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L'Institut et le Musée colonial de Marseille

L'histoire du Musée et de ï Institut colonial de Marseille ne peut être que fort simple. Sa création se résume, en effet, en une œuvre personnelle et récente. Affranchi par cela même dès sa naissance des embarras et des retards qui résultent toujours du conflit des idées et des personnes, réalisé sur un plan longuement étudié et par un colonial de vieille date, il a parcouru rapidement les phases évolutives qui devaient l'amener à sa constitution actuelle; celle-ci, si satisfaisante qu'elle soit, ne parait être que l’ébauche de ce qu’elle deviendra dans l’avenir. Sept années ont été employées à cet enfantement et c’est la période d'état en 1900, que cette étude a la seule prétention de faire connaître. Mais ce septennat (1893-1900), s’il a été laborieux n’en est pas moins resté fécond, par cela même qu’il n'était que le couronnement d’un projet longuement mûri dont la réalisation n'attendait que le concours favorable des idées ambiantes. Entreprendre cette œuvre dès 1893, pouvait paraître ambitieux. A cette époque les idées coloniales n’avaient pas encore pénétré profondément dans le cœur du pays. Mais il était évident, pour tout esprit clairvoyant, que le moment n’était pas éloignéoù, la période de conquête cessant, la France s’occuperait sérieusement de mettre en valeur par la science, le vaste empire colonial qui lui avait coûté tant de sang versé et tant de lourds sacrifices pécuniaires. Et c’est ce qui est arrivé. Nos colonies, comme l’a dit excellemment Bonvallot, sont une matière première qui ne vaut que par la façon

dont on la manipule. Voilà résumées en quelques mots la génèse et la raison d'être de ce qu’est aujourd’hui, en pleine prospérité scientifique, l 'Institut et le Musée colonial de Marseille.

A quel but tendait cet établissement spécial et quel moyen a-t-il mis en œuvre pour l’atteindre? Le but vers lequel il a tendu sans défaillance, avec les forces limitées d’un seul homme d’abord, puis avec le concours bénévole de quelques travailleurs désintéressés et entraînés par la toi robuste qui anime le fondateur, est de faire le bilan de nos richesses naturelles coloniales connues ou inconnues, de les mettre en évidence dans des collections bien méthodiquement et géographiquement classées, de -les mieux étudier ou de les faire connaître enfin dans une publication périodique propre à l’Institut colonial et à caractère absolument scientifique, qui leur permette ensuite, s’il y a lieu, de prendre grande ou petite place, selon leur valeur, dans le commerce ou dans l’industrie de la métropole. Voilà l’enseignement par les yeux. La méthode suivie est celle qui a si bien réussi à d’autres nations, notamment à l’Allemagne, dont toute l’industrie s’est faite la servante de la science et marche à grands pas derrière ce guide infaillible. 11 faut que nos colonies soient mises en valeur scientifiquement. Trop longtemps, celles que nous avons possédées, notamment pendant la presque totalité du xixe siècle, sont restées livrées à l’empirisme le plus complet. Aujourd’hui, la méthode scientifique pénètre partout dans nos institutions européennes, et il faut qu’elle régente l’exploitation de nos possessions d’outre-mer de la même façon qu’elle dirige et agrandit en France le domaine économique entier. Mais ce n’est pas tout. Ces collections rassemblées à grand peine dans un Musée colonial doivent servir aussi à instruire par la parole. C’est ce qu’a bien compris la Chambre de Commerce de Marseille qui, dans un mouvement de générosité, dont, tout le fait présager, elle sera la première à tirer légitime profit, n’a pas hésité à s’imposer les sacrifices pécuniaires nécessaires pour créer, en les confiant uniquement à des Universitaires, six chaires d’enseignement colonial de divers ordres, dans lesquelles domine numériquement l’enseignement consacré à l'histoire des produits végétaux, minéraux et animaux de nos possessions

