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L'instituteur primaire par l'auteur du Visiteur des écoles i. e. Jacques Matter

Pendant mes dernières tournées universitaires, un industriel qui a su créer l'un des plus beaux établissemens de t'Est, réunit, dans le château qui s'élève à côté de sa fabrique, le comité dont j'avais présidé la séance, avec tout ce que la petite ville renfermait de personnes zélées pour l'instruction du peuple.

L'assemblée fut peu nombreuse et pourtant très-mêlée. Bientôt on aborda toutes les questions relatives à l'enseignement, et je ne tardai pas à m'apercevoir que les journaux de toutes les nuances étaient lus dans la localité. Chacun eut à proposer un principe, une loi, un livre, une méthode, une découverte. Au moyen d'un portefeuille bien donné, le peuple, dans six mois, devait êtreaussi instruit que moral. Au milieu de tant de législateurs et de tant de philanthropes, un homme de quarante à cinquante ans, d'une physionomie à la fois spirituelle et calme, un peu fatiguée pourtant, me frappa précisément parcequ'il ne parlait pas. Il me semblait que,s'il n'avait rien à dire à personne, tout le monde avait à lui parler. En effet, c'était à lui que l'on paraissait s'adresser de préférence. Tout ce qui se disait et de la sagesse, et du dévouement, et

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de la persévérance nécessaires pour réussir, on eût pu le prendre pour un éloge indirect offert à ce muet personnage. Ma curiosité fut extrême. Je questionnai le maître de la mai son; il se fit apporter par sa fille un manuscrit peu volumineux, et me le présenta en ajoutant : «Voici le secret de nos hommages pour mon associé ; car la personne qui vous intéresse n'a plus d'autre titre aujourd'hui. L'hiver dernier, dans quelques soirées un peu prolongées, elle nous a fait le récit de sa vie. Je vous le donne; s'il vous satisfait, si vous le jugez utile à d'autres, vous en disposerez à votre gré. »

Je l'ai jugé utile, ce volume; je le publie, avec quelques changetnens et quelques unes de ces notes de bibliographie, que tous les éditeurs ont le droit de joindre aux manuscrits qu'ils soignent.

Puisse ce volume, où est raconté ce qui a été fait par un simple Instituteur, être de quelque utilité à ces intéressans maîtres de la jeunesse, qui sont appelés si spécialement à concourir par leurs sages leçons et leurs bons exemples à la gloire morale de la nouvelle France! On leur trace beaucoup de règles : il m'a semblé qu'il valait encore mieux leur apprendre , dans l'histoire de la vie et de»

travaux de l'un d'eux, à se faire ces règles eux-mêmes.

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