‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 172 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

fants contre leurs parents , suscite des procès entre les frères, rompt les amitiés les plus anciennes et les plus tendres; il aveugle l'esprit et endurcit le cœur, il conduit aux déloyautés, aux injustices , à l'usure, au vol, aux rapines; enfin il est une marque de réprobation. Aussi Notre-Seigneur s'écriait-il : Vœ vobis diviiibusf (Luc, vi, 24.) « Malheur à vous, riches dont le cœur est attaché aux richesses...! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un homme riche d'entrer dans le royaume des cieux. » Facilius est camelum per foramen acus transire quam divitem intrare in re^gnum cœlorum. (Matth. xix, 24.)

La pauvreté d'esprit volontaire et religieuse nous préserve de. tous ces maux que produit la cupidité. Par là elle est le fondement de la perfection évangélique, et l'on voit dans l'Évangile que Jésus- Christ l'a établie comme le premier moyen pour arriver au bonheur des cieux. Beati pauperes spiriiu quoniam ipsorum est regnum cœlorum. (]V[alth.v,3.) En effet, en quoi consiste la perfection chrétienne, si ce n'est dans la parfaite charité? Or, d'après saint Thomas, la pauvreté volontaire, par laquelle on se prive de toute propriété, est le premier fondement pour asseoir l'édifice de la parfaite charité : Ad perfeclionem charitatis acquirendam primum fundamentum est voluntaria paupertas ut aliquis absque proprio vivat. (2* 2", q. q. 86.) Gomme la charité est opposée à la cupidité et la détruit, plus la cupidité est diminuée par la pauvreté volontaire, plus aussi la charité se conserve et se perfectionne par le détachement intérieur des richesses et par l'abandon réel qu'on en fait : Nutrimenium charitatis est imminuiio cupiditaiis; perfectio, nulla cupiditas. (S. Aug.)

2*» L'esprit de pauvreté est aussi le fondement et la source des vertus chrétiennes et religieuses. En nous détachant des choses temporelles, il nous rend plus dociles aux vérités de la foi; et c'est même déjà faire preuve d'une foi vive que de regarder comme bienheureux les pauvres d'esprit, malgré l'inclination naturelle qui nous porte avec tant de force à nous entourer des biens de la terre. La pauvreté d'esprit nous inspire aussi une espérance ferme de posséder un jour comme

récompense le royaume des cieux. Quand elle nous a séparés des biens que nous possédions sur la terre, elle travaille à nous faire aimer Dieu d'un amour pur et désintéressé; en effet la charité, comme un feu, s'enflamme facilement dans un cœur qui a tout quitté, tout méprisé sur la terre pour mieux servir son Créateur. Enfin la pauvreté nous rend hum-, blés en ne laissant rien autour de nous qui puisse nous inspirer de l'orgueil , et c'est pour cela que l'on confond quelquefois la pauvreté d'esprit avec l'humilité, tant ces deux vertus sont amies et comme sœurs.

La pauvreté d'esprit conserve la chasteté en retranchant au corps une nourriture trop abondante et des habits recherchés. Elle entretient l'obéissance parce que l'esprit détaché de tout demande volontiers les permissions nécessaires , et se soumet aisément à l'autorité des supérieurs. Elle aide à acquérir la patience en faisant pratiquer continuellement la mortification. Elle est, en un mot, la source et la conservation de toutes les vertus, comme nous le dit saint Ambroise : Ut rerum facultaies sunt instrumenta omnium vitiorum, sic harum àbnegatio generatrix est nuirixque omnium virtutum. Mais la pauvreté religieuse a cet avantage sur la pauvreté chrétienne', qu'il est beaucoup plus facile d'avoir l'esprit et le cœur dégagés des biens et des richesses si on les a abandonnés que si on les possède encore, et si on les administre effectivement. C'est pour cela que le jeune homme à qui Jésus -Christ conseilla, pour être parfait, de vendre ses nombreuses possessions et de les distribuer aux pauvres, se retira tout triste. Il avait le sentiment de la perfection, mais il n'en avait pas le courage. Âbiit trislis, erat enim habens muîias possessiones. (Msiith. XIX, 22.)

3° La pauvreté volontaire et surtout la pauvreté religieuse est la cause et la source du véritable bonheur dont nous pouvons jouir en cette vie; les richesses, au contraire, sont l'origine de tous nos malheurs. Tout le monde cherche à être heureux; mais cette félicité à la poursuite de laquelle nous courons sans cesse consiste surtout dans la paix de l'âme. Quiconque n'a pas le repos de l'esprit n'est pas heureux. On a

Page 1