'autres fois, la lecture
(1) !N"ûus laissons ce solécisme, afin de ne rien toucher dans ce passage du aaint Docteur.
des bons livres. Les uns ont été appelés pour avoir ouï les paroles sacrées de l'Evangile, comme St. François et St. Antoine. Les autres ont été appelés par les ennuis, désastres et afflictions qui leur survenaient dans le monde, ce qui leur a donné sujet de l'abandonner. Bien que ceux-ci viennent à Dieu comme dépités contre le monde, néanmoins ils ne laissent pas de se donner à Dieu d'une franche volonté ; et quelquefois, de telles perfections deviennent plus que celles qui sont entrées au service de Dieu par des vocations plus apparentes. " (Choix d'un état, § IL)
Faut-il quelque chose de plus précis encore ? St. Liguori, parlant en son propre nom, donne trois signes d'une vocation véritable. Il faut : i° qu'on se propose une bonne fin ; telle que de s'éloigner des dangers du monde, de mieux assurer son salut, de s'attacher plus étroitement à Dieu ; 2° qu'on n'ait aucun empêchement positif, comme le manque de santé ou de talent, ou des parents dans la nécessité (i) ; choses à soumettre à l'appréciation des supérieurs, en leur exposant clairement la vérité ; 3° qu'on soit admis par les supérieurs de l'Institut (2). (Avis aux nov. — Ibid. en note.)
(1) Nécessité grave ou extrême; car la nécessité commune xio suffit pas pour empêcher l'entrée en Eeligion.
(2) Il faut donc, en général, se mettre en rapport avec eux avant do quitter sa famille. Du reste, il n'y a pas lieu de craindre que les supérieurs dos maisons religieuses se montrent trop larges ou trop faciles, quand il s'agit do recevoir les âmes qui se présentent. Ils sont tenus à beaucoup plus do circonspection que les confesseurs ou directeurs des postulants ; car le départ d'un sujet qui n'était jîas appelé cause ordinairement dans le noviciat qu'il doit quitter une impression des plus pénibles. Sa profession aurait des conséquences encore beaucoup plus graves et véritablement désastreuses. Aucun avantage pécuniaire, quel qu'il fût no saurait être considéré même un instant, çommo lit compensation d'une admission aussi funeste,
Voici maintenant les notes positives et les notes négatives, qui aideront à s'éclairer sur le choix des sujets à l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes.
Les caractères que nous signalerons comme favorables à un enfant se réduisent à trois principaux. Le premier est ce que l'on pourrait appeler Vinstinct de la piété. C'est un sens surnaturel spécial par lequel un enfant goûte sans en bien comprendre encore la portée et les noblesses, tout ce qui nous attache à Dieu et à son service. Le deuxième consiste dans une grande droiture et bonté de nature, qui fait présager pour plus tard un maître ferme avec douceur et doux avec fermeté. La physionomie sans être toujours l'exacte peinture de l'âme, peut fournir au moins, à cet égard, de fortes présomptions en faveur d'un enfant. Le dernier caractère, très important en général, mais dont l'absence ne devrait pas toujours inquiéter, est une facilité particulière pour l' étude Q.t tmc aptitude remarquable pour la vocation de maître religieux, (i)
(1) Les qualités plus spécialement requises dans les Pestuïants peuvent se diviser en :
lo. Physiques. — La santé et les forces nécessaires pour supporter les fatigues de l'enseignement.
La taille ordinaire ;
Un extérieur convenable, sans difformité apparente.
2o. Intellectuelles. — Le jugement sain, l'esprit juste, de suffisantes aptitudes soit pour acquérir l'instruction nécessaire, soit pour exercer l'un des offices ordinaires dans les communautés.
3o. Morales. — L'exemption de passions trop vives, un caractèr» docile et sociable, le détachement des biens et des intérêts temporels, du zèle pour la gloire de Dieu, pour le salut des enfants et pour as propre perfection.
