‹ L'instruction au Canada sous le régime françaisChapitre 150 sur 233 · I. RodiMDoaleix : C/a cottage dit Jésuites, . .• III, p. tS · texte numérisé non relu

I. RodiMDoaleix : C/a cottage dit Jésuites, . .• III, p. tS

CLA88K8 UK LCTTRES AU COLLIBCB aSç

qu*il fait dans les études et il regrette de n*avoir rien de bon à lui dire.

Puis ce sont des fables, telles que Le Loup et r Agneau^ Lt Cheval et tAme^ Le Cheval^ VAne et le !u>up^ etc., etc^

La liste de maftre Butler étant analogue à celle-ci, nous n*en dirons rien«

La plupart de ce» sujets de composition sont disparus de nos recueils littéraires ; cependant, il ne faudrait peut-être pas remonter très haut dans Thistoire de notre cours clas* sique pour rencontrer tel ou tel de ceux que nous venons de citer.

A part ces ouvrages, nous en avons remarqué quelquesuns, tirés aussi de la bibliothèque du Collège, et que Poo devait mettre à la disposition du professeur. Mentionnons pour mémoire : Uart de parler^ ai^ec un discours dans Jequel on donne une idée de Part de persuader^ 1 676 ; tAca^ dhmie de V Ancienne et Nouvelle éloquence^ x666 ; Harau' gués et discours de Nicolas Pardoil^ 1675 > Discours du P. Porte ; Discours du P, de la Saute^ etc.

Nous ne voulons pas terminer ces notes sur les livres latins sans dire un mot d*un ouvrage avec lequel, si on en cro>'ait le titre, on pouvait se passer de tous les autres. Il est intitulé : Nouvelle méthode d* apprendre la langue latine^ la Rhétorique^ la Poésie et tout ce qu^om voit dans le cours des Humanités^ sans qu'il soit besoin d"" autres livres, par Monsieur Durand, X7ia

Comme plusieurs manuels de ce genre, celui-ci est moitié français, moitié latin, à part le chapitre sur la rhétorique, qui est tout en latin. Les exemples de la partie grammati-

açO l'instruction au CAV^r^^

cale sont encore en vers, mais en vers où la poésie n'a rien à faire. Qu'on en juge plutôt :

• De quels genres, demande le professeur, sont les noms de vents, de fleuves et de montagnes ? • Et l'élève répondait :

Masculins les vents nous ferons, I,es fleuves souvent et les monts.

« Et les noms de provinces, d'îles et de navires? »

IL Ville et Province, Isle et Navire Bn us, a, féminin désire.

Quand autrement ils finiront Leur terminaison ils suivront

Quoi de moins clair et de moins harmonieux encore que cette réponse sur le nominatif pluriel des noms neutres:

Le plurier Nominatif Des neutres vient de l'Ablatif ; S'il n'est qu'en B ils n'auront qu'A, S'il est en I ils font lA.

Cependant le Comparatif Fait en A son Nominatif ; P/us (aii piura, parfois lA, ytius vieux, n'a que yetera.

La fameuse règle du Que à retrancher ne brille pas non plus par sa clarté. Voyez plutôt :

Le Qur nprea un > cr6o, «n ic retranche ainsi. S'il suit l'Accusatif. l'Infinitif aussi.

Et c'est l'auteur de ces lignes qui, dans son avis au lecteur, se plaint que les vieux grammairiens, ses prédécetseura, n'ont enseigné qu'à rebours et que leurs • méthodes de Particules, de Manuels, de Candidats, au lieu de

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soulagement pour les enfants, leur sont devenues autant de nouvelles crobc

Nous voulons croire que ce manuel de Pabbé Duraud marquait un progrès sur les autres du même genre, mais il nous paraît encore assez éloigné de la perfection.

Voilà pour le latin. Quant au grec, nous avons pu difficilement nous assurer qu*on renseignait au Collège de Québec. Nous en avons douté tout d*abord. Les livres en cette langue sont en e£Fet peu nombreux parmi ceux qui ont appartenu au Collège des Jésuites, au Séminaire ou à nos anciens élèves. Nous savions cependant que Tétude du grec faisait partie du cours dans les maisons de la Cornpagnie de Jésus et particulièrement à Laflèche ; pourquoi aurait-elle été exclue du Collège de Québec? A la fin, nous avons réussi à mettre la main sur quelques-uns de ces précieux ouvrages, entre autres sur la grammaire grecque de Nicolas Chénard, qui fut longtemps en usage en Europe et dont nous possédons cinq ou six éditions. Parmi ces volumes, deux portent les noms d*élèves bien connus: Chartier de Lotbinière et René de PortmeuJ^ qui devint prêtre et fut massacré par les Anglais en 1759, à Saint* Joachim où il était curé. Or, comme ces deux élèves étaient canadiens et avaient étudié à Québec, nous en avons conclu qu'on apprenait le grec au Collège.

An reste, nous avons noté encore panni nos ou%Tagea claanqnes :

InUilutiones absohttùsima in hnguam gracam^ 161 7. Rudimenta limguœ grœcef^ par le Père Gretsen, 1656. Syntagma radicmm Umgum grmtm^ 1646.

