NOUVEL INSTITUT COLONIAL PROJETÉ PAR LA MUNICIPALITÉ DE MARSEILLE
Tout ce qui précède est relatif à l’état actuel du Musée et de l’Institut colonial de Marseille, examinons ce qu'il semble appelé à devenir dans un avenir prochain. En 1897, M. Eberlin, conservateur du Musée colonial de Marseille, et très précieux collaborateur, faisait connaître aux lecteurs de la Revue générale des Sciences (N° du 1 5 novembre 1897) l’historique et l’état de cet établissement d’enseignement supérieur au moment où il écrivait. Depuis cette époque, les collections tant scientifiques que commerciales se sont enrichies à ce point que les vitrines et les armoires dédoublées débordant de tout côté, il a fallu songer à demander aux corps élus une place convenable pour abriter ces richesses de toute nature et pour en faire profiter l'enseignement, la science, l’industrie et le commerce. La municipalité Marseillaise, obéissant à un mouvement aussigénéreux qu’éclairé, a voté un crédit de q5o.ooo francs (1) pour la construction d’un Musée-Institut colonial à bâtir sur un terrain de même valeur situé au cœur nouveau de la ville dans un quartier (ancien cimetière Saint-Charles) réservé à l’édification des bâtiments qui doivent constituer l’ensemble des facultés dont Marseille sera dotée un jour ou l’autre, c’est-à-dire dans la partie la plus déclive du boulevard de la Paix, avoisinant la place d’Aix.
Cet emplacement situé à égale distance des quartiers les plus peuplés, est bien le centre futur de la ville de Marseille. Il est peu distant de la Joliette, lieu de débarquement et d’embarquement de la multitude des voyageurs d'outre-mer qui arrivent chaque jour dans notre ville, soit de provenance soit avec une destination coloniale. Ceux-ci pourront donc, sans effort, visiter le Musée colonial en remontant le boulevard des Dames qui aboutit à la place d’Aix, centre
(1) Cette somme est com prise, avec une autre de 3o. 000 fr. destinée à l’édification d'une serre coloniale au jardin botanique, dans un emprunt qui doit être soumis au vote des Chambres. Le vote municipal a eu lieu le 28 juin 1898.
cade de l’Institut Colonial de Marseille projeté
de la ville, et qui sera prochainement desservi par une ligne de tramway reliant directement le port à la gare de Marseille.
Avec son double caractère de Musée et d’institut de recherches coloniales , cet établissement devant être, quand il sera construit, le seul de ce genre qui existera en France, il y a certainement intérêt général, à un moment où, voulant suivre l’exemple donné par Marseille, les villes commerciales et industrielles de notre littoral océanien, comme Bordeaux et Nantes, ou même de l’intérieur, comme Lyon, se disputent à l’envi la priorité d’une organisation de Musées coloniaux, à faire connaître les dispositions qu’a cru devoir adopter M. Heckel, pour mettre cette création nouvelle en harmonie avec la science moderne et les services qu’elle doit rendre à nos colonies françaises. Il convient aussi, pour l’intelligence du texte, d’accompagner cette description des divers plans, réduction de ceux qui ont été établis, sur les indications de M. Heckel, parM. Mouriès, architecte marseillais du plus grand mérite.
Pour les dispositions intérieures, M. Heckel ne s’est inspiré que des besoins actuels de nos colonies et du commerce métropolitain. C’est à dessein qu’il a négligé de se servir des données à emprunter aux établissements similaires de Haarlem, de Bruxelles et de Londres: ces créations sont propres à des nations colonisatrices plus avancées que nous dans leur œuvre ou qui, disposant de moyens spéciaux et d’un empire colonial différent du nôtre, ont pu avoir de leurs nécessités coloniales un concept tout différent de celui de la France. Il ne faut pas se dissimuler, que, malgré l’expérience acquise par la création de toute pièce d’un Musée restreint, qui a toujours été considéré comme la maquette de celui dont la réalisation semble prochaine pour Marseille, combien cette œuvre sera imparfaite par divers côtés. Le temps permettra de l’améliorer dans l'avenir, par des modifications de détails. Ceci dit, voici le dispositif du monument dans son ensemble.
Le nouveau Musée colonial contiendra quatre grandes salles de collections affectées, avec des proportions différentes, à nos colonies d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie et d’Asie. Les collections déjà existantes, s’augmenteront encore de tous les produits peu connus
PInn du rez-de-chaussée et des sous-sols de l’Jnstitut. Colonial de Marseille projeté.
et peu étudiés de Madagascar, du Soudan et du Congo, immenses possessions récemment acquises. A coté de ces salles, seront installés des laboratoires de recherches. Au rez-de-chaussée, on trouvera une vaste salle de cours et de conférences devant servir aux professeurs appelés chaque jour à donner l'enseignement colonial. On sait qu'il existe six chaires fondées par la chambre de commerce, relatives aux produits coloniaux de toute nature et à la science coloniale en général. D'autres cours seront institués par la chambre de commerce et il va de soi que les explorateurs et les conférenciers extraordinaires pourront aussi faire usage de cette salle et des collections de toute sorte du Musée.
Dans le sous-sol, il sera procédé au choix et au classement de tous les produits arrivés des colonies, et. au centre du rez-dechaussée, s’étendra un jardin colonial (serre chauffée en hiver). Il réunira les principaux types de plantes utiles provenant des colonies françaises et qui pourront, pendant les cours, être placées sous les yeux du public.
