‹ L'Institut des frères des écoles chrétiennes [microforme]Chapitre 5 sur 19 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

*' Les Frères des Ecoles chrétiennes comptent aujourd'hui 12,000 membres en activité ; ils dirigent 1859 écoles, dont i486 en France, 28 dans les colonies et 345 à l'étranger, et consacrent ainsi leur zèle à près de 400,000 élèves, enfants, apprentis ou adultes.

Leurs établissements, en dehors de la France, sont situés à Rome, dans la Lorraine, à Turin, en Belgique, en Suisse, €n Prusse, en Autriche, en Turquie, en Egypte, en Palestine, en Angleterre, en Irlande, au Canada, à New-York, à St.

Louis, au Nouveau-Mexique, en Californie, aux Indes, ert Chine, à Maurice, à Madagascar, dans la République de l'Equateur, enfin dans toutes les colonies françaises : Algérie, Réunion et Cochinchine." (Keller).

" Jusqu'où n'iront pas les disciples de la Salle ? s'écrie Mgr Besson. Vienne, qui n'a pu souffrir nos aigles, se félicite de posséder le rabat et la robe de bure de nos Frères. La Belgique, où les aigles ont expiré dans les chamjis de Waterloo, s'est remise presque aussitôt à la suite de la France, en lui empruntant ses Frères et en copiant leurs méthodes. La Suisse, l'Angleterre, la Prusse, tous les peuples qui se piquent le plus de s'appartenir, rendent involontairement à la France le même hommage et lui paient le même tribut. L'Irlande, qui n'a jamais connu nos armes, connaîtra du moins nos écoles. Naples et Turin les ont gardées, malgré l'importun souvenir d'une domination passagère ; les Frères obtiennent et conservent partout le droit de cité.

Passez les mers, entrez dans un autre continent. Ce n'est pas seulement l'Algérie qui appelle les Frères par centaines pour concourir, avec le soldat, le prêtre et le laboureur, à l'œuvre de la civilisation. Bourbon, dont le nom demeure dans la géographie comme dans l'histoire, en dépit de l'oubli dont la Révolution veut l'accabler, juge que l'apostolat des Frères peut seul assurer la prospérité de la colonie. Tui:is, autre rivage vraiment français, puisqu'il a vu mourir saint Louis, a aussi son école ; et on y parle la langue de Joinville dans le style de Louis le Grand. Cette langue, grâce aux Frères, est entendue à Madagascar, dans l'île Maurice, aux Seychelles, jusque dans les Indes Onentales. Smyrne a été pour eux comme une station d'où ils ont pu mesurer le champ promis à leurs pacifiques conquêtes. Ils enseignent à Constantinople, à Alexandrie, au Caire. Juifs, musulmans,

hérétiques de toutes sortes, tous les enfants viennent frapper à la porte de leurs écoles. Les Frères ouvrent, et c'est l'Eglise qu'on salue, c'est la France qu'on bénit. L'Eglise, comme son divin Maître, dit par la bouche des Frères : " Laissez venir à moi les petits enfants. " La France attire, gagne, conquiert par le génie de sa propagande chrétienne l'admiration de toutes les races. Reprochez-lui d'avoir moins de comptoirs que l'Angleterre, moins d'émigrés que l'Allemagne, moins de navigateurs que la Hollande. Elle vous laisse l'or, le sol, l'empire des mers, mais qu'elle est la mauvaise fortune qui lui ôtera l'empire des âmes ? Le monde a-t-il vu deux la Salle ou deux Vincent de Paul ? Où sont les peuples qui viennent disputer avec un succès marqué, sous quelque soleil lointain, à nos Frères les écoles, à nos Sœurs les malades, à nos missionnaires l'exil, la prison et le martyre ?

