INSTITUT COLONIAL
Sous ce nom, il faut entendre un groupement d’instruments divers de travail et de chercheurs appelés à les mettre en mouvement dans l'unique but de contribuer à l'étude des produits nouveaux ou peu connus des colonies françaises. Ces organes sont: i° le Musée colonial dont nous avons déjà examiné l’ordonnance générale et les moyens, nous n’y reviendrons que pour dire qu’il est la source où s’approvisionnent les laboratoires de recherches. Il est inutile d’insistet sur ce rôle. 2° La bibliothèque qui récèle les documents bibliographiques et les publications capablesde renseigner sur les produits mis en étude ; enfin : 3° le jardin botanique colonial avec son laboratoire annexe qui constitue un instrument important d’études dont nous n’avons pas parlé jusqu’ici. Get établissement appartient à la municipalitédeMarseille et n'est qu’une dépendance du jardin botanique de la ville placé sous la direction de M. le professeur Heckel au parc Borély. S’agit-il de connaître la valeur d’une graine quelconque arrivée à l’état frais et sans aucun document botanique, par exemple, et faut-il faire l’étude du végétal qui la produit? On la met en germination dans des serres chaudes spéciales affectées aux plantes coloniales et généralement elle arrive assez rapidement à parcourir ses phases végétatives. 11 en est de même des bulbes, oignons, tubercules, éclats, rhizomes, etc., qui nous sont envoyés des colonies sans la plante mère. C’est ainsi que la détermination du D ad i gogo ( Ceratanthera Beaumet\i Heckel), tænifuge de la Guinée, a pu être possible après floraison de la plante dans les serres du jardin botanique colonial. Certaines plantes (grands végétaux) n’arrivent pas à floraison, mais se développent assez pour que la détermination en soit possible sur l’aspect général, après consultation des flores locales, et des herbiers du Musée. Ces germinations rendent du reste de très grands services en permettant a ux observateurs de décrire les phases
de première végétation qui ont échappé le plus souvent aux purs descripteurs des plantes qui en naissent. L’histoire des végétaux tropicaux se complète très utilement de cette façon et leur biologie devient plus connue. M. Heckel a découvert ainsi le parasitisme des Olacinées.
Le laboratoire de micrographie annexé à ce jardin botanique comprend, en outre, une petite bibliothèque botanique coloniale et une salle de recherches chimiques outillée assez commodément pour déterminer, par exemple, lacomposition d’une gutta, ou d'une graine grasse, d’un caoutchouc, d’une résine, d’une gomme résine, d’une plante à tannin. Les recherches de cet ordre commencées au laboratoire du Musée colonial s’achèvent là . M. le professeur Jumelle a pu mener à bien avec ces ressources, ses belles et délicates recherches consignées dans son livre sur les Caoutchouc et les gutta, et, dans cette notice, celles également qu’il a faites sur les cacaos et les réactions colorées que présente la graine, suivant ses origines, sortent de ce laboratoire. Un autre centre de recherches chimiques se trouve au laboratoire botanique de la faculté des Sciences et à l’Ecole de Médecine où ont été réalisées les nouvelles données sur les gommes et sur les résines réunies dans le livre récent de M. Jacob de Cordemoy sur les produits de nos colonies françaises (i). Le travail de recherches qui doit porter sur les produits de tout ordre, c’est-à-dire appartenant aux trois règnes de la nature, a été jusqu’ici plus particulièrement orienté vers les matières premières végétales qui sont les plus nombreuses, les plus variées et les plus intéressantes sans conteste . Mais la spécialisation didactique des deux professeurs de produitsanimaux coloniaux (M..I. de Cordemoy) et de produits minéraux (M. Lau-
(i) Des travaux de chimie importants ont été également faits sur les produits végétaux économiques des colonies françaises dans le laboratoire de chimie de l’Ecole supérieure de pharmacie de Nancy, par M. le professeur Schagdenhauffen, collaborateur habituel de M. Heckel depuis plus de 25 ans que dure leur association fructueuse pour la science. La plupart des travaux coloniaux de ces deux professeurs ont été faits en collaboration et il serait difficile de les énumérer tous ici sans omission. La liste approchée en sera donnée à la fin de cette notice. Quelques élèves ou maîtres des laboratoires d’autres universités (Nancy, Clermont-Ferrand, Toulouse, Montpellier) ont fourni aussi des travaux aux Annales après avoir reçu du Musée colonial la matière première de leurs recherches.
rent), nous promet pour l’avenir la mise en œuvre d’autres études dont l’intérêt n’est pas à démontrer.
