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V.—LE MONASTERE DE STE-ANNE LE BEAUPRE

Le monastère des Rédemptoristines de Ste-Anne de Beaupré réalise enfin le vœu du R.Pèr- Bernard, premier Provincial des Rédemptoristes aux Et. 4- Unis. Ce célèbre

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missiennaire avait essayé de fonder une maison de Rédemptoristines en Amérique. Son projet a malheureusement échoué. Mais la Providence qui veille sur Îcs intérêts spirituels de cette partie du monde, a precuré aux Rédemptoristines l'occasion de s'y implanter. La maison de Marienthal, Hollande, a été choisie pour être la mère d'une nouvelle fondation. Vu le trop grand nombre de postulantes auxquelles on devait refuser l'admission, il fallait essaimer ailleurs. Naturellement, les yeux se sont tourrés vers cette contrée où depuis de si longues années déjà, tant de Fils de St Alphonse travaillent au salut des âmes.

C'est pourquoi sur l'ordre du Révérendissime Père Mathias Raus, Supérieur Général de la Congrégation du Très Saint Rédempteur, les Rédomptoristines ont fondé un monastère de leur Ordre à Sainte-Anne de Beaupré. Un évêque qui présidait un èlerinage, s'adressant au T. R. Père Provincial des din bete de Hollande, qui accompagnait les Sœurs, lui dit : ** Vors avez fait une bonne œuvre en amenant les Sœurs ici ; par leurs prières elles soutiendront notre travail ; elles attireront la bénédiction du ciel sur notre mission ; par leur sainte vie, elles détourneront de notre pays la colère de Dieu.”

Mgr l'Archevêque de Québec les a reçues avec bonheur dans son diocèse et a approuvé leur fondation par la lettre suivante :

Archevêché de Québec, 21 août 1905

Révérende Mère Saint-Stanislas, C.SS.R, S -‘*e-Anne de Beaupré.

Ma Révérende Mère.

J'ai reçu ces jours derniers votre lettre du 14 du courant, dans laquelle vous me demandez l'autorisation de fonder une monastère de Rédemptoristines dans l'Archidiocèse de Québec, à Sainte-Anne.

L'excelleut Vice-Provincial et Visiteur des Rédemptotoristes, le Rév, Père Lemieux, vous a préparé les voies

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en me communiquant votre projet de fondatien avant votre arrivée en Amérique. 11 approuvait votre dessein, il en désirait la réalisat‘on ; les bons Pères de Ste-Anne, qui ont travaillé avec tant de zèle et tant de succès dans mon diocèse depuis bien des années, partageaient ses vues. Il n’en fallait pas davantage pour me déterminer à agréer votre demande, malgré le grand nombre de communautés religieuses, que j'ai ER dû accueillir depuis que la persécution sévit en France.

Votre admission vous est rendue plus facile par l’engagement que vous prenez de ne jamais être à charge au diocèse, de ne pas faire des quêtes pour quoi que ce soit, mais de vivre uniquement des dots de vos religieuses.

La vie de prière, de comtemplation et de pénitence que vous mènerez dans votre monastère—confotmément aax règles que vous a tracées votre illustre fondateur, Alphonse de Liguori, édifiera notre peuple : elle détournera de nos têtes la colère de Dieu : elle attirera sur l’ar-

chidiocèse de Québec les grâces et le les bénédictions du ciel.

Soycz donc les bienvenues au milieu de nous, Vous jouirez ici de la liberté des enfants de Dieu. Vous ne serez pas des étrangères, msis les membres de ma grande famille diocésaine, des ouailles qui me seront d'autant

plus chères, que vous vous distinguerez davantage par la sainteté de votre vie.

Je prie dieu de répandre ses plus préc'euses bénédictions sur vous, sur vos Sœurs et sur la hxelle œuvre de fondation que vous allez entreprendre,

Veuillez agréer, ma Révérende Mère, l'expression de mes sentiments les plus dévoués en N.-S.

f L. N. Arch. de Québec.

Le nouveau couvent, de style ogival, est bâti sur un mont qui domine le majestueux St. Laurent et la célèbre

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Basilique de la Bonne-Sainte-Anne. Les Sœurs ayant choisi saint (Gérard Majella pour titulaire de leur chapelle, ce mont s'appellera désormais le ÆAon/ Saint- Gérard. Ce sera, nous n'en doutons pas, un nouveau Thabor, taut seront heureuses les âmes contemplatives qui viendront s'y retirer.

