DEUXIÈME PARTIE
grand profit, c'est ce que la sainte Écriture appelle le lucre des âmes. Cet ouvrage de la conversion des âmes est si difficile, que, selon saint Grégoire, c'est un plus grand miracle de convertir un pécheur par le moyen de la prédication et de la prière, que de ressusciter un mort : Majus estmiraculum, prœdicationis et orationis solatio peccatorem convertere, quam mortuum suscitare.
4° Nous venons de nommer la prière, c'est en effet par elle que le prédicateur obtient de Dieu des grâces pour parvenir, dans le saint ministère, à ces résultats de conversion qui dépassent infiniment ses moyens. De là vient que plus les travaux apostoliques des grands saints étaient considérables, plus longues et plus ferventes devenaient leurs oraisons.
5° Par la pénitence et la mortification, ils expient leurs propres péchés , accomplissent en eux ce qui manque à la passion de Jésus-Christ, et acquièrent une espèce de droit à l'application des mérites de son sang, non seulement pour la conversion des pécheurs, mais pour la sanctification des justes , qui est un des plus dignes objets de la sollicitude du prédicateur, et sa consolation de tous les jours.
6° Ils doivent enfin avoir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes un zèle véhément, provenant d'une ardente charité. Cet esprit de charité est le plus excellent maître dans l'art de prêcher; car il permet aux prédicateurs d'imprimer dans les esprits et dans les cœurs des fidèles la haine du péché et la pratique de la vertu, par la manière fortement sentie dont ils disent les choses; animant et diversifiant leurs pensées et leur action, selon le sujet qu'ils traitent et les personnes à qui ils parlent ; inspirant tour à tour aux fidèles la crainte de l'enfer, le désir du ciel , la componction à l'égard des péchés commis , la confiance en Dieu et la résolution de le mieux servir.
Heureux ceux qui sont appelés à l'ordre de Saint-Dominique, puisqu'il est exclusivement consacré aux œuvres surnaturelles de l'apostolat ! C'est là sa vocation , et jusqu'ici il y a été fidèle; il a fourni, dans toutes les parties du monde, des millions de prédicateurs et de zélés missionnaires, qui ont
porté partout le nom de Jésus- Christ. Chaque religieux de cet ordre doit donc se dire avec saint Paul : « Malheur à moi si je ne prêche pas l'Évangile, car j'y suis obligé par ma vocation. » Vse mihi si non evangelizavero... : nécessitas enim nihiincumhil. (I Cor. ix, 16.)
Ces considérations sont suffisantes pour faire naître, dans les novices, une grande estime de leur vocation; une grande reconnaissance pour Dieu , qui a daigné les appeler; un grand amour pour N. P. S. Dominique, qui est leur premier modèle et leur principal soutien; enfin une ferme résolution d'être fidèles à leurs Constitutions. Car cette fidélité les conduira infailliblement à l'imitation de leur Père bien-aimé, et à la réalisation de leur belle mission, qui est d'arriver au ciel en compagnie d'un graod nombre d'âmes sauvées.