TROISIEME PARTIE
vons-nous obéir à nos supérieurs réguliers, lors même qu'ils seraient sévères et fâcheux, puisqu'ils parlent directement au nom de Dieu, sont des personnes sacrées, et ne veulent de nous que l'accomplissement de la volonté divine pour notre salut: chose que nous sommes précisément venus chercher dans la religion au prix de tant de sacrifices 1
ARTICLE IV Grièveté du péché de désobéissance : sa punition.
Une fois admis ce principe, que les supérieurs tiennent la place de Dieu, il suit que si les inférieurs leur manquent do respect et d'obéissance-, Dieu regarde ce manquement comme une injure faite à sa personne. Aussi Jésus-Christ, après avoir dit des apôtres et des supérieurs : « Qui vous écoute m'écoute, » ajoute, comme conséquence : « Qui vous méprise me méprise. » Qui vos spernit me spernit. (Luc. x, 16.) El saint Paul, après avoir rappelé qu'il faut être soumis aux puissances supérieures, parce que toute autorité vientdeDieu, poursuit incontinent : « Quiconque résiste à la puissance, résiste à l'ordre même de Dieu. » Qui resisiit potesiati, Dei ordinalioni resistit. (Rom. xiii, 2.)
Ce péché de désobéissance est si grand que le Saint-Esprit le compare à l'idolâtrie et à la magie, crimes détestables entre tous , puisqu'ils s'attaquent directement à la divinité : Quasi peccatum ariolandi est repugnare, et quasi scelus idololatrise nolle acquiescere. (I Reg. xv, 23.) Saint Grégoire et saint Bernard justifient cette comparaison en disant que, comme la magie et l'idolâtrie sont un mépris de Dieu et lui ravissent le culte qui lui est dû, de même la désobéissance envers les supérieurs est un mépris qui retombe sur l'autorité du Seigneur et le prive des services dus à sa majesté.
Les châtiments extraordinaires dont Dieu a souvent puni ceux qui manquaient de respect et d'obéissance aux supérieurs, font voir clairement qu'il regarde ce manquement comme fait à lui-même.
Pour avoir murmuré contre la conduite de Moïse ^ Marie, sa
sœur, fut frappée d'une lèpre horrible et demeura sept jours hors du camp, séparée des enfants de Dieu. (Num. xii.) Le peuple d'Israël ayant murmuré- contre Moïse, au retour de ceux qui étaient allés examiner la terre promise, les premiers auteurs du murmure furent frappés de mort en la présence du Seigneur, et le reste du peuple fut condamné à demeurer quarante ans dans le désert. (Num. xiv.) Coré, Dathan et Abiron s'étant plaints de Moïse et d'Aaron, comme prenant trop d'autorité dans le gouvernement, virent la terre s'ouvrir sous leurs pieds et les engloutir vivants , avec leurs tentes et leurs richesses. ( Num. XVI.) Une autre fois les enfants d'Israël ayant murmuré contre Moïse à cause de leurs souffrances dans le désert, Dieu envoya des serpents qui en tuèrent un grand nombre. (Num. XXI.) La grandeur de ces punitions démontre que Dieu regardait comme s'adressant à sa majesté suprême l'insubordination des Israélites , ainsi que Moïse et Aaron le leur déclarèrent par ces paroles : « Sachez que votre murmure n'est pas contre nous , mais contre le Seigneur. » Nec contra nos est murmur vestrum, sed contra Dominum. (Exod. xvi, 8.)
Nous devons donc toujours parler des supérieurs avec respect, et détourner quiconque s'en entretient avec mépris, blâme et murmure ; ne pas contester avec eux en conversation , même sur des choses indifférentes ; recevoir leurs corrections avec humilité, sans nous fâcher ni nous plaindre; ne pas mesurer notre obéissance aux qualités qu'ils possèdent, mais penser, s'ils n'en ont pas de très bonnes, que Dieu peut nous faire connaître sa volonté aussi bien par un supérieur ignorant ou même mauvais, que par un savant et un saint. Car il a établi tous les supérieurs et les a appelés sans exception, des dieux visibles, chargés de nous conduire en sa place, comme autrefois il établit Moïse, le dieu visible de Pharaon; c'est pourquoi aussi il a défendu de parler mal des dieux, c'est-à-dire de ceux qui sont constitués en autorité.
Les religieux qui osent mal parler des supérieurs portent un grand préjudice à la communauté. Ils diminuent l'estime, le respect et la confiance qu'on avait en ceux qui la dirigent; ils inspirent pour eux de l'éloignement, empêchent de prendre