I — LES CAOUTCHOUCS DES COLONIES FRANÇAISES
ET NOTAMMENT CEUX QUI SONT EXPOSÉS PAH LE MUSÉE COLONIAL DE MARSEILLE APRÈS ÉTUDE
La question des plantes à caoutchouc, de leur culture et de leur exploitation est, à l'heure actuelle et de tous côtés, une de celles qui préoccupent le plus nos colons, en raison de l’importance, sans cesse grandissante du produit.
Depuis un certain nombre d’années déjà, M . Jumelle s’est adonné tout spécialement à cette étude au Musée de Marseille, et, en 1 898, il publiait, dans les Annales de l’Institut, un travail où étaient réunis tous les documents, jusqu'alors épars, qui concernaient nos colonies et où étaient résumés, en même temps, les résultats de recherches personnelles.
C’est ainsi qu’on trouve dans cet ouvrage ( Les plantes à caoutchouc et à gutta dans les colonies françaises) beaucoup de données nouvelles sur les caoutchoucs du Fernan-Vaz qu’expose le Musée et dont la plupart sont dus aux envois de M. Foret, alors administrateur du Congo français.
Les principales plantes productrices sont, en dialecte n’coumi : Yokouendé ngowa, le ndjembo , le gnongo, Yivogué, Yébourendé, le loni, Vitomba, le bouéla, Yogoumou, le gambo usina, et Yiganda. Toutes n’ont pas la même valeur. Les meilleures sont : le ndjembo, Yokouendi ngowa , 1 egnongo, Yébourendé, le bouéla.
Pour quelques-unes, les échantillons botaniques ne sont malheureusement pas assez complets pour en permettre une détermination précise. M. Jumelle a pu toutefois étudier assez complètement le ndjembo et Yokouendé ngowa.
Le n'djembo reçu au Musée Colonial de Marseille (et il mporte de préciser, car le même nom peut s’appliquer à d’autres lianes) est le Landolphia Foreti Jum, qui est sans doute la même plante que celle que M. Pierre nommait, en même temps, Landolphia Klainei. Son produit est aujourd'hui bien reconnu comme étant de valeur réelle, car des graines de la liane sont, depuis ces études, livrées au commerce par le Jardin botanique de Bruxelles et par le très habile horticulteur colonial français M. Godefroy-Lebeuf. Le caouchouc exposé ne contient, d'après les analyses faites au Musée, que 6 à 7 0/0 de résine ; il est très élastique, très nerveux et peu visqueux.
Des graines deLandolphia Foreti ont germé au Jardin botanique de Marseille, où l’on conserve ainsi des spécimens vivants de l’espèce.
L’O kouendé n’gowa est le Carpodinus Foretiana Pierre. Sa gomme est plus résineuse que la précédente (19 0/0 environ), elle n’en est pas moins une sorte encore au-dessus de la moyenne, comme x^aleur, et très utilisable, bien qu’elles’altère plus rapidement que le produit du n'djembo ou celui du gnongo.
Ce dernier est, avec le caoutchouc d 'ebonrendé, un des meilleurs à signaler, en même temps que les deux précédents.
Au contraire Xivogué (Carpodinus Jumellei Pierre) donne une sorte inférieure. 11 en est de même du loni (55 o o de résine), du gonibo n’sina (540/0), de iogoumou (5o o o).
M. Jumelle n’avait pu, d’ailleurs, dans l’ouvrage cité plus haut, donner pour toutes nos colonies des détails aussi nombreux quepour le Gabon-Congo, et il avait dû aussi laisser çà et là en suspens beaucoup de questions non encore élucidées.
Mais, depuis lors, le Musée de Marseille, dont les relations avec nos possessions extérieures s’étaient rapidement étendues, a reçu beaucoup d’échantillons qui lui ont permis d’éclaircir quelques-uns de ces points obscurs.
Les avis étaient, par exemple, très divisés sur la valeur réelle du caoutchouc du Landolphia florida , si répandu en Afrique, aussi bien sur la côte orientale que sur la côte occidentale. D’après Ficalho, le Dr Nourry et M. Lecomte, ce caoutchouc était sans valeur ; il était
bon, au contraire, d'après Speeke et Grant, et MM. Morellet et Willey Après l’examen fait, au musée, de spécimens de la liane et du produit, il ne peut rester aucun doute: c’est à l’opinion de Ficalho et du Dr Nourry qu’il faut se rallier.