De la hauteur, on a voir l'arrivée et le départ des

lerinages et entendre les chants et les prières des miliers de pélerins qui viennent implorer les secours de la Thaumaturge du Canada.

En voyant ce couvent, plus d'un visiteur se demandera : ‘Quelles sont donc les occupations de ces religieuses ? Consacrent-elles leur temps D ones, au soin des malades ou à d’autres œuvres de charité ?””

Non : elles font ce que le monde aime le moins à faire et partant néglige le plus : elles prient et font pénilence.

Vous répliquerez peut-être : ‘‘ Mais fallait-il pour cela que les Sœurs entreprissent un si long voyage? Ne pouvaient-elles pas prier et se sanctifier dans leur solitude de Marienthal ?”’

Permettez-moi de vous demander à mon tour : ‘* Avezvus jamais bien réfléchi à ce que j'appellerais l'ac/ion sociale des ordres contemplatifs ? En co es termes : Vous formez-vous un juste idée des services que les Sœurs contemplatives ndent au peuple au milieu duquel elles prient? Disons-le donc de suite; ces Sœurs sont venus en Amérique, afin que tout en travaillant À leur propre perfection, elles puissent prier spécialement pour nous.

La prière et la pénitence peuvent, il est vrai se pratiquer n’importe où, et une prière dite en un seul pays est profitable au monde entier; néanmoins. l'expérience prouve que la contrée où vivent les âmes ferventes, en retire des fruits plus abondants. Ainsi nous savons que Dieu pour un petit nombre de justes aurait épargné dome et Gomorrhe,

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C'est à la lumière de ces pensées que l'on envisagea de tout temps la diffusion des ordres contemplatifs. C'est animé de cet esprit que Mgr. Zwyzen, premier archevêque de la nouvelle hiérarchie hollandaise, invita jadis les Carmélites à s'établir à Bois le-Duc. Interrogé sur sa manière d’agir, il répondit :

‘ Les Soeurs feront ce que vous négligez trop: elles prieront.’’

C'est daus ce même esprit que le grand évêque de Linz, Mgr. Rudigier, écrivait en 1853, en approuvant la traduction allemande de la Règle des Rédemptoristines : “Oh, qu'un couvent de Filles de saint Alphonse où k règne l’observance régulière est quelque chose de grand !

Qvelle sainteté acquièrent tous les membres de ce même couvent ! Quel fleuve de bénédictions en découle sur le monde entier! Tous les membres d'un tel couvent sont animés de l'esprit de saint Alphonse, et par là également de l'esprit de Jésus-Christ, dont saint Alphonse était le très fidèle imitateur. Vous devenez les vraies Epouses de Jésus-Christ ; Vous vivez toutes entières pour lui et en lui; vous faites vôtres ses intérêts ; vous vous réjouissez quand il se réjouit ; vous gémissez quand il est affigé ; vous vivez et mourez pour lui: rien ne peut vous séparer de son amour et il vous rend le même amour fidèle. A côté d'autres avantages, le monde reçoit d’un tel couvent le sublime exemple de la vie en Dieu et le secours puissant de la prière. Ces deux choses lui sont d'autant plus nécessaires que la société est plus menacée de s'enfoncer dans le matérialisme, Tous les ordres approuvés par l’ Eglise nous sont chers, et nous rendons grâces à Dieu de ce qu’il existe dans notre diocèse des couvents si nombreux et si variés; vu cependant le mal capital de nos jours, nous avons un amour tout particulier pour les ordres contemplatifs ; ils sont la plus puissante protestation et aussi le plus fort remède contre la fatale prépondérance de la matière.”

C'est encore dans le même esprit que, depuis la fendation des Rédemptoristines, des évêqnes et d’autres saints

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et illustres personnages ont travaillé à propager ce pieux Institut.

C'est le 5 avril 1905, que les Filles de St Alphonse sont arrivées à Ste-Anne de Beaupré, et c'est le 8 décembre de l'année suivante qu'elles ont pris possession de leur nouvelle résidence.

Puisse donc ce monastère, asile de la prière et de la pénitence, détourner de notre chère patrie la colère de Dieu et y attirer les bénédictions du ciel ! Puissent ies filles de saint Alnhonse trouver beaucoup de vocations au sein de nos familles et perpétuer les désirs et les desseins de leur glorieux Père! Qu'elles prospèrent sous l'égide de Marie Immacnlée, patronne du couvent, de saint Gérard, titulaire de la chapelle, et de la bonne sainte Anne, leur voisine bien-aimée !

Dieu soit béni !

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