Le nouveau monde peut être, comme l'ancien, rnpelé en témoignage pour décider d'où sortent les bienfaiteurs de l'humanité. Là encore, c'est la Salle qui a ouvert au Canada la première classe du pauvre, (i) c'est dans la langue de la France et du grand siècle que l'on enseigne les petits enfants de Mont-éal. Citerai-je les villes qui ont formé des écoles sur le modèle des écoles du Canada ? Québec, Baltimore, New- York, ont voulu les bâtir et les doter. Elles fleurissent par centaines, elles comptent des élèves par milliers ; elles demeurent, à travers des espaces immenses de terre et de mer, les obligés de la France qui produit les Frères, les tributaires de l'Eglise qui les discipline et qui les conserve dans l'esprit de leur Institut, les clients du Vénérable de la Salle, à qui il faut rapporter tout le zèle de cette propagande merveilleuse, tout l'honneur et tous les fruits de ces fondations qui peuplent l'univers. Comme le génie de la sculpture a rendu heureusement cette belle pensée dans le monument

(1) L'illustre panégyriste fait erreur, car il y avait on Canada des écoles pour les pauvres, et l'on enseignait les petits enfants do Montréal dans la langue du grand nihch longtemps avant l'arwvée des chers Frères.

que l'Église va bénir ! Qu'ils sont bien placés aux pieds du Vénérable, ces enfants, de figure si différente, qui représentent tous les peuples de la terre! (i) Voilà l'hommage du siècle présent, voilà l'espoir du siècle futur. Croissez, grandissez, multipliez-vous, instruisez-vous à la bonne école, jeunes peuples à qui l'avenir appartient. Puissent vos destinées couler plus pures et plus heureuses que les nôtres ! Nous nous consolons de nos disgrâces en songeant à vos triomphes. Et en contemplant cette fontaine à qui vous servez de parure que pouvons-nous souhaiter, sinon qu'elle demeure dans sa limpidité, sa fraîcheur et son abondance, l'image toujours fidèle de votre vie et de votre bonheur ? " (i) {Panégyrique du VéiiérabU pronoticé dans la Cathédrale de Rouen, le 2 juin

lies Frères pendant la guerre.

Dès le commencement de la guerre, de 1 870-1 871, le Supérieur général offrit tous les établissements de l'Institut pour les transformer en ambulances et proposa tous ses frères pour infirmiers. Aussitôt tous les frères se mettent à l'œuvre,

" Au premier' appel qui leur est adressé par leur Supérieur général, le frère Philippe, presque tous répondent avec un grand empressement." Nos bravessoldats, écrit l'un, donnent leur vie pour la patrie ; j'offre volontiers la mienne pour leur venir en aide. " " Quoique faible de santé et timide de caractère, écrit un autre, je m'offre pour aller sur le champ de bataille, j'espère que mon courage soutiendra mes forces. " " Sans me dissimuler le danger, écrit un troisième, je vous demande la faveur d'aller sur le champ de bataille remplir

(1). Allusions au monument érigé à Eouen, le 2 Juin 1875, on l'honneur du Vénérable de la Salle.

notre mission chrétienne. " Cette mission dura autant que nos combats. Elle s'étendit à toute la France et même à la Belgique.

La guerre finie, l'Académie française fut chargée par les Américains de Boston de décerner un prix au plus bel acte de dévoûment patriotique.

" Le choix était difficile ; mais, guidé par le sentiment public, l'Académie n'hésita point, et voici comment elle s'exprime par la bouche de son rapporteur : " Nous avons donné ce prix à un corps entier, aussi modeste qu'il est utile, que tout le monde connaît, que tout le monde estime, et qui, dans ces temps malheureux, s'est acquis une véritable gloire par son dévoijment. Nous voulons parler des Frères des Ecoles chrétiennes. veu^v

*' Quand on leur offrit d'être brancardiers sur les champs de bataille, ou infirmiers dans les ambulances, ils acceptèrent avec enthousiasme, Ils fournirent cinq à six cents des leurs, qui furent constamment et gratuitement occupés à ces deux services. Il faut ajouter que leurs écoles ne furent jamais fermées ni leurs classes interrompues pendant toute la durée du siège. Ils suffirent à tout : à l'enseignement scolaire, aux ambulances intérieures et aux combats. Ils se dédoublaient, chaque frère marchait à son tour. Un jour il faisait la classe, l'autre jour il allait au feu. Ils étaient en concurrence entre eux pour partir. Le jour où le frère Néthelme fut tué à la bataille de Bourget, ce n'était pas à lui à marcher.