M. Adam, administrateur, de la Casamance, nous envoyait, en effet, il y a deux ans, des fragments d’une plante appelée mada au Sénégal. M. Jumelle y a reconnu le Landolphia Jlorida. Or le produit qui accompagnait les échantillons botaniques est tellement inférieur qu’on n’a pu avoir un seul instant, l’intention de l’exposer.
D’autre part, c’est grâce à un autre envoi de M. Adam que M. Jumelle a pu établir — ce qui a été confirmé depuis par d’autres observations de M. Hua — que la principale liane à caoutchouc toll du Sénégal est, non pas le Landolphia senegalensis. comme on l’admettait jusqu’alors, mais le Landolphia tomentosa. Ajoutons que d’après M. Hua, ce serait ce mbmo. Landolphia qui serait legm/z/rae du Soudan .
Nos connaissances sur les végétaux caoutchoutifères de nos coloniesde la côte occidentale d’Afrique se précisent donc ainsi peu à peu. Mais le Musée de Marseille a eu, en outre, la bonne fortune de trouver, à Madagascar, en M. Perrier de la Bathie (qui réside à Suberbievi lie), un correspondant obligeant et zélé, dont les nombreux envois, faits avec grand soin, ont fourni à M. Jumelle une abondante matière à d’importantes observations.
Il faut bien avouer aussi que, pour notre nouvelle colonie africaine, toute l’histoire des plantes à caoutchouc était encore à faire. Il y a deux ans, tout était dit, au point de vue scientifique, quand on avait rappelé que le caoutchouc de Madagascar est fourni par le Landolphia Madagascar iensis . On savait seulement encore que dans le Sud était une euphorbiacée,’ Yintisy.
Qu’on était loin, pourtant, de la réalité! Peut-être même le Landolphia Madagascar iensis (qui est le voahena de la côte orientale) n’existe-t-il pas dans la région du Nord-Ouest de l’île, qui, cependant exporte de grandes quantités de gomme.
C’est du moins, ce qui semble ressortir, jusqu’ici, de l’examen de tous les échantillons envoyés au Musée par M. de la Bathie, et qui
représentent à peu près toutes les plantes à caoutchouc exploitées ou exploitables dans le Bouéni et dans le Ménabé.
Et ce seraient deux autres espèces du même genre qui remplaceraient, dans cette partie de l’ile^ le Landolphia madagascanensis.
De ces deux espèces, qui n'avaient pas été encore décrites, l’une a été appelée par M. Jumelle le Landolphia Perrieri. C’estl epira/ahy ou vahealahy des Sakalaves, qui, pour en récolter le lait coupent ses rameaux par tronçons. Les fragments de la liane sont ensuite égouttés au-dessus d’un bambou creux qui conduit le lait dans un récipient. La coagulation est obtenue par le jus de citron ou avec des fruits pilés de tamarinier, car les indigènes ont bien su reconnaître d'eux-mêmes que l’ébullition ne donne qu’un produit inférieur.
La liane pousse dans toutes les forêts du Bouéni, à Majunga, à Andriba, dans les vallées de l'ikopa, du Betsiboka et du Menavava. Le caoutchouc reçu et examiné au Musée est de bonne qualité, très élastique, et sans viscosité. Il contient 8 à 9 o o seulement de substances étrangères (parmi lesquelles la liqueur de Lehling ne décèle pas la moindre trace de sucre) et 4 à 5 o o de résine. Sa densité est remarquablement faible : 0,910, alors que celle du caoutchouc de Para qui est généralement citée comme une des moins élevées, est de 0,915 et celle du caoutchouc d’Assam (Ficus e/astica ) 0,967.
Le latex, qui est de conservation très facile quand on l’additionne d’un peu d’ammoniaque, et qui est arrivé au musée en très bon état, est blanc légèrement rosé et très fluide. Sa densité est 0,997. ^ est malheureusement très pauvre en caoutchouc. Le rendement de l’échantillon que nous avons examiné n’était que de 6 à 7 0/0, alors que celui de la plupart des autres laits est de 20 à 5o. 11 est vrai que, à la fin de la saison sèche, il est plus élevé, mais, même à cette époque il n'atteint que 17 0 0.
Cette extraordinaire pauvreté est d’autant plus regrettable que la gomme est bonne et que la liane, même après avoir été coupée au ras du sol, repousse facilement, donnant un grand nombre de rameaux qui s’enchevêtrent en buisson. Il serait peut-être ainsi possible, d’après M. Perrier de la Bathie, d’exploiter la plante, par coupes régulières, tous les deux ou trois ans.
