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PEUT-IL Y AVOIR ENCORE DES GUERRES

— Mais alors, monsieur, si tous les peuples étaient en république, il n’y aurait plus de guerres possibles?

— Je ne dis pas cela, mon enfant. Il est certain que l’ambition et la vanité des rois, que travaille trop souvent le désir de briller, d’être appelés victorieux, de conquérir des trônes* pour eux et leurs fils, sont les grandes causes des guerres. Ils croient avoir le droit de se partager les peuples à coups de sabre ou de se les léguer par héritage, comme du bétail, les uns aux autres.

Mais les peuples eux-mêmes ne sont pas toujours raisonnables. Ils ne devraient penser qu’à s’entr’aider et à s’aimer, et cependant ils se détestent trop souvent, sous prétexte qu’ils ne parlent pas la même langue et ne sont pas de la même race*.

Aussi, ce n’est pas de longtemps que les guerres finiront; nous en verrons encore, et aussi ceux qui viendront après nous. Il faut donc que nous restions armés. Souhaitons seulement d’être assez sages pour ne jamais

Les férocités de la guerre.

déclarer de guerre sans avoir absolument pour nous le bon droit. Mais , si l’on nous cherche noise*, si l’on nous insulte, si l’on veut nous prendre quelque province, alors il faudrait ne pas avoir de cœur pour ne pas empoigner son fusil et courir sus à l’ennemi. Un peuple libre doit être juste et brave.

Que voulez-vous dire, Simon?

— Monsieur, quand une armée fait la conquête d’un pays, est-ce qu’elle pille et tue to.nt?

— Cela .se faisait ainsi jadis, et la conquête était une

véritable dévastation. Mais, aujourd’hui, il n’en est plus tout à fait de meme.

D’abord il est de règle qu’on ne doit pas faire de mal aux populations qui ne se défendent pas. Malgré cela, il y a bien, âü moment de l’invasioil*, des violences et des pillages; biais cela cesse après la conctüête. Quand les Prüssiéiis ho'Us ont pris PAisace-Lorraifre, en 1871, ils y Ont ebmmis d’abord toutes sortes d’abomihàttons; et maintenant elle est traitée par . eux à peu près comme une province allemande, seulement avec un peu pltis de dureté, parce qu’ils se savent détestés des gens du pays.

— Ainsi, si les Prussiens venaient en ce pays-ci, et qu’on ne se défendît pas, ils ne nous feraient pas de mal?

— Non, probablement; mais ils nous feraient Prussiens. . . Ëh bien ! mais, qu’y a-t-il là-bas? Henri, Jules, Jacques, pourquoi battez-vous Simon? Voulez-vous bien laisser eet enfant ? Que vdüs a-t-il fait?

DIXIÈME LËÇON

ON ÜOIT ÀIMË& SA PATRIE.

— Monsieur, vous ne l’avez pas entendu? lia dit comme ça : « Puisque les Prussiens ne nous feraient pas de mal, ce n’est, ma foi, pas la peine de risquer sa peau pour le plaisir de rester Ërançais. »

— Ah! c’est fort mal, cela! C’est ia plus mauvaise parole que puisse dire un homme, comme le plus grand crime qu il puisse commettre est de trahir sa patrie /

Or, ce qu’a dit Simon, c’est une parole de trahison. Mais c’est un enfant et il n’y voit pas si loin: vous avez eu tort de le battre: Il vaut mieux le raisonner*. Voyons, mon enfant, vehez ici.

Est-ce que vous h’aimez pas vôtre mère ?

— Oh ! si, monsieur!

l’instruction civique a l’école

— Et votre grand’mère, qui vit encore?

— Si, monsieur, comme maman.

— Et la mère et la grand’mère de votre grand’mère, si elles étaient encore de ce monde, est-ce que vous ne les aimeriez pas? Si, n’est-ce pas? Et pourquoi cela? Ce n’est pas seulement parce qu’elles vous auraient nourri, soigné et caressé; mais aussi parce que, sans elles, vous n’existeriez pas, puisque votre mère et votre grand’mère n’auraient pas vécu. Toutes ces femmes, et au même degré tous ces hommes dont vous descendez, c’est votre famille, et vous l’aimez et êtes prêt à la défendre comme vous-même. Et il ne ferait pas bon de vous dire: Nous allons t’emmener, te faire changer de mère, te mettre dans une autre famille, et tu oublieras tous ces gens-là.

Eh bien, Simon, la Patrie, c'est la grande famille dont nous faisons tous partie. Elle existe dans le présent, elle a existé dans le passé. C’est ton arrière-grand-père, mort depuis bien longtemps, qui a planté le bois qui appartient aujourd’hui à ton père ; c’est celui-çi qui a bâti la maison que tu légueras*, toi, à tes petits-enfants qui ne t’auront pas connu. De même, ce sont les Français d'autrefois qui ont préparé la France d'aujourd'hui . Tout ce dont tu jouis a été fait ou commencé par eux. Ils ont défriché le pays, engraissé le sol, assaini les marais, construit les routes, bâti les villages et les villes. Tu leur dois pour cela autant de reconnaissance que pour le bois et la maison de ta famille.

ONZIÈME LEÇON

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