" C'est ainsi qu'ils eurent sans cesse leur place et sur les remparts et dans les batailles qui se livrèrent devant nos murs : la bataille de Champigny, celle de Bourget, celle de Buzenval et l'attaque de Montretout.

" Ces jours-là, on les voyait de grand matin, par un froid rigoureux, traverser Paris au nombre de trois ou quatre cents, salués par la population, le frère Philippe en tête, malgré ses

quatre-vingts ans, et les envoyant au combat où il ne pouvait les suivre. Quant aux Frères, ils affrontaient le feu comme s'ils n'avaient fait que cela toute leur vie, admirables par leur discipline et leur ardeur. C'est ce que le monde a proclamé. Ils étaient réunis par escouades de dix, un médecin avec eux, et ils marchaient comme un régiment. Arrivés au combat, les reins ceints d'une corde, et s'avançant deux par deux avec un brancard, ils se répandaient courant toujours du côté du feu, relevant les blessés, les portant avec soin jusqu'au médecin et aux voitures d'ambulance. Pour chaque bataille, il y aurait une foule de traits à signaler : " Mes frères, leur criait un jour un des généraux, l'humanité et la charité n'exigent pas qu'on aille si loin." Un autre chef descend de cheval et embrasse l'un d'eux sous le feu du canon en lui disant : " Vous êtes admirables, vous et les vôtres. " ■ .

C'est qu'en effet, dans le plus fort de la mêlée, ils couraient à nos blessés sous les balles et la mitraille, mêlés cordialement à nos soldats qui les regardaient comme des camarades. Ils marchaient de concert, l'un, comme on l'a remarqué, portait l'épée qui tue, l'autre la croix qui sauve. Puis, le lendemain des batailles, ils ensevelissaient les morts. Euxmêmes eurent à pleurer deux des leurs qui furent tués, et dix-huit périrent par suite de maladies contractées auprès des blessés et des malades. Ces soldats pacifiques se retrouvaient ensuite, soit paisiblement au milieu de leurs enfants à l'école, soit doux et affectueux, auprès des malades qu'ils soignaient. " Mais ce ne fut pas Paris seul qui fut témoin de ce dévoijment que la charité chrétienne inspire. Dès l'origine de la guerre, ils sollicitèrent dans toutes les provinces les emplois les plus pénibles et les plus dangereux. Ils demanflèrent à faire partie de l'armée du Rhin. Lçurs établisse^

ments devinrent des casernes, ils organisèrent partout de nombreuses ambulances pour nos soldats ou pour nos mobiles, pour nos recrues ou pour nos blessés. Tout cela est constaté par des correspondances multipliées, par des remerciments de maires ou d'officiers !

*' De même qu'à Paris, les Frères furent sur tous les champs de bataille de province, allant toujours au milieu du feu, le plus loin possible, pour ramener nos blessés. C'est attesté par tout le monde. Que de faits il y aurait à citer, que d'épisodes à raconter !

" Ce que j'ai dit suffit à justifier le choix que nous avons fait de cet institut des Frères des Ecoles chrétiennes pour lui décerner le prix si honorable de la ville de Boston. Les Frères sont presque tous enfants du peuple, et tous dévoués à l'éducation et au bien du peuple. Que toute justice leur soit rendue et ce prix qu'elle va leur donner sera comme la croix d'honneur attachée au drapeau du régiment. " (M. de

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