‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 174 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

cœlorum, {Maiih. v, 3.) Il ne dit pas que le royaume des cieux ser un jour aux pauvres, comme il le dit à l'occasion des autres béatitudes, mais il assure que, dès cette vie, il leur appartient en droit, quoiqu'ils n'en jouissent pas encore; car ils l'ont acheté par le détachement et l'abandon de toutes choses. Jésus-Christ leur promet encore de les mettre au ciel dans un degré de gloire plus éminent que les autres, et de les élever à l'honneur de juger les hommes avec lui. Car lorsque saint Pierre lui dit : « Voilà que nous avons tout quitté et que nous vous avons suivi; quelle sera donc notre récompense? ï> Il lui répondit : « En vérité, je vous dis qu'au temps de la régénération, quand le Fils de l'Homme sera assis sur le trône de sa majesté, vous qui, m'avez suivi vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. » Sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. (Matth. XIX, 28.)

C'est le sentiment commun des saints Pères que ces paroles du divin Sauveur doivent s'entendre, non seulement de la personne des Apôtres, mais aussi de tous ceux qui, à leur suite, auront embrassé la pauvreté volontaire et s'y seront consacrés par vœu , comme le font les religieux. S'ils meurent en état de grâce, ils seront assis sur le tribunal du Fils de l'homme, ayant plutôt à juger les autres qu'à être jugés euxmêmes. Enfin Jésus -Christ a promis aux pauvres d'esprit le centuple dès cette vie. « Quiconque, dit-il, quittera sa maison, ses frères ou ses sœurs, son père ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres pour l'amour de moi, recevra le centuple ici-bas et possédera la vie éternelle. » Centuplum accipiet et vitam seternam possidebit. (Matth. xix, 29.) Accipiet centies tantum, nunc in tempore hoc, et in sœculo futuro vilam seternam. (Marc, x , 30.)

Ceux qui ont tout quitté pour Dieu sont, par le fait, récompensés au centuple dès celte terre, soit parce qu'ils reçoivent du ciel des biens spirituels et des grâces qui valent cent fois plus que les biens temporels, soit parce que, pour un père ou une mère qu'ils ont quitté , Dieu leur donne plusieurs autres pères, frères et prolecleurs, (^pi les aiment

d'une manière surnaturelle plus avantageuse et forment en eux Jésus -Christ pour la vie éternelle. Au lieu d'une maison qu'ils ont quittée, Dieu leur en procure plusieurs dans lesquelles on leur fournit avec bonté tout ce qui leur est nécessaire. La Providence divine, qui veille sur eux, ne souffre pas qu'ils manquent de rien ; ou si elle permet qu'ils soient privés de quelque chose, elle sait leur faire trouver dans cette privation même du profit, de la paix et de la joie. Avec cette paix de l'âme, ils n'ont point de désirs, d'inquiétudes, d'embarras au sujet des biens de ce monde. Dignes imitateurs des premiers chrétiens, ils vivent donc comme n'ayant rien et possédant tout : Tanquam nihil habentes et omnia possidentes. (II Cor. vi, 10.)

Ce sont ces avantages de la pauvreté volontaire, unis à l'autorité des exemples de Jésus-Christ, des Apôtres et des premiers chrétiens, qui ont déterminé tous les fondateurs d'Ordres, appuyés en cela par l'Église, à établir le vœu de pauvreté comme fondement de leur institut. Saint Dominique, en particulier, était si zélé pour cette vertu que dans le chapitre général qu'il tint à Bologne, en 1220, il renonça à toutes les possessions et à tous les revenus présents ou à venir, bien que son Ordre eût été confirmé par Honorius III en l'année 1216 avec faculté de posséder des rentes et des biens-fonds. Cette disposition a été modifiée dans la suite, mais l'esprit ne doit pas changer; et toujours nous sommes tenus à cultiver la pauvreté comme formant un devoir essentiel de notre vocation. L'adoucissement apporté dans l'application extérieure du vœu est même une obligation de plus de travailler à en augmenter l'esprit en nous, pour que la vigueur de notre vertu ne perde rien aux modifications amenées par le temps, les nécessités du ministère apostolique, ou l'amoindrissement du sens chrétien dans les sociétés humaines.

ARTICLE II

Obligations du vœu de pauvreté.

Le vœu de pauvreté consiste dans le renoncement au domaine des biens temporels : Est abdicatio dominii rerum tem-

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