LA VOCATION
Dans co premier chapitre, on prendra la vocation à son germe, et on la suivra jusqu'au moment où elle est définitivement arrêtée, c'est-à-dire jusqu'à la profession.
On traitera donc, dans quatre articles: 1» de la nécessité d'une bonne vocation pour aspirer à la vie religieuse; 20 de rentrée en religion; 3° de la manière de bien correspondre à sa vocation pendant le noviciat; 4» de rexcellence de la profession.
ARTICLE I
Nécessité d'une bonne vocation pour aspirer à l'état religieux.
Dans le présent article, on établira la nécessité de la vocation ; ensuite on examinera les marques de la fausse vocation, et on recherchera les marques de la vocation véritable ; de là trois paragraphes.
§ I. — Nécessité de la vocation.
Pour embrasser un étal quelconque, il faut une vocation lu ciel. Car Dieu est le maître souverain des créatures; c'est lonc à Lui à leur assigner les différents états qu'il a établis Idans le monde et dans l'Église. Il est ce Père de famille
dont parle l'Évangile, qui employait un grand nombre d'ou-j vriers, mais en se réservant de les choisir el de les réparlirj entre les différentes occupations de son domaine, selon sorf bon plaisir. « Ce n'est pas à l'homme, dit Jérémie, de décider de son sort, de choisir sa voie, et de régler sa conduite rj cela n'appartient qu'à votre providence . ô mon Dieu ! » Scio\ Domine, quia non est hominis via ejus, nec viri est ut ambuletet dirigat gressus suos. (Gh. x, 23.)
Le salut dépend en grande partie de l'état qu'on embrasse. A Dieu seul il appartient de nous prédestiner à la gloire] Mais en prenant l'état auquel II nous appelle, on a une espèce d'assurance qu'on sera sauvé , pourvu qu'on soit fldèk à s'acquitter des devoirs de cet état. Car Dieu , en nous des^ tinant au genre de vie dans lequel il veut que nous nous sanctifiions, nous prépare les grâces nécessaires pour y faire les actions propres à nous rendre saints ; et c'est par la fidéJlité à bien profiter de ces grâces attachées à notre état , et à s'acquitter des devoirs qui s'y rapportent, qu'on assure sa prédestination. Si, au contraire, on entre dans un état sans vocation, on risque beaucoup pour son salut; parce que pour être sauvé il faut faire la volonté de Dieu , qui est la règle de notre sainteté, comme dit saint Paul : Hsec estenim voluntasi Dei, sanctificatio vestra (I. Thess. iv, 3); or, celui qui em-l brasse un état sans y suivre la vocation du Maître divin, ne fait ■ pas la volonté de Dieu. Il est même dans un continuel éloignement de cette volonté qui l'avait destiné à un autre état. Il nel fait donc point les actions de piété qui sont agréables à son Seigneur; ou, s'il les fait, il ne les fait point avec la grâce requise ; car Dieu ne donne ses grâces particulières que pour s'acquitter des devoirs auxquels il nous a appelés. Ainsi , ces actions ne servent pas à notre salut pomme elles le pourraient parce qu'elles se font en dehors de la divine volonté.
La vocation est encore plus nécessaire pour entrer dansj l'état religieux. Car cet état est si relevé, qu'il faut, afin de s'y maintenir, avoir des secours très particuliers pour s'acquitter de toutes les obligations qui y sont attachées. Ceux qu^ ont embrassé l'étal religieux sont obligés de tendre continuel-