QUATRIEME PARTIE
distribuez à chaque créature les forces et les qualités qui lui conviennent pour vivre, pour se défendre et pour s'acquitter des opérations qui lui sont propres, afin de contribuer au bien de l'univers , au salut de l'homme et à votre honneur divin. Vous disposez souverainement de tout ce qui peut arriver en général dans le monde, et de toutes les actions particulières de chaque créature : rien ne se fait que par votre ordre ou votre permission. Un cheveu ne tombe pas de nos têtes, une feuille d'arbre ne se remue pas dans les forêts, une goutte d'eau ne coule pas dans les ruisseaux sans votre consentement.
Gomme vous voulez tout le bien qui se fait et permettez tout le mal qui arrive, vos desseins s'accomplissent toujours; et pour les faire réussir vous vous servez même de ce qui semblerait s'opposer à leur exécution. C'est ainsi que, dans la tentation du démon et la chute d'Adam , vous avez trouvé l'occasion d'élever l'homme à la dignité de Dieu , par l'Incarnation de votre Fils; et de combler, par Jésus , les derniers des enfants d'Adam de toute sorte de grâces, pour les rendre éternellement heureux dans le ciel.
Je m'abandonne à vous, sainte Providence, et j'accepte de votre main , sans murmurer, les mépris, les maladies , la mort même quand vous le voudrez, puisque vous avez tout ordonné pour mon salut et votre gloire.
Je me tiendrai désormais, ô mon Dieu, dans une parfaite tranquillité au milieu des grands maux qui arrivent en ce '^Inonde, où l'on voit souvent l'impiété triomphante, la vertu opprimée , la religion persécutée , les royaumes ravagés , le vice impuni , le sentiment de la justice presque éteint. J'en gémirai, ô Seigneur, je vous prierai avec humilité et persévérance d'envoyer le remède; mais je serai sans trouble, et je considérerai que votre providence le permet ainsi pour un plus grand bien; car vous exercez votre justice en punissant tôt ou tard les coupables , votre miséricorde en convertissant bon nombre de pécheurs, et en sanctifiant des milliers d'élus; et vous vous servez de la fureur même des tyrans pour rehausser la victoire des martyrs, montrer la divinité de
b'i2 L'INSTRUCTION DES NOVICES
votre Église, augmenter la gloire de voire nom. J'ai donc confiance en vous , mon Dieu , et j'espère que vous me secourrez particulièrement dans les grands dangers, puisque vous avez une providence plus spéciale pour ceux qui sont plus uniquement consacrés à vous.
Au milieu de mes épreuves je n'aurai qu'un mot : « Dieu, le veut. Il n'est arrivé que ce qui plaît au Seigneur. Que son saint nom soit bénil » Celte pensée a suffi pour rendre les apôtres, les martyrs et tous les bienheureux forts, tranquilles, joyeux au milieu des plus grandes tribulations; pourquoi aurait-elle moins d'empire sur moi?
Je rejetterai aussi, ô mon Dieu, toutes les inquiétudes relatives aux choses de la vie présente. Car puisque votre Providence nourrit si soigneusement les oiseaux du ciel, et habille si royalement les lis des campagnes , que ne fera-t-elle pas pour moi , votre enfant adoptif , destiné à votre royaume; moi, que vous nourrissez de votre propre chair et de voire propre sang; moi qui veux vous aimer, vous servir et vous louer à jamais !
Je chercherai donc en premier lieu à vous faire régner en mon cœur par amour; et je suis sûr que, selon la promesse de votre Fils, le reste me sera donné par surcroit. Amen. (Malt'i.m, 33.)