TROISIÈME PARTIE
lusion, comme ceux que nous avons signale's tout à l'heure; la véritable obéissance se soumet également à tous les supérieurs, parce qu'elle vénère en chacun d'eux le vrai principe de la soumission, c'est-à-dire l'autorité divine; saint Bernard veut donc qu'on leur obéisse comme à Dieu , avec le môme respect et la même exactitude : Sive Deus, sive homo vicarius Dei mandaium quodcumque iradiderit, pari profecto obsequendum est cura, pari reverentia deferendum, ubi tamen Deo contraria non prsecipit homo. (Ibid.)
L'obéissance doit être générale par rapport à tous les commandements. On trouve des religieux qui observent fidèlement certains points de leurs constitutions, mais qui transgressent hardiment les autres. Ils ne sont pas de véritables obéissants ; car le vœu d'obéissance s'étend à toutes les observances et à toutes les constitutions, rubriques, inclinations et prostrations au chœur, comme l'explique saint Vincent Ferrier (De Vit. sp. c. 15.)
Enfin l'obéissance doit être générale par rapport aux circonstances du commandement. Certains inférieurs obéissent en ajoutant des circonstances de leur choix, ou en supprimant par caprice celles qui étaient prescrites. Ils sont aussi dans l'erreur; car le religieux, par le vœu d'obéissance, s'est consacré tout entier à Dieu, corps et âme, avec dépendance du supérieur dans tous les cas prévus par lui, afin que l'obéissance soit universelle, comme l'explique saint Thomas : Illi qui vivunt in religione totaliterse et sua tribuunt Deo; unde obedieniia eorum est universalis. (2. 2. q. 86.)
ARTICLE m Moyens d'acquérir l'obéissance religieuse.
Le principal moyen pour acquérir l'obéissance parfaite est de ne considérer que la personne du divin Maître dans celle du supérieur; en sorte que l'on ait en vue, en obéissant à ce dernier, de faire la volonté de Dieu , de reconnaître son autorité et de se soumettre à sa majesté souveraine. Si l'on agissait par un autre motif, l'obéissance ne serait
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plus un acte de religion, et n'aurait plus l'essence, la perfection et le mérite qui lui conviennent comme au principal des vœux.
Saint Bernard et saint Benoît s'appliquent donc avec raison à poser comme axiome, et rappellent souvent ce principe, que l'obéissance rendue aux supérieurs se rend à Dieu même: Obedientiaquse exhibetur majoribus, Deo exhibelur. Et ils le prouvent par ces paroles de Jésus-Christ à ses disciples : Qui vos audit, me audit. (Luc. x, 16.) «Celui qui vous écoute m'écoule.» Car elles ne doivent pas s'entendre des Apôtres seuls, mais aussi de tous les supérieurs spirituels reconnus par l'Église.
Si noire Noire-Seigneur, apparaissant parmi nous, nous apportait un ordre , nous lui obéirions avec une volonté simple et entièrement soumise , par la seule raison que la volonté de Dieu est ce qu'il y a de meilleur et de plus sacré pour nous. Nous nous réjouirions même qu'il nous commandât quelque chose de rude et de pénible, et nous regarderions comme une faveur d'être choisi pour l'exécuter. C'est ainsi, ajoutent les deux saints , que tout ordre du supérieur doit être reçu et exécuté comme s'il venait du Maître souverain. Car, qu'importe que sa volonté nous soit manifestée par lui-même, ou par le ministère des anges, ou par celui des hommes? Quid enim interest utrum ipse, aut per suos minisiros, sive homines, sive angelos, hominibus innotescat suum beneplacitum? (S. Bened. S. Bern.)
Saint Paul exhortant à la vertu ceux qui dépendent des autres , leur dit : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, comme vous obéiriez à Jésus-Christ. » Le même Apôtre et saint Pierre veulent que les chrétiens soient dociles , non seulement aux supérieurs spirituels, mais aux chefs temporels ; non seulement aux maîtres doux et bons , mais encore à ceux qui sont fâcheux : Servi, obedite dominis carnalibus... sicut Christo. ( Ephes.vi, 5.)... Non tanlum bonis et modestis, sed etiam dyscolis. (I Petr. ii, 18.) Sur quoi saint Basile observe fort justement : « Si l'Apôtre voulait qu'on obéît aux puissants de la terre, comme au fils de Dieu même, bien qu'ils fussent infidèles, à combien plus forte raison de-