Michelet, Histoire de la liévolutionf introd
LA RÉVOLUTION
il plaisait au collecteur, et il fallait payer même pour le sel qu’on ne mangeait pas.
Les aides correspondaient à nos impôts indirects; mais ils étaient terribles de dureté, et il s’y faisait un tel pillage, que le tiers tout au plus entrait dans les caisses du roi.
SEPTIÈME LEÇON
LA TAILLE. — COMMENT ON PAYAIT LES IMPÔTS. — OU ALLAIT L’ARGENT DES IMPÔTS.
— Enfin la taille était l’impôt direct foncier; seulement, au lieu d’être établi comme aujourd’hui sur la valeur de la terre, il l’était à la fantaisie du collecteur, sur la richesse présumée du propriétaire. Aussi chacun faisait ce qu'il pouvait pour paraître pauvre. Quand une personne payait bien la taille, vite on l’augmentait, la déclarant fort riche1.
De sorte que tout le monde chicanait sur le payement. Tandis qu’aujourd’hui l’impôt foncier est payé sans difficultés, il fallait autrefois pour le recueillir une véritable armée. En 1784, le nombre des collecteurs d’impôts s’élevait à 250,000 2 3. On mettait les contribuables en prison, on vendait leurs meubles, on allait jusqu’à arracher les portes et les solives de leurs maisons L
Et dans les mauvaises années, quand les gens du roi avaient tout pris, arrivaient ceux du seigneur et de l’abbé. Alors jugez de la désolation. On abandonnait tout, et l’on se sauvait dans les bois. Les jeunes gens se faisaient soldats, ou contrebandiers, ou brigands ; les vieux et les petits mouraient de faim4.