TROISIÈME PARTIE
vrai, vient parfois d'une certaine timidité; mais elle dérive plus souvent de l'amour-propre, qui se complaît dans les douceurs et ne trouve pas son compte dans les aridités; de telles personnes, quoique appelées dévotes, sont loin de la véritable dévotion, qui s'oublie pour chercher uniquement les intérêts du Dieu qu'elle aime.
5° La véritable dévotion est humble et douce, car elle découle de la charité qui, selon saint Paul, renferme toutes les vertus, spécialement la bénignité et les autres de même nature. Le religieux dévot se méfie donc de lui-même et craint de tomber, sans le savoir, dans des illusions. Il est bienfaisant, gracieux et de bonne humeur, car la joie de la bonne conscience qui règne dans son cœur se répand dans ses actions. Il n'a pourtant point de fausse complaisance ni de respect humain. Mais il est toujours fidèle à s'acquitter avec exactitude de tous ses devoirs ; et s'il est obligé de faire la correction fraternelle, pour empêcher le règne du mal ou pour conserver la régularité, il procède avec beaucoup de prudence, de modération et d'humilité. — Bien différents sont les faux dévots. Ils font semblant de se mépriser comme les derniers des hommes, mais ils se froissent et sont hors d'eux-mêmes à la moindre humiliation. Ils se montrent exclusifs et personnels dans leur dévotion, n'estimant en autrui que celle qui est conforme à la leur. D'autres sont impatients, chagrins et inquiets, au point qu'ils se rendent insupportables à tout le monde, et leur zèle amer se trahit jusque dans leur correction fraternelle, si on peut lui donner ce nom. A eux surtout s'adresse le reproche de l'Écriture, quHls font blasphémer la piété. (Rom. ii, 24.) Dieu nous garde d'une dévotion aussi mal entendue!
6» La véritable dévotion, bien que douce à l'égard des autres, ne cesse de faire la guerre à la mauvaise nature. Car elle n'est satisfaite que lorsqu'elle nous voit semblables à Jésus-Christ, qui a toujours mené une vie dure et crucifiée. Cependant elle nous fait aimer le travail qu'elle nous impose, car l'idée de faire plaisir à notre Sauveur adoucit tout. — Les faux dévots ne veulent pas, il est vrai, le désordre et
bOO L'INSTRUCTION DES NOVICES
le vice, et ils sont exacts à certaines pratiques. Mais ils n'admettent qu'une dévotion égoïste et commode. Or cette dévotion ne peut être que mensongère ou très imparfaite, surtout dans les religieux, qui sont obligés à une plus grande sainteté que le commun des chrétiens, et qui doivent s'appliquer plus à la lettre le mot de saint Paul : « Jésus-Christ n'a jamais cherché ce qui lui plaisait. » Christus non sibi placuit, (Rom. XV, 3.)
7° La vraie dévotion sert Dieu avec liberté d'esprit et paix intérieure ; car elle ne cherche que ce qui plaît au souverain Maître. Or le plaisir de Dieu, c'est d'être servi comme un père et de bonne grâce. -^ Il y a des hommes qui lui obéissent avec anxiété d'esprit, trouble de cœur, gêne de conscience. Ces craintes et ces embarras leur ôlent la paix intérieure, et sont des obstacles à leur progrès spirituel dans la dévotion. Un pareil mal leur vient ordinairement d'une imagination aigrie, d'une timidité naturelle mal combattue, d'un défaut de jugement, de trop de réflexion sur leur conduite, d'un entêtement et d'un amour-propre qui les empêchent de se connaître eux-mêmes. La simplicité, l'abandon filial et l'humilité seront leur remède, leur salut, la source de leur joie.
Faisons tous no3 efforts afin d'acquérir la dévotion véritable. Pour cela : 1° ayons soin de nous précautionner contre les illusions de la dévotion fausse; 2°ôtons les obstacles à la dévotion véritable, en évitant de rechercher les plaisirs des sens, de désirer les consolations humaines et de contenter la curiosité; 3° prenons, pour obtenir la dévotion, les deux moyens conseillés par saint Thomas (2. 2. q. 82), à savoir: la demander au Saint-Esprit, et considérer tour à tour les perfections divines, l'humanité de Jésus -Christ, les misères de l'homme. — On trouvera des considérations sur ces divers sujets dans les Élévations qui forment la quatrième partie du présent ouvrage.
Bien que notre dévotion doive regarder principalement le culte de Dieu, il faut l'étendre pourtant aussi au culte des saints, en tant qu'il leur est rendu par rapport à Dieu, dont ils