d’outre-mer (i). Cet enseignement qui a commencé à fonctionner depuis le mois de mai 1899 par des cours de produits végétaux (ce sont sinon les plus importants du moins les plus connus dans la phase agricole que traversera longtemps encore notre domaine colonial naissant), est actuellement dans tout son épanouissement. Il servira à l’instruction de nos populations méridionales trop peu portées jusqu’ici à connaître la valeur et les origines des produits qui forment la principale matière commerciale et industrielle de leur petite capitale : xMarseille. Mais il servira surtout à faire naître et à mûrir des vocations coloniales parmi les jeunes générations auxquelles l’Ecole supérieure de Commerce Marseillaise va ouvrir ses portes, par la création d'une section coloniale qui sera inaugurée dès le mois d’octobre 1900. Or, un enseignement de cet ordre ne peut être fructueux qu’à la condition d’être concret; de là l’indissoluble connexion qui existe entre la fondation d’un Musée colonial et la création des cours didactiques : l’existence de l’une devant nécessairement impliquer la préexistence de l’autre (2). Enfin, pour tout

(1) Voici le titre de ces chaires: i° Histoire des produits végétaux coloniaux ; 20 Histoire des produits animaux et parasitologie des plantes et des animaux ; 3° Minéralogie et géologie coloniale ; 4° Histoire et géographie coloniales ; 5° Législation et économie coloniales ; 6° Climatologie, épidémiologie et hygiène coloniales. Ces cours seront suivis par les élèves de la section coloniale de l’Ecole de commerce de Marseille, dès qu’elle aura été créée (octobre 1900.)

(2) 11 ne semble pas que cette vérité ait été bien comprise dans certains grands centres manufacturiers de France, dont l’approvisionnementindustriel est dû à la production coloniale, comme Lyon, par exemple, où, sous l’empire des mêmes nécessités et à l’imitation de ce qui a été fait à Marseille bien antérieurement, des cours d’enseignement colonial ont été récemment inaugurés en dehors de toute préparation préalable des éléments constitutifs d’un musée colonial, lien est résulté tout naturellement que l’enseignement y a pris un caractère théorique qui ne saurait répondreaux besoins réels d’un auditoire surtout préoccupé des applications. Mais cet état de choses sera rapidement corrigé, quand, grâce aux ressources immenses que possède cette riche cité et aux relations qu’elle s’est déjà créées avec certaines de nos colonies où son influence commerciale s’affirme de jour en jour davantage, les matériaux nécessaires à la création de cet instrument de premier ordre qu’on appelle un musée colonial, auront été réunis et classés. D’autre villes, comme Bordeaux et Nantes, s’occupent activement, sous l’impulsion de l’exemple marseillais, de procéder aux mêmes créations, il était donc nécessaire de les mettre en garde contre l’écueil dans lequel est tombé l’enseignement de Lyon.

épuiser dans cette matière, un troisième et tout exceptionnel mode d'enseignement, était offert par l’Exposition Universelle internationale de 1900. L’occasion était trop propice de montrer aux yeux du monde entier comment fonctionne et ce que produit cet instrument nouveau et très complet qui rapproche, sous le nom d 'Institut et de Musée colonial de Marseille, un ensemble d’outillages groupés très harmonieusement vers un but commun, pour ne pas en profiter. Grâce à la bienveillance aussi éclairée que féconde de M. le Commissaire général J. -Charles Roux, envers qui le domaine colonial tout entier de la France a contracté une dette profonde de reconnaissance pour la haute intelligence et le profond dévouement avec lesquels il a pu, dans un laps de temps trop mesuré, mettre en évidence tout ce que nos colonies recèlent de plus intéressant, ce résultat a pu être obtenu. Le Musée colonial a exposé au pavillon du Ministère des Colonies et la présente notice a vu le jour. Nous ne saurions trop remercier ici M. .1. -Charles Roux de l'intérêt qu'il a témoigné aux efforts d'un établissement qui ne demande qu'à affirmer de plus en plus son utilité, et qui atteindra ce but en s'inspirant de l’exemple que lui donne en cette circonstance solennelle le Commissaire général de l’Exposition coloniale de 1900, dont les hautes qualités organisatrices sont au-dessus de tout éloge.