Au premièr étage, se trouveront une vaste salle de lecture attenant à la bibliothèque et à la salle des cartes coloniales; enfin le logement du directeur.
Tout cet ensemble constituera un monument à façade sévère mais ornementée, d’un développement suffisant en longueur et en largeur pour faire face à toutes les exigences du but à atteindre. Les dispositions intérieures indiquées sur les plans du monument joints à cette notice pourront être modifiées selon ces exigences; aussi ne jugeons-nous pas nécessaire d’entrer dans les détails de ce dispositif qui pourra subir au dernier moment des remaniements s’ils sont nécessaires.
Ainsi que nous l’avons dit, les plans ont été dressés par M. Mouriès. Ces plans, dans lesquels l’honorable architecte avait visé surtout à la commodité, à l’aménagement intérieur, n’ont pas reçu, d’abord, l’approbation du comité des bâtimentscivils. Celui-ci aestimé que l’architecture des façades était formée d’éléments coloniaux qui donnaient à l'édifice une allure de fantaisie incompatible avec le
caractère que ces façades devraient avoir pour contribuer à l’embellissement de la ville de Marseille et que, dans ces conditions, l'architecture extérieure devait être complètement changée. Le style primitif était celui qui a été adopté pour l’École coloniale de Paris.
M. Gustave Mouriès a donc été amené à tenir compte des modifications qui lui étaient signalées et à remanier son projet. C’est ce qu’il a fait. Le style qu'il a adopté se rapppoche, pour l’extérieur, du style Renaissance simple, et, pour la grande cour intérieure, avec promenoirs, du style mauresque. C’est une conception architectonique dans laquelle s’allient le goûta la simplicité, l'élégance à l’originalité et qui éveille bien l’idée de la destination et de l’emploi que doit recevoir cet édifice.
D’autre part, la ville a voté dans la même séance du 28 juin 1898, une somme de 2b.3oo francs pour la construction d’une vaste serre de plantes économiques tropicales qui sera édifiée au parc Borél) dans la section coloniale du Jardin botanique. C’est là que pourront être entreprises plus à l’aise qu’elles ne l’ont été jusqu’ici dans les petites serres actuelles, des recherches s ar les plantes coloniales de grande ou de petite culture à améliorer o 1 à faire connaître. C’est, cependant, de ces modestes serres que so it sorties tous les plants d ’ Araucaria Bidwilli qui ont été introduits dans nos colonies d’Afrique ou d’Océanie, sur les recommandations et après les travaux de M. Heckel sur cette espèce dont la propagation doit être tentée partout où elle est possible, à cause des produits alimentaires (grainesjt et industriels (gomme-résine) d: premier ordre qu’elle donne assez abondamment. C’est aussi de ce laboratoire des serres que sont sortis tous les pieds de kola qui ont été introduits après les travaux de M. Heckel, dans toutes nos cclinies françaises iropicales (Antilles, Guyane, Madagascar, Indo-Chine, La Réunion) qui en avaientété dépourvues jusqu’alors'(i) : le passé garantit donc ce qui se fera dans l’avenir, grâce à cet outillage nouveau.
(1) Nous donnons à lafin de cette noticeavec quelques détails la composition du musée de Marseille et la nomenclature complète des produits exposés pir le musée au Trocadéro.
Quant aux plantes nouvelles dont la culture a été introduite dans nos colonies françaises par suite d’envois de graines faits par les semis de la section coloniale du Jardin botanique de Marseille, elles sont nombreuses et je dois me borner à citer, en raison de l’utilité ou de l’importance qu’elles ont prise dans le commerce ou dans l’industrie de la métropole : t° Le Kinkélibah remède africain végétal, en honneur contre la fièvre bilieuse hématurique et introduit partout actuellement; 20 le Maloukang ou Ankalaki, graine africaine donnant un beurre comestible excellent et très agréable quand il est frais. Cette plante réussit bien en Indo-Chine et y donne de belles espérances entre les mains de M. Achard, Inspecteur de l’Agriculture qui, comprenant tout le haut intérêt d’avenir pour sa colonie que présente cette plante économique, s’en occupe très activement. Il n’est pas douteux que ce sera, pour l’industrie des corps gras comestibles, une conquête de premier ordre, quand la plante sera acclimatée dans nos diverses colonies tropicales.
Nous allons passer maintenant en revue les travaux les plus importants et les plus récents qui sont sortis, ou vont sortir par la publication, des laboratoires de l'Institut colonial et nous insisterons particulièrement, à raison de leur portée économique, sur les résultats des recherches nouvelles de M. Jumelle, sur les caoutchoucs et les cacaos; de M. J. de Cordemoy sur les gommes et les résines; de M. Laurent sur le tabac, enfin de M. Heckel sur les graines grasses nouvelles ou peu connues des colonies françaises. Nous indiquerons ensuite, ou chemin faisant, les travaux en cours qui vont bientôt paraître. Les divers produits nouveaux avec leurs dérivés qui font l’objet de ces études, sont ceux qui forment le fond le plus important de l’Exposition actuelle du Musée colonial de Marseille au pavillon du Ministère des colonies, au Trocadéro.