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Quantité grecque^ par le Père Bailly, 1612.

R^gle des accents et des esprits^ par le Pèr^ Labbé, 1655.

Grammaire grecque àvi Père Mcslier, 1702.

NouveU^' \f^thode pour apprendre la langue grecque^ 1656, etc

En voilà assez pour prouver, croyons-nous, que le grec n'était pas tout à fait ignoré au Collège de Québec

Nous avons déjà dit qu'avant le milieu du XVII' siècle, l'enseignement, dans les collèges, était presque exclusivement latin. Vers cette époque, on s'aperçut qu'il était temps d'étudier le français dans les classes. Ce furent les Messieurs de Port-Royal qui commencèrent la réforme. Ils crurent ne pouvoir mieux faire que de tourner en ridicule les vers de Despautère. Or, ce qui est curieux, c'est que l'un de ces Messieurs, le Maître de Sacy, avait justement employé la même méthode *.

Les rimes suivantes sur ies noms féminins en x, par exemple, ne sont pas beaucoup plus harmonieuses que celles de Despautère :

Formix, carêx, /or/ex ponrUnt Au leol féminin se rendant Laiitent douteux, tradux^ iittx.

Joins y cortex^ pumex, imbrtx^ Bt calx^ talon, miens masculin, Sandix, Onyx, mieux masculin >.

Ces rimes, destinées à aider la mémoire, pouvaient avoir du bon, mais elles n'avaient pas l'art de plaire à tous les élèves, et plusieurs auraient pu probablement s'écrier avec

I. Roch— OBitix : Um cott^gt detJhuUn. . . . III. 146. s. tbU,

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Jean-Jacques Rousseau : • Ces vers ostrogots me faisaient mal au cœur et ne pouvaient entrer en mon oreille '. •

D'ailleurs, qu*^taient les Racines grecques de Lancelot, sinon une suite de vers ou plutôt de rimes plus ou moins baroques destinées à aider la mémoire.

Ce fameux fardin^ que plusieurs d*entre nous ont cultivé jadis, parut pour la première fois en 1657. Neuf ans auparavant, le Père Labbé, jésuite, avait publié un vocabulaire dans le même genre, et il se chargea de prouver à LanceloC que celui-ci Tavait copié '.

Quoi qu*il en soit, les Jésuites suivirent le mouvement et adoptèrent le françab dans leurs cours. On vit alors apparaître les grammaires françaises de Chifflet et de Buffier; de nouvelles éditions de Despautère ou autres furent rédigées moitié en latin, moitié en français. On fit la même chose pour les grammaires grecques. Ceci se passait en France, d'après Rochemonteix ', vers le milieu du XVir siècle. A cette époque, le Collège de Québec était à peine organisé, et il est plus que probable que le cours n'y fut jamais exclusivement latin.

Nous ne pouvons dire de quels livres on se servait à Québec pour renseignement du français. Ce qui est certain c'est que dès les premiers temps du Collège on y apprenait à écrire le français d'une façon satisfaisante. Nous avons vu souvent, très souvent même, des écrits, mémoires, rapports, lettres, etc., dus à la plume d'anciens élèves comme

I. Rocbemontetx : Vm toiUge desJHmUes,,.^ ?ol. III. ^ 146. a. Ibid.^ pp. 150-151. 3. Ibid.

Gennaio Morin, Louis Jolliet, Charles-Amador Martin, P.- P. Gagnon, Louis Souraande, Pierre de Francheville, etc., etc<, et nous avons été étonné d*y trouver, avec une orthographe généralement correcte, une connaissance assez complète des règles de la syntaxe, et parfois une manière de dire qui révèle une culture et une pratique de la langue française plus qu'ordinaires. Beaucoup de ces écrits peuvent supporter la comparaison avec n'importe lequel du même genre, rédigé par d'anciens élèves des collèges de France. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire quelques-unes des lettres des députés du Chapitre de Québec, à Paris: Le Picard, Hazeur de L'Orme, Lacorne ; ou encore, celles du chanoine de Cannes-Falaise. Tous avaient étudié an Collège des Jésuites de Québec, au XVIIP siècle.

On trouvera dans plusieurs de ces écrits, surtout ceux du XVII' siècle, des fautes d'orthographe et de grammaire, des tournures embarrassées, des expressions qui nous surprennent ; mais on devra se rappeler que la langue française à*cette époque n'était pas tout à fait celle que nous parlons et écrivons aujourd'hui, et que l'orthographe en particulier était négligée, même par les meilleurs auteurs *.