Le Musée et l’Institut colonial de Marseille inaugurés en février 1896 par M. Mesureur, ministre du Commerce, furent fondés en janvier 1 8g 3 par M. le docteur Edouard Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille et directeur du jardin botanique de cette ville. Une souscription recueillie par lui à domicile et dont le total s'élèva à 32. 000 francs, servit à former le premier fonds de création : le mobilier put être ainsi acquis et constitué par des vitrines à collection, corps de bibliothèque et un outillage de laboratoire de recherches. Les collections coloniales de tout ordre qui y figurent, eurent pour noyau les propres collections de M . Heckel ; elles en ont formé le principal appoint. Depuis, grâce à son initiative, des dons personnels lui ont été adressés qui ont considérablement grossi le premier fonds. La bibliothèque d’abord réduite à un petit nombre de volumes apportés par M. Heckel et à quelques collections de

périodiques intéressants, s’est grossie par le legs fait personnellement à M. Heckel de la collection de livres coloniaux provenant de la succession Raoul, le légataire l’ayant reportée au Musée Colonial . En outre, toutes les publications coloniales périodiques intéressantes (journaux, rapports etc,) nous sont adressées par les diverses colonies qui ont intérêt à voir leurs productions connues. Le local a été fourni par le Ministère des colonies. Ce département a pris une grande part à cette création en réservant pour l’installation des collections tout le deuxième étage dans l'immeuble affecté à Marseille, 63, boulevard des Dames, au service colonial. Pin outre, une subvention annuelle de 5. 400 francs a été consentie par le département pour le fonctionnement et l’entretien de cet établissement, tous les fonctionnaires qui y travaillent, en dehors du garçon de laboratoire qui remplit en même temps celle de gardien, (1 .400 francs de traitement), le faisant à titre purement gracieux. Il faut ajouter à ces ressources bien modestes, 25o francs votés annuellement par le Conseil général des Bouches-du-Rhône pour ce même Musée, ce qui porte les ressources totales et effectives du Musée à q.o5o francs par an (1). On verra bientôt à quelles multiples nécessités cette somme insuffisante doit faire face, pour assurer l’action très étendue de cet outillage nouveau dont le développement s’impose dans l’intérêt de la ville de Marseille, d’abord, de la science ensuite, enfin de la France entière qui jusqu’ici ne possède pas même à Paris, aucun autre établissement similaire (2). Nous dirons comment la ville de Marseille entend procéder à l'agrandissement de cet Institut-Musée colonial, et dans quelles proportions satisfaisantes elle se propose de le réaliser, pénétrée qu’elle est de la haute utilité de cette exten-

(1) Cesontlàles ressources actuelles telles qu’elles ont été établies depuis un an, mais jusque là c’est-à-dire pendant six ans (1893 à 1898 ) elles étaient réduites à 1 ,25o fr. par an.

(2) Nous sommes bien loin sur ce point des autres nations colonisatrices qui depuis longtemps déjà ont organisé dans leurs capitales des musées coloniaux de premier ordre. Il suffit de rappeler que Londres possède le sien à la tête duquel se trouve, à titre de protecteur, le prince de Galles, ; que celui du Congo est à Bruxelle, (Tervueren)et a été fondé sous l’initiative et avec des ressources pécuniaires considérables fournies par le roi Léopold lui-même, enfin que la Hollande possède un musée modèle

sion pour assurer les destinées industrielles et commerciales de cette cité, actuellement plus orientée que jamais vers l'exploitation de nos colonies. Cette assemblée communale se montre ainsi soucieuse des hauts intérêts qui lui sont conllés et désireuse de maintenir, à l'encontre de la concurrence européenne qui la menace, à la ville de Marseille le titre bien mérité de Métropole de nos Colonies françaises. J1 n’est pas douteux que, dans cette entreprise considérable, elle trouvera le concours du département et de l’Etat, qui n’ont pu, sans en être frappés, être témoins des efforts déjà réalisés par la municipalité en vue d’augmenter, dans un établissement d'enseignement supérieur qui relève de son budget, la somme des chaires coloniales nécessaires pour lui donner un caractère unique en France (i). C’est encore, grâce aux ressources de tout ordre accumulées dans l'Institut colonial de Marseille et à ses relations établies avec toutes nos colonies tant françaises qu'étrangères, que l’ensemble de cet enseignement médical pourra prendre le caractère matériel concret qui lui convient. Ces ressources ont été mises par M. Heckel

