IL FAUT ÊTRE TOLÉRANT EN POLITIQUE
— Voilà, mes enfants, comment la volonté du peuple, exprimée librement par le suffrage universel, nous a donné la République. C’est évidemment le gouvernement le plus juste, le plus sage, le (dus pacifique et le plus économique de tous. Aussi, ceux-là mêmes auxquels il ne convenait pas tout d’abord ont fini par devenir presque tous républicains. Cela se voit bien aux élections qui, à chaque fois, envoient à ‘la Chambre et au Sénat des républicains de plus en plus nombreux.
En outre, ceux qui restent monarchistes ne sont pas d’accord, les uns voulant un empereur, les autres un roi, sans trop savoir lequel.
— Mais, monsieur, comment permet-on cela? Puisque la majorité du peuple veut la République, on devrait forcer les autres à être républicains.
— Croyez-vous, ami Jules, que cela soit si commode? Comment faire pour forcer les .gens à croire bon ce qu’ils jugent mauvais? On pourrait peut-être les forcer à se taire, à dissimule/ leur pensée. Mais ce serait une tyrannie inutile, car on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, et on ne se fait pas des amis avec des violences.
Non, c’est un mauvais procédé. Je connais bien des gens encore, et dans ce pays même, qui ne sont pas républicains. Je tache, quand ils me parlent politique, de leur montrer qu’ils ont tort ; mais jamais je ne me fâche contre eux.
Car, en somme, ces gens qui ne sont pas de notre avis croient, eux aussi, avoir raison. Ce sont de bons
citoyens, comme nous, qui veulent, comme nous, le bonheur et la fortune de la Patrie. Mais ils se figurent que les citoyens ne sont pas capables de se conduire tout seuls, qu'ils ont besoin d’un maître pour les diriger. Ils ne sont pas payés pour dire cela : ils le pensent sincèrement. Si vous voulez les ramener à la vérité, il ne faut pas leur dire des choses dures; mais il faut leur montrer que vous pouvez vous diriger vous-mêmes.
Je ne sais pas si, quand vous serez grands, il y aura encore des monarchistes. Mais je suis bien sûr qu’il y aura toujours des partis politiques qui se disputeront ferme : tout le monde ne peut pas être du même avis et voir les choses du même œil. Vous ferez comme les autres. Seulement, rappelez-vous bien les paroles de votre vieil instituteur: « Pas de haine entre Français ! « Gardez-la pour V ennemi! »
RÉSUMÉ