‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 37 sur 105 · LES JUGES SEULS ONT LE DROIT DE PUNIR · texte numérisé non relu

LES JUGES SEULS ONT LE DROIT DE PUNIR

— Monsieur, avez-vous vu le voleur, comme il courait, et les gendarmes qui 1 emmènent? Qu’est-ce qu’on, va en faire?

— On va le conduire en prison à la ville. Puis on le jugera, et, s’il est reconnu coupable, comme cela est bien certain, il sera condamné-

— Condamné à quoi ? à être pendu ?

— Oh, non ! on n’est pas pendu pour avoir 'cassé une vitre, volé du linge et même battu la propriétaire.

— C’est que, monsieur, le père Robert disait comme cela qu’il faudrait le pendre tout de suite, et ils étaient plusieurs de son avis.

— Oh! oh! il est expéditif, le père Robert, et il n’y va pas de mainmorte ! Et quelle raison donnait-il pour aller si vite ?

— Il disait que c’était un vaurien; qu’il ne devait pas en être à son premier coup; et que c’est abominable d’assommer une pauvre vieille femme après l’avoir volée, parce quelle appelait au secours.

— Il est bien vrai, mon enfant, que, malheureuse-

(1) Consulter le Droit usuel à V école , par M. Henri Reverdy, revu par M. A. Burdeau.

LÀ JUSTICE

ment, ce voleur a tout l’air d’un criminel endurci. Et il est bien certain aussi qu’il a volé et frappé ; il ne s’en cache pas lui-même.

Mais alors, si on le pendait pour cela, quelle peine réserverait-on aux grands criminels, à ceux qui incendient ou assassinent? Et puis, toutes les mauvaises actions ne sont pas aussi évidentes que celle-là ; on peut se tromper, accuser à faux un innocent. Il faut se donner le temps d’examiner l’affaire, de se calmer si l’on est en colère, surtout quand il est question de pendre les gens, car les morts ne reviennent pas. Et quelle terrible chose ce serait de faire mourir un innocent !

— C’est vrai, monsieur, mais qui est-ce qui va juger ce malheureux-là?

— Pour vous répondre exactement, il faudrait que je sache comment les choses se sont passées.

— Monsieur, le voleur croyait que la mère Adam n’était pas dans sa boutique. La porte était fermée. Alors il a cassé une vitre, ouvert la porte et il a pris tout un paquet de linge et d’habits. Mais la mère Adam est arrivée, elle a crié, et alors le voleur l’a battue, lui a cassé un bras, et le médecin dit quelle en a bien pour deux mois, et qu’elle pourrait même en mourir à cause de son âge.

— Oh ! c’est une grave affaire : vol avec effraction dans une maison habitée ; coups et blessures entraînant une incapacité de travail de plus de vingt jours, et peutêtre meurtre . C’est une affaire de Cour d’assises, et il y va des travaux forcés.

DEUXIÈME LEÇON

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