Ce sont des essais qu’il serait à propos de tenter, car, actuellement l’exploitation du piralahy est presque abandonnée par les Sakalaves dans le Bouéni. Et le faible rendement explique cet abandon, car un ouvrier peut difficilement récolter, pendant la saison des pluies, plus de huit litres de lait par jour. Or ces huit litres ne donnent qu’un demi kilo de caoutchouc, vendu sur place au faible prix de i fr. 5o ou 2 francs le kilo.
La seconde espèce de Landolphia a laquelle il est fait allusion plus haut est particulièrement intéressante. Elle est bien connue des Sakalaves sous le nom de reiabo, et son caoutchouc, d'une belle couleur rose, doit constituer certainement, en grande partie dans la région, la sorte très estimée connue sous le nom de pinki rose de Madagascar.
11 n’en était que plus important, au point de vue scientifique, de déterminer botaniquement la plante productrice que, d’après certains voyageurs, les Sakalaves ne faisaient pas connaître volontiers. C’est, sans le moindre doute, d’après les échantillons que possède le Musée, une espèce non décrite encore, et bien distincte, par ses fruits, du Landolphia madagascariensis et du Landolphia Perrieri. Ces fruits, qui sont pyriformes dans la première de ces deux espèces et qui, ovoïdes et surmontés d’un mamelon, ont un peu la forme d’un citron dans la seconde, sont sensiblement sphériques dans le reiabo et justifient ainsi le nom de Landolphia sphærocarpa qu’on peut donner à l’espèce. Ils contiennent plus d’une centaine de graines, noyées dans la pulpe sucrée. Leur dimension la plus ordinaire est celle d’une grosse pomme ; elle peut être cependant plus grande encore car un des spécimens exposés, qui pesait, à l'état frais. 480 grammes, a 10 centimètres de diamètre.
Une de leurs principales caractéristiques est la grande quantité de lait que contient l’enveloppe et qui est telle que lorsqu'on brise cette enveloppe sèche, on voit s’étirer, entre les fragments, de nombreux fils de caoutchouc. Un fait analogue ne se produitpas nécessairement pour les fruits d’autres espèces de Landolphia. Le fruit du reiabo est encore très souvent, en raison de cette même abondance de lait, parsemé, à sa surface de petites parcelles de caoutchouc. Ces
parcelles proviennent évidemment de la coagulation de quelques gouttes de liquide qui ont jailli à la suite d'une piqûre d'insecte.
Des recherches plus précises sur la gomme sont, en ce moment en voie d’exécution au Musée, mais un examen même rapide suffit pour convaincre immédiatement de sa valeur.
Le tronc de la liane est plus gros que celui du piralahy et il donne un lait plus abondant et plus riche en caoutchouc (18 à 26 0/0). Le mode d'exploitation est le même.
Le Landolphia sphærocarpa serait spécial au Ménavavaetau Ménabé ; on ne le trouve plus à l’est d'une ligne indiquée par la vallée du Ménavava et celle du Betsiboka, après le confluent avec cette rivière. Partout en cette région il pousse avec une vigueur très grande dans les alluvions qui bordent les cours d’eau et qui sont les seuls terrains cultivables du pays.
La liane pourrait être cultivée, d’après M. Perrier, avec quelques chances de succès; et, contrairement au piralahy , elle pourrait être saignée.
Voilà donc, dans le nord-est de Madagascar, deux Landolphia producteurs de caoutchouc, et autres que le Landolphia madagascariensis.
Mais il ressort nettement, en outre de l’étude des plantes adressées au Musée, que le genre Landolphia n'est pas le seul, parmi les Apocynées, qui fournisse dans Pile des végétaux caoutchoutifères. Et au second rang il faut tout au moins placer un autre genre de la même famille, sur lequel, avant cette année, l’attention n'avait jamais été attirée à ce point de vue : c’est le genre Mascarenhasia.
C’est M. K. Schumann, de Berlin, qui, au commencement de 1898, reconnut que l’arbre mgoa, qui peut fournir, sur la côte d’Afrique dans la région de Zanzibar, une gomme élastique, est un Mascarenhasia qu’il nomma M. e/astica. L’importance du genre, au point de vue où nous nous plaçons ici, n'était toutefois pas, par là établie, car il pouvait s’agir d’une espèce isolée. Il en est tout autrement depuis que les recherches de M. Jumelle ont établi que les arbres exploités par les Sakalaves sous le nom de guidroa sont des congénères du mgoa de Zanzibar.
