‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 239 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ARTICLE I De la fausse dévotion; en quoi elle diffère de la véritable

S'il est nécessaire de justifier la dévotion contre les orgueilleux qui la déprécient, il est encore plus nécessaire de la défendre contre ceux qui prétendent la pratiquer, et qui cependant en vicient la vraie notion, en font une application fausse, s'abusent eux-mêmes, et nuisent aux intérêts de notre sainte religion. Étudions donc les signes qui distinguent la fausse dévotion de la véritable. On peut en indiquer sept :

1° La vraie dévotion est fondée sur l'esprit de foi. Cet esprit éclaire l'âme sur la grandeur, la bonté et les autres perfections de Dieu, et il nous fait comprendre l'honneur que l'on trouve à le servir par dévouement. Il opère en nous la charité, et avec elle il excite dans notre cœur un désir ardent de rendre à l'Auteur de notre être un culte souverain , par le sacrifice intérieur et extérieur de tout nous-mêmes. — La dévotion fausse, tout au contraire, ne marche que d'après des lumières faibles et trompeuses : elle substitue l'hypocrisie à la sincérité de la foi. C'est une dissimulation de dévotion , semblable à celle des scribes et des pharisiens ; aussi elle laisse subsister dans l'esprit les ténèbres et l'aveuglement; dans le cœur, l'indifférence et la corruption.

2° La véritable dévotion commence par l'intérieur et s'étend à tout le dehors. Dans l'âme elle produit un complet détachement et un mépris profond de ses vues et de ses intérêts , propres pour ne considérer que l'honneur de Dieu. Ces dispositions réagissent bientôt sur l'extérieur, dans lequel elle règle sagement les divers devoirs de piété, comme les prières vocales, les adorations, les génuflexions, les inclinations, les jeûnes et les autres mortifications du corps, enfin toutes les pratiques de vertu. — La dévotion fausse ne s'applique qu'à ce qui paraît, à des exercices de peu de conséquence, à des singularités approchant de la superstition, peu conformes au simple bon sens, et dénotant une sorte de faiblesse d'esprit. Elle nous rend donc semblables , pour em-

ployer le langage de l'Évangile, à des sépulcres blanchis. Ou bien, par un désordre opposé, sous prétexte de ne s'appliquer qu'au solide et à l'essentiel , elle méprise ce qui est extérieur et dédaigne toutes les pratiques communes de religion. Et en cela elle fait preuve d'une grande suffisance, elle déshonore Dieu et scandalise le prochain.

30 La vraie dévotion est solide. Elle commence par nous attacher aux commandements de Dieu; elle nous applique ensuite à la pratique des vertus, et surtout de la charité , puis des exercices propres à notre vocation. Elle préfère l'essentiel à l'accessoire, le précepte au conseil, les vœux aux simples règlements , ce qui rentre dans les devoirs d'état à ce qui est de surérogation. Pour l'accomplissement du devoir, elle surmonte les difficultés avec courage, mettant sa confiance en Celui qui est le honmaître, et elle sait adoucir tous les travaux entrepris pour son service. — Les faux dévots manquent au principal pour ne [s'occuper que de ce qui est accessoire. Ils se dispensent facilement des exercices de communauté pour s'adonner à des pratiques particulières tout infectées d'amourpropre. Quelques-uns se montrent bizarres, changeants dans leurs œuvres de piété, infidèles à leurs exercices au moindre obstacle qui se rencontre. D'autres encore sont si attachés à leurs dévotions particulières, retraites, neuvaines, chemins de croix, qu'ils résistent presque au supérieur quand il leur confie quelque travail pour l'intérêt commun : tous font preuve d'une dévotion fausse et remplie d'illusion. La vraie et solide base leur manque, c'est-à-dire, le désir de plaire à Dieu en accomplissant avant tout ce qu'il daigne nous commander.

4° La vraie dévotion est désintéressée. Elle brille et grandit dans lès aridités, les sécheresses, les ténèbres et les répugnances de la nature. Son contentement consiste à être agréable au ciel. Pour elle, peu lui importe d'être contente selon la nature et l'égoïsme. — Au contraire, il y a des personnes pieuses qui ne sont jamais en paix. Lorsqu'elles ne sentent pas de consolations sensibles, elles craignent que leur service ne soit pas agréé de Dieu. Cette crainte, il est

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