‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 329 sur 361 · XVI. — Suite de la pratique de la mortification · texte numérisé non relu

XVI. — Suite de la pratique de la mortification

C'est la maxime de tous vos saints , ô mon Dieu , même des plus indulgents , que la mortification, pour être complète, doit être universelle et s'étendre à toutes nos facultés. Celte doctrine ne sourit pas à ma nature; mais elle est vraie et salutaire. Je vais donc m'efforcer de l'enraciner au plus profond de mon âme.

1° Il faut se mortifier dans l'entendement^ en évitant les pensées volontairement oiseuses, qui font perdre beaucoup de temps; en occupant toujours son esprit de choses utiles et surtout de ses propres misères; en renonçant aux vaines curiosités, aux sciences humaines qui ne contribuent point à l'accomplissement du devoir; en fuyant les nouvelles frivoles et toutes les choses qui ne nous regardent pas.

2° Dans la volonté, en l'assujettissant en tout à la volonté de Dieu, et en suivant quelquefois la volonté même de nos égaux, plutôt que la nôtre, dans des choses qui ne sont pas contraires à la perfection de notre état.

3° Dans la mémoire et l'imagination, en accoutumant notre esprit à ne se ressouvenir que de bonnes choses; en habituant aussi l'imagination à se tenir toujours calme pour seconder les opérations de la raison ou les affections du cœur, et en la rappelant doucement lorsqu'elle est surexcitée, renonçant du moins à ses impressions, s'en humiliant, et ensuite méprisant ses saillies.au lieu de s'en troubler.

4° Se mortifier dans les afflictions de corps et d'esprit, dans les peines extérieures et intérieures, dans les maladies, les tentations et les mépris, en adorant la providence de Dieu sur nous et en se privant du plaisir qu'on pourrait espérer dans les consolations de la créature.

7<» En un mot, la grande règle de la mortification est de ne rien penser, dire ni faire par le motif du plaisir et pour suivre son inclination naturelle; mais d'ambitionner en tout, le bonheur de plaire à Dieu, d'accomplir sa volonté, et de travailler à notre salut en marchant sur les traces de Notre- Seigneur.

Faites-moi la grâce, ô mon Sauveur, de sagement régler toutes les facultés de mon âme, qui sont lo plus ordinairement les causes de mes fautes, par le penchant qu'elles me donnent au mal depuis le péché originel , tandis qu'elles devraient me servir à faire un grand nombre d'actes de vertu. Je vous demande pour cela la vigilance chrétienne, inspirée par la crainte et l'amour.

Je vous prie aussi, ô mon aimable Jésus! de me faire ressentir les avantages que l'on retire de la victoire sur ses passions , de cette paix du cœur que vous seul donnez , et de celte liberté des enfants de Dieu , qui nous délivre de la servitude du démon ; donnez-moi enfin l'assurance et l'avant-goût de la récompense éternelle promise par vous à ceux qui se seront fait violence ici-bas. Amen.

KVII. — Jésus- Christ modèle de pénitence.

mon Jésus! quoique vous n'ayez pu posséder la vertu de pénitence en tant qu'elle fait expier à l'homme ses propres péchés, puisque vous étiez impeccable, vous avez eu pourtant l'esprit de pénitence dans toute sa plénitude, et vous en avez exercé tous les actes d'une manière inefifable.

Les principaux devoirs que la pénitence nous impose sont : 1° de penser souvent à nos péchés, de nous en confondre; 2" d'en concevoir de la douleur; 3" de travailler à satisfaire à la justice de Dieu; 4" d'animer intérieurement les pénitences extérieures; 5° de nous offrir à Dieu, pour endurer toutes les peines qu'il plaira à sa justice de nous envoyer.

Votre charité immense, ô divin pénitent, en vous portant à vous charger de nos péchés pour réparer l'injure infinie qu'ils avaient faite à Dieu , vous a poussé à remplir toutes ces conditions de la vraie pénitence. Nos péchés étaient continuellement présents à votre esprit, et vous les regardiez comme les vôtres , parce que vous en aviez accepté la responsabilité. Dès le premier instant de votre incarnation , vous vous offrîtes à votre Père pour les expier. Pendant toute votre vie , vous en étiez sans cesse occupé, et vous voulûtes consommer

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l'expiation que vous aviez enlreprise , en expirant sur la croix.

Cette pensée continuelle de tous les péchés des hommes , écrits en quelque sorte sur votre front comme étant vos propres œuvres, vous remplissait de confusion aux yeux de Dieu, aux yeux des créatures et à vos propres yeux. Vous vous regardiez comme l'opprobre des hommes, méprisable autant qu'un ver de terre, que l'on foule aux pieds sans égards.

Ayant pendant toute votre vie le cœur percé de douleur à cause de nos iniquités , votre seule consolation était de travailler à les effacer. Vous expiâtes nos péchés d'orgueil par vos humiliations, nos péchés de sensualité par votre vie laborieuse et vos souffrances , nos péchés d'avarice par votre extrême indigence. Vous animâtes vos satisfactions extérieures par des dispositions intérieures si excellentes qu'on ne peut les comprendre; et quoique ces satisfactions fussent surabondantes, comme elles n'étaient pas proportionnées au désir immense que vous aviez de réparer l'injure infinie faite à Dieu par le péché , vous avez répandu votre esprit de pénitence dans votre Église, qui est votre corps mystique, afin d'en continuer l'exercice dans ceux qui sont vos membres jusqu'à la fin des siècles.

Excitez en moi, ô mon Sauveur, votre esprit de pénitence, et faites que j'unisse mes satisfactions avec les vôtres, pour qu'elles deviennent agréables à votre Père. Je forme donc la résolution, avec le secours de votre grâce : l" de conserver toujours le souvenir de mes péchés, pour mériter que vous en détourniez votre face; 2° de m'en confondre sans cesse devant vous, ne paraissant jamais en votre présence que tout couvert de honte , et de m'en confondre devant les hommes eux-mêmes, demeurant en esprit prosterné à leurs pieds ; 3** d'être pénétré d'une si grande douleur de mes péchés qu'elle me fasse rejeter toutes les vaines joies et me maintienne dans la componction du cœur; 4° de travailler continuellement pour satisfaire à Dieu votre Père, par des œuvres de pénitence proportionnées à mes fautes ; 5° de m'offrir à lui afija qu'il me punisse à l'avenir autant qu'il lui plaira, reconiilaissant que toutes mes

pénitences passées n'ont pas été suffisantes pour satisfaire à sa justice. Faites-moi la grâce, ô mon Jésus, de penser souvent à ces salutaires résolutions, et d'y demeurer fidèle. Amen.

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