Les principaux empêchements à l'admission des Aspirants sont :
lo. — L'illégitimité de la naissance ;
2o. — La réputation mauvaise ou douteuse de la famille ;
3o. — La nécessité de pourvoir par lo travail à la subsistanea de» père et mère ;
Toutes les fois que se rencontreront ces qualités dans un enfant, on pourra espérer sérieusement que Dieu lui veuille faire la grâce de le consacrer à l'enseignement chrétien. Là où elles ne seraient pas toutes, au moins dans un degré bien sensible, il y aurait lieu d'éprouver l'enfant et de le faire interroger par des hommes d'une grande expérience.
Les caractères négatifs — nous prenons ici ce mot au sens strict — peuvent être plus nombreux, et nous n'entreprendrons pas de les signaler tous. Mais si un enfant, élevé par des parents et pav des maîtres chrétiens, semblait avoir pour les exercices ordinaires de piété, une grande indifférence et presque du dégoût ; ou si sa physionomie respirait la dureté ou le manque de franchise ; ou s'il se trouvait dans les classes presque constamment parmi les plus faibles, ce serait imprudence de le proposer, sans le plus mûr examen, pour devenir un Frère des Ecoles chrétiennes.
Que Dieu donne aux zélés coopérateurs de l'Œuvre du Vénérable de la Salle, et un sage discernemei:t, et la joie de rencontrer beaucoup d'enfants comme ceuxqu'iLs ont amenés, si nombreux déjà, entre les mains des Frères. La meilleure étude que nous leur souhaitions de faire serait une visite dans un des Petits-Noviciats de l'Institut , ils trouveraient là, venus de tous les points de la Province, avec les caractères les plus divers, — mais avec toutes les qualités requises, — des enfants que la société religieuse transforme, qu'une discipline admirablement équilibrée exerce, sans contrainte
4o. — Toute difformité corporelle, grave et apparente ;
oo. — La vue mauvaise et la surdité ;
Go. — L'insolvabilité pour dettes contractées personnellement ;
7o. — L'obligation de rendre un compte do tutelle ou de gestion de fonds ;
80. — Une condamnation encourue devant les tribunaux pour inconduite, révolte, etc. [Frospect^us des Noviciats,)
aux solides vertus qui préparent le maître congréganiste. Le Frère des Ecoles chrétiennes, tel que nous le trouvons partout, avec son excellent esprit, avec sa vie austère de renoncement et d'abnégation, est là en germe, témoin des bons exemples de ses aînés, et véritable écolier de perfection. Aussi, l'enfant que l'on pousserait sans vocation dans cet clément ne pourrait-il que s'y déplaire beaucoup, que donner à ses bons maîtres cent tracas inutiles, et à ses condisciples des exemples funestes ; au lieu que l'enfant qui n'y entrera qu'avec les heureuses aptitudes dont nous avons parlé
donnera toutes les satisfactions désirables dans le présent, et pour l'avenir, les plus rassurantes garanties.
4° Avantages que procure le zèle à recruter des vocations
à la vie religieuse.
Saint Thomas se pose cette question : " Est-il bon et louable de conseiller et de favoriser les entrées en Religion ? "
Il répond (2-2, 2, 189, art. 9): — Ceux qui engagent ' quelqu'un à entrer en Religion, inducentcs alios ad religioncm, non- seulement ne pèchent pas, mais encore se méritent une grande récompense, magnum prœmiuni merentur. Il est dit en effet, dans le dernier chapitre de l'épître de St Jacques : Celui qui retirera le péclmir de V erreur de ses voies délivrera son âme de la mort, et couvrira la foule de ses péchés ; et dans le Xlle chapitre de Daniel : Ceux qui forment les antres à la connaissance et à la pratique de la justice, brilleront comme des étoiles dans les demeures éternelles.
Cependant, continue le saint Docteur (ibid), il pourrait arriver qu'une telle démarche devînt condamnable de trois manières. Il en serait ainsi, /r^w/tr^w^;//, si l'on usait de violence pour faire entrer quelqu'un en Religion ; et cela est défendu par le droit. {Dec. XX, Quœst. III.) Secondement, si
Ton avait recours à la simonie, en employant les présents pour entraîner quelqu'un à se faire religieux, malgré les défenses canoniques. (Dec. XX, Qiiœst. IL) Mais il n'y aurait pas simonie, si quelqu'un fournissait aux besoins d'un pauvre, et l'clevait pour en faire un religieux ; ou si, sans pacte d'aucune sorte, il lui faisait de petits présents, afin de gagner son amitié. Troisianoiicnt, il y aurait péché si l'on attirait quelqu'un à la Religion par des mensonges ; car il serait dangereux que celui quiaurait été trompé ne retournât en arrière, et qu'ainsi so7i dctnier état ne devînt pire que le premier, comme il est dit en St Luc (ch. XI).
