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— C’est vrai, mon enfant, ce n’était pas beau. Mais, voyez-vous, parce que, après le gran'd effort de 1789, devant les résistances du clergé et de la noblesse, devant les traîtrises des émigrés 1 et du roi, et enfin devant les famines, les brigandages et les révoltes organisés, le peuple est devenu furieux de tant de misères et de tant de lâchetés; parce qu’il s’est emporté, et qu’il y a eu des crimes commis, ce n’est pas une raison pour que la
Les paysans d’avant la Révolution.
Révolution n’ait pas été un immense bienfait. Le château du baron a été brûlé, on le sait bien dans ce pays-ci, par le fils d’un pauvre diable que le baron avait envoyé aux galères pour avoir tué un cerf : « Qui sème le vent récolte la tempête. » Et si l’on veut pleurer sur le sort de ceux qui ont été guillotinés, je le comprends et je l’approuve, parce qu’il y avait parmi eux bien des innocents, et même de vrais amis du peuple ; mais je veux qu’on pleure aussi sur les millions d’hommes qu’ont fait
1. Rappelons le mot infâme du général marquis de Bouillé, en émigrant : « Je connais les chemins de la France , et j'y guiderai les armées étrangères. » (Lettre à l’Assemblée, en juillet 1791.)
LA RÉVOLUTION
périr le pacte de famine*, les dragonnades, les pillages, les longues misères et la faim, pour subvenir aux amusements des nobles, du clergé et des rois.
Vous avez bien vu ce qui est arrivé l’autre jour au malheureux père Claude. Il a trop serré son pressoir, la barre a cassé, l’a tué raide, et a blessé le grand Jacques qui regardait. Eh bien ! c’était la même chose : à force d'être pressuré , le pauvre peuple a cassé le pressoir et
Les paysans d’aujourd’hui.
assommé les presseurs, et aussi d’autres qui se trouvaient là et qui n’en pouvaient mais.
Ce qui n’empêche pas que quand vous trouverez des gens qui diront du mal de la Révolution devant vous, il faudra leur répondre '.
« Nos pères étaient serfs, elle les a rendus libres ; « nos pères étaient des sujets, elle en a fait des ci- « toyens. C'est grâce à elle que le peuple est aujour- « d'hui souverain. Si nous sommes libres , si l'on ne « nous pille plus , s'il y a une justice , c'est à elle que « nous le devons. C'est elle qui nous a donné la Liberté, « Z’É galité, la Fraternité. Que son nom soit béni!))
l’instruction civique a. l’école
Voilà, mes enfants, tout ce qne je pouvais vous dire sur renseignement civique. II reste sans doute bien des détails à apprendre. Mais si vous avez bien suivi mes explications, vous en savez assez pour comprendre qne nous vivons dans un temps heureux , ou la justice règne , parce que c’est la Nation tout entière qui fait la loi , et que la loi seule commande .
Il faut donc aimer et vénérer la mémoire de ceux qui, à force de courage, et par tant de misères et de souffrances, nous ont procuré ces bienfaits.
Et si nous voyons encore quelque chose de mal, car tout n’est pas parfait, tant s’en faut, au lieu de se plaindre et de se fâcher, il faut travailler à corriger ce qui est mal, afin que ceux qui nous suivront disent à leur tour de nous : c’étaient de braves gens , de bons patriotes , de vrais Français .
Une autre manière d’honorer les grands morts, c’est d’obéir à leurs volontés, de n’agir que suivant la justice, de penser à la liberté des autres autant qu’à la sienne propre, et de n’oublier jamais qu 'à chacun de nos droits correspond un devoir.
Et, maintenant, allez vous amuser, mes enfants, vous l’avez bien gagné. Mais, avant de nous séparer, crions tous : Vive la République!
LA RÉVOLUTION
RÉSUMÉ