ON NE DOIT PAS NUIRE A LA LIBERTÉ DES AUTRES
— Ainsi, toujours à côté de votre droit à la liberté , il y a le devoir de ne pas nuire à la liberté des autres. Dans la société, c’est comme ici dans la classe, vous avez la liberté de faire ce que vous voulez sur votre pupitre, à votre place; mais si vous prenez la place du voisin, il se fâche parce que lui n’est plus libre. Voilà la
principale limite de la liberté : ne pas gêner la liberté des autres.
Et même, ce n'est pas assez dire. Vous vous rappelez bien que dimanche dernier trois ou quatre vauriens se sont mis à chanter à tue-tête et à faire du vacarme dans la rue pendant toute la nuit, et que le garde champêtre en a dressé procès-verbal. Monsieur le juge de paix les
Il n’est pas permis de troubler la paix publique.
condamnera sûrement, pour tapage nocturne, à l'amende, peut-être à la prison. Et pourtant, ils pourraient dire qu’ils étaient libres, et qu’ils n’empêchaient pas les autres d’en faire autant qu’eux. C’est vrai, mais ce qu’ils empêchaient les autres de faire, c’est de dormir. Ils ennuyaient tout le monde, et ma vieille voisine, qui est malade, a failli en mourir de peur.
S’il était possible d’agir de la sorte, en disant qu’on est libre, il n’y aurait pas de raison pour qu’on ne se crût pas libre aussi de casser les vitres et de prendre les poules du voisin, sous prétexte que celui-ci en pourrait faire autant. Voyez quel beau résultat!
Votre liberté doit donc non seulement s’arrêter devant la liberté des autres, mais encore ne jamais porter préjudice à personne.
C’est ce que la Convention* a exprimé en déclarant
le 10 Août 1793 :
« La liberté est le pouvoir qui appartient à rhomme « de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui . « Elle a pour principe la raison, pour règle la justice , <( pour sauvegarde la loi. Sa limite morale est dans « cette maxime: ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait. »
Paroles admirables et éternellement vraies, puisque la grande Assemblée les a empruntées presque textuellement à un philosophe d’Orient nommé Zoroastre% qui vivait bien des siècles avant Jésus Christ1.
QUATRIÈME LEÇON
CE qu’on n’est PAS LIBRE DE NE PAS FAIRE. — A QUI NOUS DEVONS NOS LIBERTÉS.
— Non seulement on n’est pas libre de faire tout ce qu’on veut, mais il y a des choses qu'on nest pas libre de ne pas faire.
Ainsi on n’est pas libre de ne pas voter. Le citoyen qui n’exerce pas son droit de vote est un mauvais citoyen, et mériterait qu’on le lui enlevât.
Ainsi, encore, vous, mes enfants, votre père ne serait pas libre de ne pas vous donner à manger, la loi l’y forcerait. De même, quand il sera vieux, incapable de travailler, la loi vous forcerait aussi à lui fournir sa nourriture, si vous oubliiez ce devoir sacré. Mais je sais bien que la loi n’aura rien à faire : votre conscience et votre bon cœur suffiront.
Si votre père n’est pas libre de vous laisser mourir de faim ou de vous battre à l’excès, il ne l’est pas davantage de vous laisser dans l’ignorance absolue. Les