quoique restreint, à Haarlem, où sont entassées les richesses des Indes néerlandaises. Il ne faut pas oublier que l’Allemagne, dont, la puissance coloniale est bien récente encore, a inauguré récemment un musée colonial à Berlin (I899) et que, l’empereur lui même, témoignant ainsi du haut intérêt que lui inspirent les questions coloniales, a présidé, en personne accompagné de l’impératrice, cette solennité. Mais, il faut le dire aucun de ces établissements ne possède, comme celui de Marseille, un institut de recherches coloniales et d’enseignement annexé au musée.

(1) La ville de Marseille a voté en 1899 (20 juillet) une somme de 10.000 fr. pour la création, auprès de l’Ecole de médecine de cette ville, de cinq cours coloniaux dans l’ordre suivant: i° Clinique des maladies coloniales. 2° Pathologie exotique et bactériologie. 3o Histoire naturelle et parasitologie coloniales, Hygiène, épidémiologie, climatologie exotiques, 5° Bromatologie, matières médicales exotiques. Trois de ces cinq chaires sont pourvues actuellement de leurs titulaires et fonctionnent régulièrement. Les deux autres restent à pourvoir, mais il n’est pas douteux que le département de l’Instruction publique, à qui incombe le choix de ces titulaires, ne tardera pas à répondre au désir manifesté si ouvertement par la municipalité, d’ouvrir aux connaissances coloniales de tout ordre, une place indépendante dans le haut enseignement de Marseille. Sur ce terrain d'intérêt général bien entendu, la municipalité et la chambre de commerce se sont rencontrées dans un effort commun qui ne manquera pas de porter ses fruits à brève échéance.

sans réserve à la disposition de la municipalité de Marseille et des professeurs coloniaux, comme elles servent déjà à l’enseignement créé par la Chambre de Commerce.

Comme on le voit par ce court exposé, l’influence exercée par le Musée et l'Institut colonial de Marseille sur le développement de l'enseignement colonial a été rapide, et, cet établissement entre luimême dans le concert didactique pour une grosse part en démontrant aux yeux, au moyen des collections et des Annales, combien la matière coloniale est riche et variée. Examinons maintenant en détail les organes divers qui forment cet appareil complexe et suivons en le fonctionnement. Nous montrerons ensuite avec quelques détails aussi, les résultats obtenus à longue ou courte échéance par le travail produit Nous avons vu le rayonnement d'influence de cet établissement scientifique, la façon dont, organe lui-même d’enseignement, il a permis le développement d’un cycle didactique complet à Marseille, suivons le dans son fonctionnement en prenant chaque organe à part. Nous verrons, après, ce que valent les ouvriers bénévoles qui se sont chargés de la mise en mouvement de ces divers organes.

Une vaste salle de 14 mètres de long sur 8 de large, située au deuxième étage de l’hôtel du service colonial à Marseille, est affectée à ce Musée. Dans cette salle d’exposition, la plupart des produits sont rangés par pays d’origine (toutes nos colonies étant représentées par leurs productions des trois règnes), dans de belles vitrines qui sont les unes horizontales, placées sur plusieurs rangs parallèles au milieu de la salle, et les autres verticales appliquées contre les murs. Au-dessous des premières, dont le plus grand nombre contiennent sous verre des produits de comparaison tirés des colonies étrangères (produits commerciaux), sont les herbiers dans des cartons et aussi de grosses pièces de géologie et de minéralogie qui n'ont pu trouver place, à cause de leur volume, sous les vitrines. Les objets volumineux tels que les manteaux, parasols, armes, costumes, canots, mannequins, instruments de musique (l’ethnographie en un mot),

et les billots de bois, ou bien les produits trop volumineux, sont placés sur les parties des murs demeurées libres, entre les vitrines horizontales ou dans l’embrasure des fenêtres. 11 a même été nécessaire à cause de l'accroissement des collections, d’utiliser les couloirs et l’escalier. Dans les vitrines verticales, se trouvent tous les produits végétaux présentant un intérêt scientifique ou économique. Beaucoup d’entre-eux sont nouveaux et ont reçu une application à

