II. GOMMES ET RÉSINES DES COLONIES FRANÇAISES
PAR M. J. DE CORDEMOY
Le travail que M. le Dr Jacob de Cordemov a publié sous ce titre cette année dans les Annales de /’ Institut Colonial de Marseille, sur les Gom mes, Résines et Gommes-résines d’origine exotique a un double but: i° rassembler des documents épars, réunir dans un cadre méthodiquement ordonné des notions et des faits qu’il y avait intérêt à étudier comparativement ; 2° faire connaître des produits nouveaux ou peu connus que nos colonies pourraient fournir au Commerce et à l’Industrie, qui, par suite, deviendraient pour quelques-unes de nos possessions d’importantes sources de revenus.
En faisant l’histoire des Gommes, l’auteur a longuement parlé de la gomme du Sénégal et du Soudan dont la production constitue une véritable richesse pour ces colonies, et a a'nalysé avec soin les conditions de récolte et d’exportation de ce produit qui a pour marché Bordeaux et est presque entièrement consommé par l’industrie française. Mais il a montré que les importations, en France, des gommes exotiques comportaient en outre nombre de sortes étrangères dont les similaires se trouveraient aisément dans nos propres colonies. 11 a cité, par exemple, l 'Acacia Farnesiana , qui croît si bien aux Antilles et à la Réunion, comme susceptible de fournir une excellente gomme, tout à fait analogue à la gomme arabique; le Feronia elephantum de nos possessions de l’Inde, donne également une magnifique gomme, de qualité tout à fait supérieure. La gomme del 'Acacia lebbek si répandue dans nos colonies, est, il est vrai, insoluble, mais l’auteur a indiqué des moyens de la rendre soluble.
Parmi les gommes du type adragante, M.de Cordemoy a tout spécialement signalé le M’Beppe ou gomme du Sterculia tomentosa , sur laquelle M. le professeur Heckel avait, quelque temps auparavant, attiré l’attention. C’est un produit que la Sénégambie française pourrait livrer à l’industrie française qui la transformera facilement en gomme soluble.
Le groupe des résines offre tout une série de matières premières de réelle valeur, susceptibles de devenir l’objet d’un commerce
lucratif, si elles pouvaient donner lieu à des transactions suivies. L'étude des gommes et des résines d’Araucarias. du Copal de Madagascar est fort instructive à cet égard; il en est de même des indications fournies au sujet des Damarsetdela résine des Gardénia de la Nouvelle-Calédonie. Ces substances forment d'excellents vernis capables de répondre à toutes les exigences de notre industrie qui utilise seulement jusqu’ici le copal et la résine damar de provenance malaise.
IJn chapitre assez étendu est consacré à la gomme laque asiatique que le Laos et le Cambodge produisent abondamment, et qui donne lieu à des transactions importantes sur les marchés de l’Indo- Chine.
De la gomme laque d’Asie, l’auteur a rapproché un produit analogue, provenant de Madagascar : c’est une résine laque blanche dont les caractères sont bien distincts, mais dont les propriétés sont telles qu’elle semble se prêter aux mêmes usages que la gomme laque carminée.
L’auteur passe en revue les différentes sortes de résines qui découlent des nombreuses espèces de la famille des Diptérocarpées. Il s’est efforcé de mettre en lumière leur origine botanique précise de manière à montrer quels sont ceux de ces végétaux qui méritent plus spécialement d’être protégés et propagés. Tels sont en Indo-Chine les Shorea qui fournissent la résine C haï et les Dipterocarpus qui donnent Y huile de bois.
Il a mis au point de nos connaissances actuelles la question complexe des produits résineux secrétés par les Burséracées et à pu notamment en mettant à profit les collections du Musée-Colonial de Marseille — fixer, après des recherches personnelles, quelques-unes des propriétés les plus remarquables des résines de Canarium , de Protium, de Bursera et de Dacryodes.
Il a élucidé également quelques points douteux concernant les produits résineux des Symphonia et des Moronobea. Ces investigations laissent supposer que le Kijy ou résine de Symphonia clusioides, dont on peut se procurer de grandes quantités à Madagascar, donnerait un vernis utilisable industriellement.
Les renseignements qu’il a été possible de recueillir sur le ben-
join seront sans doute de quelqu’utilité dans notre colonie de l’Indo- Chine où l’arbre à benjoin est relativement peu commun et mériterait d’être plus cultivé et propagé.
Il y a également en Indo-Chine une laque noire, gomme-résine tout à fait analogue à la laque bien connue du Japon et de la Chine; elle est fournie par le Melanorrhea laccifera, et donne, mélangée à l’huile de Trau ( Aleurites cordata), un magnifique vernis très employé par les Cambodgiens et les Annamites.
Enfin, l'auteur a rappelé, en s’inspirant des remarquables recherches publiées par le Dr Heckel, la grande importance économique des diverses espèces d’ Araucaria, comme végétaux producteurs de gommes et de résines.
Tels sont les principaux chapitres de ce travail ; un très grand nombre d’autres plantes gommifères et résinifères ont été étudiées, en notant pour chacune d’elles la valeur économique véritable de l'exsudât.
Ce premier volume sera bientôt suivi d’un second, actuellement en préparation, où sera faite l'histoire des Plantes féculentes et des fécules dans nos colonies françaises. On trouve là des cultures de tout premier ordre, comme le riz, le principal produit d’exportation pour notre colonie de l’Indo-Chine, le maïs, le manioc, le mil, l’arrowroot, etc, dont certaines possessions pourraient fournir des quantités considérables.
M. de Cordemoy a commencé aussi à réunir des matériaux pour une étude sur les Epices et les aromates dont nos colonies nous offrent une collection aussi riche que variée. Il développera surtout la partie qui, dans ce travail, sera réservée à la vanille; la culture de cette Orchidée est, comme on le sait, très en honneur dans l’une de nos vieilles colonies, la Réunion, qui trouve dans le commerce des précieuses « gousses » le plus clair de ses revenus. Il est probable qu’à Madagascar nos colons auront intérêt à être documentés sur la culture et l’industrie de la vanille, car la plante y pousse à merveille, dans certaines régions du moins.
Le même auteur a l’intention d’écrire également un volume sur la Canne à sucre. 11 y a lieu, en effet, de faire une révision des
ancienstraitéspubliés sur cettequestion, neserait-ce quepoury ajouter les récentes recherches sur la sélection de la canne par la méthode des semis, sur certaines de ses maladies, et le moyen de les prévenir ou de les combattre, etc.
En dernier lieu, il s'occupera d'une série de monographies concernant nos Fruits tropicaux, dont beaucoup seraient certainement très appréciés en Europe si l'on parvenait à découvrir un procédé permettant de les conserver à l’état frais pendant le transport. Quelques essais ont été tentés, en ce qui concerne les Antilles; mais la question ne paraît pas résolue complètement. Toutefois on constate avec satisjaction au Pavillon de la Martinique, dans la salle de dégustation, l'existence d'un rayon spécialement réservé aux fruits frais. On peut se procurer là, à assez bon compte, le plaisir de déguster des pommes lianes, des avocats, des pommes cannelles, des pommes Cythères, etc. etc. surtout d’excellentes mangues. C’est aux efforts de M. Landes, professeur au lycée deSaint-Pierre, agent de la colonie à la section des Antilles, que ce magnifique résultat est dû et il faut l’en féliciter hautement. C’est le premier pas vers l’exportation normale des fruits frais des Antilles. Le Sénégal étant plus rapproché de nous, la réalisation de ce progrès pourra nous être mieux assurée par cette colonie, quand elle sera en état d’exporter.