Quoi qu’il en soit, tous les travaux sortis de ces laboratoires divers et dus aux collaborateurs dont les noms suivent, ont été insérés dans une publication annuelle connue sous le nom d 'Annales de l’Institut colonial de Marseille et qui existe depuis 1893 sans interruption. Nous allons parler de cet organe dont la place dans la littérature scientifique est faite aujourd’hui, mais disons d’abord qu’elle a été jusqu’ici alimentée par les travaux de MM. le professeur Dr Heckel, directeur-fondateur du Musée colonial; Jumelle, professeur-adjoint à la Faculté des Sciences; Jacob de Cordemoy, chef des travaux botaniques à la Faculté des Sciences et chargé d’un cours colonial à la Chambre de Commerce. Antérieurement à 1893, M. le professeur Heckel dont les publications sur les produits végétaux économiques de nos colonies françaises datent d’avant 1870, consignait ses recherches dans divers périodiques de la capitale ( Journal de Pharmacie et de Chimie, Journal de Thérapeutique , Journal La Nature, Revue Scientifique , Revue générale des Sciences, Répertoire de Pharmacie, Dictionnaire Encyclopédique des Sciences, Archives de Médecine navale. Dictionnaire des Sciences Médicales de Dechambre, Revue des Cultures coloniales. Annales de la Faculté des Sciences de Marseille, (1), etc.). Depuis la création des Annales de l’Institut colonial qu’il a réalisée en 1893 à la même époque que son Musée colonial, ses principaux travaux originaux, comme tous ceux de ses collaborateurs sont réservés pour cette publication périodique qui paraît en un volume annuel de
(I) Cinq importants travaux coloniaux de M. Heckel sont à signaler dans'. ces Annales’ savoir: Etude sur la flore de la baie de Prony (Nouvelle Calédonie) avec une carte et des figures dans le texte (1892); Sur la germination de ! Araucaria Bidwilli 20. Monographie surle Copahifera Salikounda Heckel, de la côte occidentale d’Afrique et sur sa graine à Coumarine (1893) 3° Monographie sur le Séribéli ( connarus africanus Afz.) tœnifuge de la côte occidentale d’Afrique (1897), ces deux monographies avec planches en couleur ; 40 Contribution à. l’étude botanique de quelques Solarium tubérifères (1898). 5° Sur le Dadi-Gogo ou Balancounfa ( Caratanthera Beaumet\i Heckel), plante nouvelle dont le rhizome est employé comme tœnifuge sur la côte occidentale d'Afrique (1891) avec trois planches dont une en couleurs (5o pages).
5oo pages environ avec figures ou cartes dans le texte ou hors texte. Cette collection est imprimée par M. Protat, à Mâcon. Ces Annales subventionnées par le Conseil général des Bouches-du-Rhône (5oo fr. par an), sont tirées à 3oo exemplaires et adressées à titre d’échanges aux Universités françaises et étrangères, ainsi qu’aux établissements coloniaux similaires dans le monde entier. Sept volumes des Annales ont paru de i8g3 à igoo exclus. Voici le sommaire des travaux qui y sont insérés avec le nom de leurs auteurs :
/re année i8g3. — i"Les Kolas africains au point de vue botanique, chimique, commercial et bromatologique; 2° Des beurres de Dika et de Cay-cay et des plantes qui les produisent au Gabon et en Cochinchine par MM. Heckel et Schlagdenhauffen (avec figures en noir, en couleur dans le texte et hors texte).
2e année i8g4. — Voyage d’exploration scientifique en Haute Gambie par le D1' Rançon, médecin principal des colonies (avec figures, dans le texte et hors texte).
3e année i8g5 Sur le Robinia Nicou de la Guyane (liane à enivrer le poisson), par E. Geoffroy; 2° Contribution à l’histoire botanique, chimique et thérapeutique des Adansonia, par le D' Gerber; 3° Le Quassia a/ricana (botanique, chimie et thérapeutique), par le D1' Claudel; q0 Sur le Bakis et le Sangol du Soudan par E. Heckel et Schlagdenhauffen; 5° Etude sur le Goyavier, par Khouri, pharmacien de i'e classe de Paris.
4e année i8g6. — Flore phanérogamique des Antilles françaises, par le R. P. Duss(avec annotation du professeur Heckel sur l’emploi de ces plantes), i volume de 656 pages.
