TROISIÈME PARTIE
comme nulles, en comparaison de celles-là: Inter csetera ceriamina christianorum , sola sunt duraprselia castitatis.
Ces religieux imprudents se trompent aussi en disant, pour se justifier, que tout se passe honnêtement dans leurs visites, conversations, etc.. Car pour que les visites que les religieux font à des femmes soient honnêtes, elles ne doivent avoir lieu que dans les conditions suivantes : il faut que la charité ou la nécessité les exige, qu'elles soient très rares, qu'on n'y parle que de choses très édifiantes, qu'on les finisse dès qu'on a satisfait à son obligation; que, pendant l'entretien, on ne regarde jamais ces personnes en face, et qu'on se tienne en garde contre une complaisance secrète et une certaine affection de la nature vicieuse qui se glisse d'une manière occulte sous des apparences de charité et de devoirs. Or est-ce bien ainsi que ces religieux se comportent? Au contraire, leurs visites sont fréquentes, non indispensables, très longues; ils y parlent souvent de choses qui ne sont pas édifiantes; ils regardent volontiers leurs interlocutrices en face , avec des sourires, des complaisances mondaines et des témoignages d'amitié naturelle. S'ils osent trouver cela inofifensif et honnête, c'est une preuve que la passion et le démon ont déjà aveuglé leur esprit et gâté en partie leur cœur !
Une autre illusion', c'est de croire ou de dire qu'on ne fait ces visites qu'afîn de se récréer unpeu avec ces personnes , à cause de leur mérite et de leur esprit , non parce que ce sont des femmes. Car si nous n'avons pas de mauvaise intention, le démon en a pour nous ; et supposé que la complaisance dangereuse n'existe pas, il la produira bientôt. On trouverait également autour de soi des hommes d'esprit et de science; cependant on né cherche pas à s'entretenir avec eux si fréquemment, si longuement, ni avec tant de plaisir. La véritable et unique raison de cette différence , quoi qu'on en dise , c'est ce penchant horrible d'un sexe pour l'autre. Chaque nature prise séparément est déjà très portée au mal ; que n'y a-t-il pas à craindre et même à attendre certainement, si, loin d'éviter ces rencontres, on les provoque! Deux foyers de péché combinés ensemble ne pourront qne redoubler mu-
tucllement leurs forces pour allumer un incendie terrible. Et qui l'éleindra?
C'est encore une illusion du religieux qui va voir familiôrement ces personnes et en reçoit de fréquentes visites, de se prétendre sans attachement pour elles. Cette inclination est au contraire si grande que ni la crainte du danger où ils exposent leur salut, ni le préjudice qu'ils portent à la religion, ni le tort qu'ils font à leur réputation, ni le scandale qu'ils donnent aux séculiers, ni la peine qu'ils causent à leurs frères, ni les plaintes qu'ils reçoivent du dedans et du dehors, ni les défenses de leurs supérieurs ne suffisent pour les amener à y renoncer. Quand ils ne peuvent plus faire ouvertement ces visites, ils se ménagent des conversations furtives, envoient des billets secrets, et ressentent une grande tristesse si on les change de résidence, pour les forcer à rentrer en eux-mêmes par la séparation des personnes et l'éloignement du péril.
Ce ne sont pas seulement les religieux dissipés et volages qui doivent éviter les conversations fréquentes avec les personnes dévotes et saintes, mais les religieux les plus édifiants, surtout les directeurs avec leurs pénitentes. Il n'y a que les saints du paradis qui aient une chasteté invulnérable: les saints de la terre sont toujours sujets aux attaques de l'ennemi. Et ceux qui ne les ont pas encore éprouvées courent le danger de les sentir à tout moment dans ces conversations fréquentes où ils sont si proches du péril , et d'autant plus proches qu'ils s'en doutent moins. Saint Augustin remarque même que plus les personnes sont pieuses, plus elles mettent en péril la vertu de ceux qui les visitent en s'insinuant davantage dans leur affection. Le démon se cache plus aisément sous les voiles de la sainteté, ce qui fait qu'on se défie moins de lui, et qu'il lente plus facilement. Ces conversations, toutes spirituelles au commencement, dégénèrent en propos de plus en plus libres et tendres ; et ce qui avait commencé par l'esprit finit par la chair, comme dit saint Paul : Cum spiritu cœperitis, ca/rne consummemini. (Gai. III , 3.) Dans les premières entrevues, on ne parlait que de Dieu et du désir d'être parfait. A l'abri de ces pensées et de ces désirs, voici que des cœurs pleins d'eux-mêmes et qui