TROISIÈME PARTIE
elles ne feraient qu'aigrir les personnes et auraient les plus mauvaises suites. La prudence nous recommande enfin une douceur particulière envers ceux qui sont timides et pèchent par fragilité, de peur qu'une correction trop sévère ne les jette dans le découragement. La correction vive , amère et outrée vient souvent d'une passion déréglée; la correction trop molle naît d'une fausse complaisance et d'une certaine pusillanimité; la correction juste et charitable résulte d'un amour bien ordonné, qui inflige sans doute des blessures et des châtiments pénibles en eux-mêmes , mais sait les rendre doux par l'affection qui en est manifestement la cause. Habet amor plagas suas, quse dulciores sunt quum a/morosius infliguntur, (S. Ambr.) Le Seigneur, dit aussi dans ce sens l'Écriture , corrige celui qu'il aime : Quem diligit Dominus corripU. (Prov. III, 12.)
50 Un supérieur doit avoir de là sagesse pour bien régler et conduire sa communauté. Pour cela : 1" il prendra comme fin dernière la gloire de Dieu , considérera , dans toutes les choses qu'il fera ou permettra, le bien spirituel de ses frères, et leur refusera tout ce qui pourrait être un obstacle à leur sanctification. 2° Dans le choix des moyens et dans toutes les décisions importantes qu'il aura à prendre pour la prospérité de la communauté, il demandera conseil aux personnes sages et désintéressées; puis il arrêtera, sans plus hésiter, de justes mesures pour faire réussir les choses. 3° Parmi les obstacles qu'il devra prévenir ou écarter, il faut compter en premier lieu ce qui pourrait compromettre dans la communauté la paix et l'union des cœurs. Il se dévouera à tous sans rechercher en rien ses avantages ou sa gloire, afin que ses inférieurs se soumettent à lui volontiers. Pour les maintenir dans la paix, il sera lui-même pacifique, calme, modéré, et il aura une grande égalité de conduite vis-à-vis de tous, puisqu'il est pour tous pasteur et père; à moins que des raisons exceptionnelles ne le forcent quelquefois d'agir autrement. 4° Dans l'exécution , il devra avoir un mélange de fermeté et de douceur, pour imiter l'action de la sagesse divine. Les âmes molles et lâches ne peuvent, dans le commandement,.
61 LUNSTRUCTION DES NOVICES
que compromettre leur salut avec celui des autres; mais la douceur doit perfectionner et corriger la fermeté, de peur qu'autrement on n'aigrisse les esprits , on ne rende l'exécution des devoirs onéreuse , et on ne donne aux corrections une tournure insupportable.
6<» Un supérieur doit avoir beaucoup d'humilité; car tout homme est indigne et incapable de la supériorité, n'ayant par lui-même ni les lumières, ni les qualités, ni les vertus nécessaires pour en bien remplir les devoirs. L'humilité lui, inspirera un sincère éloignement des emplois , à cause de leur élévation et de leurs dangers. Il aura un désir permanent d'être plutôt le dernier de tous et aux pieds des autres qu'à leur tête; et il sera disposé à redevenir simple religieux, dès que cela lui sera possible sans aller contre la volonté céleste. Quand on le met en charge , il doit accepter uniquement pour suivre l'ordre do Dieu, qu'il peut connaître par des signes tirés de la foi, comme le commandement des supérieurs majeurs, l'élection canonique, le conseil de personnes sages et éclairées. Il aura soin, dans l'exercice de son emploi, de pratiquer l'humilité, en évitant les manières hautaines et l'ostentation. Il saura, au contraire, s'abaisser dans son élévation même, ne commander qu'à regret, se conformer volontiers au sentiment des autres, et parfois leur céder dans les choses indifférentes. Pourtant cette humilité sera sans bassesse, de peur qu'une condescendance mal appliquée ou mal comprise ne diminue dans les inférieurs le respect qui est dû à l'autorité, et qui est nécessaire pour les conduire tous au bien.
7° Un supérieur a besoin d'une grande patience pour supporter en paix les peines et les embarras inséparables de sa charge. 11 faut qu'il s'attende à souffrir intérieurement et extérieurement. Les religieux, bien qu'appelés à la perfection , ont encore leurs faiblesses et leurs passions qui affligent sensiblement leur guide spirituel. Il se voit exposé aux critiques, aux plaintes, aux contradictions, aux fausses imputations, au mépris même et à l'aversion de ceux qui ne peuvent souffrir un gouvernement ferme, zélé et exact; leur orgueil, leur sensualité et leur dissipation s'en trouvant gcnés. Et il faut qu'il