Le principal de ces guidroa du Bouéni et du Ménabé est le Mascarenhasia lisianthiflora D. C., petit arbre de 5 à 6 mètres de hauteur. Les Sakalaves, pour l’exploiter, pratiquent sur le tronc, pendant la saison sèche alors que le lait est très épais, de nombreuses incisions. Le lait se coagule presque immédiatement, au-dessous de la blessure, en formant de petites bandes de gomme, que les travailleurs reviennent enlever une heure plus tard, et qu'ils agglomèrent en boule. Un seul homme, par ce procédé, récolte facilement un kilo de produit en une journée. Un litre de lait donne en moyenne 4i5 grammes de caoutchouc de bonne qualité, mais bien distinct de celui du reiabo par sa couleur noir foncé.
Un autre guidroa de la même contrée est le Mascarenhasia anceps Boiv., qui pousse sur le bord des ruisseaux et des étangs, et qui est commun dans tout le Bouéni, àMajunga, à Suberbieville, à Menavava, etc.
Le caoutchouc en est encore bon. Malheureusement, en raison de l’habitat plus ou moins aquatique du végétal qui le fournit, le latex est très clair et ne donne que peu de gomme. La plante est, pour cette raison, délaissée des Sakalaves. D’après une observation curieuse de M. de la Bathie, les saignées pratiquées aux premières pluies donnent cependant une assez grande quantité de liquide pour que l’exploitation, à ce moment, en raison de la grande fréquence de l’arbre, soit rémunératrice.
Et on pourrait, de même, tirer parti d’un troisième Mascarenhasia à feuilles étroites, en ce moment à l’étude au Musée et qui fournit un produit valant celui du M. lisianthiflora. Celui-là est un arbre de 20 à 3o mètres de hauteur, d’où le lait coule en très grande quantité. Il est regrettable qu'il soit rare dans la région. M. Perrierde la Bathie n’en a trouvé que quelques pieds dans une forêt à demi inondée, près du lac d’Hoyefitra, aux environs du mont Isibondraina.
Peut-être, au reste, est-ce une espèce qu’on retrouve plus communesur d’autres points de Madagascar, car le genre Mascarenhasia n’est certainement pas limité au Nord-Ouest. Si on se reporte aux descriptions — si incomplètes qu'elles soient — données, dans
diverses publications, par des colons ou des explorateurs, il apparaît certain qu'il a aussi des représentants dans le Nord et dans l’Est. L 'hapondrano, grand arbre de la région de Vatomandry et Farafangana. Yherotra de la zone forestière comprise entre Mananjary et Fianarantsoa, le barabanja, du Nord, sont des Marcarenhasia.
Mais revenons à la partie occidentale. Après les Apocynées précédentes deux Asclépiadées doivent encore être signalées au même titre.
L'une est le lombiro des Sakalaves, bien souvent cité, mais qui n'avait jamais été déterminé: c’est le Cryptostegia madagascariensis. Et il était intéressant de connaître de façon précise le produit de cette plante, sur laquelle aucune donnée n’avait été encore fournie, alors qu'on possède, au contraire, quelques renseignements sur la seconde espèce du genre: le Cryptostegia grandiflora
L'origine de cet autre Cryptostegia, & vrai dire est douteuse. On a trouvé la plante, à l'état sauvage à la fois dans l’Inde et dans les îles africaines de l'Océan indien, sans qu’il ait été possible de reconnaître dans laquelle de ces régions elle est réellement indigène. Mais il n’v a pas de doute, en tous cas, sur la valeur de la gomme. M. Deroux, dans une communication faite en 1887 à la Chambre d’agriculture de la Réunion, disait que des spécimens, envoyé* en France avaient été très appréciés: et, d’autre part, dès 1 856, on pouvait voir, à l'Exposition de Madras, des échantillons du même caoutchouc apportés des districts de Nellore, deCaddapah, de Mazulipatuam et de Madras et. qui. d'après les comptes-rendus, étaient de bonne qualité : c’est la gomme qui, dans l'Inde est connue sous le nom de Palay rubber.
Que fallait-ildonc penser de la valeur du produit du Cryptostegia madagascariensis ? On pouvait se le demander, et la réponse à cette question d’après les échantillons reçus par le Musée, ne sembla pas d’abord des plus faciles. Les premiers spécimens envoyés étaient, en effet, dépourvus de toute valeur : c’étaient des fragments d'une résine brunâtre, cassante, dépourvus de toute élasticité. Et cette observation concordait avec les lignes qu’écrivait (m litt.) M. Perrier de la Bathie : «Le latex de Lombiro ne m’a jamais donné qu'un pro-
duit visqueux et inutilisable. L’acide sulfurique, l’acide citrique, l’alcool donnent les mêmes résultats. »
Pourtant un peu plus tard, M. le Dr Decorse, médecin des colonies, adressait au Musée, en même temps qu'une lettre dans laquelle il affirmait la bonne qualité de la gomme, un litre de lait.
