‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 87 sur 105 · Vauban, la Dixme royale · texte numérisé non relu

Vauban, la Dixme royale

4. « De toutes parts, on aperçoit des maisons en ruines ou abandonnées. J’ai vu des villages où ces masures en décombres faisaient plus d’un tiers du lieu. Le même fardeau d’impositions subsistait néanmoins toujours. » (Legrand d’Aussy, 1788.)

l’instruction civique a l’école

Encore, si tout le monde avait payé également ! Mais non, le pauvre peuple seul payait pour la terre, en moyenne la moitié de la valeur du revenu ; les nobles et le clergé, rien du tout; et ils possédaient les deux tiers du territoire. A-t-on jamais rêvé une injustice pareille ? Ils écrasaient leurs paysans d’impôts que doublaient ceux du roi , et ils n en payaient pas euxmêmes I Étonnez-vous après cela qu’on appelât les, paysans des ahaniers *, parce qu’ils travaillaient, geignaient et souffraient. C’était un véritable enfer.

Les autres impôts étaient distribués avec la même iniquité; pour la capitation*, par exemple, espèce d’impôt sur le revenu, un bourgeois qui avait 12000 livres de revenu payait 1500 francs d’impôt, un noble n’en payait que 75. Le clergé , lui , ne payait rien du tout .

J’ai retrouvé, dans les papiers de la paroisse qu’on a apportés à la commune, une lettre de réclamation d’un cultivateur de ce pays-ci, qui passait pour riche. Il disait : « Je suis misérable , parce qu'on me prend trop ; « on me prend trop, parce qu'on ne prend pas assez aux « privilégiés . Non seulement les privilégiés me font « payer à leur place , mais encore ils prélèvent sur « moi leurs droits féodaux. Quand , sur mon revenu de « 100 francs, j'ai donné 53 francs au collecteur du « roi, il faut que j'en donne 14 au seigneur, et sur « les 33 qui me restent , je dois en outre satisfaire le rat « de cave* et le gabelou*1 ».

Et tout cet argent, où allait-il? Un tiers, la moitié tout au plus, arrivait au roi. Et le roi, qu’en faisait-il ? Ce qu’il voulait ; jamais il n'en rendait compte à personne. Point de Chambres, point de Budget. Il donnait ce qu’il lui plaisait à ses parents, à ses courtisans, à ses valets, et le reste allait aux deniers publics*. Et quelles dépenses inouïes! Louis XVI avait 2500 chevaux, 1450 cochers et laquais, et son cuisinier recevait 84000 francs

i. Taine, p. 484.

LA RÉVOLUTION

Sa maison et celle de ses frères, c’est-à-dire leurs domestiques et leurs fêtes, coûtaient 60 millions par an, qui en valent plus du triple aujourd’hui h

Sur un emprunt de 100 millions fait en 1785, et payé naturellement par le pauvre paysan, les deux frères du roi, qui furent depuis Louis XVIII et Charles X, prélèvent, il vaudrait mieux dire volent, l’un 25 millions, l’autre 56 millions1 2. Et, tandis que, suivant le dire de l’évêque de Chartres au roi Louis XY : « Les hommes « mangent rherbe comme des moutons et crèvent comme « des mouches , » le gouverneur du Languedoc reçoit par an 160000 francs , et l’archevêque de Paris 200000 francs. Monsieur de Brienne, un des derniers ministres de Louis XYI, touchait 678000 francs de revenus.

HUITIÈME LEÇON

Page 1