‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 245 sur 361 · TROISIEME PARTIE B · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE B

paroles de celui qui est investi du pouvoir font peu d'impression, si elles ne sont soutenues et fortifiées par l'autorité de ses actes. Qu'on le voie chercher en tout ses aises, demander ou du moins accepter volontiers des singularités dans les habits, dans la nourriture et dans tout le reste; les inférieurs en feront autant et se justifieront par l'exemple du prélat, qui n'osera plus les censurer. Qu'on le voie, au contraire, exact au chœur, au réfectoire et à tous les exercices , veillant à ce que tout se fasse dans le bon ordre et la régularité, les choses se passeront avec édification et ponctualité; les particuliers assisteront volontiers aux actes communs et y rempliront leur devoir avec ferveur; les louanges de Dieu seront chantées avec dignité et dévotion ; les méditations se feront avec exactitude et recueillement; les repas au réfectoire seront graves, édifiants, instructifs, accompagnés de la lecture spirituelle, du silence et de la mortification. C'est ce que fait comprendre la sainte Écriture quand elle dit : « Le roi qui est assis sur son trône de justice dissipe tous les maux par son seul regard. » Rex qui sedet in solio judicii dissipât omne malum intuitu suo. (Prov. xx, 8.) Le prétexte principal aux manques de fidélité dans l'assistance aux actes de communauté, c'est qu'on se croit forcé par sa charge de faire des visites au dehors, ou de s'occuper au dedans d'affaires temporelles. Mais les supérieurs mortifiés, réguliers et vigi" lants , trouvent assez de temps pour faire les visites de bienséance et pour veiller aux affaires temporelles, sans négliger l'assistance aux actions conventuelles . Ils n'y manquent que très rarement, dans des cas pressants et imprévus, étant convaincus que le premier et le plus essentiel devoir de leur supériorité est de soigner les âmes des religieux, qui sont d'un prix infini et leur ont été confiées par Dieu. Leur plus grand désir, placé bien au-dessus des soucis relatifs à certaines affaires temporelles, est de pouvoir conduire leurs frères à Dieu par l'ascendant de l'exemple, comme le bon pasteur qui marche toujours à la tête de son troupeau. Ce n'est pas seulement pour eux un devoir, c'est un besoin, c'est une consolation; ils ne se trouvent jamais mieux qu'au milieu de

leur communauté, sous la présidence invisible du Maître des cieux.

4*» Un supérieur doit corriger les fautes de ses inférieurs; car s'il ne s'opposait à l'envahissement des défauts par les corrections, ils augmenteraient tous les jours, à cause de la faiblesse humaine. Mais il doit faire ces corrections avec beaucoup de sagesse et de douceur; car autant la répression est indispensable, autant il est difficile de la bien faire; comme c'est une sorte de médecine, plus elle est proportionnée à la nature du mal, plus elle répugne au goût naturel du malade. Celui qui doit reprendre commencera ordinairement par les avis et les remontrances, en représentant avec charité, ménagement et douceur, aux coupables les fautes qu'ils ont commises, pour les porter à en concevoir de l'horreur et à s'en corriger spontanément par des motifs de raison, d'honneur, de piété et de dévotion. A ceux qui ont de la docilité , un bon naturel et de la religion , il n'en faut pas davantage. Mais si les avis et la douceur ne suffisent pas pour éclairer le coupable, pour produire le repentir et l'amendement, il emploiera les menaces; et si elles n'ont pas plus d'effet, il recourra aux châtiments prévus par les constitutions de son ordre. Il est nécessaire de se servir parfois de l'autorité et de la force, surtout à l'égard de ceux qui commettent les fautes avec hardiesse , avec connaissance de cause, par malice, habitude et opiniâtreté. La prudence est nécessaire pour régler cette conduite. Dans certains cas, elle nous conseille de dissimuler la faute et de la tolérer quelque temps, soit parce que le coupable en viendra probablement à ouvrir les yeux et à s'humilier de lui-même , soit pour attendre que, sa passion étant calmée, il se trouve en état de recevoir plus utilement la correction. La prudence empêchera néanmoins que la tolérance n'aille trop loin , de peur que, pour des espérances futures et douteuses, on ne laisse le mal s'augmenter jusqu'à devenir irréparable. Elle veut encore que , pour ceux qui sont obstinés et agissent par malice , tout en procédant avec vigueur, on évite l'emportement et les paroles outrageantes; car au lieu de corriger les défauts,

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