Vue de l’entrée de ln salle du Musée Colonial de Marseille

l’industrie ou au commerce soit local soit général, à la suite des études dont ils ont été l’objet dans les laboratoires de l 'Institut colonial. Quand un de ces produits a reçu des applications, il figure en collection avec toutes les manipulations industrielles dont il est l’objet. Ainsi, les Araucarias divers de nos colonies s étant montrés, d’après les recherches deM. Heckel, des producteurs de gomme résine dont la gomme est de l'arabine et la résine un produit comparable au Copal pour la fabrication des vernis gras ou des vernis à l’alcool, on voit à côté de la gomme-résine naturelle propre à chaque espèce,

(.1. Cooki , Ru/ei Bidwilli, imbricata , Brasiliensis , etc) la gomme, puis la résine et les vernis qu’elle donne. De même, chacune des graines grasses nouvelles et capables d'entrer dans l’industrie soit de la stéarinerie, soit de la savonnerie d’après les recherches récentes de M. Heckel, présente en série, à côté du produit naturel, le corps gras, les acides gras de distillation, de saponification, la glycérine et les bougies ou les savons qu’il peut donner; de même, enfin, un

Vue du fond de la salle du Musée Colonial de Marseille

produit naturel d'ordre médicinal se montre en nature accompagné des alcaloïdes, des glucosides ou des principes actifs divers qui entrent dans sa composition et lui donnent son utilité thérapeutique. Un produit naturel féculent est accompagné de sa fécule et de sa teneur en ce principe nutritif; une écorce ou une racine ou une feuille colorante, de son principe colorant ; une écorce tannante de son acide tannique ou gallique. C'est là une des caractéristiques propres à cet établissement scientifique. Les bois sont présentés sous leurs trois conditions, quand, ils sont susceptibles de servir à la

menuiserie ou à l’ébénisterie : i° A l’état brut, le plus souvent de forts billots de i mètre de haut représentant le tronc naturel, puis 20 au sommet du tronc une coupe transversale donnant la section brute polie; enfin 3° une deuxième section verticale est vernie. Les collections de bois de la Nouvelle-Calédonie (très riche) ; de la Côte d'ivoire et celles delà Réunion se présentent dans ces conditions. On peut ainsi, à la fois, reconnaître l'aspect normal du tronc, et apprécier la beauté plus ou moins grande du bois (1).

Plusieurs missions spéciales en Afrique, en Amérique et en Océanie, confiées à M. Jeannenev (Nouvelle-Calédonie), Dr Rançon (Haute Gambie), et Geoffroy (Guyane française), ont enrichi les collections d’une manière toute spéciale. Les herbiers comprennent des plantes de la Guyane (Bassières), de la Martinique et Guadeloupe (R. P. Duss), de la Réunion (Dr Jacob de Cordemoy, père), du haut Tonking (D1- Simon), du haut Laos (Dupuv), de la Nouvelle-Calédonie ( Heckel et Jeannenev), d'Australie (Meyden), enfin du Cambodge (Collard).

Le Musée de Marseille compte aujourd’hui des correspondants dans toutes nos possessions. Médecins, pharmaciens, administrateurs coloniaux et officiers de diverses armes en particulier, ont apporté, — avec un empressement qui prouve l’utilité d’une œuvre appréciée dans ses résultats, — les collections qu’ils ont pu réunir dans leurs moments de loisirs; beaucoup d'industriels et de négociants sont venus exposer leurs produits et offrir, en même temps, des matériaux divers, récoltés incidemment au cours de leurs voyages coloniaux. Nous donnerons plus loin la liste complète de nos correspondants coloniaux et des donateurs de ce Musée. Les produits animaux les plus importants, en beaux échantillons, remplissent à peu près une vitrine: les produits minéraux très richement représentés par nos principales colonies, tiennent deux vitrines : les collections d’Algérie et de la Nouvelle Calédonie sont les mieux représentées dans l'ordre minéral.

