‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 171 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

beau avoir des biens en abondance et d'inépuisables trésors , loin de nous satisfaire, tout cela ne sert qu'à nous tourmenter et à nous agiter de mille passions. L'ambition, l'avarice, l'envie , avec leur cortège de désirs insatiables , ne cessent de torturer notre cœur. Que de mouvement, que de peine ne se donnet-on pas pour acquérir ces possessions I que de soins pour les conserver ! quelle crainte de les perdre ! Et quand elles viennent à nous échapper, quelle douleur, quels regrets, quelles récriminations, que de vains retours sur le passé ! Le bonheur que les richesses semblent devoir nous procurer en cette vie n'est donc qu'imaginaire. En réalité elles sont le plus grand obstacle à notre félicité véritable : Beatus est qui hàbet quidquid vult et nihil malivult. (Aug. 1. 13 de Trin.)

Tous les biens de ce monde n'étant pas capables de remplir notre cœur, la pauvreté volontaire seule nous donnera la béatitude. Beati pauperes spiritu. Elle arrive à ce résultat en nous empêchant de désirer ce que nous n'avons pas, et en nous détachant, de cœur et d'affection, de ce que nous possédons ; c'est par là qu'elle nous procure cette paix et cette tranquillité qui naissent de l'humble soumission à la volonté de Dieu. Elle nous délivre encore de toutes les peines, des chagrins, des inquiétudes et des embarras qui accompagnent la possession des biens de la terre, et qui tourmentent quiconque y est attaché. Par elle, on jouit d'une satisfaction intime, supérieure à tous les plaisirs des sens et du monde; car on ne pense plus qu'à servir Dieu , à garder ses commandements , à observer les devoirs de son état. La pratique de toutes les vertus nous devient donc facile quand la pauvreté volontaire leur sert de fondement.

4'» Un autre grand avantage que la pauvreté d'esprit procure au religieux qui l'embrasse résolument et la pratique exactement, c'est de le rendre semblable à Jésus-Christ, puisque, étant riche et le maître de toutes choses, le Sauveur a voulu se faire pauvre pour notre amour afin de nous servir de modèle et de nous enrichir de son indigence. Propter nos egenus factus est cumesset dives, ut illius inopia vos divites essetis. (II Cor. VIII, 9.) Jésus a pratiqué la pauvreté dès sa naissance, pendant

enlière à la volonté divine, de sorte que, ne désirant rien icibas, on soit entièrement satisfait de l'état précaire où Dieu nous a mis. Cette pauvreté chrétienne est d'obligation et de précepte pour tous. Car Jésus-Christ a dit : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut pas être mon disciple. » Qui non renuntiat omnibus quœ possidet non potest meus esse discipulus. ( Luc. xiv, 33.)

La pauvreté évangélique et religieuse ne consiste pas seulement dans le détachement d'esprit et de cœur par rapport aux biens de ce monde, mais aussi dans l'abandon effectif et dans le dépouillement entier des richesses qu'on possède ou qu'on pourrait posséder. On y renonce réellement par un vœu solennel , pour suivre le conseil que Jésus-Christ donna au jeune homme dont il est parlé dans l'Évangile et à qui il dit : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tous vos biens, donnez-les aux pauvres et suivez- moi. » Si vis perfectus esse, vade, vende universa quse habes et da pauperibus , et sequere me. (Matth. xix, 21.) Les avantages de cette pauvreté sont très grands. Elle est, en effet, le fondement de la perfection, la source de toutes les vertus, la cause du véritable bonheur en ce monde, le signe de notre ressemblance avec Jésus-Christ et avec les premiers chrétiens ; enfin elle nous donne droit au bonheur éternel dans le royaume des cieux.

1° La pauvreté religieuse est le fondement de la perfection évangélique, qui est elle-même la fin de la vie religieuse. En effet, ce fut cette pauvreté que Notre-Seigneur, comme nous venons de l'entendre, conseilla au jeune homme de l'Évangile, qui aspirait à devenir parfait. Au contraire, l'avarice ou le désir de posséder des biens, et l'attachement aux richesses de ce monde, sont la racine de tous les maux. Radix omnium malorum cupiditas, comme dit saint PauL (I Tim. vi , 10.) Car ceux qui veulent devenir riches tombent dans les filets du démon et dans beaucoup de désirs inutiles et dangereux qui les conduisent insensiblement à la perdition. Cet amour déréglé des biens terrestres est un des plus grands obstacles au salut; il entretient toutes les passions, trouble les villes et les royaumes, divise les familles les plus unies, soulève les en-

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