Ibid,, toc. cii
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Telle était la pratique dans les collèges de France, et en particulier à Laflèche.
Nous n'avons pu découvrir ni ordo, ni notes du Collège 4t Québec. Mais tout notis porte à croire qu'à ce sujet les choses se passaient comme en France. Nous pensons même en avoir trouvé une preuve dans nos archives. On sait que quelques années après la cession du Canada, le Séminaire de Québec entreprit à son tour de donner l'enseignement classique, les Pères Jésuites ayant dû céder devant le gouvernement anglais. Les professeurs changèrent, mais les cours et les méthodes restèrent les mêmes, comme nous le prouverons plus tard. Ce que nous voulons faire voir pour le moment, c'est que la manière de distribuer les places et de faire les notes ne fut modifiée que près de cent ans plus tard. Voici, par exemple, la note d'un élève de seconde en 1 778-1 779: Jean-Jos. Roy, inj^enio admo' dum prœditus necnon et optimœ ac religiosœ indolis adoUscens^ per totum anni curriculum omnes diligentissimi scko- Uistici partes fideliter adimpievit et sape sœpius imperavit.
L'année précédente, Bernard-Claude Panet, plus tard ^vèque de Québec, disait au sujet de l'un de ses élèves de rhétorique : plus cequo hilaris^ bono tamen ingetno prœditus €t diligenter junctus officia per annum dictaturam adeptms
£St.
Il y a de ces notes, et non parmi les meilleures, qui sont •d'une énergie achevée pour ne pas dire plus. Celle-ci par •exemple, qui stigmatise à jamais six mauvais élèves : Fn totum anni curriculum in turpissima pigritia horrtndùsi^ moque mendacio sepulti^justissimo titulo cognomen ToxOliS MurutrunL La société du ParUr /rampais pourra peut-être
CLASBXS DB UtTTftlS AU COU.kGB 283
nous dire an jour l*ongiiie de ce dernier mot qu*on ne rencontre pu dans le dictionnaire de TAcadémie !
Mais hâtons-nous de revenir à Tancien Collèj^ des Jésuites, et de faire connaître quelques-uns des livres dont faisaient usage professeurs et élèves. Et d*abord pour le latin.
A l'origine, on se servit de la grammaire latine de Despautère, ouvrage écrit dans un latin passablement barbare et où les règles étaient exposées sous forme de vers ou rimes latines. Au commencement du XVII* siècle, Jean Behourt corrigea cet ouvrage et le rendit plus clair \
Le Despautère fut en grand honneur au Collège de Québec On l'y trouve sous toutes ses formes. Que ce soit le Despautère universel, abrégé, arrangé, remanié, si Ton veut, c'est toujours le même auteur. On l'appelait parfois la syntaxe du petit Behourt, ou nouveau Despautère.
Nous avons trouvé plusieurs éditions différentes de cette grammaire parmi les livres du Collège et du Séminaire. Quelques-uns de ces derniers portent des signatures d'élèves, voire même des formulettes en latin ou en français. L'un de ces exemplaires avait appartenu à Decouagne, un autre à Chartier de Lotbinière, un troisième à Gaignon (P.- Paul probablement), et un quatrième à Louis Lachenaye. Jacques de Ligneris étudiait dans le grand Despautère, et afin que personne n'ignorftt que ce volume était bien m propriété, il avait écrit à l'intérieur de la couverture :
• Ce livre appartient à l'homme qui est Jacques de Ligneris >, et plus bas la formulette suivante :
I. RoclicBioateix : Um €9Uège éês Jismiiêi . , . ^ UI. ppL 15. 14.
k84 L'i:>r.*^tv.iio.S AU CANADA
Je tois à qui je toit, A d'antret ne veux être ; Mait ti perdn je suit, Reodex-moi à tnon niattre.
