LE GOUVERNEMENT
Et pourtant il n’était pas à la fin de son temps, mais il sentait bien qu’on était mécontent de lui et qu’on ne le renommerait pas : il a fait nuitamment mettre en prison les députés, puis arrêter ou assassiner tous ceux qui voulaient défendre la loi violée par lui. Et alors, chacun ayant peur, il s’est fait nommer empereur.
— Et qu’est-ce qu’il faudrait faire, monsieur, si un autre président de la République recommençait?
Le 'représentant >dsu peuple Baudin meurt en défendant la loi.
— Il faudrait que chaque citoyen prît son fusil, que tout le monde se soulevât et qu’on arrêtât le misérable pour le faire juger.
— Je comprends bien, monsieur. Mais j’entendais raconter, l’autre jour, qu’en 1851 cela n’avait pas réussi de se soulever. On appelait insurgés ceux qui faisaient ce que vous dites. Et même beaucoup de gens de ce pays-ci ont été, à cause de cela, mis en prison ou envoyés en Afrique; il y en a même eu de fusillés.
— Oui, mon ami, le mari de Madame Duru a été assassiné comme cela; aussi, on a donné à cette pauvre
LINSTRUCTION CIVIQUE A i/ÉCOLE
femme une pension de 1,200 francs, car les Chambres ont décidé que ceux qui défendaient alors la loi avaient mérité une récompense, eux et leurs familles. Bien d’autres ont souffert ou sont morts. Mais cela ne fait rien, voyez-vous: Il vaut mieux être tué en faisant son devoir que de vivre riche et puissant après avoir violé la loi et menti à tous ses serments , comme Louis Bonaparte. Du reste, c’est dans leur san^, à ces Bonapartes. Le premier a fait au 18 brumaire* ce que le second a fait au 2 décembre. Tous deux ont mal fini , après d’effroyables et absurdes guerres , ayant épuisé la France d’hommes et d’argent. Espérons que nous ne reverrons plus de tels parjures à la tête de la République.
Du reste, aujourd’hui, si quelqu’un voulait recommencer encore, le peuple est instruit et a l’habitude de voter. On aurait bientôt fait de se soulever contre le criminel, et de lui mettre la n*ain au collet.
Et il n’y aurait même pas besoin du peuple. Le Sénat suffirait : il se déclarerait constitué en Haute-Cour de Justice, et il condamnerait sévèrement le factieux qui aurait conspiré contre la République. C’est ce qu’il a fait en 1889, et la leçon servira à ceux qui seraient tentés de renverser le Gouvernement.
Vous voilà renseigné, maître Pierre. Et vous, petit Paul, vous avez quelque chose à dire?
DIXIÈME LEÇON