Nous ne prétendons pas que tous ceux qui sortaient du Collège de Québec savaient bien le français: là, comme ailleurs, il fallait compter avec le temps, avec le travail et l'intelligence de l'élève. Bon nombre d'enfants ne faisaient qu'une partie de leur cours classique; et c'étaient peutêtre les plus nombreux. Ainsi, ceux d'entre les élèves du

I. Cf. C. Roy : Cûusêriê grmmmmiUiUê, BmIUHmdm PérUr Frmmçmis.

vol. VII. n«. 4. p. 153»

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Séminaire qui ne montraient pas de dispositions pour Tétat eccl^tastique sortaient généralement avant la fin de leur cours; ils pouvaient devenir quand même de bons marchands, de parfaits notaires, ou de brillants officiers, mais ils écrivaient mal le français, ne tenant presqu'aucun compte des règles les plus élémentaires de la syntaxe, variant leur orthographe à Tinfini, maU, il faut le dire, conservant presque toujours dans leur style une tournure bien française, qui révèle une correction de langage à laquelle on ne s*attend pas généralement

Combien, parmi les fils de bonne famille, ne faisaient que passer au Collège, ou se contentaient de quelques leçons particulières, pressés quMls étaient d*entrer dans le service militaire. Témoin M. de Contrecœur, qui fut plus tard commandant au fort Duquesne, et dont nous possédons bon nombre de lettres écrites à sa femme, au gouverneurgénéral, et à différents officiers.

M. de Contrecœur était canadien. Etudia-t il jamais au Collège de Québec? Nous n'en savons rien; mais ce que nous pouvons affirmer, c*est que rarement il nous a été donné de voir, en si peu de mots, une plus riche collection de fautes de toutes sortes, d'orthographe, de grammaire, etc. C*est le triomphe de récriture au son.

Il écrit un jour à Madame de Contrecœur : • Je né que le Un de U cusé recepcion de tés lettre qui mont d'autant plus flatter qu'elle m'aprene que tu te portes assez bien . . . • Et au gouverneur, M. de Vaudreuil : • J'avais eut résson lor ce que jay hu l'honneur de vous marquée dans ma dernier que je prévoies que je me trouverest anbaraser pour faire faire le fort. . . • Et tout le reste est de cette force.

2g6 I. i:>.VIRCCnON AU CANADA

Evidemment, M. de Contrecœur maniait mieux Tépée que la plume, les circonstances Payant sans doute forcé de négliger Tune pour Tautre. En tout cas, il était entré très jeune à Tarmée, et si nous avons cité cet exemple, c*est afin de faire voir qu'il ne faut pas trop se hâter de juger du français de Tépoque par les spécimens que nous en a laissés tel ou tel personnage qui n^avait jamais été au collège ou qui n*avait fait qu*y passer.

Et ici, nous pourrions faire la même remarque au sujet de la calligraphie de ce temps-là. On est porté à croire que la plupart des écritures étaient presque illisibles à cette époque. Il ne faut rien exagérer. Certes, il y en avait qui écrivaient mal, très mal, comme il s^en rencontre encore aujourd'hui qui font le désespoir de ceux qui les lisent, et qui poussent les choses jusqu'au point de ne pouvoir plus se comprendre eux-mêmes après un certain temps. Mais ce n'était pas là la règle générale, et pour ne parler que des élèves du Collège, plusieurs avaient une bonne, sinon une belle écriture. Quelques-uns, comme Germain Morin, Chs- Amador Martin, François Buisson, etc., avaient \Taiment une belle main quand ils le voulaient Ils auraient pu faire des copistes de premier ordre, même s'ils eussent vécu de notre temps. Si noits en jugeons par les exemples que nous venons de citer et par plusieurs autres semblables^ nous pouvons dire, sans crainte de trop nous tromper, que Ton portait une attention particulière à cette partie de renseignement au Collège et au Séminaire de Québec

I^e P. de Rochemonteix nous apprend qu*au Collège de Laflèche, l'histoire et la géographie s'enseignaient, dans les commencements du moins, par les explications du profes-

CUiSÊMB Vn LETTRK8 AU COLLkOS 397

lenr, lequel te servAtt du RaHomariitm du Père PeUa. Bn 1645, '^ ^^^ Labbé publia un abrégé d*hUtoire sacrée et profane. On eut ensuite Ses Elkmenis tt Histoire et de Gèùgretpkie du P. Buffier et la Géographie comparée du P. Buet

De tous ces ouvragées nous n*avons pu retrouver que la Géographie du P. Buffier, et encore, est-ce une copie manuscrite de date assez récente (1790).

Lorsque Tintendant Hocquart écrivait, en 1736, au sujet des enfants des officiers et des gentilshommes au Canada : • Ils ignorent les premiers éléments de la géographie et de rbistoire », disait-il donc vrai ? Nous n*en savons rien. Peut-être exagérait-il un peu, mais pour le moment, nous n'avons rien pour le réfuter.

Il est certain toutefois qu'à Laflèche et dans la plupart des collèges de France, on enseignait Thistoire et la géographie; le Père de Rochemonteix Ta prouvé surabondamment ^

Voilà, dans ses grandes lignes, ce qu'était le cours de lettres au Collège de Québec. Nos renseignements sont incomplets, nous le savons, mais nous croyons quand même avoir donné dans ces quelques notes la preuve évidente que les Jésuites de la Nouvel le- France ne s'éloignèrent pas beaucoup des méthodes d'enseignement adoptées par ceux de la mère patrie.

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