LES BIENFAITS DE LA RÉVOLUTION
— Vous nous avez dit, n’est-ce pas, monsieur, que toutes nos libertés datent delà Révolution de 1789? Vous nous l’avez fait apprendre par cœur dans un Résumé .
— Oui, ami Jules, la liberté, et aussi l’égalité et la fraternité : rien de tout cela n existait avant la Révolution .
— Mais, monsieur, je récitais l’autre jour le Résumé à papa ; il y avait là un monsieur qui achetait du tabac, et il s’est mis à crier contre vous, à dire que la Révolution c’était une abomination ; qu’elle avait tout détruit dans ce pays-ci; qu’auparavant c’était le bon vieux temps , où tout le monde était tranquille, et qu’on ne se disputait pas alors comme on se dispute aujourd’hui pour les élections.
— Mon enfant, je ne sais pas qui est ce monsieur-là. Mais je puis vous affirmer qu’il n’y a jamais eu dans ce pays-ci que deux personnes ayant le droit de se
plaindre de la Révolution, C’est Monsieur le baron de Saint-Yriex et son frère, Monsieur l’abbé de Saint-Gildas.
Mais tous deux sont morts; Monsieur le baron, même, a été tué de la façon la plus honteuse pour un Français, tué par un soldat français, en 1797; car il avait émigré* en août 1789, et commandait un régiment allemand, à la tête duquel il envahissait la France.
Le tiLs Üupontville disait que la Révolution *tait une horreur.
L’abbé, lui, est mort tout tranquillement ici, très vieux, il y a une vingtaine d’années. Il se plaignait beaucoup. Son couvent avait été changé en ferme, et vendu aux enchères au grand-père de Monsieur de Dupontville, qui y a fait sa grande fortune.
— Mais, monsieur, c’est justement le fils Dupontville qui disait chez nous que la Révolution était une horreur. Comment cela se fait-il ?
— Comment cela se fait? Ce serait trop long à vous expliquer. Seulement croyez bien que son bisaïeul, le père Dupont, comme on l’appelait, n’en aurait pas dit autant !
Mais puisque ceux-là même qui ont tant profité de la
LA RÉVOLUTION
Révolution et qui lui doivent tout, non seulement la liberté, mais la richesse, oublient ainsi ses bientaits, et la maudissent, il faut que, moi, je vous mette en garde contre leurs dires, et que je vous raconte en peu de mots tout ce qu'elle a fait pour nous.
Tout ce que je vous ai enseigné jusqu’ici, tout ce que je vous ai appris à aimer, à admirer, c'est la Révolution qui l'a fait . Nous lui devons l’unité nationale, nous lui devons la justice, nous lui devons les droitset les devoirs des citoyens, nous lui devons la souveraineté du peuple, nous lui devons l’administration régulière et honnête, nous lui devons le vote de l’impôt par les citoyens, nous lui devons, comme je vous le disais tout à l’heure, la liberté, l’égalité, la fraternité.
DEUXIÈME LEÇON