Or M. Jumelle, en expérimentant sur ce lait, qui fut traité par divers coagulants, obtenait en effet un véritable caoutchouc.
Cette contradiction résultait-elle donc d’une erreur dans l’un des deux envois ? La compétence incontestable des deux correspondants ne permettait pas de le supposer. Et l'explication — bien simple, mais bien curieuse, car c’est le premier exemple aussi net du fait que nous allons signaler, dans l’histoire des plantes à caoutchouc — se trouve dans une lettre récente de M. de la Bathie : la composition de la gomme présente des variations considérables suivant l’époque de la récolte.
M. Perrier de la Bathie avait, en effet, lui aussi, à une époque postérieure à celle où il écrivait la phrase citée plus haut, obtenu un bon caoutchouc de lombiro... tandis que, en février dernier, il n’obtenait plus de nouveau qu’une substance résineuse.
La conclusion serait donc que le Cryptostegia madagascariensis donne du caoutchouc, de juin à décembre, c’est-à-dire pendant la saison sèche (au cours de laquelle le Dr Decorse avait fait ses expériences), mais ne donne qu’un produit résineux et sans élasticité pendant la saison pluvieuse. Des recherches plus complètes sur ce caoutchouc sont poursuivies en ce moment au Musée colonial de Marseille.
Enfin M. Jumelle a examiné aussi, dans ces derniers temps, la gomme d’une plante que M. Perrier lui a adressée sous le nom de bokalahy. Ce bokalahy, recueilli entre la rive gauche du Betsiboka et la rive droite du Mahavary, a un port tout semblable à celui du lombiro. Abandonnée à elle-même, la plante s’arrondit en buisson, alors que, au voisinage d’un arbre, elle devient une grande liane. C’est, d’après la détermination de M. Jumelle, le Marsdenia verrucosa, caractérisé, en partie, par son gros follicule verruqueux d’où s’échappent de nombreuses graines, surmontées de volumi-
neuses aigrettes. (1) C’est encore une espèce qui n'avait jamais été, d'ailleurs, signalée comme caoutchoutifère. Sur le genre même, pourtant sivaste,onne possédait jusqu’ici, à cepoint de vue, quecette ancienne et vague indication de Roxburgh, que, dans l’Inde « le lait qui sort des incisions du tronc du Marsdenia tenacissima donne une substance élastique, qui ressemble à du caoutchouc. »
Il convient, il est vrai d’ajouter, que le Marsdenia verrucosa ne parait pas appelé à prendre une bien grande importance pratique. Le latex est. d'abord, en trop petite quantité pour qn'on puisse l’exploiter avec profit pour le moment; et le caoutchouc, tout en étant de bonne apparence, élastique et peu visqueux ( 1 6. 5 o/o de résine) est assez peu tenace. Il casse facilement lorsqu’on l’étire tel qu’on l’obtient après coagulation ; et il est encore moins tenace lorsqu’il a été débarrassé de sa résine.
Quoi qu’il en soit, on voit maintenant comment, en ces derniers temps, les nombreux spécimens envoyés par d’obligeants correspondants au Musée de Marseille nous ont permis d’étendre nos connaissances sur les plantes à caoutchouc exploitées ou exploitables dans nos colonies africaines.
11 serait à souhaiter qu’on pût prochainement en dire autant de notre colonie de l’Indo-Chine, où la récolte du caoutchouc pourrait être aussi une source de revenus peut-être un peu trop négligée jusqu’ici. Les végétaux producteurs de cette contrée sont malheureusement encore mal connus et indéterminés, et leur étude nous réserve pourtant certainement des surprises. Ainsi, tout dernièrement, M. Achard, directeur du service de l'agriculture en Indo-Chine envoyait au Musée, en priant de l'examiner au point de vue botanique, une liane qui serait paraît-il, caoutchoutifère. M. Jumelle y a reconnu le Vallaris Heynei Spreng. ( Val la ris solanacea Sch.) qu’on n’a jamais signalé comme espèce à gomme élastique, bien qu’elle soit commune, croyons-nous, dans l'Inde. C’est ainsi une nouvelle plante à ajouter à la liste précédente. Les caoutchoucs qui font l’objet de l’examen ci-dessus sont exposés au Trocadéro parle Musée colonial de Marseille.
(i) On peut voir au jardin botanique de Marseille des spécimens vivants de ce Marsdenia verrucosa, ainsi que du Landolphia sphœrocarpa. Les uns et les autres proviennent des semis faits en serre.