‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 193 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ne cherchaient qu'une occasion, se sont rencontrés. Le désir de rendre service d'une part, et la reconnaissance de l'autre, ont servi de prétexte; et déjà la créature paraît à côté de Dieu. Enfin viennent les termes d'affection, les lettres, les cadeaux; et dans celte liaison l'amour de Dieu n'est plus qu'un mot. Crebra munuscula et dulces litieras et sudor tiola et prsegustatos cibos sanctus amor non habet, hœc eniin omnia camem sapiunt et procul sunt ab amore casto. (S. Hieron.)

C'est pourquoi les SS. Pères recommandent d'être très soigneux à éviter la fréquentation des personnes pieuses. Ce que le directeur peut faire de mieux pour elles, c'est de redoubler de zèle pour se sanctifier dans la solitude, afin d'être plus capable de leur faire du bien; c'est de prier beaucoup en secret pour leur avancement, c'est enfin de les exercer au renoncement, à l'amour du silence et des devoirs domestiques, afin que leur vertu soit appuyée sur les bases solides de la foi.

Cinquièmement, pour conserver la chasteté, il faut éviter l'oisiveté. Elle est une des principales causes qui firent tomber Sodome dans les plus horribles de tous les maux, selon le prophète Ézéchiel. Tant que David fut occupé à la guerre, il resta pur ; mais aussitôt qu'il mena dans son palais une vie oisive, le vice entra dans son cœur et le porta au crime. C'est pourquoi le Sage dit que Toisiveté a toujours enseigné beaucoup de mal : Muliam malitiam docuit otiositas. ( Eccli. xxxiii, 29.) Mais elle contribue surtout à faire perdre la chasteté, car si l'on est oisif, les désirs sensuels se feront sentir avec plus de continuité, et l'absence d'application au travail rendra plus faible pour y résister. On deviendra donc esclave de l'amour de ses aises , et cet état habituel de mollesse ruinera la pureté. C'est pourquoi saint Benoît disait à ses religieux que l'oisiveté et la volupté étaient inséparables et servaient d'armes à l'antique ennemi pour blesser les âmes : Otiositas et voluptas arma sunt hostis antiqui ad decipiendas animas. ( In Reg.) C'est pourquoi encore les anciens Pères du désert enseignaient qu'un religieux bien occupé aux choses de son état

n'a qu'un dcmon à combattre, tandis que, s'il vit dans l'oisiveté, il en a un très grand nombre qui entrent dans son cœur par la porte du désœuvrement et travaillent tous de concert à y souffler le feu de l'impureté. Car il est constaté qu'ils ont particulièrement en horreur la chasteté, parce qu'elle rend les hommes semblables aux esprits bienheureux du milieu desquels ils ont été chassés à cause de leur orgueil.

La manière de repousser les pensées contraires à la belle vertu peut varier selon les diverses causes qui les produisent , à savoir, la nature, le démon, ou les occasions extérieures. En général voici comment il faut se comporter au milieu de ces tentations. 1° Quand on n'y a pas donné occasion , il n'y a qu'à s'humilier devant Dieu en reconnaissant l'abjection de notre nature, sujette à ces désordres depuis le péché d'Adam. L'humilité attire la grâce qui nous met à même de rejeter ces mauvaises suggestions, et de mettre en fuite le démon. Dieu permet parfois ces tentations afin de nous rendre plus humbles par la pleine connaissance de nos misères; le but obtenu, la tentation cessera. 2" Il faut le prier afin qu'il ne souffre pas qu'on l'offense, mais qu'il daigne au contraire fortifier notre infirmité et nous faire bien résister. 3" Il est bon de penser à quelque considération qui, en touchant le cœur et en occupant l'esprit, détourne la pensée dangereuse; on songera, par exemple, à la présence de Dieu, à la Passion de Notre -Seigneur Jésus-Christ, aux fins dernières, à la vierge Marie, Reine de la pureté, ou à tout autre objet. Chacun suivra son attrait et méditera ce qui le pourra plus aisément occuper. 4«> Il ne faut jamais s'épouvanter ni se troubler à cause des mauvaises pensées, en les prenant pour une marque de réprobation. Saint Paul, saint Jérôme et les plus grands saints en avaient de violentes qui les tyrannisaient et leur faisaient souhaiter d'être délivrés de ce corps de mort. On se gardera surtout de contester avec elles en trop examinant si on y a ou non consenti, ou en mettant trop d'application à se pénétrer de la laideur du péché que l'on redoute. Car plus on s'arrête à combattre de front ces tentations, plus elles font impression dans l'imagination et les sens. La meilleure tactique est de les re-

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