5e année i8gy. — i° Rapport de mission scientifique à la Martinique et à la Guyane, par E. Geoffroy; 2" Les plantes médicinales et toxiques de la Guyane française, par E. Heckel; 3° Recherches sur les graines grasses nouvelles et peu connues des colonies françaises, par E. Heckel; q° Sur un Strophantus du Congo français ( Stro phanlus d’Autran), par Schlagdenhauffen et Louis Planchon ; 5U L’Erouma de Nouvelle-Calédonie et sa résine, par H. Jumelle; 6° De l’écorce fébrifuge du bois piquant (Zanthoxylum Perrotetii
D C.), par E. Heckel et Schlagdenhauffen ; 70 Sur les Murraya de Cochinchine, par le Dr Laborde, de Toulouse.
6e année i8g8. — i° Les plantes à caoutchouc et à gutta des colonies françaises, par H. Jumelle; 20 Les graines grasses nouvelles ou peu connues des colonies françaises, par M. E. Heckel; 3° Un nouveau Jaborandi des Antilles (Pilocarpus racemosus Wahl), par le professeur D1' Rocher, de Clermont- Eerrand.
7e année i8gg. — i° Le Cacaoyier, sa culture et son exploitation dans les colonies françaises, par H. Jumelle; 20 Gommes, résines et gommes-résines des colonies françaises avec les végétaux qui les produisent par le D1' J. de Cordemoy.
En 1900 paraîtront, avec une vaste étude sur le tabac par M. Laurent, des travaux de zoologie sur les Grillidés et les Acridiens qui causent des ravages considérables dans nos cultures coloniales, par M. le D1' Bordas de la Laculté des Sciences de Marseille. Un résultat important se dégage, au point de vue des intérêts commerciaux et industriels de Marseille, c’est qu’en dehors des faits acquis à la science pure par les études ci-dessus mentionnées, un certain nombre de produits végétaux de nos colonies françaises, ont pu après examen scientifique approfondi, être tirés de leur inutilisation et se sont créé, grâce à ces études, une place soit dans le commerce, soit dans l’industrie de la Lrance, rapportant ainsi à la métropole les sacrifices, légers du reste, qu’elle s'impose pour l’entretien du Musée colonial de Marseille et de son Institut, ce sont :
i° Les Kolas africains dont le commerce et la manipulation manufacturière en Lrance sont très importants; 20 les graines de M’bentamaré ( Cassia occidentalis L.) qui se substituent de jour en jour à la chicorée comme succédané du calé et arrivent en grande quantité notamment à Bordeaux et à Marseille; 3° L'Owala et le Lamy , graines grasses qui prennent une place marquée dans l'industrie de la stéarinerie, avec la graine de Karité qui donne aussi une bonne huile concrète et est employée pour être mélangée en nature à la graine de cacao, dans les fabrications des chocolats inférieurs; 40 le Pilocarpus racemosus des Antilles françaises (bois flambeau) qui remplacera bientôt le Jaborandi du Brésil dans les
drogueries; le beurre et la graine de Dika du Gabon appelés à remplacer à bas prix le beurre de cacao et déjà utilisés en Espagne; 5° le Kinkélibah ( Combretum Raimbaultii Heckel), très demandé et qui entre franchement dans le commerce de la droguerie comme remède très efficace contre la fièvre bilieuse hématurique; 6° la Tannorésine de Spermolepis tannifera Heckel, de Nouvelle-Calédonie, très utile pour les tanneurs à cause de sa richesse exceptionnelle en acide tannique; 70 la Gutta de Karité ( Butyrospermum Parkii), du Soudan français, demandée en Angleterre et utilisée comme succédané de la vraie gutta des îles de la Sonde; la Résine fossile de Kaori (de Nouvelle-Calédonie) mise en œuvre pour remplacer l’ambre vraie dont elle a l’aspect et quelques propriétés; 90 la Gomme de M'beppe du Sénégal-Soudan, qui est appelée à jouer un rôle comme gomme arabique à bon marché; io° les gommes-résines des Araucarias (Nouvelle-Calédonie), sources de gomme arabique industrielle et d’une résine qui peut remplacer avantageusement et à moins de frais, la gomme copal pour la fabrication des vernis gras et à l’alcool. Voilà quelques résultats qui semblent promettre mieux encore pour l’avenir, quand l’outillage du Musée et de l’Institut colonial aura été rendu plus parfait et ses ressources mieux assurées qu’à l’heure actuelle où son budget est absolument dérisoire et où son existence n’est réalisée que par des prodiges sans cesse renouvelés.