XV. — Pratique de la mortification
Daignez m'éclairer, ô mon Jésus, sur les différentes manières de pratiquer la mortification, afin que je ne passe aucune partie du jour sans vous offrir quelque victoire sur ma sensualité et mes mauvais penchants.
l" Il faut se mortifier dans les choses d'obligation en accomplissant fidèlement les commandements de Dieu, ceux de l'Église et les devoirs de son état, comme les prières, les jeûnes, l'étude, la modestie, la fidélité aux exercices de communauté; de sorte que si l'on prévoit qu'il y aura du plaisir à y manquer ou de la peine à y être fidèle, on n'hésite pas à se priver de ce plaisir et à supporter cette peine.
2° Se mortifier dans toutes les choses, qu'elles soient nécessaires, indifférentes, ou superflues: dans les choses nécessaires, ne s'y attachant pas, ne s'empressant pas trop pour les obtenir et supportant en paix leur privation ; dans les indifférentes, s'en privant quelquefois , par pénitence , et pour éviter les tentations; dans les superflues, les repoussant avec constance, lorsqu'elles se présentent à nous.
3° Se mortifier dans les sens du corps : dans la vue , en ne regardant rien par plaisir; dans le goût, en ne mangeant rien par sensualité, et se contentant des mets ordinaires préparés comme pour tous les autres; dans l'ouïe, en évitant les conversations inutiles et les nouvelles curieuses qui ne regardent point l'honneur de Dieu , ni les progrès de l'Église, ni les devoirs de notre état; dans l'odorat, en no
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recherchant point les choses qui ont une odeur agréable et les évitant même autant que l'on peut; dans le toucher, qui est répandu par tout le corps, en retranchant à la chair ses plaisirs et ses aises, en lui imposant même des pénitences corporelles, comme les veilles, la nourriture insipide, la couche dure, et d'autres semblables austérités, chacun selon son état. Il faut, en un mot, s'efforcer de ne jamais accorder aux sens aucun plaisir, même innocent, en vue du plaisir lui-même, mais seulement autant qu'il est utile pour conserver la vie et pour mieux servir Dieu.
4° Se mortifier dans ses passions, qu'il faut, pour cela, s'efforcer de bien connaître; et, par-dessus tout, s'attacher à mortifier sa passion dominante, puis les défauts relatifs au mauvais naturel , qui rendent l'homme pénible à soi-même et aux autres .
b° Se mortifier dans la langue, en gardant un silence rigoureux, à l'exemple de celui que Jésus-Christ garda pendant trente ans , ou ne parlant qu'à cause d'une pieuse nécessité , et ne le faisant alors qu'en peu de mots empreints de discrétion , de charité et d'humilité.
Je reconnais, mon Jésus, en méditant sur ces différentes manières de se faire violence, que je n'ai jamais eu une mortification véritable. Faites-moi la grâce de commencer aujourd'hui à la pratiquer. A chaque page, vos saintes Écritures m'en rappellent l'obligation quand elles me disent : « Il faut mourir à soi-même, porter sa croix chaque jour et se haïr; bienheureux ceux qui pleurent; il est nécessaire de passer par la porte étroite pour arriver à la vie; on doit circoncire son cœur, être crucifié au monde et mortifier les œuvres de la chair ou de la concupiscence, par la force de l'esprit. »
Toutes ces différentes expressions et d'autres semblables qui reviennent constamment dans les saints Livres, signifient une même chose, que mon esprit tardif et mon cœur dur ont besoin d'entendre souvent, savoir, la nécessité d'une mortification continuelle. Faites -moi la grâce, ô mon Dieu, d'y consacrer toute ma vie. Amen.