Ce qui doit singulièrementencourager les fidèles et surtout le clergé à seconder les vocations à l'Institut des Frères, dit Mgr de Ségur, c'est que, en somme, cette bonne œuvre n'offre guère de difïîcultés, et a de grands avantages.
En effet, il sufiît généralement de trois années d'études pour préparer un jeune homme qui a appris dans une bonne école les premiers éléments. Dès l'âge de seize ans, un sujet peut être agrégé à l'Institut, et commencer à faire la classe.
Ainsi, lorsque l'épreuve du Noviciat confirme la vocation (ce qui arrive le plus ordinairement), le résultat est obtenu très promptement et à peu de frais. Dans la supposition contraire, le jeune homme, en sortant du Petit-Noviciat, qui l'avait accueilli, ne se trouve pas déclassé : il n'a fait que perfectionner son instruction primaire, tout en s'affermissant dans la pratique d'une excellente vie chrétienne. Il est donc devenu capable de bien remplir une fonction quelconque, conforme à son éducation première, à ses aptitudes, et à la position de sa famille. Il est encore assez jeune pour choisir un état et commencer un apprentissage.
Que s'il reste dans l'enseignement, en se faisant instituteur, il devient, pour toute une paroisse, un de ces bons maîtres
clirétiens comme il en faudrait beaucoup et comme il y en a malheureusement toujours trop peu. Au lieu d'être un "anticuré, " il se fera un bonheur et un honneur de seconder son pasteur de tout son pouvoir dans l'éducation chrétienne des enfants.
Les fidèles éclairés, qui mettront au premier rang parmi leurs bonnes œuvres l'encouragement des vocations à l'enseignement religieux, n'auront donc pas à craindre de faire des sacrifices sans résultat : le doute peut porter seulement sur l'importance plus ou moins grande des fruits de leurs bienfaits. Si leur jeune protégé se confirme dans sa vocation, ils auront le bonheur et le mérite d'avoir donné à l'Eglise un religieux enseignant, c'est-à-dire un religieux qui, après le prêtre, travaille le plus directement à l'instruction chrétienne et à la sanctification de la jeunesse, et par conséquent de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière. Dans le cas contraire, ils auront procuré à un jeune homme, doué d'heureuses diGpositions, une éducation plus complète, au moyen de laquelle, sans sortir de sa sphère, il pourra se faire une position plus heureuse, se rendre plus utile à la société et devenir un chef de famille solidement chrétien.
Outre les avantages généraux accordés à tous ceux qui travaillent au recrutement des vocations religieuses, il y en a de tout particuliers pour ceux qui s'emploient à cette œuvre en faveur des Frères des Ecoles chrétiennes.
Une congrégation religieuse ne peut ordinairement reconnaître les services qui lui sont rendus qu'en priant pour ceux qui se sont faits ses appuis et ses protecteurs.
Dans l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, indépendamment des prières que fait chaque communauté pour ses bienfaiteurs particuliers, toutes les maisons font les suivantes, dans lesquelles on met sur le même rang les Frères, eurs Parents et leurs Bienfaiteurs.
1° Pour chaque jour. — I. Les Litanies de N.-D. de Lorette sont récitées à la prière du soir pour les parents des Frères ^t leurs Bienfaiteurs.
IL Les élèves disent, à la même intention, le Pater et XAvc Maria. *
IIL A midi et le soir, un de prof midis est récité pour les Frères, leurs parents et leurs Bienfaiteurs dcccdés.
IV. Les écoliers disent, une fois le jour, la même prière aux mêmes intentions (au lieu des parents des Frères, ce sont ceux des élèves).
2° Pour chaque mois. — I. Tous les Frères font une commu nion à l'intention des Bienfaiteurs dccédés le mois précédent.