(1) A chaque espèce de bois correspond dans l'herbier un échantillon des autres parties delà plante (feuilles, fleurs, fruits).

Toutes ces collections sont rigoureusement classées et déterminées; elles portent toutes des étiquettes très apparentes indiquant le nom indigène, la famille botanique, le lieu d’origine, le nom scientifique et l’emploi. Le travail de classification et de détermination est réparti entre tous les collaborateurs du Musée et de l’Institut colonial ; l’entretien de ces collections, dont les doubles sont conservées dans des casiers spéciaux et dans un local réservé,

Vue d’une partie du laboratoire du Musée et de l'Institut Colonial de Marseille

et l’étiquetage sont le lot de M. Eberlin, conservateur bénévole autant que dévoué. Un double catalogue par colonie et par ordre alphabétique a été dressé et est tenu à jour par M. Eberlin ; il est à l'état de manuscrit mais il sera imprimé ultérieurement. Les doubles sont catalogués à l’état de fiches. Ces collections qui forment le Musée sont visitées régulièrement et assidûment par le public auquel elles sont ouvertes tous les jours, le lundi excepté, de 9 heures à

midi et de 2 à 5 heures. Un gardien à qui, un logement est 'réservé à côté du Musée au même étage, fait face à ce service et se tient à la disposition du public en meme temps qu'il s’occupe de la propreté du laboratoire, de la bibliothèque et de la salle d'Exposition. Le nombre des visiteurs pendant l’année 1899 a été de 20 par jour en moyenne.

A côté du Musée se trouve une salle de bibliothèque dont les volumes sont confiés également aux soins de M. Eberlin conservateur du Musée (1) cette salle aussi bien que le laboratoire sont fermés au public : elle sert de cabinet de travail aux collaborateurs de l’Institut colonial, soit pour la préparation de leurs leçons soit pour consulter la bibliothèque dans leurs travaux. Un catalogue existe.

Cette bibliothèque renferme le legs Raoul (livres coloniaux deculture et de botanique), et le legs Madinier, riche et très intéressante collection de dossiers relatifs à toutes les questions qui touchent de près ou de loin à la colonisation. Toutes les matières traitées sont réunies en articles de journaux découpés aux ciseaux. Cette collection de dossiers présente un grand intérêt rétrospectif, mais elle n’est évidemment plus à jour : néanmoins elle rend encore de grands services pour les documents historiques coloniaux de tout ordre. Toutes les publications coloniales officielles ou privées et les journaux sont reçus à la bibliothèque et y sont conservés avec les cartes géographiques coloniales qui sont toutes entoilées et classées méthodiquement dans un meuble spécial. Des photographies de nos colonies principales sont rassemblées en deux beaux albums et les murs recouverts de vues coloniales ou de portraits d’explorateurs coloniaux.

Le laboratoire sert à la fois à la manipulation, au classement des produits et à des recherches microscopiques ou physico-chimiques touchant leur composition. L’outillage n’y est pas très compliqué,

(1) Il est de toute justice de déclarer ici que, la première organisation et la première mise en ordre de cette bibliothèque sont dues à l’obligeance et aux services désintéressés de M. Fleury, actuellement bibliothécaire universitaire à Aix et alors (1894) bibliothécaire de la faculté des sciences de Marseille.

mais des recherches plus délicates se poursuivent dans des laboratoires de chimie spéciaux. Au Musée se dégrossissent les recherches : on y prend une première impression de la valeur des produits et le reste s’achève ailleurs.

Citons maintenant les principales collections originales et les principaux produits nouveaux sur lesquels l’attention se trouvera attirée au cours d’une visite rapide. Nous commencerons par nos colonies africaines.

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