‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 13 sur 105 · TOUT LE MONDE DOIT LE SERVICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

TOUT LE MONDE DOIT LE SERVICE MILITAIRE

— Mesenfants, Monsieur l’Inspecteur m’a écrit de vous donner congé demain. Les grandes manœuvres* ont lieu, et le village sera occupé par le 82me régiment deligne,un escadron du 3me hussards et une demi-batterie* du 5me d’artillerie. Il faudra que nous soyons tous là pour saluer le drapeau français; et puis, il y a parmi ces jeunes soldats des enfants de ce pays, et vous serez bien contents d’embrasser vos frères et vos cousins. Jacques surtout, tenez, qui va voir demain son grand frère et le mari de sa sœur, si je ne me trompe?

— Oh! oui, monsieur. Le m^ri de ma sœur fait seulement ses vingt-huit jours, mais mon frère Henri est parti il y a déjà deux ans, comme soldat, et nous ne l’avons pas revu depuis. Et la dame du château aussi va être bien contente. Son garçon est dans le régiment d’Henri, et même Henri est son caporal; elle vient souvent donner des nouvelles à maman, et elles pleurent toutes les deux.

JO

L’j INSTRUCTION CIVIQUE À L’ÉCOLE

Mais, monsieur, qu’est-ce que voulait donc dire Pierre, le cocher de la dame?

— Et qu’est-ce que disait Pierre?

— Il disait que ce n’est pas juste qu’un jeune homme instruit et riche comme son jeune maître soit soldat, et que, dans le temps, on lui aurait acheté un rempla» çamt. Qu’est-ce que c’était que cela, un remplaçant?

Les grandes manœuvres.

— Mon enfant, c’était un homme que l’on payait, et

qui servait dans l’armée à la place du jeune conscrit

assez riche pour l’acheter. Et alors il n’y avait que

les pauvres qui étaient soldats, et ils l’étaient deux

fois : pour leur compte d’abord, et pour le compte des riches qu’ils remplaçaient au régiment, pendant la paix comme pendant la guerre.

— Mais, monsieur, c’est ça qui n’était pas juste, et Pierre avait bien tort!

— En effet, et c’est pourquoi la République a changé tout cela; le remplacement militaire, ce trafic* honteux de la personne humaine, a duré, plus ou moins

déguisé, jusqu’en 1872, il n’y a pas longtemps, comme vous voyez. Alors, la Chambre des députés a décidé que tous les jeunes citoyens , à F âge de 20 ans , devraient servir la patrie sous les drapeaux pendant trois années , et que tout le monde pourrait être appelé , en cas de guerre , jusqu à Vâge de 45 ans. Il n’y a d'exception que pour les infirmes.

— Et pour les instituteurs et les curés , n’est-ce pas, monsieur?

— Non, mon enfant. Les instituteurs et les curés ont été exemptés jusqu’à ces derniers temps, mais la loi du 16 juillet 1889 appelle tout le monde sous les drapeaux, il n’y a plus d’exempts.

DEUXIÈME LEÇON

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