Outre le Despautère qui servait piutôt aux cicves avancés, il y avait des ouvrages plus élémentaires pour les commençants. Par exemple: grammaire latine contenant une Méthode facile pour décliner et conjuger^ par Meslier; Rudiments de la langue latine^ par le P. Codrt t, etc. ' Dans quelques-uns de ces volumes, nous avons relevé des noms d'élèves comme De Ganne-Falaise, Désauneau, etc. Un exemplaire du Rudiment du P. Codret porte la signature de M. Leguerne, qui fut plus tard le premier professeur de rhétorique au séminaire de Québec *-
Quand une fois Pélève avait appris à décliner Musa, Pater^ Dominus^ et autres modèles que Ton retrouve encore dans les grammaires d'aujourd'hui; quand il était au courant des principales irrégularités dans les noms et les adjectifs ; quand enfin il savait assez bien, pour ne pas les confondre, les quatre conjugaisons, on le jugeait alors de force à sVssayer à la traduction.
Au Collège de Laflèche, d'après le Père de Rochemonteix ', Cicéron était l'auteur par excellence. On le voyait dans toutes les classes : les Lettres familières en sixième, en cinquième et en quatrième ; les Lettres à Atticus et Quintus^ les Paradoxes^ etc., en troisième ; en seconde et en rhétorique, le De Officiis et le Traité sur P Eloquence.
I. M. Lcgiitni« avait fait ton court d'étnde «a PraBoa. t. Op,cU.,in,p. 11.
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On expliquait encore dam lei claiMt, Vir^U^ Skmhfmê^ Oviéê^ QminU Cmr€4^ etc.
Or, tous ces auteurs étaient en uaage au Collège de Québec au XVII* et au XVIII* siècle. Nous en avons des exemplaires dans notre bibliothèque; mais ce qui prouve encore mienx notre avancé, ce sont des listes d*ouvragef achetés par les parents pour leurs enfants et que nous avons retrouvées dans les livres de comptes.
En 1731, par exemple. Madame Dunière achète pour son fils : (Md€y Eutrope^ Cicèron^ VirgiU^ Délices de la langue latine^ Quinle Curce^ Cornélius Nepos^ De Officiis^ etc.
La même année, CharlesClaude Berey, futur Père Récollet bien connu, se procure à peu près les mêmes auteurs. Et il en fut de même, les années suivantes, pour Duplessis, Hervieux, Duburon, Lacorne, Cartier, etc *.
On le voit, le temps n*a rien changé à la liste de ces auteurs que nous retrouvons encore aujourd'hui, pour la plupart du moins, aux mains des élèves de toutes les institutions classiques.
Sans doute, les différentes éditions de ces ouvrages dont se servaient les élèves n'étaient pas toutes des éditions savantes, comme celles que Ton fait de nos jours, où les notes qui abondent sont d'un si grand secours aux trax^illenrs et . . . aux paresseux. Mais les professeurs avaient déjà d'excellents commentaires où ils trouvaient, avec le sens exact, des explications claires et aonvent très complètes, sur un passage obscur, sur un point controversé, sur une question de grammaire, d'histoire ou de mythologie.
i,iAr€kifmémSèmimmirg, GraBd-Uvf*.
a86 l'instruction au canada
L'art assez difficile de faire des vers latins était enseigné & Québec comme dans tons les collèges de la Compagnie de Jésus. Ici comme ailleurs, la poésie latine était de rigueur dans toutes les grandes circonstances, et un bon élève devait savoir tourner à l'occasion une pièce de vers latins. L'étude de cette matière commençait en quatrième. L'élève qui avait traduit Ovide et Virgile pouvait avoir déjà quelque idée de la versification, mais il n'en connaissait pas encore les règles. On mettait entre ses mains un petit manuel, où, après avoir appris les règles de la quantité, il s'initiait aux secrets qui regardent la facture des vers. Ce manuel était à Québec, du moins, ou bien la Prosodie de Despautère, ou la Quantité du P. Behourt. Nous avona retrouvé deux exemplaires de celle-ci ; l'un marqué au nom de J.-B. Desnoyers, l'autre portant la signature de Sanguinet. On voit du reste par nos livres de comptes que la Quantité du P. Behourt était le livre en usage au commencement du XVIIP siècle.
Les dictionnaires ne manquaient pas non plus : le Die» tionnaire-RoyaUFrançau^ du Père Pomey ; le Dietiammmre Fiançais-latin^ du Père Jouber, et un autre, du Père Lebmn ; le Latino-j^allicOy du Père Parot; pour les vers latina, le Magnus apparatus poetiass^ le Dictumnairt p^fi^uê, de Vanieri, etc.
