AVANT-PROPOS
C’était une nouveauté il y a peu d’années, et c’est aujourd'hui un lieu commun, de dire qu’on ne peut continuer à élever dans l’ignorance de ses devoirs et de ses droits un peuple souverain. La proposition de loi sur laquelle j ai eu l’honneur de déposer un rapport à la dernière Chambre, le 6 décembre 1879, et qui est devenue loi de l’État 1 , disait dans son article 3 : « L’enseignement dans les écoles primaires comprend : 1° l’instruction
MORALE ET CIVIQUE; 2°..., etc. »
Et cette disposition nouvelle, que bien des esprits timorés considéraient alors comme révolutionnaire, j’en donnais les raisons, et j’en indiquais la portée, avec l’assentiment de la Commission, dans les termes suivants :
« A l’Instruction morale vient s’ajouter, dès l’école primaire proprement dite, l’Instruction civique. C’est encore une innova- • tion, presque aussi importante que la première (l’Instruction morale).
« Si, en effet, nous devons d’abord, dans l’école, former des hommes et des femmes à lame fortement trempée, notre premier souci doit être ensuite d’y former des citoyens. Or, c’est ce qu’on a complètement ouflié dans notre système actuel d’enseignement. A part quelques- banalités littéraires, dictées- ou récitées, sur la grandeur de la France et l’amour de la Patrie, l’enfant n’entend presque jamais parler de son pays, de la constitution qui le régit, des droits qu’il sera appelé à y exercer, des devoirs corrélatifs à vù ces droits. Un bon élève connaîtra sur le bout du doigt le nom ^ des douze tribus d’Israël et la règle des participes; mais cet enfant, qui demain sera Citoyen ou épouse de citoyen, à peine saura-t-il que la France est une République, et ce que signifient les élections pour le Sénat, pour la Chambre des députés, pour les Conseils départementaux et communaux, dont il entend parler autour de lui, auxquelles bientôt il va prendre part. Une pareille ignorance peut convenir à un régime despotique qui n-e veut que brutalement ou hypocritement imposer ses volontés * elle serait en contradiction flagrante avec un régime de liberté de discussion, d’élections libres.
« Et l'Instruction civique ne doit pas seulement, à notre gré comprendre l’exposé, fait par l’instituteur, de la Constitution qui nous régit, de l’organisation civile, administrative, financière, militaire, politique, de notre société démocratique et laïque; elle doit être bien plus encore. La souveraineté et l’indivisibilité de la nation, l’égalité devant la loi, le respect de la liberté individuelle, l’égale participation aux charges sociales, l’égale