Nous l'avons dit plus haut, les trois premières classes étaient les classes dites de grammaire. On commençait les vers latins en quatrième. Les études littéraires propre» ment dites étaient réservées pour la classe des humanités ou seconde. Mais comme cette dernière pouvait passer pour la {préparation ou, si l'on aime mieux, le commence»
CLABBI8 DS LmUSS AU COUiSCB SS/
ment de la rhétorique, on ne fera pas surpris de rencontrer les mêmes auteurs dt littérature dans Tune et dans Pautre. Bien que ces ouvrages, si on en juge par leur titre, ne semblent traiter que de la rhétorique, ils renferment cependant une partie spéciale consacrée à ce que nons appelons aujourd'hui SiyU et composition^ et Poétique, Prenons, par exemple, les Préceptes de Rhétorique de Soarès, que Ton suix'ait à Laflèche et à Québec. Cet ouvrage est divisé en trois livres qui traitent séparément de Tinvcntion, de la disposition et de Télocution. On débutait en seconde par rétude des tropes, des figures, du nombre et de la période, des règles de Tamplification et des lieux communs *.
Les Préceptes de Soarès furent remplacés par le Candi' datus Rhetoricœ du Père Pomey, et enfin par la Rhétorique du père Jouvenc>', ouvrage de Pomey remanié et complété.
Le II octobre 1733, les élèves du Séminaire: Beaudoin, Mercereau, Gervaise, Guillory, Cartier, Frichet, Gau\Tean et Lotbinière, achetaient chacun une Rhétorique de Jouvenc>*.
Ajoutons encore la Bibliotheca Rhetorum du Père Lejay. Ce volume, tout en latin, comme, du reste, ceux dont nous venons de parler, était destiné aux maîtres. C*est un recueil de pièces littéraires comprenant tous les genres en prose et en vers. L'exemplaire que noot avons sous les yeux est un don de Tauteur à maître J.-G. Butler, proies* seur au Collège de Québec.
En reconnaissance de ce précieux cadeau, Butler écrivit,
I. Cette RlUtorifmr fat looKlempc ea «■§• ra CoUIft dt La bibUolbèqiw de rUntvrrttté m fioteèdi piiteBfi cstaiplsifis Tua porte le ao» de Cbarlet de ToaaMMOor, 1714.
288 l'instruction au CAVAriA
à radresse du Père Lejay, quinze ver:> lalms où Teffort de rimagi nation le dispute à l'élégance du style, et, afin que la postérité gardât le souvenir de sa gratitude et de son talent, il inscrivit sa poésie en tête du volume et la signa : Joannes Gullielmus Butler e soc, fesu.
L'ouvrage du Père Lejay devait être d'une grande utilité. On sait, en effet, que les élèves étudiaient surtout les grands modèles, en seconde et en rhétorique, et on leur donnait pour sujets de composition des narrations, des vers latins, des discours, etc., où ils avaient à imiter ces auteurs. * Or la Bibliotheca Rhetorum contenait des canevas et des développements pour tous les genres, et les professeurs pouvaient y puiser leurs devoirs de classe. C'est ce que firent certainement, au Collège de Québec, le Père Allioux, en 1728- 29, et maître Butler en 1 73031. Nous en avons trouvé la preuve sur les dernières pages du volume en question, où l'on peut voir une liste des devoirs donnés en classe par ces professeurs. On aimera peut-être à connaître quelquesuns de ces sujets de composition. Voici, en partie, ceux qui furent donnés par le Père Allioux, en 1 728-1 729 :
£t d'abord, ce sont les périodes de Cicéron que l'on propose à l'élève d'imiter. Viennent ensuite : Le Discours de scani Ambroise à Thiodose gui veut entrer dams U tempU après le massacre de Thêssalonique ; Mmse aux IsraéHics dêmamdant à revenir en Egypte; Marcus AttiJius Reguims aux Carthaginois ; Défense de Didgèmt ; Contre Brutus ; Une mère au précepteur de son fils ; Un enfant à son père : on lui a ordonné de lui écrire touchant les progrès